Œuvres (Pléiade), tome II
Poèmes
AU COMMENCEMENT
SERA LE SOLEIL
Animal profondément oublié : tiède et tranquille masse mystérieusement isolée ;
ARCHE close de vie, qui transportes vers un jour qui vient mon histoire et mes chances,
tu m’ignores, tu me conserves ; tu es ma permanence unique et inexplicable. Ton trésor est mon secret.
SILENCE, mon Silence… ABSENCE, mon absence, ô ma forme fermée, je laisse toute pensée pour te contempler de tout mon cœur. Il n’est pas de plus étrange, de plus pieuse pensée. Point de merveille plus proche.
Je me suis donc fait une ILE inconnue.
Et tu es un temps qui s’est détaché de l’énorme TEMPS où ta durée
indéfinie subsiste et s’éternise
comme un anneau de fumée.
Mon amour devant toi est inépuisable.
Je me penche sur toi qui es MOI, et il n’y a point d’échanges entre nous.
Tu m’attends sans me connaître,
Et je te fais défaut pour me désirer
Tu es sans défense. Qui te tue me tue.
Quel mal tu me fais avec le bruit de ton souffle… Je me sens le captif du suspens de ton soupir
Au travers de ce masque abandonné, tu exhales le murmure d’une vie toute égale, à soi-même bornée.
J’écoute le petit bruit de mon existence, et ma stupidité est devant moi…
POÈME
O NOUS…
O TOI, O MOI,
Le Passé, l’Avenir sont nos grands ennemis.
Aimer est un poison,
Penser finit toujours si mal :
Soit l’impuissance, soit la terreur l’exterminent. Et il faut beaucoup d’ignorance pour vivre.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Ainsi parlait. Alors se tut
Celui dont je possédais si bien la présence.
Et le miroir d’éternelle durée
De mon ravissement troublé
Redevint lentement parfait.
Une idée de suavité
Ou la profondeur d’une rose
Se fit tout à coup dans ma pensée.
Et je me sentais respirer
La chaleur fraîche d’une vie.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Ferme les yeux, me dit mon cœur,
Oublie les Bêtes et les Anges :
Sens-tu ta présence frémir,
Et ta chair n’être plus la même ?
— Ouvre tes bras, me dit mon cœur,
Et que tes mains dans l’étendue
Devinent, touchent et saisissent,
Empoignent, palpent et caressent
Comme une lyre, comme une urne.
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