Le Manuel Du Serial Killer

Frédéric Mars · Chapitre 60 sur 62

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Le Manuel Du Serial Killer

Notes additionnelles du Dr William Adamson, psychiatre-chef au FMC Devens, au dossier médical de Jesse Floyd Pomeroy - Devens, le 1er novembre 2012

Notes additionnelles du Dr William

 

Adamson, psychiatre-chef au FMC Devens,

au dossier médical de Jesse Floyd Pomeroy

 

Devens, le 1 novembre 2012 er

 

Il y a bien une aiguille plantée dans la veine de son bras gauche.

Mais cette fois nous ne sommes plus dans mon bureau. Son corps inanimé a été transporté par Troy et Bradley en salle d’exécution. Ce réduit aux murs couleur vert amande, dont la seule évocation fait frémir d’horreur les autres détenus. D’ailleurs, il est niché dans un recoin du centre dont nous ne sommes qu’un nombre très limité à connaître l’accès.

Troy étant habilité à opérer les injections létales – chose qu’il n’a pratiquée qu’une seule fois depuis son arrivée dans l’établissement, il y a près de vingt ans –, il applique à la lettre le protocole tel que défini dans le Code pénal fédéral quand ce mode d’exécution est retenu. On dirait qu’il fait ça tous les jours, et pourtant il n’a plus touché à ce maudit matériel depuis dix ans. Il doit encore se souvenir de la dernière fois. C’était déjà un 1 novembre. En 2002. er

Lorsque Jesse recouvre ses esprits, très brièvement, il est solidement sanglé au fauteuil, la pointe du cathéter plantée dans le pli de son coude. Pour ma part, j’ai quitté la pièce pour rejoindre la poignée de spectateurs réunis de l’autre côté de la vitre sans tain. Sont présents pour l’occasion, assis dans la pénombre, sur quelques chaises en plastique orange : l’honorable juge Archibald Sawyer ; le capitaine du Boston PD, Joseph Kennedy ; le directeur du centre, Samuel Browning ; le docteur en psychiatrie Sophie Harris, mon assistante ; et moi-même, Dr William Adamson.

L’Atarax qui circule dans son sang doit encore faire son effet, car Jesse entrouvre à peine les yeux. Il ne semble pas réaliser ni où il se trouve exactement, ni ce qui se déroule autour de lui. Pour lui. En lui.

Les gestes de Troy sont doux, silencieux et précis. Sur un mot de Sam Browning dans le petit haut-parleur accroché dans un angle de la pièce, il ouvre le minuscule robinet qui libère la première des trois substances utilisées : le pentobarbital, anesthésique puissant, remonte le tuyau transparent jusqu’au cathéter. En une vingtaine de secondes, il plonge à nouveau Jesse dans un état d’inconscience manifeste.

Troy peut alors actionner le deuxième robinet, celui du bromure de pancuronium, un toxique de la famille du curare qui paralyse les muscles du sujet.

Mission accomplie : Jesse est parfaitement inerte, maintenant. Il est plongé dans une sorte de sommeil profond. Il ne sent plus rien. Et surtout pas la montée dans ses veines du troisième liquide, le principe actif de l’exécution, le chlorure de potassium, qui provoquera l’arrêt cardiaque fatal.

Troy laisse s’écouler près de cinq minutes, le regard fixé sur les constantes vitales du sujet telles qu’elles apparaissent sur l’écran de monitoring placé sur une table roulante, à droite du fauteuil. Cinq interminables minutes au cours desquelles aucun d’entre nous ne prononce le moindre mot. Un bip prolongé et presque discret signale enfin l’arrêt du cœur. Celui-ci intervient sans que rien sur le visage ou dans l’attitude du condamné ne le laisse transparaître.

Puis filent encore une soixantaine de secondes avant que le garde n’annonce à voix haute, à notre intention :

— C’est fini. Je note que le condamné est mort ce jour, jeudi 1er novembre 2012, à 20 h 37.

Jesse Floyd Pomeroy n’est plus. Il est mort comme il a tué lui-même : par empoisonnement.

Avant que son corps ne soit évacué, je songe à certaines pages du Manuel. À leur manière, son père et lui ont fait de nous des meurtriers en série : ils se sont Révélés à nous ; nous ont ensuite fourni les éléments nécessaires à leur condamnation, puis leur exécution, au cours d’une longue phase d’Apprentissage – dix ans, dans le cas de Jesse ; pour créer à la fin cette étrange intimité, ou Partage, qui nous a conduits jusqu’à cette ultime minute. Jusqu’à nous repaître de sa fin.

Sawyer, Browning, Kennedy, moi… Nous sommes tous des Jason et des Jesse Pomeroy.

 

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