Acadissima
Jean-Baptiste sous les drapeaux 181 ^
Jean-Baptiste sous les drapeaux
Fond-des-Brisants,
Cher Jean-Baptiste,
Quel grand plaisir me procure ta bonne lettre !
C’est un immense bonheur pour moi de savoir que quelqu’un m’aime
et me comprend.
Je suis rassurée de voir que tu mènes une vie sans péril à Valcartier.
Ici, chez toi, tout va bien. Ta maison est un havre de paix. Il ne manque
que toi. Quelle excellente idée ils ont eu, tes parents, de bâtir une
demeure en bois rond à cet endroit. Ici, il y a une âme, ou des âmes.
On s’y sent tout de suite chez soi.
Je vais parfois à Piligan rencontrer mon père et ma mère. Mon père
fait preuve d’une patience exemplaire. Ma mère, la pauvre, s’enferme
dans une attitude toujours négative. Rien ne va selon elle. Mon père, le
village, le curé, le magasin général, le temps qu’il fait, moi, tout est
mauvais, pas correct. Mon père, tout comme moi, nous ne savons que
faire. Pour contrer les constantes remarques désobligeantes de
maman, mon père vient de se doter d’une surdité partielle. Cela lui
permet de sélectionner les propos, de laisser glisser les plus nocifs, de
ne répondre que selon son humeur.
Je suis allée voir mère récemment. Elle m’a fait la morale, et elle m’a
fait miroiter combien Bellavance était un bon parti.
Je ne fais que passer quelques minutes et je sors de la maison épuisée.
Père vient assez souvent ici. Il m’aide à faucher, à étendre l’herbe, à la
sécher, à rentrer le foin. Ça lui fait du bien, ça nous fait du bien.
Armand, Tonine, le docteur et sa femme, Donat et même le facteur me
demandent de tes nouvelles. Tous te saluent bien.
C’est juste si Champion ne s’enquiert pas de toi ! Il va bien lui aussi.
Je t’embrasse, ton Angelaine de Fond-des-Brisants.
Chère Angelaine,
Merci pour ta lettre et les nouvelles de Piligan.
Ce que tu me dis au sujet de ta mère me touche.
Je vois que tu souffres de ses propos. Que peux-tu y faire ? Ni toi ni ton
père n’êtes épargnés. Est-ce pour ça que les autres enfants ne viennent
presque jamais chez tes parents ?
Pardonne la brièveté de ma lettre, nous apprenons que nous allons
partir, je suppose que c’est vers le Nouveau-Brunswick, mais je ne sais
exactement. Ici, les secrets sont bien gardés.
Continue de m’écrire aux soins du régiment, nous pourrons ainsi
maintenir le contact.
Je t’embrasse, chère amie, avec mes plus sincères salutations à toutes
et à tous.
Jean-Baptiste,
Ton Acadien sous les drapeaux.
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