Acadissima
Mise en terre
P ar un matin glacé, la mise en terre de Jeanne eut lieu. La veille, Donat avait rencontré Jean-Baptiste chez le docteur et, comme le ciel annonçait du beau temps, il fut convenu que l’on pouvait
déposer le cercueil dans la tombe qui était sèche.
La mise en terre se fit le lendemain matin. Jean-Baptiste et Donat
sortirent le cercueil du charnier, le hissèrent sur la carriole que tira
Champion à pas très lents, comme pour marquer le passage du temps,
l’empreinte de la douleur. Les deux hommes déchargèrent le cercueil devant
la tombe et ils attendirent monsieur le curé. Le vent marin était cinglant, les
bourrasques sciaient à vif les visages. Le curé arriva, soutane au vent. Il
salua Jean-Baptiste, récita les prières d’usage. Jean-Baptiste et Donat
descendirent le cercueil. Donat remonta les cordes. Le curé prononça
quelques mots. Il fit un large signe de croix. Armand commença à pelleter
la terre qui heurta en bruits sourds les planches. Le prêtre refit le signe de
croix, tendit la main à Jean-Baptiste, lui présenta à nouveau ses
condoléances et repartit en tenant fermement sa barrette et sa soutane
soulevée par le vent impertinent.
Jean-Baptiste et Armand remplirent la tombe.
La douleur et le vent les courbaient vers la dernière demeure de Jeanne.
— Voilà, Ti-Gars, ta mère repose en paix.
La gorge nouée, en larmes, Jean-Baptiste serra la main de Donat.
— Allez, Jean-Baptiste, viens, on rentre Champion. Le temps se met à
la neige.
Ils repartirent vers la grange attenante à la sacristie.
Jean-Baptiste suivait la carriole tirée par Champion, encore une fois le
compagnon de sa vie. Quant à Donat, ce n’était plus le fossoyeur, c’était un
ami.
Jeanne était partie, ne restaient que des souvenirs.
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