Œuvres (Pléiade), tome II

Paul Valéry · Chapitre 30 sur 108

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Œuvres (Pléiade), tome II

Poèmes

 

AU COMMENCEMENT

SERA LE SOLEIL

Animal profondément oublié : tiède et tranquille masse mystérieusement isolée ;

ARCHE close de vie, qui transportes vers un jour qui vient mon histoire et mes chances,

tu m’ignores, tu me conserves ; tu es ma permanence unique et inexplicable. Ton trésor est mon secret.

SILENCE, mon Silence… ABSENCE, mon absence, ô ma forme fermée, je laisse toute pensée pour te contempler de tout mon cœur. Il n’est pas de plus étrange, de plus pieuse pensée. Point de merveille plus proche.

Je me suis donc fait une ILE inconnue.

Et tu es un temps qui s’est détaché de l’énorme TEMPS où ta durée

indéfinie subsiste et s’éternise

comme un anneau de fumée.

Mon amour devant toi est inépuisable.

Je me penche sur toi qui es MOI, et il n’y a point d’échanges entre nous.

Tu m’attends sans me connaître,

Et je te fais défaut pour me désirer

Tu es sans défense. Qui te tue me tue.

Quel mal tu me fais avec le bruit de ton souffle… Je me sens le captif du suspens de ton soupir

Au travers de ce masque abandonné, tu exhales le murmure d’une vie toute égale, à soi-même bornée.

J’écoute le petit bruit de mon existence, et ma stupidité est devant moi…

POÈME

 

O NOUS…

O TOI, O MOI,

Le Passé, l’Avenir sont nos grands ennemis.

Aimer est un poison,

Penser finit toujours si mal :

Soit l’impuissance, soit la terreur l’exterminent. Et il faut beaucoup d’ignorance pour vivre.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Ainsi parlait. Alors se tut

Celui dont je possédais si bien la présence.

Et le miroir d’éternelle durée

De mon ravissement troublé

Redevint lentement parfait.

Une idée de suavité

Ou la profondeur d’une rose

Se fit tout à coup dans ma pensée.

Et je me sentais respirer

La chaleur fraîche d’une vie.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Ferme les yeux, me dit mon cœur,

Oublie les Bêtes et les Anges :

Sens-tu ta présence frémir,

Et ta chair n’être plus la même ?

— Ouvre tes bras, me dit mon cœur,

Et que tes mains dans l’étendue

Devinent, touchent et saisissent,

Empoignent, palpent et caressent

Comme une lyre, comme une urne.

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