Acadissima

Jean-Louis Grosmaire · Chapitre 18 sur 67

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Acadissima

Mise en terre

 

P ar un matin glacé, la mise en terre de Jeanne eut lieu. La veille, Donat avait rencontré Jean-Baptiste chez le docteur et, comme le ciel annonçait du beau temps, il fut convenu que l’on pouvait

déposer le cercueil dans la tombe qui était sèche.

La mise en terre se fit le lendemain matin. Jean-Baptiste et Donat

sortirent le cercueil du charnier, le hissèrent sur la carriole que tira

Champion à pas très lents, comme pour marquer le passage du temps,

l’empreinte de la douleur. Les deux hommes déchargèrent le cercueil devant

la tombe et ils attendirent monsieur le curé. Le vent marin était cinglant, les

bourrasques sciaient à vif les visages. Le curé arriva, soutane au vent. Il

salua Jean-Baptiste, récita les prières d’usage. Jean-Baptiste et Donat

descendirent le cercueil. Donat remonta les cordes. Le curé prononça

quelques mots. Il fit un large signe de croix. Armand commença à pelleter

la terre qui heurta en bruits sourds les planches. Le prêtre refit le signe de

croix, tendit la main à Jean-Baptiste, lui présenta à nouveau ses

condoléances et repartit en tenant fermement sa barrette et sa soutane

soulevée par le vent impertinent.

Jean-Baptiste et Armand remplirent la tombe.

La douleur et le vent les courbaient vers la dernière demeure de Jeanne.

— Voilà, Ti-Gars, ta mère repose en paix.

La gorge nouée, en larmes, Jean-Baptiste serra la main de Donat.

— Allez, Jean-Baptiste, viens, on rentre Champion. Le temps se met à

la neige.

Ils repartirent vers la grange attenante à la sacristie.

Jean-Baptiste suivait la carriole tirée par Champion, encore une fois le

compagnon de sa vie. Quant à Donat, ce n’était plus le fossoyeur, c’était un

ami.

Jeanne était partie, ne restaient que des souvenirs.

 

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