Acadissima

Jean-Louis Grosmaire · Chapitre 35 sur 67

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Jean-Baptiste sous les drapeaux 181 ^

Jean-Baptiste sous les drapeaux

 

Fond-des-Brisants,

Cher Jean-Baptiste,

Quel grand plaisir me procure ta bonne lettre !

C’est un immense bonheur pour moi de savoir que quelqu’un m’aime

et me comprend.

Je suis rassurée de voir que tu mènes une vie sans péril à Valcartier.

Ici, chez toi, tout va bien. Ta maison est un havre de paix. Il ne manque

que toi. Quelle excellente idée ils ont eu, tes parents, de bâtir une

demeure en bois rond à cet endroit. Ici, il y a une âme, ou des âmes.

On s’y sent tout de suite chez soi.

Je vais parfois à Piligan rencontrer mon père et ma mère. Mon père

fait preuve d’une patience exemplaire. Ma mère, la pauvre, s’enferme

dans une attitude toujours négative. Rien ne va selon elle. Mon père, le

village, le curé, le magasin général, le temps qu’il fait, moi, tout est

mauvais, pas correct. Mon père, tout comme moi, nous ne savons que

faire. Pour contrer les constantes remarques désobligeantes de

maman, mon père vient de se doter d’une surdité partielle. Cela lui

permet de sélectionner les propos, de laisser glisser les plus nocifs, de

ne répondre que selon son humeur.

Je suis allée voir mère récemment. Elle m’a fait la morale, et elle m’a

fait miroiter combien Bellavance était un bon parti.

Je ne fais que passer quelques minutes et je sors de la maison épuisée.

Père vient assez souvent ici. Il m’aide à faucher, à étendre l’herbe, à la

sécher, à rentrer le foin. Ça lui fait du bien, ça nous fait du bien.

Armand, Tonine, le docteur et sa femme, Donat et même le facteur me

demandent de tes nouvelles. Tous te saluent bien.

C’est juste si Champion ne s’enquiert pas de toi ! Il va bien lui aussi.

Je t’embrasse, ton Angelaine de Fond-des-Brisants.

 

Chère Angelaine,

Merci pour ta lettre et les nouvelles de Piligan.

Ce que tu me dis au sujet de ta mère me touche.

Je vois que tu souffres de ses propos. Que peux-tu y faire ? Ni toi ni ton

père n’êtes épargnés. Est-ce pour ça que les autres enfants ne viennent

presque jamais chez tes parents ?

Pardonne la brièveté de ma lettre, nous apprenons que nous allons

partir, je suppose que c’est vers le Nouveau-Brunswick, mais je ne sais

exactement. Ici, les secrets sont bien gardés.

Continue de m’écrire aux soins du régiment, nous pourrons ainsi

maintenir le contact.

Je t’embrasse, chère amie, avec mes plus sincères salutations à toutes

et à tous.

Jean-Baptiste,

Ton Acadien sous les drapeaux.

 

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