Acadissima

Jean-Louis Grosmaire · Chapitre 46 sur 67

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Acadissima

Franche-Comté à l’acadienne

 

L orsqu’ils parvenaient à mettre la main sur un journal, les soldats le lisaient avidement à tour de rôle. Ils le commentaient, le gardaient pour le consulter à nouveau plus tard ou le destinaient à un autre usage.

On ne jetait rien, tout pouvait servir. Le journal donnait des nouvelles

du front, des politiques des grandes puissances. La victoire approchait-elle ?

Les articles parlaient des combats acharnés, mais depuis 1914 cela n’arrêtait

jamais. Et il y avait ces listes de « morts au champ d’honneur ». On vantait

les exploits des vaillants poilus ; dans les mentions de leur lieu d’origine, on

rencontrait beaucoup de noms des villages des alentours. Les Canadiens

reconnaissaient les localités qu’ils traversaient dans leur travail. « Laissant

dans le deuil femme et deux enfants en bas âge… » et cela continuait

chaque jour sur plusieurs colonnes. Il y avait aussi les faits divers, les vols

de portefeuilles ou de viande, la recherche de personnel, de bonnes, de

commis.

Une fois les hommes partis ou morts, il ne restait au village que les tout-

petits et les anciens. Dans les champs, on voyait des femmes, parfois âgées,

des épouses, des jeunes filles qui s’épuisaient à la tâche.

Plus que jamais, les sautes d’humeur du temps affectaient le moral des

gens. Il pleuvait trop et, subitement, la température montait au-delà de 30° à

l’ombre, l’herbe pourrissait ou séchait. La pluie arrêtait la fenaison, les

permissionnaires libérés exprès devaient s’atteler à d’autres travaux. Au moins, ils trouvaient un peu de réconfort à se réunir pendant un bref

moment avec leurs familles.

 

Mai 1917 fut un mois de chaleurs excessives1. L’été jurassien se poursuivit

dans les chaudes journées de juin, juillet fut marqué par une baisse notable

des températures. Les mois passèrent dans la fébrilité du travail.

Dès le mois d’août, le froid commença à s’insinuer.

Fin août, début septembre, la sécheresse, les grands vents qui avaient

soulevé des nuages de poussière firent place à de fortes pluies rendant

encore plus difficile le travail en forêt, de la coupe au débardage ou au

transport sur des chemins impraticables. Les routes étaient défoncées, on

accrochait sur les calcaires rugueux et s’enfonçait dans les argiles collantes.

Suivirent des froids précoces. On vit de la glace dans les fontaines. C’était à

croire que la guerre avait déréglé le temps. Ce n’était plus comme avant.

Cyprien lisait, lui aussi, attentivement le journal, on parlait du besoin de

limiter la consommation d’alcool, surtout chez les jeunes qui venaient, pour

leurs parents, faire remplir de vin les bouteilles au café des villages.

L’alcool était rationné même chez les ouvriers, qui durent diminuer leur

consommation.

Cyprien était d’accord avec le journaliste qui écrivait, fin mai 1917 :

« La pluie a été la marque dominante de la semaine en cours. Les

pessimistes qui, il y a une quinzaine, criaient déjà sécheresse, sont apaisés

et abondamment servis… en eau. C’est déjà quelque chose quand le vin

manque 2. »

Cyprien aimait le côté facétieux des villageois et puis, à défaut de la

production locale, on trouvait des annonces dans les journaux sur les

disponibilités de vins d’Algérie, du Midi, du Marc de Bourgogne, etc. Cela

rassurait Cyprien !

En novembre 1917, la 40e quitta le Larderet pour la forêt de la Joux.

Les tentes furent remplacées par des baraquements que l’on construisit

tout en travaillant à la coupe des arbres. Au moins, on était plus à l’abri que

sous les toiles vite imbibées par les fortes pluies, en cette moyenne

montagne, ou suffocantes par les grosses chaleurs. Il fallait être prêts pour

l’hiver.

Les soldats installèrent au camp des trottoirs de bois, du genre de ceux

que les Français appelaient caillebotis. Ils leur évitaient de patauger constamment dans la boue. Les Canadiens ne furent pas étonnés de voir la

neige tomber dès la mi-octobre. Ils l’accueillirent avec plaisir, espérant

l’arrivée d’un temps plus sec, de chemins moins détrempés. Les

températures chutèrent rapidement. Le froid humide pénétrait les vêtements

et, malgré le dur labeur, il glaçait les os. Des hommes tombèrent malades.

Ils allèrent au dispensaire du camp, parfois furent transférés à l’hôpital

canadien de Champagnole.

On apprit le désastre d’Halifax. Cela toucha particulièrement les soldats

des provinces maritimes. Ils s’inquiétèrent pour la parenté. Le 6 décembre

1917, dans le port d’Halifax, l’explosion, qui suivit la collision et l’incendie

de deux navires, dont l’un était chargé d’explosifs, causa la mort de 2 000

personnes et en blessa 9 000, dont des milliers très gravement. En outre, 6

000 personnes se retrouvèrent sans abri. Dans le Jura, les Canadiens

guettaient les nouvelles qui tardaient à arriver.

Quand vint le temps de Noël, les cœurs étaient tristes. Tous les hommes

du Jura Group reçurent 50 francs pour l’achat de cadeaux de Noël à envoyer

à la maison 3.

Jean-Baptiste fit déposer l’argent dans son compte. Il n’y avait pas

grand-chose à acheter dans les villages voisins et déjà que le courrier ne se

rendait pas toujours à destination autant ne prendre aucun risque. Cela

représentait une belle somme, sachant que le journal hebdomadaire coûtait

10 centimes, les œufs 5 fr. la douzaine, le beurre se vendait 4 fr. la livre et le

pain à 11 fr. le kilo. Quant à la viande, elle était hors de prix. Encore fallait-

il trouver ces denrées ! Les gens racontaient que c’était pire ailleurs; en

Allemagne, les produits de remplacement, les ersatz, étaient de piètre

qualité 4.

À Noël, on décora comme on put les baraquements, on mangea mieux

que d’habitude à midi et ce fut un jour de congé.

Janvier 1918 fut très froid. Il neigea et neigea ! Le 11, les routes,

ensevelies, furent fermées, il fallut les ouvrir. Février fut glacial. La

première neige était apparue le 13 octobre 1917 5. L’hiver comtois saluait les

Canadiens qui chauffaient au maximum les poêles à bois de leurs

baraquements avec des dosses, des slabs, des chutes de bois trop vert. Le

travail se poursuivait six jours sur sept. Il fallait commencer par déneiger

les équipements, ouvrir les chemins avec les chevaux. Munis du godendart,

que les Français nommaient « passe-partout américain», des haches à deux tranchants, des chaînes et de tout l’attirail du travail en forêt, on partait de

bon matin pour profiter du maximum de clarté.

On sciait les arbres, tirant chacun de son côté le godendart, en sueur

dans le froid et sous la neige. Les Français estimaient que c’était du gâchis,

les souches canadiennes, que les Acadiens appelaient parfois « chouches »,

montaient à 70-80 cm du sol et constituaient une perte énorme de ce

précieux bois dont on avait tant besoin. Tristes souvenirs de la

magnificence, ces souches piquetaient des espaces rasés et déserts. Cela

rappelait à Jean-Baptiste les coupes effectuées par les compagnies

forestières dans les monts en arrière de Fond-des-Brisants. Ici, sur certaines

parcelles, ne restaient que des moignons des rois verts. Et l’on continuait.

On chantait pour se donner du courage, comme on aurait fait au pays. Les

géants tombaient dans un bruit sec et prolongé, tandis que les arbres autour

semblaient retenir le compagnon que l’on abattait. Le travail n’était pas fini,

il ne faisait que commencer. Lorsque la pente était trop abrupte pour

débarder avec des chevaux, on laissait glisser les troncs le long de la

déclivité. Si la coupe était étendue ou trop en altitude, on fabriquait une

glissoire en bois – les gens du coin disaient glissière —, les troncs

déboulaient en fracas jusqu’à la base de la pente. Puis, on les entassait,

ensuite on chargeait les voitures tirées par les chevaux jusqu’aux scieries

d’en bas. Là, des femmes des villages et quelques hommes trop âgés pour

aller au front réceptionnaient les troncs et la coupe en scierie commençait.

Les villageois n’avaient que des mots acerbes contre les Allemands. Les

anciens rappelaient la dure guerre de 1870–1871 dont leur avaient parlé

leurs parents, un souvenir amer en France, plus particulièrement dans tout

l’Est. La déroute de l’armée française de Bourbaki était dans les mémoires,

87 000 hommes et 12 000 chevaux retraitèrent du premier au 3 février 1871

sur ces terres, en exode vers la Suisse proche 6.

Dans les villages, on n’oubliait rien des douleurs de jadis. Le moindre

Allemand en vue était un suspect, un évadé, un espion. Les douaniers

étaient sur leurs gardes, on arrêtait, on jugeait, on emprisonnait rapidement.

Les Comtois craignaient une invasion allemande par la Suisse. On

surveillait les allées et venues de tout le monde, surtout des rares étrangers à

la région.

Des frontaliers comtois pouvaient à l’occasion effectuer un court séjour

dans la Suisse proche ; le Jura est une montagne commune7. Des deux côtés de la frontière, on se connaissait; mêmes villages, mêmes forêts et saisons,

parfois, des liens familiaux s’étaient tissés, alors le jeune Suisse partait

rejoindre les soldats français 8. Ils étaient des milliers de Romands, engagés

volontaires portant le casque Adrian et la tenue bleu horizon.

En Comté, comme ailleurs en France, la haine de l’Allemand se

répandait au fur et à mesure que s’allongeaient la liste de morts au champ

d’honneur, les faire-part de décès, les citations aux honneurs de la patrie.

Aucun village n’était épargné par cette hécatombe. Quand la nouvelle était

transmise à la famille, le monde basculait, la vie chavirait, la détresse

s’abattait sur la veuve et les orphelins, souvent trop jeunes et qui ne

comprenaient pas pourquoi maman était en larmes.

L’hiver 1917-1918 fut rude. En forêt et en altitude, le Jura devenait un

Canada rigoureux. Pour des hommes habitués au grand froid, cela n’aurait

point posé problème, mais les pluies fréquentes et intenses, l’humidité, qui

souvent accompagnait le froid, rendaient l’air le froid plus cru. Leurs

uniformes peu appropriés n’arrangeaient pas les choses. Dans les

baraquements, le vent glacé sifflait entre les planches, entrait par le

plancher ou les fenêtres. Rien à voir avec la chaleur calfeutrée d’une maison

canadienne. Les soldats ne portaient pas non plus leur vrai manteau d’hiver

du pays. Le bois, si abondant, était trop vert, pas toujours bon pour le

chauffage. Il y eut des journées de neige trop épaisse pour aller bûcher, des

jours de glace qui ralentissaient les travaux. La troupe ne chômait pas pour

autant, la neige n’allait pas arrêter des Canadiens. Jean-Baptiste harnachait

les chevaux et en avant la musique ! Les hommes s’étaient engagés, ils

enduraient collectivement, et souffraient individuellement en silence.

 

Le district no 5, celui du corps forestier canadien, établit un record avec un

quart de travail de 10 heures à la fin janvier 1918, au moment où les

journées étaient les plus courtes et les températures les plus rudes.

 

Ce jour-là, l’équipe de Cyprien venait d’arpenter longuement une section de

la forêt pour y marquer les arbres à abattre et préparer le chantier de coupe.

L’épaisse couverture neigeuse avait rendu le travail éprouvant.

Enfin, les hommes atteignirent une route dégagée.

— Hey, les gars ! Regardez ! Ma foi du bon Dieu ! On est-tu rendu au

pays ? s’interrogea Cyprien.

— C’est tout comme ! ajouta un compagnon.

— Pis, on dirait Jibé, fit remarquer Cyprien.

— C’est ben trop vrai ! dit un troisième soldat.

Sur la route bordée de haute neige, un cheval brun tirait un traîneau

rouge.

Le traîneau ressemblait à celui de Jean-Baptiste en Acadie.

Vêtue d’un manteau turquin qui s’harmonisait avec les troncs des

feuillus et le foncé des sapins, une silhouette oscillait sous une mosaïque

ensoleillée.

Troublé, Cyprien faillit appeler l’homme qui guidait le cheval.

Non, ce n’était pas Jean-Baptiste, mais, de loin, il y avait eu de quoi se

méprendre.

 

Dans le silence blanc, glissait sur ses patins ce traîneau rouge. Les sabots du

cheval se posaient régulièrement sur la neige bleutée en un bruit étouffé.

 

Cyprien et ses compagnons étaient émerveillés.

— Maudit que c’est beau icitte ! C’est comme par chez nous, murmura

un soldat en replaçant sa hache sur son épaule.

L’homme du traîneau salua les bûcherons.

Bien sûr, ce n’était pas Jean-Baptiste.

À leur tour, les hommes saluèrent le passant en souriant.

Cyprien se demandait comment, si souvent dans cette région, on pouvait

se sentir au Canada. Il n’était pas étonnant que certains rêvent d’y prendre

épouse et de s’installer en Comté.

 

Dans la douce lumière grise, l’équipe marcha vers le camp.

En rang, cheminait sous la neige une petite cohorte canadienne

enveloppée dans le silence duveteux de la grande forêt comtoise.

 

Dans la forêt, la chaîne de commandement de l’armée canadienne

fonctionnait. Les ordres, les communications, les rapports circulaient.

Courant février 1918 arrivèrent à Andelot 150 lits pour les besoins

hospitaliers.

Des hommes de plusieurs nationalités œuvraient dans ces forêts: des

Canadiens; une compagnie de 400 Russes sous les ordres de l’officier

Adamsky, intégrée au Corps forestier canadien ; des Américains; des

Portugais; des Chinois9. Ils étaient des milliers, Noirs et Blancs, Asiatiques,

il fallait les nourrir, installer cuisine et réfectoires, boulanger le pain,

dépecer les bêtes de réforme, fournir eau, pommes de terre, fèves, œufs ;

tout cela dans une France réduite à la portion congrue, exsangue.

Dans la clairière du Chevreuil près d’une maison forestière, non loin du

village de Supt, les Canadiens bâtirent un grand four à pain. Ce pain chaud,

qui portait l’odeur du pays, de la ferme au Canada, les soldats

l’engouffraient avidement. Le repas était vite avalé, souvent en silence ou

en rires, seul instant de détente pour la troupe constamment affamée.

Abattre les arbres, les élaguer, sortir le bois, le conduire à la route était

éprouvant tant pour les hommes que pour les chevaux. Les villageois

avaient l’habitude d’utiliser les bœufs pour ce travail.

De petites voies ferrées, des routes avaient été construites et étaient

maintenues par le bataillon de construction. En pleine forêt, elles

permettaient d’acheminer les grumes aux scieries où travaillaient surtout

des femmes. Les scieries fonctionnaient avec des machines à vapeur.

Ensuite, des camions transportaient vers les trains les planches, les poutres,

les étais, madriers, fascines, traverses, bois de chauffage, qui partaient via

Besançon et Is-sur-Tille vers les zones de combat.

Les jours, les saisons se succédaient sans que l’on sache quand finirait

la guerre.

 

Les lettres, très attendues, assuraient les seuls liens avec la famille.

Lorsqu’il en recevait une, le soldat s’isolait dans la chambrée pour lire

et relire les mots venus de si loin.

 

– Il a ben neigé par chez nous !

— Fait fret en titi là-bas !

 

Si le visage du soldat s’assombrissait, on respectait son intimité. S’il voulait

partager sa peine, ses soucis au sujet de la parenté décédée ou malade, on

l’écoutait, le réconfortait.

Il y avait celui qui se cachait le visage, pleurait, ne mangeait pas au

souper. Certains semblaient seuls, sans personne avec qui correspondre.

 

Jean-Baptiste répondait le plus tôt possible à une lettre. Pour Angelaine

c’était un plaisir. Pour le docteur et son épouse, c’était plus délicat. Les

premiers mots étaient toujours difficiles à trouver. Comment exprimer

chaleureusement ses sentiments à des êtres que l’on respecte autant ?

Pour Tonine et Armand, c’était plus facile.

Toutes les lettres qu’il recevait, Jean-Baptiste les rangeait dans son

baluchon. Elles étaient des jalons dans son parcours en France. C’était sa

mémoire.

Le dimanche, après la messe, en belle saison, quelques équipes se

formaient, on jouait au baseball, au football. Peu de lecture, peu de livres

disponibles tant au camp qu’au village où des colporteurs passaient parfois

pour vendre quelques opuscules. Son vrai bonheur, il le trouvait dans les

lettres d’Angelaine, qu’il relisait souvent. Chacun sentait que par peur de la

censure ou par désir de protéger l’autre, on cachait des choses.

 

Chère Angelaine,

 

Merci pour ton courrier qui me parvient au fond de la forêt comtoise.

Nous sommes au travail après un automne qui ressemble aux nôtres,

c’est parfois à s’y méprendre. II n’y a pas que de la sapinière, où nous

travaillons la plupart du temps, avec ses épicéas, un peu comme nos

épinettes, on trouve aussi des hêtres, des tilleuls, des érables, mais pas

d’érablières, pas d’érables à sucre. Les coloris sont comme chez nous,

moins vifs peut-être, mais tout aussi beaux. Que ça fait du bien !

Certains jours c’est le Canada !

 

Et maintenant, nous sommes enfin dans la neige ! Je l’ai accueillie

avec plaisir, ça déguise la Comté en Acadie ! La neige, c’est chez nous

! Je préfère les chemins forestiers gelés que les ornières boueuses où

nos chers chevaux peinent et souffrent. Enfin du froid ! Nous ne

sommes pas à plaindre, comparés aux soldats au front. Nous sommes

presque au chaud dans nos cabanes et nous n’économisons pas le bois,

un peu trop vert, que nous avons en abondance. Nous sommes bien

nourris, nous travaillons beaucoup.

 

Si nous sommes des étrangers pour les villageois, imagine-les devant

ces Américains, ces Russes qu’ils n’avaient jamais vus. Même toi, tu

serais étonnée. Il y a de nombreux Noirs ici, et ils viennent du Canada.

Ils sont là comme nous, pour bûcher dans le bois, tracer les routes et

les chemins, construire les voies ferrées. Ils travaillent beaucoup, ils

sont très courageux.

 

Au début, des Noirs canadiens, cela surprenait les Comtois. Nos

compatriotes habitent dans un camp nommé La Barbarine, où je ne

suis pas allé. Ils ont un excellent orchestre. Leur musique me fait du

bien à l’âme !

 

Les villageois ne comprennent pas tous pourquoi nous coupons, à

notre manière, leurs arbres, alors qu’eux le faisaient déjà ; pourquoi,

nous, des jeunes venus de si loin, nous ne sommes pas au combat,

comme beaucoup d’autres Canadiens, alors que les hommes de leur

village sont sacrifiés ? On pourrait ressembler à une armée

d’occupation.

 

Le paysan est constamment sollicité par l’État qui réquisitionne fils

vaillants, chevaux vigoureux, récoltes et denrées et nous, en plus, nous

sommes là. Heureusement, nous sommes arrivés avec tout notre

matériel. Nous ne sommes pas venus vivre sur le pays, mais aider le

pays à vivre.

 

Rassure-toi, presque tous les Comtois, même ceux qui, à juste titre,

s’interrogent, nous acceptent et nous accueillent.

 

C’est notre vie, elle n’est pas si mal. Tout va bien.

Donne-moi de tes nouvelles.

Gros becs,

Ton Jean-Baptiste qui embrasse

la plus belle des Acadiennes !

 

1. Charles THÉVENIN, op. cit., p. 71.

2. Le Pontissalien, Pontarlier, France, 27 mai 1917, p. 3.

3. Bibliothèque et Archives Canada, Journal de guerre – Quartier général – Groupe du Jura –

Corps forestier canadien, 27 novembre 1917.

4. Le Pontissalien, Pontarlier, France, 18 novembre 1917, p. 3.

5. Charles THÉVENIN, op. cit., p. 71.

6. Voir Hervé DE WECK, Armée BOURBAKI, dans Dictionnaire historique de la Suisse, DHS,

version du 26 janvier 2016. [https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/026892/2016-01-26/].

7. Voir Michel BÜHLER Jura/Textes, Orbe, Bernard Campiche Éditeur, 2012.

8. Le journal suisse 24 heures a publié un dossier fort complet : « Nés en Suisse, morts pour la

France », 10 pages spéciales, Lausanne, 10–11 novembre 2018.

[https://webspecial.24heures.ch/longform/suisse14-18/14-18-intro/].

9. Charles THÉVENIN, op. cit., p. 19. En France, le Corps forestier canadien comprenait des

compagnies dans huit districts répartis dans trois régions (Central, Bordeaux et le Jura). Source :

Bibliothèque et Archives Canada, Guide des sources pour les unités du Corps expéditionnaire

canadien, Corps forestier canadien, 2020, p. 1.

 

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