Acadissima

Jean-Louis Grosmaire · Chapitre 26 sur 67

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Acadissima

Au revoir !

 

— D onat, c’est fait. Après-demain, tu peux, avec ta femme, disposer de ma maison.

— Oh ! Ça va vite.

— Cyprien et moi, on prendra le train mercredi à l’anse au Roc à dix

heures et demie.

— Je peux vous y conduire en carriole avec Champion. Tu pourras lui

dire au revoir.

— Parfait. Merci.

— Je passe à neuf heures du matin chez toi. Ça te va ?

— Merci. Mèque tu viennes, je te montrerai les coins et recoins de la

maison.

— Dans ce cas-là, c’est mieux que j’arrive au moins une heure avant.

— D’accord. On se revoit. Je retourne au travail chez le docteur.

— À après-demain, Ti-Gars !

— Salut, Donat. En partant, je vais saluer Champion.

— Bonne idée !

Le cheval avait sûrement entendu, senti, deviné la présence de Jean-

Baptiste. Il accueillit son ami avec joie.

— Toi, t’es chanceux. Ils ne t’enverront pas à la guerre comme tant

d’autres chevaux, on a besoin de toi ici au cimetière et puis t’es plus dans ta prime jeunesse. Je vais partir, mon ami, porte-toi bien. Je penserai gros à

toi.

Jean-Baptiste s’arrêta de peur de pleurer. Il se colla contre le cheval. Il

repensa à ce poulain qui tétait la jument dans la prairie près de la grange.

C’était le bon temps.

Le cœur lourd, Jean-Baptiste caressa l’ami fidèle et se rendit chez le

docteur.

 

— Tonine, Armand, je pars après-demain pour la guerre, dit Jean-Baptiste

d’une voix grave.

Tonine serra son chiffon. Elle fixa intensément Jean-Baptiste. Le temps

filait, elle le revoyait arriver mal en point à la maison. Elle l’avait un peu

remplumé, elle l’avait pris sous son aile. Comme un fils et comme les

enfants du docteur, lui aussi, il allait se battre là-bas. Mon Dieu !

— Tu vas rejoindre les fils du docteur. Sois prudent, tu fais ton devoir

pour l’Acadie, confia Armand.

— Oui, pour l’Acadie, parce que le serment à Sa Majesté et à ses

descendants, je l’ai prononcé du bout des lèvres. C’est pas pour eux que je

vais me battre, c’est pour la France et pour l’Acadie. C’est sûr.

— Bon, au travail. J’vais profiter de toi jusqu’au bout. J’ai pu ta force,

moi.

Ils sortirent de la cuisine. Tonine s’assit et pleura.

 

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