Underground T4 : Verity

Emilia Robinst · Chapitre 10 sur 62

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Underground T4 : Verity

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CHAPITRE 7

 

CONNOR

 

Dix ans…

Novembre 2009.

Il est à peine huit heures du matin lorsque les éclats de rire de Debbie me sortent de ma transe. Allongé sur mon lit, les yeux rivés au plafond, habillé des fringues de la veille, je tire sur ma clope, essayant de ne pas tenir compte de ce qu’il se passe dans la chambre de mon grand frère.

Putain, je suis sûr que cet imbécile lui a sorti le grand jeu. « T’es la femme de ma vie »… « Il n’y a que toi que j’aime »… « Je pourrais crever pour toi »… bla-bla-bla… tout ça pour lui faire avaler la pilule sur ses infidélités. « L’amour et le sexe sont deux choses différentes »... Mon cul, ouais !

Tu peux avancer ça à qui tu veux, Gaylord, pensé-je. Mais certainement pas à moi.

Ce genre d’excuses à deux balles, c’est bon pour la nana insignifiante, pas pour celle qui est censée représenter toute ta vie.

Agacé, je me passe une main sur le visage, puis j’attrape mon oreiller pour le coller sur ma tête.

Les rires de Debbie continuent de résonner dans mon crâne. Je suis à deux doigts de leur dire de la fermer lorsque sa gaieté s’estompe. Néanmoins le silence n’est que de courte durée. Le calme de ma chambre est dérangé par quelques gémissements suaves, doux, un peu rauques. Le genre qui ne laisse aucun doute possible quant à ce qu’elle fabrique avec mon frère. Le genre que j’aurais aimé entendre au plus près de moi… le genre qui me file la trique.

— Bordel, grimacé-je en serrant l’oreiller plus fortement.

Et dire que j’aurais pu être à la place de Gaylord. Là, entre ses cuisses que je sais si douces, bien au fond de sa petite chatte toute chaude. En plus, je l’ai été… une fois, certes, mais j’ai été à sa place.

Naïvement, je pensais avoir gagné ma plus belle victoire. Après tout, pourquoi aurais-je dû me méfier ? Debbie Briant est la nana que j’aime depuis mes douze ans, depuis qu’une après-midi, Gaylord l’a ramenée à la maison pour réviser leurs cours de chimie. Tu parles. Il a passé plus de temps à l’embrasser, les mains sous sa robe plutôt qu’à vérifier la nomenclature des molécules !

— Mmmmh… Gaylord… oui…

J’enfonce ma tête sous l’oreiller, maudissant cette baraque pour avoir des murs aussi épais que du papier à cigarettes.

Évidemment, mon cerveau s’amuse à mettre en lumière quelques-uns de mes souvenirs avec Debbie.

Je la revois sur le perron de la maison, un soir où j’étais tout seul. Avec sa petite robe en dentelle, sa veste en jean et ses longs cheveux caramel. Elle aurait pu être parfaite si des larmes ne ravageaient pas son visage, donnant à ses yeux une couleur bien trop rouge pour éviter d’en parler.

Je me rappelle m’être demandé ce qu’avait bien pu faire Gaylord pour mettre sa nana dans un tel état, sachant que Debbie était au courant de ses petites manies dans son vestiaire, les soirs de combats, ou pendant ses temps de « récupération » au Salon – cet espèce de bar à strip-tease où Gaylord aime bien aller lorsqu’il doit décompresser.

Connaissant mon frangin, je m’attendais à des histoires de cul, des messages cochons, le nom d’une nouvelle pétasse qu’il se soulève en catimini. Je n’avais aucun doute qu’elle me sortirait l’une de ces raisons-là. Du moins, jusqu’à ce qu’elle m’avoue avoir lu ses SMS. Visiblement, le coup du petit cœur envoyé à l’une de ses putes n’a pas du tout été au goût de Debbie.

Ce petit loupé aurait pu, aurait dû même, représenter mon moment de gloire. J’étais persuadé que Debbie allait enfin comprendre que son histoire avec Gaylord ne pouvait pas continuer, que j’étais le seul à pouvoir la rendre heureuse. Après tout, je voyais leur relation aller droit dans le mur, et je savais ce dont Debbie avait besoin, même si elle ne voulait pas se l’avouer.

Après, tout ne s’est pas déroulé comme je l’aurais désiré…

Debbie a sorti cette putain de bouteille de vodka de son sac à main. Elle en a bu presque un tiers. Toute seule. Je l’ai écoutée parler, pleurer, se plaindre, pendant près d’une heure. C’est vrai, je l’ai pas mal aidée à la finir en lui servant des verres, mais ça avait l’air de l’apaiser. Puis, sans même que je m’en rende compte, sans même que je comprenne comment, elle était assise sur moi, sans robe, sa bouche rivée à la mienne. « J’en ai marre de passer après ses putes… » m’avait-elle murmuré, les yeux toujours aussi rouges. « Pour une fois, je veux être la première pour un homme ».

J’étais censé faire quoi ? La repousser ? Pourquoi ? Pour quelle putain de raison ? Parce que c’était, soi-disant, la nana de mon grand frère ? Non… désolé, en amour y’a pas de famille qui tienne. Il a eu sa chance avec Debbie, et il l’a gâchée. À plusieurs reprises. Alors, évidemment, j’ai sauté sur l’occasion. Je me suis lâché. Je voulais lui faire comprendre que pour moi, elle comptait. Vraiment. Que je n’avais rien en commun avec Gaylord. Ouais, j’aime les femmes et le sexe. Mais Debbie reste en haut de ma liste.

Je l’ai embrassée jusqu’à en perdre haleine. Entre verres de vodka et joints, j’ai profité de chaque centimètre carré de sa peau. J’ai touché ses cheveux, sa bouche, léché ses seins, enlacé ses cuisses, mordillé son ventre. Je l’ai baisée avec mes doigts, avec ma langue. Jamais une chatte ne m’a paru aussi douce. Je l’ai fait gémir, soupirer, susurrer. Elle m’a même supplié de lui glisser un troisième doigt… Puis… je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Le fameux verre de « trop » sans doute. Celui où on se dit « ça passe ou ça casse ». Et là… ça a cassé. Carrément. Elle s’est remise à pleurer, m’a repoussé. À m’accuser en me disant que c’était mal ce que l’on faisait, ce que je faisais. Merde, c’est elle qui a commencé, putain ! Elle n’arrivait plus à articuler… à garder les yeux ouverts. Elle voulait arrêter.

Les minutes passaient, et je sentais son corps s'affaisser sous le mien, contre le matelas. Elle devenait inerte. Même sa voix l’était. « Laisse-moi… tu me fais mal ». Je me demande bien comment, moi qui ne cherchais que son plaisir, que son bonheur. « Arrête… s’il te plaît ». J’entends encore son timbre, rauque et suppliante. Puis ses mains qui me repoussent au niveau des épaules. « Connor, arrête ! ARRÊTE ! »

Je ferme les yeux, l’oreiller tellement enfoncé sur ma tête que ma respiration se coupe.

Je ne pouvais pas… parce que j’avais trop envie d’elle. Et quand on commence, on termine. Peu importe de quoi il s’agit. Sauf que je n’aurais jamais imaginé qu’elle me détesterait autant, ni que, neuf mois, plus tard, j’allais devoir être « l’oncle » de mon fils, et que Debbie serait encore plus dévouée à Gaylord qu’auparavant.

À bout de souffle, je jette l’oreiller à travers ma chambre et me lève d’un bond du lit avant de traverser la pièce comme une furie. J’en ai ras le cul de les entendre, de l’autre côté du mur ! Je referme violemment la porte derrière moi, espérant qu’ainsi, ça les fera prendre conscience, trente secondes, qu’on est plusieurs à vivre dans cette baraque.

Je descends l’escalier, direction la cuisine pour me servir un café. J’en profite pour m’allumer une nouvelle clope et claquer la tête de mon petit frère de onze ans, assis sur le canapé en train de trier ses affaires pour partir au collège dans dix minutes.

— EH ! C’est chiant quand tu fais ça ! me lance-t-il, ses yeux bruns m’envoyant des éclairs. Je suis pas ton punching-ball !

— Dommage, minus !

Je lui adresse un clin d'œil, puis ferme la porte de la cuisine derrière moi. J’ai terriblement envie d’un café, d’œufs brouillés et de bacon. Faut que je bouffe ! C’est sans compter sur la tornade rouquine que je heurte, à peine arrivé.

— C’est trop la merde, je me suis plantée dans mon emploi du temps, me lance ma petite sœur en enfilant la veste de son uniforme. Je pensais qu’on était en semaine A alors qu’on est en B et mon cours d’anglais commence dans vingt minutes. Faut que tu m'emmènes au lycée !

Je me mets à rire en ouvrant la porte du frigo.

— T’as cru que j’étais ton chauffeur, sérieux ?

— S’il te plaît, Connor ! Maman a pris son service à l’hôtel une heure plus tôt pour aider une collègue et le prochain bus est dans treize minutes. Je vais être en retard. Vraiment !

— Et… ? C’est pas mon problème.

— Allez ! Tu peux faire ça pour moi ? En plus, ce soir, j’ai trois heures d'entraînement ! Je vais sûrement devoir rentrer en bus parce que Gaylord combat et qu’il ne pourra pas venir me chercher. À moins que tu…

— Non ! Même pas en rêve ! J’ai ma soirée de prise ! la coupé-je en sachant très bien qu’elle allait me demander de la récupérer. T’as seize ans, Coleen. T’es en âge de conduire !

— Ah ouais, et la voiture, je la trouve où ? Tu vas me la payer, peut-être ?! rétorque-t-elle en me fusillant de son regard vert.

Avec son uniforme de bourge, ses longs cheveux rouges remontés en une haute queue-de-cheval, ma petite sœur a presque l’air normale. Du moins, elle ne ressemble pas à une boxeuse du top 5 USA, en poids mouche.

— Non, je suis occupé ! Démerde-toi.

— À faire quoi ? À t’entraîner ? Ou à vendre ta drogue ?

Je claque la porte du frigo et me retourne vers elle, menaçant.

— T’as dit quoi, là ?

— Tu crois que je ne sais pas ce que tu fous de tes soirées ? me lance-t-elle sur un ton de reproches.

Pitié, on dirait notre mère.

— T’es sorti de taule il n’y a même pas un mois, Connor… Je pensais que tu devais te tenir à carreau ? continue-t-elle, les mains sur les hanches.

— De un, j’ai pas de comptes à rendre à ma petite sœur ; de deux, je me tiens à carreau ; et de trois, ça ne te regarde pas, Coleen.

Elle soupire, puis s’humecte les lèvres avant d’attraper son sac de cours qu’elle balance par-dessus son épaule avec une insolence qui mériterait un coup de pied au cul. Princesse de cette famille ou non.

— Pourquoi tout est toujours compliqué avec toi, hein ?

— Je te retourne la question. Tu peux pas la boucler et jouer à la sœurette bête et naïve, deux minutes ?

— Et toi, tu peux pas incarner le frère sympa qui a décidé de reprendre sa vie en main ?

— C’est ce que je fais, dis-je en lui adressant un grand sourire hypocrite. J’ai rendez-vous ce matin avec mon agent de probation ; cet après-midi, j’ai un rencard ; demain soir, je monte sur le ring de l’Under pour la première fois… donc tu vois, tu as devant toi un nouvel homme !

— Ouais… je ne suis pas convaincue, c’est normal ?

— Ça, c’est parce que t’es trop chiante, Coleen.

Au diable le petit déjeuner de rêve. J’attrape le jus d’orange et quitte la cuisine, la voix de Coleen résonnant derrière moi.

— Eh, pour le lycée je fais comment ?

— Tu te démerdes, t’avais qu’à aller à Pill Hill comme tout le monde. Tu aurais eu cinq minutes de marche au lieu de cinquante.

Je retourne m’enfermer dans ma chambre, ravi d’avoir enfin le silence. J’ouvre ma fenêtre, m’assieds sur le rebord et tire sur ma clope avant de boire une gorgée de jus à même la bouteille. Je m’apprête à récupérer mes écouteurs lorsque mon téléphone bipe.

Avec un petit rire nerveux, je découvre le SMS que ce fils de pute de Parker Adams m’a adressé :

#Faut qu’on parle !

J’arque un sourcil. Lui, parler ?!

#Je te savais pas d’humeur causante, envoyé-je en coinçant ma clope entre mes lèvres.

#Je veux que tu lâches l’affaire avec Vikki. Tu vas la détruire ! Oublie-la. Je suis sérieux, mec. Je te le dirai pas deux fois.

J’hallucine. Ce mec, c’est vraiment une enflure ! Non seulement, il m’expédie en taule en balançant mon business aux flics, mais, en plus, il m’interdit de voir ma copine ? Je crois qu’on ne s’est pas très bien compris, lui et moi.

#Quoi ? Toi aussi, tu veux la baiser ?

#Je vis chez ses parents, c’est comme si c’était ma sœur. Je te jure que si je revois ton cul à moins de cinquante mètres d’elle, je t’écrase !

#T’inquiète pas pour son cul, Adams… je compte bien mettre le moins de distance possible entre lui et ma bite !

Je ricane en lui adressant ce dernier SMS. 

Parker, c’est de la dynamite. Il peut exploser d’une minute à l’autre, du moment qu’on allume la mèche. Et sans trop m’envoyer de fleurs, je pense que je viens de l’attiser.

C’est avec cette petite pensée positive que je récupère ma corde à sauter et mes gants de boxe pour descendre m’entraîner au sous-sol. Après tout, demain, je figurerai parmi la liste des fighters de l’Underground. Et j’ai un milliard de choses à prouver en gagnant mes combats. À Gaylord, à mes parents, à ma sœur… à Debbie. À tout le monde. Je ne peux pas me planter.

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