Acadissima
Au revoir !
— D onat, c’est fait. Après-demain, tu peux, avec ta femme, disposer de ma maison.
— Oh ! Ça va vite.
— Cyprien et moi, on prendra le train mercredi à l’anse au Roc à dix
heures et demie.
— Je peux vous y conduire en carriole avec Champion. Tu pourras lui
dire au revoir.
— Parfait. Merci.
— Je passe à neuf heures du matin chez toi. Ça te va ?
— Merci. Mèque tu viennes, je te montrerai les coins et recoins de la
maison.
— Dans ce cas-là, c’est mieux que j’arrive au moins une heure avant.
— D’accord. On se revoit. Je retourne au travail chez le docteur.
— À après-demain, Ti-Gars !
— Salut, Donat. En partant, je vais saluer Champion.
— Bonne idée !
Le cheval avait sûrement entendu, senti, deviné la présence de Jean-
Baptiste. Il accueillit son ami avec joie.
— Toi, t’es chanceux. Ils ne t’enverront pas à la guerre comme tant
d’autres chevaux, on a besoin de toi ici au cimetière et puis t’es plus dans ta prime jeunesse. Je vais partir, mon ami, porte-toi bien. Je penserai gros à
toi.
Jean-Baptiste s’arrêta de peur de pleurer. Il se colla contre le cheval. Il
repensa à ce poulain qui tétait la jument dans la prairie près de la grange.
C’était le bon temps.
Le cœur lourd, Jean-Baptiste caressa l’ami fidèle et se rendit chez le
docteur.
— Tonine, Armand, je pars après-demain pour la guerre, dit Jean-Baptiste
d’une voix grave.
Tonine serra son chiffon. Elle fixa intensément Jean-Baptiste. Le temps
filait, elle le revoyait arriver mal en point à la maison. Elle l’avait un peu
remplumé, elle l’avait pris sous son aile. Comme un fils et comme les
enfants du docteur, lui aussi, il allait se battre là-bas. Mon Dieu !
— Tu vas rejoindre les fils du docteur. Sois prudent, tu fais ton devoir
pour l’Acadie, confia Armand.
— Oui, pour l’Acadie, parce que le serment à Sa Majesté et à ses
descendants, je l’ai prononcé du bout des lèvres. C’est pas pour eux que je
vais me battre, c’est pour la France et pour l’Acadie. C’est sûr.
— Bon, au travail. J’vais profiter de toi jusqu’au bout. J’ai pu ta force,
moi.
Ils sortirent de la cuisine. Tonine s’assit et pleura.
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