Underground T4 : Verity

Emilia Robinst · Chapitre 23 sur 62

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Underground T4 : Verity

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Chapitre 20

 

 

Coleen

 

De nos jours…

Avec Parker, on a fêté nos deux ans cette semaine. Il m’a offert une paire de boucles d’oreilles. Des petits diamants, tout simples, très classiques, exactement ce que j’aime. Elles sont assorties à mon bracelet, celui qu’il m’a donné pour notre premier Noël, lorsque j’étais enceinte de San. Il m’a aussi promis quelques jours en amoureux après la saison, dans la destination de mon choix. Je rêve d’aller au Yucatán… Avec Parker qui parle parfaitement espagnol, ça ne devrait pas poser de problème.

En attendant, on est encore loin des plages paradisiaques du golfe du Mexique. Avant, il y a une présaison à gérer, une tournée à organiser, ainsi qu’un troisième titre de champion à remporter.

D’ailleurs, les points qui comptent pour les qualifications de New York, où seuls les cinq meilleurs fighters de chaque état sont envoyés, commencent ce soir. Avec un tour de chauffe. S’il y a bien une chose que je déteste dans cette ligue, c’est ça… Enfermer un fighter dans une cage pour le faire affronter presque dix adversaires, jusqu’à tant qu’il gagne tous ses combats ou qu’il soit éliminé, une sorte de « mort subite » à peine tolérable.

Depuis que je suis avec Parker, je l’ai vu participer à trois ou quatre tours de chauffe. Chacun plus violent, stressant, suintant d’adrénaline que le précédent. Suivi, en prime, par un temps de récupération insuffisant. De quoi flinguer n’importe quel champion, y compris le mien. Cependant, c’est une vieille tradition de la ligue à laquelle on doit tous se plier. Ça ramène un paquet de fric aux Sharks. Des millions de dollars, car tout le monde a le droit de parier. Même les combattants. D’habitude, ils ont l’interdiction formelle de miser sur eux-mêmes. Sauf au tour de chauffe. De quoi jeter de l’huile sur le feu.

Mon portable bipe dans mon sac à main.

Assise sur le canapé dans le vestiaire d’Oméga, je délaisse mon homme, occupé à faire de la corde à sauter, de mon regard admirateur pour récupérer mon téléphone. Je croise ma jambe droite par-dessus la gauche en ouvrant la photo que ma mère vient de m’envoyer. San est parfaitement endormie dans son lit, ses bouclettes brunes étalées sur les draps blancs, tout autour de sa tête, comme s’il s’agissait d’une couronne de fleurs. Je ne peux m’empêcher de sourire. Elle est trop belle. Je pourrais la croquer !

La porte du vestiaire qui claque me ramène brusquement dans l’ambiance électrique de l’Underground.

Je range mon téléphone, saute sur mes pieds, chaussés d’une paire d’escarpins noir brillant dont le talon de dix centimètres me permet tout juste d’arriver à la hauteur du menton de mon mâle. C’est ça de mesurer trente centimètres de moins, je parais toujours mini à côté de lui.

Sur la table centrale, où Jodie a étalé tout son matériel, le coach dépose le planning des rencontres. Enfin ! Je sais que pour les tours de chauffe, l’emploi du temps tombe au dernier moment, histoire de faire durer le suspense jusqu’au bout, mais là… Parker combat tout de même dans une heure !

— C’est pas trop tôt. J’ai cru qu’ils s’étaient torchés le cul avec ! marmonne Dennis, stressé lui aussi par la soirée en perspective.

Casquette vissée sur la tête, tee-shirt gris sur le torse, il se penche sur la feuille pour la déchiffrer.

— Dix combats, Oméga, ce soir, siffle-t-il. La vache, ils t’ont pas loupé ! Soit ils veulent t’achever, soit… ils veulent gagner le jackpot !

— On va plus parier sur le jackpot, hein ! rétorque Jodie en lui faisant les gros yeux. Inutile de rajouter de la pression, idiot.

— Moi, je mets la pression ?! s’exclame-t-il. Oméga, je te mets la pression ? lui demande-t-il d’une voix stridente.

Mon mâle est toujours occupé à faire de la corde à sauter. Son corps est chaud, brûlant même, prêt à l’emploi, paré pour aller casser des gueules dans la cage. Un vrai régal !

Du coin de l’œil, il lui adresse un regard blasé qui amuse Dennis. Ce dernier se tourne vers Jodie d’un air provocant.

— À part sa louve, personne ne peut mettre la pression à Oméga !

— À voir. J’ai quelques bons arguments, planqués dans ma manche, marmonne le coach, sérieux, malgré un sourire qui flotte sur ses lèvres, à peine dissimulé par son épaisse moustache blanche.

Il jette un coup d’œil complice à son poulain qui lève aussitôt les yeux au ciel. Oméga pose sa corde à sauter sur la table avant de s’hydrater avec une bouteille d’Apurna. Il ne dit pourtant rien, son regard métallique se perdant sur les traits de mon visage comme s’il validait le fait que je sois bien la seule à pouvoir exercer un quelconque pouvoir sur lui.

— Désolée, Coach, à ce sujet, j’ai des moyens de pression que vous n’avez pas… précisé-je avec insolence en attrapant la feuille de combat d’un mouvement de crâneuse, ce qui fait rire Sabrina.

— Oui, un 85B ! s’empresse d’ajouter Stan en se vautrant sur le canapé.

— C ! riposté-je en le fusillant du regard. Et je t’emmerde !

— C ? Tu peux dire merci à l’allaitement maternel !

— STAN ! aboie Oméga, les yeux noirs. Ferme-la ! Fous la paix aux seins de ma femme !

Et toc !

— Comme tu voudras, mon petit chouchou ! répond Stan en imitant un smack dans les airs ce qui, je le sais, agace profondément mon loup.

Ces deux-là sont pires que des gamins. Ils se titillent et se cherchent sans arrêt. Du moins, Stan le taquine sans cesse. Il aime provoquer la bête en Parker. Parce que ça le fait rire. Parker, lui, est plus mesuré. En revanche, dès qu’il trouve une faille pour emmerder Stan, il s’y jette corps et âme.

— Je me demande comment Debbie arrive à te supporter. Je devrais lui décerner une médaille ! intervient Jodie en sortant ses bandes de frappes.

Elle signale à Oméga de s’installer sur le tabouret, face à elle, qui s’exécute en m’attrapant par le bras pour m’asseoir sur ses genoux. Je sais que cette position n’est pas pratique pour Jodie, néanmoins, ni elle ni moi n’y pouvons quelque chose.

— Je ne suis qu’amour et gentillesse avec elle ! La médaille, c’est moi qui devrais l’avoir, précise Stan, un sourcil arqué.

Pas faux.

— Mon cul, ouais.

— Justement, en parlant de ton cul, Jojo… Tu as fait l’inscription que je t’ai demandée ?

— Quoi ? Quelle inscription ? lance Dennis en croisant les bras, l’air très intéressé par toute cette histoire.

— Hors de question que j’écrive « Stan est le plus beau » sur mes fesses pour des codes Netflix. Plutôt crever ! s’énerve-t-elle.

Je passe un bras autour des épaules de mon mâle pour lui caresser les cheveux. Je le vois esquisser un sourire, tout en jetant des coups d’œil à Jodie et Stan. Un vrai divertissement ! De quoi le faire penser un peu à autre chose qu’à ses combats.

— Toute façon, je demanderai à quelqu’un d’autre, termine-t-elle. Dennis ?

— Sérieux, tu peux pas te payer un abonnement Netflix ?! rit ce dernier. Ce n’est pas comme si ton compte en banque était vide !

— Ce n’est pas une question d’argent, mais de principe. Chaque année, ils augmentent leur tarif. Ça m’exaspère !

— Ça s’appelle la vie… Chaque année, des gens meurent et c’est pas pour autant qu’il faut se suicider, hein.

— Ta logique défie toute épreuve, Reed ! Sabrina, toi aussi tu devrais avoir une médaille.

— Oui… je sais, soupire ma meilleure amie en lui tendant les compresses afin qu’elle les positionne sur les têtes métacarpiennes d’Oméga, au niveau de ses mains. Je pourrais l’avoir en or massif, s’il te plaît ?

— Allez, ça suffit, interviens-je. Jodie, je te filerai mes codes si tu veux. Tu n’auras qu’à écrire sur tes fesses « Stan n’est qu’un gamin », je m’en contenterai.

— EH !

— Je pourrais avoir la photo ? Aïe, quoi ?! s’exclame Dennis alors que Sabrina vient de lui asséner un petit coup de pied dans le mollet.

— Tais-toi ! lui déclare-t-elle en faisant les gros yeux.

Elle donne la dernière compresse à Jodie, puis resserre son bandana gris, enroulé autour de sa tête pleine de minuscules tresses.

— On devrait partir aux Bahamas toutes les deux. Juste une semaine ! me dit-elle ensuite, d’un regard suppliant.

— Coleen ? Partir sans moi une semaine ? rétorque Oméga, un sourcil arqué. Très drôle !

— Quoi ? J’en serais capable, lâché-je, un sourire au coin des lèvres.

C’est évident que non, mais j’aime bien titiller mon mâle. Son côté dominateur, possessif, m’attire inlassablement à lui.

— Ah oui ? Vraiment ? s’étonne-t-il d’une voix rauque.

— Bien sûr qu’elle en serait capable, intervient Sabrina tout en me lançant un petit regard.

— Bah… euh… tu pourrais être là que la nuit, dis-je à mon mâle. Entre vingt-trois heures et quatre heures du matin, quoi.

— Énorme ! s’esclaffe Stan en frappant dans ses mains. Si t’as besoin des sous-titres, Oméga, je te les donne… Ça, ça signifie que tu ne lui sers qu’à assouvir certaines pulsions sexuelles. Pour le reste, elle peut se démerder !

Je lance un regard noir au parrain de ma fille tandis que sous moi, Oméga se tend comme un string.

— Je suis une femme et on est en 2019, bien sûr que je peux me démerder seule, sans mec ! répliqué-je à Stan. Ça ne veut pas dire pour autant que j’en ai envie.

— Mouais… On discutera de ça, hein. En privé ! bougonne mon homme, le visage fermé.

Son air de rebelle bad boy, en mode « serial killer », ne m’impressionne pas. À la rigueur, ça m’exciterait même…

— Arrête, murmuré-je, tout sourire, en venant caresser ses boucles brunes. Tu sais bien que je ne peux pas vivre sans toi, mon loup.

— Mouais…

Il me toise de ses yeux plissés, là où le noir de ses pupilles paraît avoir avalé toute trace du gris anthracite de ses iris. Comme pour le rassurer, je me penche pour unir mes lèvres aux siennes. Je l’embrasse doucement, ensuite de plus en plus passionnément. Je suis à peine rassasiée de sa bouche, de son corps, que je m’écarte à contrecœur pour laisser Jodie bosser.

Je dépose un dernier baiser sur son nez de boxeur, puis me lève de ses genoux, cédant ainsi la place à sa super kiné afin qu’elle lui glace le visage.

Installé sur le canapé, aux côtés de Stan, celui-ci m’adresse un sourire d’enfoiré de première. Petit con, va ! Tout en l’ignorant, je jette enfin un coup d’œil sur la liste des combats. Anderson en profite pour faire un topo à Oméga. Mon mâle a bel et bien dix adversaires, ce soir. Sept sont des fighters connus. Au plaisir de retrouver pour cette saison de grands noms du free-fight illinois comme Bussy les Mains Rouges, ou encore Black Skull… Ça promet de très beaux rounds… violents, sanguinaires, et plutôt rythmés ! Les trois autres sont des novices. Sur leurs fiches techniques, il n’y a pas écrit grand-chose. Seulement leurs pseudonymes – Sloan, Angel Dubh et Praxton – ainsi que leurs origines. Le premier vient d’ici, de Chicago, le deuxième d’Irlande – évidemment avec un sobriquet pareil… l’Ange Noir – et le troisième arrive tout droit de Louisiane. Je m’arrête un moment sur l’Irlandais. Quelque chose dans sa description retient toute mon attention. C’est l’identité de son coach… Eryk Rudzoski.

Par-dessus mon épaule, je sens le regard de Stan balayer la fiche de ce bébé fighter. Sa photo est floue, de très mauvaise qualité – tout comme celle des deux autres. Je distingue à peine sa silhouette. Il paraît grand, avec un poitrail bien charpenté au milieu d’épaules massives. Sa considérable barbe sombre se marie parfaitement bien avec sa tignasse brune et bouclée, qu’il porte presque aux clavicules. Une grosse cicatrice, que je ne parviens pas à bien discerner, bariole sa pommette droite. J’imagine que ses yeux sont verts ou bien bleus. Le cliché a vraiment une définition merdique !

— Angel Dubh, déchiffre Stan. Ah… c’est donc lui, le nouveau Constrictor. Sacré Rudzoski. Il cache des Irlandais dans sa manche comme un magicien planque ses lapins dans son chapeau !

— Ouais, marmonné-je, agacée, en lui tendant l’ensemble du dossier pour qu’il termine de lire ce qui l’intéresse – personnellement, je n’ai plus faim de cet amuse-bouche.

— Ça veut dire quoi Angel Dubh ? me demande Stan.

— L’Ange Noir.

Je ne peux m’empêcher de jeter, de nouveau, un œil sur la fiche technique de ce fameux Ange de mon cul. Quelque chose dans sa silhouette, dans son regard, m’intrigue. C’est comme s’il… je ne sais pas… narguait le photographe, comme s’il connaissait quelque chose que les autres ignorent. Je n’aime pas ça. Je me rassure en me disant que c’est juste parce que c’est le nouveau poulain de Rudy. Forcément, bien que je déteste ce type, il a longtemps été le mentor de mes frères et moi. Les sentiments de la moi petite fille se mélangent avec ceux de la moi adulte. Et le cocktail est beaucoup trop amer.

— On connaît rien de ces trois morveux qui vont monter face à toi sur le ring, Oméga…

La voix claire, autoritaire, d’Anderson me stoppe dans mes pensées. Il coache Oméga pour ses combats.

— … mais je ne veux pas croire un seul instant qu’un de ces chiards puisse te battre, compris ? Je suis prêt à me couper une couille si ça devait arriver !

— On va espérer pour votre nana que ça n’arrivera jamais, hein. D’ailleurs, c’est quoi son prénom déjà ? Dorothy ?

— Stan, c’est à toi qu’on va la couper la couille, si tu continues, marmonné-je en lui enfonçant mon coude dans les côtes alors que le coach lui lance un regard plus que noir.

— Aïe !

— Bref, lâche Anderson en se tournant vers mon mâle, debout face à lui, appuyé contre le rebord de la table centrale.

Il a les bras croisés, la mine sérieuse et fermée.

— Les nouveaux, on s’en branle. C’est de la chair à canon, il leur faudra des années avant de pouvoir ne serait-ce que tenir un round face à toi. Le plus important, c’est Black Skull. Il a toujours une dent contre toi pour l’avoir éliminé à New York, il y a deux ans.

— S’il veut se faire ridiculiser une seconde fois, c’est pas mon problème, ricane Oméga en passant ses paumes, bandées d’argent, sur son torse d’un air nonchalant voire arrogant.

J’esquisse un sourire. Parker nous a définitivement quittés. Oméga et son caractère de cochon, m’as-tu-vu, insolent sont aux commandes.

— Il va te presser comme un citron, enchaîne Anderson. Tu le connais… il y a des chances que, une fois enfermé dans la cage avec lui, t’aies le droit à tout un refrain sur le cul de ta louve, alors, un conseil, sèche-le avant.

À travers ses longs cils sombres, je discerne facilement son regard noir. Il arrête ses faits et gestes tout en lâchant un grognement sourd, presque guttural. C’est bien connu que sur le ring, certains fighters se lancent dans toute une tirade pornographique sur la mère ou la nana de leur adversaire. Histoire de les pousser dans leurs retranchements. Je suis certaine que ça a dû arriver à Oméga plus d’une fois, bien qu’il ne m’en ait jamais vraiment parlé.

— Le dernier mec que tu dois affronter c’est ce connard de nazi. Vlad, poursuit le coach.

Cette fois-ci, c’est moi qui me tends comme un string sur le canapé. Comme si on m’avait piqué les fesses, je suis déjà debout, au garde-à-vous, le dos collé au torse de mon mâle. Je récupère la fiche technique de ce connard de ruskof tandis que le coach continue de briefer Oméga. Je la regarde attentivement, chose que je n’avais pas faite la dernière fois. 1m90, 92 kg (donc plus petit et plus léger que mon loup), trente-et-un ans, toujours dans le même club depuis ses vingt-trois ans, son casier n’est pas vierge (sans déconner… quel fighter en a un ?), sa cote s’élève à 89 % (contre 98 % pour Oméga), il évolue dans le circuit de free-fight moscovite, a essuyé onze défaites la saison dernière dont deux K.O. techniques. Bien… il va pouvoir doubler ses échecs lors de cette saison, car je crois bien que le loup solitaire du Michigan ne lui laissera aucun répit !

— Ce mec s’en branle des règles, donc tu ne baisses jamais ta garde, Oméga, ordonne Coach d’une voix plus que sévère. C’est compris ? JAMAIS. Même quand la cloche a sonné, même quand l’arbitre est dans la zone de combat. L’unique moment où tu te relâches c’est ici, dans ton vestiaire, c’est clair ?

— Comme de l’eau de roche, Coach, répond Oméga en glissant sa grande main ferme sur mon ventre pour me ramener encore plus contre lui. Maintenant, cassez-vous. Sortez de ce vestiaire, je veux être seul avec ma femme.

Telle une envolée de moineaux au bord d’une route, son équipe se disperse. En moins de trente secondes, je me retrouve en tête-à-tête avec mon mâle.

Je plonge mes mains dans ses cheveux ébène alors qu’il me rapproche contre lui, là où mes seins, sublimés par un bustier en soie noir, s’écrasent contre son torse. L’huile d’arnica risque de me tacher, mais je ne suis jamais assez près de lui.

J’aspire son souffle brûlant au moment où je dépose mes lèvres contre les siennes. Je vais pour l’embrasser sauf qu’il se dérobe à mon contact, ses paumes se refermant avec avidité sur mes fesses.

— Je ne veux pas que tu partes aux Bahamas, seule, sans moi…

Quoi ?

J’éclate de rire. Il est sérieux ?

— Tu tournes en boucle sur ça depuis quinze minutes ?

— Oui.

Le regard sévère qu’il m’adresse, associé à sa bouille de petit garçon perdu malgré ses traits d’homme, calme un minimum mon amusement.

— T’as écouté les indications du coach quand même ?

— Je m’en branle du coach, là. Je te parle de toi, Coleen.

Je lève les yeux au ciel, enfonçant tout de même un peu plus mes mains dans ses cheveux. Je termine par plonger mon regard dans le sien.

— Je n’irais nulle part sans toi, je te l’ai déjà dit. Encore moins aux Bahamas. Qui me fera des massages coquins sinon, hein ?

— Je préfère ne pas répondre, grogne-t-il tel l’homme jaloux qu’il est.

— Bon, on s’en fout des Bahamas, Oméga, d’accord, lâché-je d’une voix grave. Reste concentré sur tes combats. T’en as dix, je te rappelle. En plus, c’est un tour de chauffe. Je déteste te voir enfermé dans cette cage, enchaîné comme si tu étais une bête de foire. Anderson a raison. Tu es le mec à battre, cette année. Tous les fighters ne t’adulent pas. Ils veulent ta place… et ils feront tout pour l’avoir. Tous les coups sont permis pour ça, je ne vais pas te l’apprendre, bébé.

— Non, en effet, me répond-il d’une voix plus claire malgré un timbre naturellement grave.

Il remonte sa main droite de ma hanche à mon visage, là où il me caresse la pommette.

— Fais attention à toi, d’accord ? murmuré-je, tout bas.

J’incline la tête pour poser l’intégralité de ma joue dans le creux de sa paume.

— Des combats, tu en as des centaines qui t’attendent… par contre je n’ai qu’un seul homme. Et notre fille n’a qu’un père. Ne te laisse pas avoir même si un de ces connards te propose un gang bang avec moi au milieu, compris ?

Le grognement guttural que je sens monter de son torse m’indique que je n’aimerais vraiment pas être celui qui lui ferait cette proposition.

— Compris, ma louve, me lâche-t-il avant de venir m’embrasser deux fois sur la bouche, coup sur coup. Allez, va t’installer avec les gars, là-haut. Je veux t’avoir dans mon champ de vision.

— Tu veux m’avoir tout court, relevé-je en lui adressant un petit clin d’œil alors qu’il me claque les fesses. ARRÊTE ! Je déteste ça.

— Ah oui ? s’étonne-t-il avec arrogance. Tu dis pas la même chose quand t’es à quatre pattes dans notre lit…

— Là, c’est différent !

— Ah bon ? En quoi ? rit-il.

— C’est différent, c’est tout, répété-je en venant agripper ses joues de mes doigts fermes.

Je dépose un baiser sur son nez, sa bouche, son menton, puis quitte l’espace rassurant de ses bras.

— Concentre-toi sur ce soir. Après… peut-être que tu pourras me claquer le cul cette nuit, lui dis-je en lui tendant son casque de musique.

Appuyé d’un coude sur la table, Parker le saisit.

— Peut-être ? Non, ma louve, sourit-il. C’est pas « peut-être », c’est « sûr et certain ».

— On verra, dis-je d’une voix de duchesse. On verra…

Lorsqu’il enfonce son casque sur sa tête, je lui adresse un clin d’œil avant de quitter son vestiaire, cédant ma place à son coach et Jodie, qui restent avec lui jusqu’à ce qu’il monte sur le ring.

— Ç’a été rapide, me lance-t-elle, taquine.

— Tu sais bien qu’on baise jamais avant un combat. C’est mauvais pour l’adrénaline.

— L’adrénaline ? À mon avis, les cellules d’Oméga en fabriquent en quantité suffisante tout au long de l’année pour ne pas se soucier de ça.

Je ne réponds pas malgré mon sourire. Je rejoins Stan et Dennis, occupés à discuter du dernier match des Chicago Bulls. On quitte l’espace chaud et humide des vestiaires pour gagner l’imposante salle du ring où se tassent des milliers de spectateurs. Cet antre est encore plus étouffant que les parties réservées. Plus étouffant, plus bruyant, plus lumineux, plus peuplé. Plus « tout ».

Après avoir pris un verre au bar, déjoué quelques misérables tentatives de drague, refusé deux sponsors douteux et noté le numéro de téléphone d’un autre agent sportif, je retrouve les gradins, flanquée de mes deux bodyguards. Ils se chamaillent à propos du dernier clip de Dua Lipa… Je ne connais pas un mec qui ne fantasme pas sur cette beauté fatale. Bref.

Assise sur mon siège, je m’agite nerveusement. Je ne recouvre un semblant de calme que lorsque la musique techno baisse, indiquant enfin l’arrivée de mon homme dans sa zone de préparation. Ça fait déjà une heure que les combats ont commencé. Dans la cage, dont les grilles me paraissent plus basses que d’habitude, le sol est poisseux… de sueur, d’huile, de vaseline. Je note quand même que l’on a nettoyé les traces de sang. Génial.

Je grignote l’ongle de mon pouce, anxieuse, malgré les applaudissements, mêlés à des hurlements de joie, que j’entends résonner tout autour de moi. Le public adule le loup solitaire du Michigan. Les filles crient, hystériques, lorsqu’Oméga retire son peignoir, toutes les lumières se réverbérant sur son corps, puissant et massif. Les hommes, eux, doivent être occupés à parier leur compte en banque sur une victoire de mon mâle.

Il commence ses combats par les bébés fighters. Ça ne devrait pas prendre trop de temps. Allez, quinze minutes pour les trois, à tout casser.

À côté de moi, Stan range son téléphone dans la poche de son pantalon.

— Toi, t’es accro, dis-je, amusée en sachant très bien à qui il écrit.

— C’est pas une nouveauté.

— T’es mignon en amoureux transi, me moqué-je en lui jetant un petit coup d’œil.

— J’essaie de copier ton air quand tu regardes ce trouduc d’Adams.

— Je ne suis pas aussi niaise.

— Oh si !

— Non ! rétorqué-je.

— Je vous ai déjà entendus baiser, je te rappelle, enchaîne Stan, provocant. Tu as une voix très aiguë, C. Je ne pensais pas que tu étais du genre à supplier…

— Va te faire foutre, Birmingham !

Ce petit con esquisse un sourire, fier de m’avoir rabattu le caquet. Je n’ai pas dit mon dernier mot… je reviendrai à l’attaque à un moment plus propice. En attendant, le speaker a annoncé le premier combat. C’est ce pauvre Sloan, de Chicago, qui s’y colle en premier.

Je ne suis même pas certaine qu’il soit vraiment du groupe « poids lourd ». Vu sa silhouette, et ses proportions, j’aurais parié sur du mi-lourd. Toutefois, c’est un tour de chauffe. Il n’y a plus de catégories qui existent.

Comme je l’avais prédit, Sloan ne tient qu’un round. C’est de l’entraînement pour un fighter du gabarit d’Oméga. Il le maîtrise aisément d’une seule main. Quelques crochets, un jab avec un uppercut, et le pauvre Sloan s’écroule telle une marionnette sur les tatamis. La gueule encastrée contre les grilles, il peine à retrouver son souffle. Pourtant, Oméga lui laisse du temps… beaucoup de temps pour reprendre ses esprits, mais il n’y arrive pas. Après le décompte de l’arbitre, le K.O. est annoncé, Oméga remportant ainsi son premier combat.

Le clin d’œil que m’envoie mon mâle me fait sourire. Il est à peine transpirant. Son souffle, toujours régulier. Calme, lent. Il agite ses bras, sautillant d’un pied sur l’autre au milieu de la cage, attendant impatiemment son prochain adversaire : Praxton.

La fièvre continue de monter dans l’Under. Les gradins tremblent, les spectateurs sont déchaînés. Quelques photographes ont rivé leurs objectifs sur le ring. Mon homme tourne en rond, tel un loup enfermé, ce qui est plus que vrai. De l’autre côté, Praxton écoute ce que son coach lui dit.

Habillé d’un short bleu satiné, une tignasse châtaine, rasé sur les côtés et les bras recouverts de tatouages colorés, il a l’air d’avoir un peu plus d’expérience que Sloan. Il bouge ses épaules de manière à s’échauffer. Il roule toujours la même, la droite, comme si elle lui était douloureuse. Je quitte Praxton de mon regard observateur pour croiser les yeux d’Oméga. Je touche la mienne afin de lui signifier que son adversaire a, potentiellement, une faiblesse à cet endroit.

Oméga hoche la tête, ses yeux se tournant vers Jodie qui confirme bien ce que je pense en touchant à son tour son épaule, puis son coude droit, lui montrant ainsi le trajet de son triceps.

Pauvre Praxton, s’il songeait que ça allait passer inaperçu, il s’est trompé. Aucune blessure n’échappe à Jodie et son œil de lynx. Aussi bien celles d’Oméga que celles des autres fighters.

À mes côtés, Sabrina s’agite sur son siège.

— Ça me rend toujours nerveuse.

— Je sais, murmuré-je alors que Praxton monte dans la cage sous les applaudissements du public.

Oméga lui tourne un peu autour, puis vient lui checker le poing à la demande de l’arbitre.

La cloche sonne. Le combat commence.

C’est lent, souple. Fluide. Le bruit des coups fait trembler mes tympans. La chaleur est si intense que mon corps se recouvre d’une fine pellicule de sueur. La pression grimpe. Entre mes seins, tout comme dans la cage. J’essuie mes mains moites sur mon jean noir avant de tirer sur mon bustier sans manche. Je remonte mes cheveux en queue-de-cheval, mon regard ne quittant pas une seule seconde mon mâle qui bloque facilement une attaque de son adversaire. Il lui envoie un putain de crochet dans la mâchoire, de quoi lui faire voir quelques étoiles. Praxton tombe par terre, du sang plein la bouche. L’arbitre s’interpose entre les deux fighters même si Oméga n’est pas du genre à cogner son rival quand celui-ci est au sol. Enfin, pas tout le temps. Pas les petits jeunes en tout cas.

Dring !

La cloche qui indique le premier round résonne au moment où l’arbitre annonce le K.O. de Praxton.

Et de deux ! Plus que huit.

Je bondis sur mes pieds, hystérique, en frappant violemment dans mes mains.

— Oui, bébé, vas-y, t’es le meilleur ! hurlé-je, excitée.

Je sais que ce sont des combats faciles. Évidemment. En revanche, ça booste sa confiance en lui.

Dans la cage, Oméga est toujours aussi beau gosse. Intact, pas l’ombre d’un bleu, d’un souffle court ou d’une crampe. Il cavale comme un p’tit louveteau, attendant qu’on lui balance un vrai bout de viande. Une entrecôte, une côte de bœuf, peu importe, mais pas un vulgaire steak haché !

Son regard croise le mien, fier et amoureux. Il m’adresse un baiser dans les airs, que je réceptionne avant de poser mes doigts sur mes lèvres. Quelques flashs m’éblouissent. Dès demain matin, je sais que nous ferons la Une des tabloïds sportifs, y compris sur le site de la ligue. Néanmoins, je m’en moque. L’effervescence, l’adrénaline et ces deux victoires consécutives ont réussi à troquer mon anxiété contre de l’excitation.

— Je t’aime, mon loup ! crié-je en mettant mes mains de part et d’autre de ma bouche.

J’ai le droit à un second baiser dans les airs, puis Oméga retourne vers le coach et Jodie pour bénéficier de nouveaux petits conseils tout en attendant Angel Dubh, l’Ange Noir irlandais de ce connard de Rudy. Vivement qu’il l’élimine pour que l’on puisse passer à autre chose. J’avoue, j’angoisse un peu pour sa rencontre avec Black Skull. Sans parler de Vlad.

Les bras repliés au-dessus de sa tête, les mains accrochées au grillage, Oméga est penché vers Anderson qui lui parle, me laissant tout le loisir d’admirer son magnifique dos musclé. Vivement cette nuit…

Je m’apprête à faire une blague à Sabrina lorsque je la sens… cette odeur… ce fumet que je n’aurais jamais, un jour, pensé humer de nouveau. Automatiquement, mes paumes deviennent moites. Tout mon corps le devient. Mes genoux se mettent à trembler, je n’ose même plus bouger, assise sur mon siège. Cet affreux parfum se propage dans toute la salle du ring, il embaume les gradins, m’empoisonne. J’ai du mal à respirer. Mon regard est toujours rivé sur le dos de Parker. Mes bras se ramollissent. Mes jambes aussi.

Au loin, j’entends les spectateurs s’exclamer, sûrement incommodés par cette horrible odeur.

— La vache ! C’est quoi qui pue comme ça ?! s’écrie Dennis en se bouchant le nez.

Je halète. Transpirante. Je me sens me liquéfier sur ma chaise, comme si cette dernière m’aspirait. Je fonds. Je me vide de mon énergie. Telle une vieille batterie de téléphone déchargée.

— Ça vient d’où, bordel ?!

J’ai de plus en plus de mal à respirer.

— Putain, ça chlingue !

— Mon Dieu, cette odeur !

Mes mains sont blanches. Blanches à faire peur. Et toujours aussi molles.

— Coleen ? Ça va ? s’inquiète soudainement Stan.

Je… je le vois en transparence quand il se penche vers moi

Mon cœur bat tellement vite qu’il me fait mal. J’ai l’impression qu’il veut sortir de mon corps, que je le recrache par la bouche avant de le ravaler, de le sentir tomber au fond de mon estomac, telle une énorme pierre lancée dans un lac paisible.

— Merde, elle est en train de s’évanouir !

— Coleen, qu’est-ce qui se passe ? Ça va ? Respire, ma chérie. Respire !

La voix de Sabrina me paraît loin. Très loin. Trop loin. On dirait qu’elle est dans une autre pièce pendant que moi… moi, je suis sous l’eau, la tête immergée.

Mes fesses glissent de mon siège. Je me retrouve allongée par terre, les yeux révulsés. Je peine à garder pied, à rester ancrée dans la réalité. Le sol m’absorbe. Je me sens lourde. Lourde, mais agitée. J’ai chaud, envie de vomir. Mes oreilles bourdonnent, je ne perçois plus qu’un bip. Un long bip qui me fait souffrir.

Je cligne des yeux plusieurs fois, les visages de Stan, Sabrina et Dennis penchés au-dessus de moi. Je n’entends pas vraiment leurs voix. Et cette odeur qui m’emplit toujours les narines ! Je vais vomir.

J’ouvre la bouche, prends une grande inspiration alors que, toute transpirante, je me retrouve dans les bras de Stan. Il m’aide à me relever. Vacillante sur mes talons, je récupère doucement mes esprits. C’est là que je le vois… le fighter de Rudy. Ce n’est pas Angel Dubh. C’est Black Mask. Lui… le fighter au masque noir, puant la mort, qui a tué mon frère aîné sur le ring, il y a dix ans. Juste devant mes yeux.

— Tiens, j’ai de l’eau. Bois un peu, Coleen, me dit Dennis. Putain, tu nous as foutu la trouille.

— On va sortir pour que tu prennes l’air et appeler un médecin, enchaîne Sabrina.

Stan me garde toujours contre lui. J’ai la joue posée sur son torse, sa main me caressant doucement l’épaule, comme s’il voulait me réconforter, me rassurer.

— Ça va aller, ma belle. Respire… Tu nous as déjà fait ça pour San. T’es pas en train de nous cacher un truc, toi, par hasard ?

Je ne prête pas attention à son ton taquin, quoiqu’inquiet. Mon regard est rivé sur ce qu’il se passe sur le ring. Sur Black Mask, debout à seulement un mètre de mon homme !

Dans ma tête, tout se mélange.

Assise au premier rang, à côté de Connor. J’encourage Gaylord. Il combat contre Black Mask. Un Black Mask plus jeune, moins massif, mais tout aussi impressionnant. L’affrontement est violent. Trop violent. Les règles de l’abandon ne sont pas respectées pourtant je vois mon grand frère, amoché, le nez en sang, les épaules luxées, taper du plat de la main sur le tatami pour annoncer sa défaite. Black Mask s’en moque pour autant. Il continue de le frapper malgré l’arbitre qui s’interpose.

Je me trouve dix ans en arrière.

À genoux sur le ring, pleurant sur le corps sans vie de Gaylord avec cette image… cette terrible image de cet uppercut qui fait faire à sa tête un tour quasi complet.

Je vais vomir ! Vraiment.

— Coleen, tu m’entends ?

La voix de Sabrina me rappelle à l’ordre.

Je ne sais pas ce qu’il se passe en moi… où je vais chercher cette énergie... mais je me retrouve à courir, bousculant une dizaine de personnes au passage. Les gars m’appellent, paniqués, cependant je ne me retourne pas. Je renverse des bières sur des mecs, pousse des nanas contre les barrières de sécurité. Je cavale autour de la cage, le corps en feu, l’esprit bouillonnant, les yeux toujours fixés sur Black Mask et son visage enduit d’une épaisse couche noire. Comme il y a dix ans. Je sais que c’est lui, putain, je le sais. Qu’est-ce qu’il fout là ?

La musique continue de battre son plein, la foule est en délire.

Rudy fait un signe à Black Mask au moment où mon regard croise celui de ce fighter qui a détruit ma famille en lui enlevant la personne que l’on aimait le plus.

Ses yeux sont clairs. Froids. Sans aucune pitié. Il m’a reconnue, lui aussi… Par contre, je n’ai pas l’impression qu’il est si surpris que cela. En particulier lorsqu’il darde son regard mauvais sur Parker, toujours dos à lui, avant de revenir sur mon visage.

Je bouscule de nouveau quelqu’un. Je me tape la tête contre une épaule, renversant encore une bière par terre. Ça éclabousse mes chaussures en cuir.

— Putain, fais attention, salope !

Je m’excuse à peine.

Le sourire provocateur que m’adresse Black Mask décharge une nouvelle fois ma batterie. Les battements de mon cœur s’accélèrent lorsque mon homme se retourne enfin vers lui, ne sachant absolument pas qui est ce mec. Bordel… pourquoi se fait-il appeler Angel Dubh ? Qu’est-ce qu’il fout ici ? Avec Rudy, en plus !

J’arrive dans le carré de préparation, essoufflée, tremblotante. En pleurs aussi. Je m’en rends compte en sentant mes larmes me brûler les joues. J’ai du mal à parler aux types de la sécurité. Je leur montre juste mon badge avant de passer, Stan sur mes talons.

Mon regard ne lâche pas Black Mask, et je comprends que c’est lui qui m’a bousculée dans l’Under la semaine dernière. C’était lui… avec sa casquette. Même silhouette, même carrure, même mâchoire, barbe, allure. TOUT. Mais que font les Sharks ?! Ils ont accepté sa participation ?

Dring !

Mon cœur loupe un battement.

Le premier round commence.

— Coleen, qu’est-ce qui se passe ? me lance Jodie, surprise, en me voyant arriver comme un boulet de canon.

Je termine presque à genoux entre elle et le coach. Je ne parviens plus à respirer. Parker doit sortir de cette cage. Il doit en sortir. TOUT DE SUITE !

Au loin, j’entends les coups qui résonnent. Bam, boum, bim !

À chaque bam, mon cœur se serre.

À chaque boum, mon estomac se contracte.

À chaque bim, de nouvelles larmes coulent.

— Faites… cesser le… combat, articulé-je difficilement tandis que je me retrouve de nouveau contre Stan.

— Quoi ?! s’exclame le coach en jetant un œil sur le ring.

BAM ! BOUM ! BAM !

Je vais mourir…

— Parker doit descendre… tout de suite. Faites-le sortir.

Ils me regardent tous comme si j’étais folle. Ils ne comprennent pas ce que je dis. Ils ne comprennent rien !

Puis, soudain, j’entends le public huer, crier, hurler. L’arbitre siffle. Mon regard tape un sprint dans la cage. Je vois Parker s’essuyer la bouche, en sang. Black Mask, lui, sourit. Cependant ce n’est pas à mon homme qu’il s’adresse, c’est à moi.

J’ai l’impression que le temps s’est arrêté. Mes genoux se remettent à trembler, si fort qu’ils vont bientôt lâcher. C’est alors que je croise les yeux gris de Parker. Il paraît décontenancé de me voir dans cet état. Son regard saute de mon visage à celui de son adversaire.

La seconde d’après, un nombre incalculable de points noirs apparaît dans mon champ de vision. Je ne sais pas si Parker a compris qui il avait en face de lui, néanmoins, ses grands bras musclés se referment autour de ma taille.

— Oméga qui abandonne un combat ?! s’exclame le speaker, étonné. Bonté divine, c’est une première !

Ma tête tourne. Je suis de nouveau sous l’eau.

— Bébé, ça va ? Coleen, réponds-moi. Bordel, qu’est-ce que t’as ? me demande-t-il.

Plusieurs corps se pressent contre le mien, contre le sien aussi.

— Je… je…

— Putain, appelez un médecin. TOUT DE SUITE !

— Angel Dubh est déclaré vainqueur par abandon du loup solitaire du Michigan ! Dommage… le combat était plutôt bien engagé !

— Coleen, mon amour ? Tu m’entends ?

Son visage est stressé, paniqué. J’atterris dans ses bras. Sa poitrine en sueur se colle à la mienne, qui l’est tout autant. Je n’arrive pas à bouger.

— Elle a besoin de calme. Ramène-la au vestiaire, mon garçon.

— Coleen ?

Ma gorge me brûle.

— Bébé, dis-moi que ça va ! POUSSEZ-VOUS, BORDEL ! DÉGAGEZ !!! Coleen ?

— Black… articulé-je difficilement. Black…

— Black quoi ? Qu’est-ce que tu racontes ?

— Black Mask… c’est Black Mask… dans la… cage…

— Hein ?!

La porte du vestiaire qui claque restaure un peu de paix dans mon esprit. Tout comme son cœur qui bat contre le mien. Pourtant, dans ma tête, c’est toujours Gaylord que je vois… mort… sur le ring.

— Bébé, qu’est-ce que tu me dis, là ?

— Dans la cage, ce n’est pas Angel Dubh. C’est Black… Mask… c’est lui qui a tué mon frère, pleuré-je en serrant difficilement mes bras autour de son cou. Reste… avec moi, Parker. Pitié.

Le silence que j’entends alors dans son vestiaire me rassure sur le fait qu’ils ont enfin compris ce que j’essaie de leur expliquer depuis que j’ai senti cette putain d’odeur.

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