Acadissima
Une messe pour Jeanne
L ’église était humide, froide, presque vide. Les paroles du prêtre se perdaient dans les allées. La petite assistance répondait pieusement et sourdement.
Puis, le prêtre aspergea le cercueil avec le goupillon.
Il donna sa bénédiction et partit vers la sacristie.
La messe était dite.
Le médecin et son épouse vinrent saluer Jean-Baptiste. Leurs yeux
exprimaient une grande bonté. La dame était fort émue. Le médecin serra la
main de Jean-Baptiste et il lui dit en le regardant droit dans les yeux :
— Après la cérémonie, passe nous voir, Jean-Baptiste. J’insiste, passe.
Promis ?
— Promis, docteur.
— Alors, à tantôt, et le couple remonta l’allée.
Angelaine se tenait en retrait.
De noir vêtue, elle ressemblait à une statue drapée. Heureusement, ses
cheveux bouclés ressortaient avec une fougue dorée.
Angelaine tendit la main à Jean-Baptiste.
Tout gêné, il sentit la douceur de la peau, la confiance et la peine
d’Angelaine se mélanger entre ses doigts. Ils se regardèrent, les yeux
mouillés.
— Merci, Angelaine.
— C’est normal, Jean-Baptiste.
Puis, hésitante, elle ajouta :
— Un jour, j’aimerais te parler, Jean-Baptiste.
— C’est bien, quand tu voudras.
Le visage d’Angelaine devint écarlate.
Pour la rassurer, Jean-Baptiste lui dit :
— Avec plaisir, Angelaine.
Angelaine s’éloigna dans l’allée, laissant sa place aux deux dames en
noir.
— On vient vous saluer, monsieur, on ne savait pas que notre chère
Magella avait de la parenté si jeune. Vous êtes sans doute son neveu ?
— Magella ?
— Oui, et elles montrèrent le cercueil.
— Non, c’est ma mère, Jeanne Beausoleil.
Grands yeux interrogateurs des dames désemparées.
— Pas Magella Lavertue ?
Donat, qui enlevait le drap, se tourna vers ces dames :
— Pour madame Magella Lavertue, ce sera mercredi le service,
mesdames.
— Ah, ben ! On s’est mêlées dans les jours. Ben, nos condoléances,
pareil. Heureuses de vous avoir rencontré, monsieur.
Elles tendirent la main et s’en retournèrent cahin-caha vers l’entrée de
l’église.
Donat haussa les épaules en souriant.
— Ben, en tout cas, ça fait de la présence.
Il ajouta :
— On va replacer le cercueil dans la sacristie.
Ils repartirent avec le cercueil toujours aussi léger, mais dont le poids
écrasait le cœur de Jean-Baptiste.
— Voilà, dit Donat, c’est fait.
— Merci, j’ai un peu d’argent pour toi.
— J’en veux surtout pas ! Je suis là pour ta mère, tes parents. Parle-moi
pas d’argent. Bon, je te raccompagne jusqu’à la porte, Ti-Gars.
Jean-Baptiste se tourna vers Donat, il le regarda dans les yeux. Lui,
c’était un vrai.
Ils marchèrent dans l’allée, leurs pas résonnaient dans le vide et la faible
lumière des vitraux. Ce n’était pas le chatoiement des jours de soleil.
Arrivé à la porte de l’église, Donat tendit sa main rugueuse :
— Salut, passe dans deux jours. Monsieur le curé aura sûrement pris
une décision. On verra avec le temps qu’il fait.
— Merci, Donat, merci.
Jean-Baptiste se retrouva sur le parvis, seul, dominant la rue du village.
Le ciel était couvert, le vent avait commencé à changer, le froid revenait.
Les arbres étaient noirs, la neige s’était beaucoup tassée. La rue Principale
était toute crevassée. À l’horizon, des nuages bas semblaient lourds de
neige. Jean-Baptiste replaça se besace et se dirigea vers la maison du
docteur.
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