Le Manuel Du Serial Killer
LE MANUEL DU SERIAL KILLER – extrait n° 4 - Chapitre 8 : Le quotidien du serial killer : les traces et la traque
Un grain s’abat sur Cambridge et noie soudainement la voiture sous un déluge de pluie et de neige mêlées, soupasse glacée déversée sur nous à pleins seaux.
Le réflexe d’actionner l’essuie-glace reste bloqué dans mon avant-bras gauche. Je ne vois plus grand-chose du paysage urbain qui défile à faible allure. Je quitterai donc Harvard dans un brouillard détrempé. À côté d’une folle qui brandit un flingue.
On nage en plein délire.
LE MANUEL DU SERIAL KILLER
Extrait n°4
Chapitre 8 : Le quotidien du serial killer : les traces et la traque
Malgré toutes les précautions prises pour orienter les enquêteurs vers de fausses pistes et brouiller les traces de celles que vous aurez empruntées (voir chapitre 5), arrivera peut être le moment maudit où les forces de police, locales ou fédérales, seront parvenues à vous identifier, peut être même à vous localiser. Ce moment, il ne tient qu’à vous de le repousser aussi longtemps que possible. Mais s’il survient malgré tout, débutera alors la période la plus terrible et la plus exaltante de votre carrière criminelle : la traque. Celle où vous endosserez le rôle ingrat du gibier.
Avant d’aller plus loin, il convient de ramener une autre légende à un peu plus de réalisme. En effet, nous avons tous en tête ces films hollywoodiens où un seul limier vient à bout de l’esprit suprêmement tortueux d’un génie du mal. À l’autre bout de la chaîne criminelle, quel aspirant serial killer n’a pas rêvé de susurrer, à l’instar d’un Hannibal Lecter prenant son poursuivant dans sa toile : « Bonjour Clarice... ». Face-à-face glaçant, un en sens palpitant, hélas sans rapport avec ce que nous vivons au jour le jour.
Oui, fantasmes que tout cela ! Dans les faits, il est bien rare qu’un représentant de l’ordre, si expérimenté et brillant soit-il, parvienne à capturer l’un d’entre nous sur ses seules capacités. Des dizaines, parfois même des centaines, de professionnels sont mobilisés pour obtenir un tel résultat : policiers de terrain, enquêteurs fédéraux, psychologues et criminologues, profilers, médecins, photographes, légistes, spécialistes en balistique ou en hématologie, analystes spécialisés dans le traitement des empreintes ou des prélèvements ADN, j’en passe et bien d’autres. Chassé par une telle armada, poursuivi par une telle somme de compétences, le serial killer que vous êtes ne pourra prétendre être aussi doué et efficace que chacun d’entre eux. Vous ne disposerez ni des mêmes technologies avancées, ni des gigantesques bases de données et des recoupements infinis qu’offrent celles-ci. Ceci sera d’autant plus vrai que, la traque engagée, vous serez certainement contraint à la fuite, changeant chaque jour ou presque de lieu de résidence, emportant avec vous le minimum.
(...)
En résumé, durant cette période critique où la répartition des forces entre les deux camps sera ô combien inéquitable – eux, leur déploiement indécent de forces et de moyens, contre vous et vos seules jambes –, vous n’aurez d’autre choix que d’appliquer des règles élémentaires de survie en milieu hostile. Une tactique qui se résume en quatre concepts simples, mais que vous ne devez perdre de vue à aucun moment.
1 – Furtif
Pour être difficile à repérer, le fuyard que vous êtes désormais doit laisser, autour et derrière lui, le moins de traces possibles. Portez des gants le plus souvent que vous le pouvez – sans éveiller pour autant les soupçons – et en règle générale dès que vous saisissez un objet que vous serez contraint d’abandonner. Conservez par-devers vous tous les ustensiles, vêtements, récipients et autres sur lesquels il est envisageable que vous ayez laissé un dépôt organique (salive, peau morte, cheveux, sang, sperme, etc.), pour éviter une analyse ADN ultérieure. Cela inclut notamment (liste non exhaustive) : verre, gobelet, couverts, brosse à cheveux ou à dents, mouchoir, gant et serviette de toilette, draps, etc. Tout ce qui ne peut être emporté doit idéalement être brûlé ou enfoui.
Un bon moyen de brouiller les pistes en la matière est de simuler un handicap ou une incapacité passagère, et de vous faire aider d’un tiers pour des gestes aussi banals que d’ouvrir une porte ou porter un verre à votre bouche. (...)
2 – Changeant
D’une certaine manière, ce point-ci participe de la rubrique précédente. Il s’agit cette fois d’effacer non pas les traces physiques de votre passage mais les traces humaines, celles qui s’inscrivent dans la mémoire de ceux que vous croiserez inévitablement. Pour ce faire, il importe que vous soyez conscient des principaux éléments que fixeront chez vous vos rencontres d’un jour ou même d’une seule seconde :
– le sexe ;
– la taille ;
– le type ethnique ;
– la corpulence ;
– la longueur des cheveux et la coiffure ;
– la présence de poils sur le visage (moustache, barbe, pattes) ;
– la forme générale du visage (rond, carré, ovale, etc.) ;
– la présence d’accessoires sur le visage (lunettes, piercings).
Voilà pour l’essentiel. Cous conviendrez avec moi que, s’il est assez difficile de modifier radicalement les trois premiers attributs, tout le reste ou presque peut faire l’objet de transformations quasi quotidiennes.
Les observateurs les plus attentifs, ou qui bénéficieront de plus de temps pour vous détailler, pourront aussi se souvenir de :
– la forme du nez ;
– la densité des sourcils (plus ou moins fournis) ;
– l’épaisseur des lèvres (plus ou moins charnues) ;
– un autre élément caractéristique: grand front ou petit front, forme ou inclinaison des yeux, strabisme, rides, taches de rousseur ou de naissance, taille et forme des oreilles, menton proéminent ou fuyant, double menton ou goitre, présence de tatouages, etc.
Contrairement à une idée reçue, les notions de couleurs sont peu mémorisées et demeurent très relatives. En particulier, la couleur des yeux, qui, sauf cas exceptionnel, marque peu les observateurs.
(...)
Ainsi, en gommant ET en ajoutant chaque jour certains détails à votre physionomie, parviendrez-vous à semer derrière vous suffisamment de confusion. À cet effet, pensez aussi à piocher dans la vaste panoplie des anomalies liées à la silhouette ou à l’attitude corporelle, au repos comme en mouvement : épaules rentrées, démarche singulière ou claudication, usage d’une canne, tics divers, etc. (...)
3 – Mobile
Le traqué se fourvoie bien souvent en adoptant l’une de ces deux stratégies extrêmes, vouée l’une comme l’autre à l’échec : la planque ou la fuite ininterrompue.
Une planque, même au beau milieu des bois, finira toujours par être repérée et prise d’assaut. Quant à la cavale permanente, elle présente le double défaut de vous épuiser et de multiplier les occasions de rencontres et de dépôt de traces involontaires en chemin.
Néanmoins, il convient de rester mobile. De ne pas être là où vous avez pu être repéré la veille, ni le matin même. La nuit constituant un temps de vulnérabilité accrue, je vous conseille de vous déplacer quand les autres dorment puis de vous reposer au petit matin, lorsqu’ils reprennent leur activité. Ainsi, sur une période de vingt-quatre heures, un bon rythme consistera à dormir entre 4 ou 5 heures du matin et 9 heures. Puis à vous déplacer entre 10 heures et 16 heures. À nouveau une plage de repos entre 17 heures et 21 heures. Pour reprendre enfin la route vers 22 heures jusqu’à votre prochain arrêt dodo. Les arrêts longs vous permettront de procéder aux modifications d’apparence évoquées plus haut. Ainsi, au bout de trente-six heures révolues, et dans le pire des cas, aurez-vous été vu dans trois lieux et sous trois apparences sensiblement différents. Bien malin qui pourra ces trois identités. (...)
4 – Décideur
Un chasseur qui poursuit sa proie avec assez de ténacité, mais surtout assez de monde et de moyens techniques à sa disposition, parvient presque toujours à ses fins. D’un point de vue strictement moral, c’est déplorable, mais c’est ainsi. Ce n’est pas un tueur tel que moi qui viendra s’en plaindre.
Aussi vient un temps où le serial killer traqué doit cesser de subir l’hallali et au contraire reprendre l’avantage. Il ne doit plus se contenter de fuir là où le hasard et la peur le poussent, mais choisir lui-même le terrain de la poursuite, voire celui de la confrontation, dès lors que celle-ci apparaît inévitable. À lui d’attirer le chasseur là où il aura l’avantage.
OceanofPDF.com