Acadissima
Le cœur en fête
A u terme du fabuleux printemps, le premier depuis son retour au pays, Cyprien proposa une sortie en mer. Il venait de faire l’acquisition d’une chaloupe, il l’avait repeinte et équipée.
Les trois anciens soldats et Angelaine se donnèrent rendez-vous par un
matin radieux sur le bout du quai.
Cyprien était fier de sa chaloupe qu’il appela Doris en souvenir d’une
belle qu’il espérait toujours retrouver afin de naviguer avec elle. Et, sous le
nom de Doris, Cyprien il avait ajouté La Joux des mers.
Le bateau était fraîchement peint avec des couleurs vives. Le drapeau
tricolore avec son étoile d’or battait au vent, bien en vue.
Ils partirent le cœur en fête.
Le vent gonflait pleinement la voile.
— Les gars, faut que je vous dise : ma mère va mieux, elle a
recommencé à ronchonner ! confia Angelaine.
— Contre ton père ? Contre toi ? demanda Cyprien.
— Non, contre des gens de Piligan ! Elle a d’ailleurs raison, certains
sont vraiment médisants.
Jean-Baptiste se pencha vers Angelaine. D’une voix affectueuse, il
murmura :
— À l’horizon, le ciel et la mer se marient. Si nous faisions de même ?
Angelaine, veux-tu que nous voguions ensemble ?
Elle se colla contre l’épaule de Jean-Baptiste, le regarda tendrement et
répondit :
— Oui.
Tous deux restèrent serrés l’un contre l’autre devant la mer lumineuse.
En cette fin de matinée, alors qu’ils évoluaient au large, et que Piligan se
dessinait dans toute sa beauté, avec le clocher, les maisons, la forêt et les
douces montagnes, le visage de Cyprien devint sérieux.
— Recueillons-nous en souvenir de notre regretté Damien. Rendons
hommage à tous les soldats canadiens morts à la guerre. Je salue votre
amour, notre amitié et nous souhaite de longues vies en notre belle Acadie !
FIN
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