Underground T4 : Verity

Emilia Robinst · Chapitre 16 sur 62

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Underground T4 : Verity

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Chapitre 13

 

 

Coleen

 

De nos jours…

Alanguie sous les draps, encore dans un état de semi-sommeil, j’entends toujours les hurlements autour du ring et les basses de la musique électro résonner dans mes oreilles.

Hier soir, c’était le grand retour du loup solitaire du Michigan dans la cage de l’Underground, sous la bannière de l’Illinois. Je ne pensais pas que Chicago pouvait égaliser New York quant au retour de leur chouchou dans la ligue, néanmoins, depuis le départ du Constrictor, il faut bien avouer qu’Oméga est resté numéro un sur le territoire des Grands Lacs.

Je m’étire mollement sous la couette, bras au-dessus de la tête avant de me laisser retomber dans le lit. La pommette posée sur l’arrondi de son épaule, je me love contre Parker, allongé sur le ventre, dont la respiration, lente et fluide, me prouve qu’il est encore au pays des rêves.

Je me redresse sur un coude, posant ma main au milieu de son dos. Je glisse sur sa belle peau bronzée, butant sur chacun de ses muscles saillants, à la recherche d’un quelconque hématome suite à ses combats d’hier soir. Hormis quelques traces rouge vif au niveau de ses trapèzes, en raison de mon excitation à jouir deux fois en moins de dix minutes, mon homme est nickel. Pas une seule blessure pour cette reprise ! Il faut dire aussi qu’il n’a combattu que trois fois. L’époque où il montait neuf ou dix fois dans la cage est révolue. À présent qu’il est Legender, il ne se bat plus autant. Les Sharks – du moins la plupart – veulent le garder au sommet de sa forme pour la tournée. En revanche, chacune de ses apparitions sur le ring est grandiose.

Je repense à l’effervescence dans l’Under… Pour un vendredi, il y avait du monde, mais ce soir, nous sommes samedi, jour où la ligue fait son plus gros chiffre. Il y a trois fois plus de spectateurs ou de téléspectateurs, le double de photographes et reporters, sans oublier le nombre de fighters qui se décuple. D’ailleurs, Parker a cinq combats. Trois officiels qui comptent dans les points que les Legenders doivent accumuler durant la pré-saison pour valider leur présence à New York, en septembre, première date clef de la prochaine tournée ; et deux officieux… C’est-à-dire que mon mâle se retrouvera devant deux petits jeunes venus tenter leur chance dans l’Underground. La ligue aime bien aligner leurs plus grosses pointures face à des newbies complètement paumés, qui espèrent se faire une place parmi leurs idoles.

Il y a deux ans, Gabe faisait partie de ces jeunes. Par cruauté ou par vice, qu’en sais-je, Connor l’y avait inscrit de force après avoir bourré le crâne de notre frère sur ma relation avec Parker. Si mon homme n’avait pas été là, s’il n’avait pas été celui qu’il est, je crois qu’aujourd’hui, Gabe serait de la chair à canon. Oméga s’est couché pour lui. Pour moi. Et ça, personne dans ma famille n’est prêt à l’oublier. Même si mes parents mettent toujours un point d’honneur à se tenir bien loin de l’Underground et de tout ce qui se rapporte à la ligue.

Je m’étire une nouvelle fois, le corps encore courbaturé après notre fin de nuit plus que mouvementée, lorsque je sens un bras musclé s’enrouler autour de ma taille. Une grande paume, toute chaude, un peu calleuse, agrippe ma fesse pour me rapprocher au plus près d’un corps brûlant. Là, nichée contre Parker, je profite de ce doux moment pour lui caresser les cheveux. Malgré ses petits ronflements, sa main ne lâche pas mon derrière.

— Mmh, grogne-t-il en enfouissant son nez dans ma gorge, ce qui me fait sourire.

Je continue de le cajoler, jusqu’au moment où San se réveille. Ses cris de bébé me font tourner la tête vers la porte, entrouverte, de notre chambre.

— Elle pleure… marmonne Parker tandis que je m’extirpe de ses bras protecteurs.

— Je sais. Dors mon loup, murmuré-je en déposant un tendre baiser sur la base de sa nuque. Je m’occupe de notre fille.

— Mmh… OK…

J’esquisse un sourire en le voyant attraper son oreiller pour le mettre sur son crâne.

Que cela soit Parker, ou Oméga, ils sont tous les deux un père extraordinaire. Au seul bémol que, comme tous les grands insomniaques, quand il dort, il dort vraiment. Il lui faut un quota de cinq heures consécutives de sommeil. Sinon, rien ne va plus. Surtout le lendemain de combats où son corps a besoin de se régénérer au maximum. 

J’attrape un kimono en coton bleu pâle, referme les lanières autour de ma taille et pars récupérer San. Habillée d’une barboteuse licorne – cadeau de Debbie – ma petite princesse me fait de grands signes de bras tout en rugissant comme un louveteau pour m’interpeller. Comme si je pouvais passer à côté d’elle sans la voir… Impossible.

— Eh, bonjour, mon ange, murmuré-je en la prenant dans mes bras. Comment ça va, ce matin ? Tu as plutôt bien dormi cette nuit, j’ai l’impression, hein ?

En affamée qu’est San, elle se jette sur moi, attrapant les pans de mon kimono de ses petits poings fermés.

— Quelle gloutonne ! m’exclamé-je en lui embrassant le front malgré ses grognements de bébé de treize mois. Attends, deux secondes. On va s’installer.

Je retourne dans ma chambre, grimpe sur le lit et me cale contre les oreillers, San coincée entre ma poitrine et mes jambes repliées. Je la positionne confortablement au sein, puis récupère mon portable pour checker mes mails de boulot. Il est à peine sept heures du matin. Jack a dû laisser le petit déjeuner dans le frigo, hier soir en partant, sachant que le reste de l’équipe n’arriverait pas avant onze heures. J’ai largement le temps de m’occuper de San.

Pendant qu’elle tète, je vais sur le site de l’Under pour regarder les derniers commentaires ou vidéos, mis en ligne cette nuit. Tout en caressant le front de ma fille, Parker continuant de dormir profondément à mes côtés, je rentre mon identifiant Louve-d-Omega ainsi que mon mot de passe, san.mary.coleen.adams, pour accéder à mon compte. Je vérifie les prochains adversaires d’Oméga : Maastricht, Gunter et un dénommé Vlad, que je ne connais pas. Les deux premiers, Parker a déjà eu l’occasion de les coller au tapis la saison dernière. Quant au troisième, il vient du sud de l’État. Un coup d’œil sur son profil m’informe qu’il est dans le top 30. Je regarde ses quotes-parts. Elles sont plutôt bonnes, bien moins que celles de mon mâle, annoncé à 99 %... Je suis encore étonnée qu’on ne l’indique pas victorieux à 100 %.

Je repose mon portable sur la table basse, puis change San de sein. Je grimace lorsqu’elle me pince le téton en raison de sa précipitation à manger.

— Doucement, ma puce, murmuré-je en lui caressant ses petites boucles ébène.

Je ne sais pas combien de temps je l’observe – sans doute de très longues minutes –, mais je pourrais y passer bien plus. Au bout d’un moment, enfin rassasiée, elle se rendort entre mes bras, comme elle le fait souvent après la tétée du matin. Je la glisse sous les draps, puis pose ma tête tout près de la sienne. Son souffle effleure mon nez. Je souris bêtement et embrasse de nouveau son front.

Je profite qu’elle dorme, bien au chaud contre son père, pour m’éclipser dans la salle de bains. Je prends une bonne douche froide, histoire de me remettre les idées en place. Habillée d’un short de sport et d’une brassière sous un long débardeur rose, je vais en cuisine pour sortir du frigo le petit déjeuner de Parker. Il y a un super cocktail multivitaminé, des pancakes à la myrtille et un bol de muesli. Je pose tout ça sur un plateau avant de lancer un peu de musique dans le salon. Je fais quelques œufs brouillés en plus, tout en buvant mon café, puis je ramène le tout dans la chambre.

Dans le lit, mon homme est toujours allongé sur le ventre, la tête sous l’oreiller. Ce même oreiller que San est en train de pousser, le rire aux lèvres.

— Mmh… Qu’est-ce que tu me veux, minus ?! grogne Parker en se tournant vers sa fille qui lui grimpe dessus.

Épaulée contre le chambranle de la porte, le plateau calé sur la hanche, j’observe les deux amours de ma vie.

— Ta mère devait pas s’occuper de toi ? marmonne Parker en attrapant sa fille pour l’asseoir sur son torse, face à lui.

Il passe ses grands doigts dans ses minuscules boucles avant de lui caresser doucement son petit nez rond, ce qui la rend encore plus hilare.

— Je l’ai fait, réponds-je en arrivant près d’eux. Elle a déjà mangé, et toi, je t’ai même ramené le petit déjeuner.

— Eh bien…

J’embrasse San sur le front, puis glisse mon index sous le menton de mon homme pour le lui relever et ainsi capturer ses lèvres des miennes en un doux baiser.

— Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter tant d’attention ? me demande-t-il, un sourire malicieux en coin.

— Une petite insomnie entre deux et quatre heures du matin.

Ma réponse est accompagnée d’un clin d’œil.

— Ah… je vois.

— Oui, tu vois très bien, je n’en doute pas.

— En même temps, avec une femme pareille dans mon lit, comment veux-tu que je résiste ? se dédouane-t-il alors que je récupère San dans mes bras.

Il attrape deux pancakes qu’il dévore en quelques secondes, son regard métallique planté dans le mien, tel un signe de défi.

— Je t’ai jamais demandé de résister, confirmé-je, en lui piquant, à mon tour, une crêpe.

Je lui lance un petit baiser dans les airs, puis tourne les talons pour aller changer San.

— Coleen Lincoln, tu sais que je déteste quand tu fais ça !

— Quand je fais quoi ?! m’exclamé-je faussement en l’observant par-dessus mon épaule.

Allongé sur le côté, les draps blancs contrastant avec sa belle peau caramel, Parker me lance un regard entendu au travers de ses longs cils noirs.

— Partir en balançant ton petit cul de droite à gauche, là… en particulier lorsque tu portes notre fille et que je ne peux pas te sauter dessus !

Je lui adresse une moue des plus badines.

— San dort chez mes parents ce soir, donc je pourrai « balancer mon petit cul de droite à gauche » toute la nuit…

Mon regard doit en dire long, tout comme mes fesses qui s’agitent avec suggestivité, sur notre prochain programme nocturne, post-combats, car Parker lève les yeux au ciel en lâchant un petit rire nerveux. Il se passe une main excitée dans les cheveux tandis que je quitte définitivement la chambre.

***

La musique résonne à fond dans toute la salle de sport.

Alignés sur deux rangs, le corps en sueur, le souffle court et les joues écarlates, nous sommes tous en train de subir l’assaut effréné de Dennis qui,

en tant que préparateur physique, nous a concocté un méga 1 HIIT de

quarante minutes pour, sans aucun doute, nous achever.

— Allez, un peu de nerfs, là ! nous encourage-t-il, hilare, la casquette posée à l’envers sur sa tignasse blonde et bouclée. Plus vites tes burpees, Birmingham !

Stan est tellement trempé que son tee-shirt paraît sortir de la machine à laver.

— Mec… attends la fin de… l’entraînement et je te jure… que je te botte le cul, râle-t-il en continuant pourtant l’exercice.

Il se relève, plie sur ses deux genoux, saute, puis redescend en pompe à grande vitesse. À ses côtés, Dennis fait de même. Il est rapide, obligeant Stan à suivre le rythme. Derrière eux, Sabrina a déjà rendu l’âme. Ma meilleure amie est allongée sur le dos, bras et jambes écartés. Habillée en rose fluo, la couleur de ses fringues rappelle celle de ses joues. Normalement, sa peau brune lui évite toute trace de rougeur, mais là, elle doit vraiment en chier.

— Je… vais crever… putain, souffle-t-elle.

— Allez, Sabrina, bouge-toi. Fais… honneur à la gent féminine, lance Stan tandis que je lève les yeux au ciel.

— Eh, je suis… toujours dans le game ! m’exclamé-je, essoufflée, en redescendant tout de même sur mes bras pour faire une pompe avant de sauter sur mes deux pieds pour me redresser, et recommencer l’exercice, encore et encore.

— Ça, c’est parce que tu mates le cul de ton mec ! me lance Dennis en venant se remettre sur son propre tapis de sport, face à nous.

Entre deux burpees, Parker m’adresse un regard faussement choqué par-dessus son épaule. Ses cheveux sont collés à ses tempes. Tout son système vasculaire ressort au niveau de son cou et de ses avant-bras en raison de l’effort cardiaque intense qu’il fait depuis plus de trente-cinq minutes.

— Quoi ?! J’ai pas le droit de… me servir de toi… pour me motiver ?! m’étonné-je en bougeant mes sourcils pour simple provocation.

— On parle pas… de sexe… pendant les… HIIT ! nous rappelle Jodie, aussi rouge qu’une tomate.

Sur ma gauche, elle peine à faire ses burpees. Elle en finit un quand Parker en fait quatre et que nous autres, commun des mortels, nous en faisons deux. Enfin deux pour moi, trois pour Stan et Dennis. Je ne compte pas Sabrina. La pauvre gît comme une âme esseulée sur son tapis.

— Allez, on change, quarante-cinq secondes de jumping jacks, annonce Dennis en regardant sa montre.

— Je vais… crever, marmonne Jodie.

Moi, je profite de la « facilité » de l’exercice pour tenter de réguler mon souffle.

— Bah sinon, fous-toi derrière… Coleen et Sabrina, ça devrait…. te motiver ! ricane Stan tout en sautillant, pieds écartés puis serrés, les bras suivant le rythme au-dessus de sa tête.

— Plus que de… voir vos culs… en tout cas ! râle-t-elle. Ils sont inintéressants pour ma… personne.

— Solidarité féminine, je veux bien… te servir… de… carotte, rit Sabrina, le souffle irrégulier, en lançant un petit clin d’œil à Jodie.

La musique continue de battre son plein, en rythme avec nos souffles tronqués.

— Autant le plan à trois… ça me tente bien, autant que la troisième soit Jodie, ça me… bloquerait un peu ! explique Dennis, tout en continuant l’exercice.

— QUOI ?! Je… t’emmerde ! lâche cette dernière vexée, ce qui m’amuse.

— Je crois qu’il parlait de ta… personnalité, précisé-je. Tu connais tous ses petits secrets, je te rappelle. Il risquerait d’avoir… une panne.

— Merci, lance Dennis en me montrant de la main. Enfin quelqu’un qui me comprend.

— En même temps, c’est pas… souvent… très clair ce que tu dis… chéri, intervient Sabrina en agitant ses bras au-dessus d’elle. Et pour ta gouverne, personnellement, je me sentirais…. plus à l’aise avec une fille que… je connais et que j’estime.

— Bah, parfait… demande à Coleen, alors ! balance Jodie, hilare.

Cette fois-ci, je vois les épaules de Parker tressaillir. Dennis annonce le nouvel exercice. Le squat jump.

— Sérieux, vous voulez faire un plan à trois ? demande Parker à Sabrina en la regardant comme si elle était folle.

Je prends note qu’à l’inverse de nous tous, il n’est absolument pas haletant, ni même dyspnéique.

— Mais non ! s’exclame ma meilleure amie tout en faisant de simples squats.

Eh, Miss Curtis, les jumps, ils sont où ?

— Bon, fermez-là et descendez sur vos genoux ! râle-t-il. De toute façon, moi vivant, ma gonzesse ne fera aucun plan à trois.

— Elle en fait déjà… toutes les nuits avec… Parker et Oméga !

Ah oui, ça, c’est pas faux !

— Je t’emmerde, Jodie ! grogne-t-il tout en lui adressant un doigt d’honneur.

— Et moi, je… t’adore ! se moque-t-elle.

— Dernier exercice, le climber mountain, nous coupe Dennis tout en nous indiquant de nous mettre en position.

On se retrouve tous les six en pompe, bras tendus, à faire des montées de genoux dans le vide, l’une après l’autre, le plus vite possible. Ça me tire dans le dos. J’en peux plus. Vivement la fin !

— Sachez que… de mon expérience… personnelle…

— Ça y est ! s’exclame Jodie. Il va ramener sa… science.

— Donc, je disais, avant d’être… grossièrement interrompu, reprend Stan d’une voix de pimbêche, que d’après mon expérience personnelle, pour… les plans à trois… vaut mieux ne pas connaître la troisième. Histoire de ne pas la… croiser à tout bout de… champ.

— Stanley Birmingham, j’espère que… tu ne fais aucun plan à trois avec ma… belle-sœur, grogné-je.

— Seulement si elle est… OK, me taquine-t-il alors que je m’oblige à garder le cap pour ce dernier exercice.

Malgré nos essoufflements de chameau et la musique à fond, je repère aisément les grognements d’Oméga. Le pauvre… il doit en avoir marre de nous entendre jacasser. C’est le risque quand on réunit toute la meute. On est pire que des pipelettes.

— Pourquoi on dirait pas… le troisième, en fait… hein ? questionné-je soudainement en lançant un regard interrogatif à Stan, par-dessus mon épaule droite. Pourquoi c’est toujours… la troisième ?

Sabrina acquiesce d’un mouvement de tête. Tête qui rentre de plus en plus dans ses épaules à mesure que ses bras peinent à supporter son poids.

— C’est vrai ça…

— Parce que les filles sont… plus excitantes… que les mecs, souligne Jodie sur le ton de l’évidence.

— Question de… point de vue ! rectifié-je.

— Coleen… grogne mon mâle en m’accordant un petit regard d’avertissement, ce qui me fait glousser.

— Quoi ?! J’ai déjà deux amants à gérer… Jodie a raison. Je m’exprime juste sur un… fantasme caduc généré par des siècles de… patriarcat.

— Oméga, quand est-ce que tu lui… décernes la médaille de la féministe de l’année ? demande Dennis, soudainement très intéressé.

— Ferme-la, Reed, gronde mon mâle.

J’entends Stan ricaner malgré nos souffles rauques, tous mêlés les uns aux autres – si on devait juste mettre le son sans les images, on se croirait en pleine orgie.

— Heureusement qu’on parle pas de la levrette !

— STAN ! aboie Oméga.

— Et le HIIT est terminé ! annonce Dennis brutalement.

Je m’écroule sur le sol, à bout de souffle. Putain ! Cet entraînement m’a tuée !

— La levrette n’est pas une position de soumise, c’est pour ça.

— Sabrina a raison, relevé-je en me hissant sur un coude, ma cage thoracique au bord de l’implosion.

Au loin, j’entends un raclement de gorge. La seconde d’après le coach Anderson nous dévisage tour à tour en posant un paquet de six bouteilles d’Apurna sur le ring d’entraînement.

— On n’avait pas dit que vous deviez arrêter de parler de cul pendant les sessions de HIIT ? nous lance-t-il, d’une voix grave, en croisant ses bras sur son torse, habillé d’un tee-shirt de sport et d’une veste bleu scintillant.

— Si ! grogne mon mâle en nous adressant un regard noir.

— Avec vous j’ai l’impression d’être un moniteur de colonie de vacances, marmonne Anderson en lissant son épaisse moustache blanche. Bon, Oméga, en attendant que ces grosses larves se remettent de leurs émotions, fais-moi vingt minutes de corde.

— OK, Coach.

Allongée sur mon tapis de sport, le corps courbaturé, je ferme les yeux, épuisée. J’entends Parker sauter sur ses pieds, comme si de rien n’était, puis attraper sa corde pour commencer son véritable entraînement. Putain… je me demande comment ce mec peut avoir autant d’énergie ?

***

Face au grand miroir de la salle de bains, les fenêtres grandes ouvertes sur les ruelles bruyantes, plutôt venteuses de Chicago, je me penche sur le lavabo pour finir d’appliquer mon mascara sur mes cils clairs.

Posé sur le meuble, mon portable se met à vibrer. C’est un SMS de ma mère. Elle me dit que tout va bien avec San. Je l’ai déposée chez mes parents tout à l’heure. Le départ pour l’Underground est dans une trentaine de minutes.

Je me redresse, rejetant mes longs cheveux ondulés dans mon dos avant d’attraper une pince à chignon pour attacher deux mèches au-dessus de ma tête, dégageant ainsi mon visage. Mon regard vert croise celui de mon homme, aussi bleu que le plus beau des océans.

Sans le quitter des yeux, je récupère mon rouge à lèvres et en applique une légère couche sur ma bouche. J’effleure lentement ma lèvre supérieure, puis l’inférieure. Ce simple geste le fait frissonner. Je le vois. Tout son corps est saisi de spasmes. 

Sur le seuil de la porte, Parker ne dit toujours rien. Il continue de m’observer, la tête inclinée sur le côté, le torse nu, huilé d’arnica. Il porte un simple caleçon noir, bas sur les hanches, ce qui met en évidence son fameux « V » qui me fait fondre de désir lorsque, assise sur lui, je me glisse entre ses cuisses musclées pour le lui lécher avant de le prendre en bouche.

Il croise ses bras épais, recouverts de tatouages dont le dernier, sur l’arrondi de son épaule droite, est le prénom de notre fille, orné de lierres et de roses.

Je démêle mes cheveux du bout des doigts, puis, poussée par la passion qui naît au creux de mes reins, j’insinue mes doigts sous ma petite robe moulante et la remonte sur mes hanches, replaçant avec une innocence feinte ma culotte en dentelle.

L’obscurité du couloir avale une partie du corps massif de Parker, tranchant avec la luminosité pâle dans laquelle je baigne grâce aux fenêtres ouvertes. Mon regard n’a toujours pas quitté le sien. Mon homme se mord la lèvre. Il se redresse, puis s’approche enfin de moi. À chacun de ses pas, mon ventre se serre et mes reins se creusent un peu plus. J’attends qu’il me touche… Qu’il me brûle de sa peau.

Mon vœu est exaucé quand sa paume remplace la mienne sur l’arrondi de mes fesses. Il me caresse doucement, son souffle venant me lécher la nuque juste avant que sa bouche n’embrasse mon épaule, sublimée d’une fine bretelle noire. Son autre main remonte ma colonne vertébrale, entièrement dénudée, égayée d’un simple croisement de bretelles entre mes omoplates.

Contre mon oreille, je l’entends grogner tel un loup alpha. C’est le genre de son qui me creuse davantage auprès de lui, là où mes fesses se lovent un peu plus contre sa paume.

— À quoi tu penses ? demandé-je tout bas, sans avoir lâché son regard dans le miroir, ne serait-ce qu’une seule seconde.

Pour simple réponse, ses yeux quittent mon reflet. Il contemple mon dos, puis mes reins, cambrés. Sa main gauche suit le mouvement, dessinant chaque vertèbre de ma colonne du bout de ses doigts tandis que ceux sur mes fesses s’enfoncent dans la chair de ma hanche comme un terrible, mais délicieux appel au secours.

— Je regrette de ne pas être un marathonien…

— Oh… et pourquoi donc ? demandé-je en me retournant face à lui, là où mes seins, mis en évidence par un léger décolleté en forme de cœur, s’écrasent contre ses pectoraux.

— Tu sais très bien pourquoi, souffle-t-il.

Chaque parcelle de mon anatomie irradie lorsque celle-ci passe sous son radar rétinien.

Je m’humecte les lèvres, posant mes mains de part et d’autre de son cou, juste sur ses trapèzes. Du bout de mon pouce, je caresse sa clavicule. Contre mon bas-ventre, je peux sentir son excitation monter, sans doute avivée par mon parfum d’amande qu’il respire dans mes cheveux.

— Tu dis ça parce que, quelques heures avant une compétition, l’éjaculation est plutôt bénéfique chez un athlète qui fait de l’endurance alors qu’elle est nocive pour un boxeur ? murmuré-je, taquine.

Ma fièvre s’accroît entre mes reins.

— Ouais… c’est ça… me confirme-t-il, sa bouche effleurant la mienne, comme s’il se refusait à m’embrasser.

J’esquisse un sourire.

Dans certaines disciplines, comme les sports de combat, les athlètes ont besoin d’un taux important de protéines et de testostérone. S’ils baisent juste avant une rencontre sportive et qu’ils vont jusqu’au bout de l’orgasme, ils peuvent être dans un état de latence néfaste pour leur performance. À l’inverse d’autres, où, au contraire, le sexe avant est recommandé, et cela dans le but de rechercher un effet relaxant pour diminuer le stress tout en augmentant la concentration.

Dans l’Underground, on ne souhaite pas que les fighters soient concentrés et détendus. Au contraire, on les veut frustrés, hargneux. Bestiaux. Au maximum de leur capacité. Ça ne m’enchante pas toujours de voir Oméga dans cette maudite cage, mais c’est le jeu. C’est notre vie. Et nous l’avons délibérément choisie. Tous les deux.

Je quitte sa clavicule du bout de mes doigts, puis retrace son sillon inter-pectoral avant de descendre plus au sud, empruntant ce parfait « chemin des Dames » pour glisser ma main dans son caleçon, là où j’empaume sa queue avec douceur. Ce simple contact, sensible, le fait déglutir. Il expire bruyamment par le nez, lâchant un petit grognement contre ma gorge. Il enfouit un peu plus son visage dans mes cheveux tandis que je commence à le masturber, ma paume coulissant sur son membre divinement bien nervuré.

— Je te rendrai aussi doux qu’un agneau dès la fin de tes combats, d’accord, mon loup ? chuchoté-je à son oreille tout en retirant, à contrecœur, ma main de son sexe.

Je la passe le long de son dos avant de l’enfoncer dans ses cheveux pour le rapprocher de moi afin de l’embrasser à pleine bouche. Notre baiser, charnel, ô combien torride, me donne encore plus envie de lui. Je me damnerais pour le sentir entre mes cuisses, pour le sentir prendre possession de mon corps comme seul lui sait le faire.

— OK, bébé. Avant, je veux un peu plus qu’un petit teasing…

Sa voix gronde contre ma gorge, au point de se répercuter dans ma cage thoracique et de me faire vibrer de l’intérieur. Telle une allumette que l’on frotte et qui perd la tête, Parker m’attrape par la taille pour me hisser sur le meuble de la salle de bains. Le robinet chromé me rentre dans les reins, néanmoins plus rien n’a d’importance hormis mon mâle qui s’invite entre mes cuisses. Sa bouche glisse sur ma peau tandis que ses doigts s’accrochent à ma petite culotte pour tirer dessus et lui offrir l’accès à mon intimité.

Je me cambre de plaisir au moment où sa bouche rentre en contact avec mon sexe. Putain ! Je relâche la tête vers l’arrière, ma main plongeant dans sa tignasse brune pour le rapprocher au plus près de moi. Il me lèche avec lenteur, profondément. Exactement comme j’aime. Je geins à chaque fois que sa langue caresse mon clitoris. Encore plus lorsqu’il le prend en bouche pour le suçoter avec ardeur.

Je vois trouble. Mon corps se spasme de plaisir, d’euphorie. Mon sang devient si brûlant dans mes veines que ça échauffe mes joues. De ma main libre, je me redresse sur le meuble de la salle de bains, puis pose mon pied droit chaussé d’un talon de dix centimètres, sur l’épaule de Parker. Je vais crever, putain !

J’ondule contre son visage, contre sa bouche. Je le supplie d’une manière peu subtile de continuer à me lécher. Il s’aventure avec douceur entre mes replis, de quoi m’inonder de plaisir sous ses assauts de plus en plus tumultueux. Du bout de la langue, avec un grognement de satisfaction, il me donne le coup de grâce, m’envoyant au septième ciel, là où un feu d’artifice bleu, rouge, violet et même jaune, explose devant mes yeux mi-clos. Terrassée par la violence et la rapidité de l’orgasme, je glisse du meuble, atterrissant dans les bras de Parker qui me récupèrent tel le poids plume que je suis pour ce mastodonte de cent kilos. Il me serre contre lui, déposant un doux baiser sur mes lèvres, encore entrouvertes d’extase. Sa bouche est luisante de mon nectar, avec un goût musqué qui ravive mes frissons.

— Autant qu’il n’y en ait qu’un de nous deux qui soit frustré, souligne-t-il de sa voix rauque, presque cassée, pendant que je reviens péniblement sur Terre, parmi le commun des mortels.

— C’était pas à moi de te faire le petit teasing, par hasard ? demandé-je quand même.

— Tu l’as fait… Comme ça, je ne vais pas arrêter de penser à ce que tu vas pouvoir me donner tout à l’heure.

Dans tout le champ étoilé qui me sert de paysage, je discerne ses grands yeux lumineux, noirs de désir. Puis sa bouche, bien trop gourmande, bien trop avenante.

— Putain… c’est dur de ne pas te baiser, ma louve, lâche-t-il avec nervosité.

— Je sais que c’est… (Je baisse mon regard un instant sur son entrejambe, plus que tendue.)... dur… Allez, va prendre une douche, histoire de calmer tes ardeurs, l’encouragé-je en le repoussant avec douceur.

Évidemment, je vacille quelques secondes dès que je me réceptionne sur mes talons hauts. Je réordonne ma tenue à la va-vite, bien consciente que je ne peux rien pour l’étiquette « je viens d’avoir un orgasme, et alors ? » collée sur mon front.

— En fait, t’as eu ta mère au téléphone ? me demande Parker, sous les jets d’eau. Tout va bien avec San ?

— Tout va très bien, ne t’inquiète pas, bébé. Mes parents ont eu quatre enfants, je te rappelle.

— Ouais… je sais.

Son regard en dit long, mais je ne m’en préoccupe pas. À la place, je souffle sur la paroi de la douche à l’italienne pour créer de la buée, et dessine du bout de l’index la moitié d’un cœur, de notre cœur. De l’autre côté, Parker imite mon geste. Son doigt mouillé, plein de savon, termine notre symbole, puis plante un baiser au milieu, ce qui me fait sourire.

— Je t’aime, murmuré-je.

— Moi aussi, je t’aime, Coleen.

 

1. High Intensity Interval Training. Entraînement fractionné de haut

intensité.↩

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