Underground T4 : Verity

Emilia Robinst · Chapitre 52 sur 62

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Underground T4 : Verity

epilogue

 

 

CONNOR

 

Un an plus tard…

Chicago, Illinois.

Les bras croisés, mon regard scrutant attentivement Mavis, occupée à jouer avec notre fils de cinq mois, sur l’un des transats qui bordent la piscine, j’écoute ce que me disent mes hommes au sujet de la dernière cargaison de cocaïne, arrivée sur les docks, il y a peu. Mon réseau a permis d’en écouler les trois quarts. Le reste est bien sagement planqué en lieu sûr.

— D’ici deux ou trois jours, on devrait avoir vendu plus de 90 % du stock, boss.

J’acquiesce vaguement de la tête sans pour autant quitter ma gonzesse des yeux, à l’extérieur. Je suis dans mon bureau, derrière les baies vitrées bien fermées pour éviter les oreilles qui traînent.

Depuis plus d’un an, j’ai l’impression que les flics me surveillent sans cesse. Comme s’ils n’avaient pas gobé toute cette histoire de rivalité hors Under entre Oméga et Black Mask. Comme si j’étais responsable de ce bordel. Visiblement, ils ont oublié que je me suis pris deux balles dans la poitrine. Et n’en déplaise à certains, je suis toujours de ce monde !

— Et l’Octogone ? demandé-je en me tournant face à trois de mes hommes. Comment se passent les combats ? Entre Chicago et Atlanta ?

Le dos calé contre la baie vitrée, j’attends qu’ils me répondent. Melchior, mon berger allemand préféré, est le premier à se lancer.

— Ça se passe plutôt bien. Atlanta était une bonne mise, t’avais raison. Les fighters paumés se bousculent au portillon. Sans parler des autres qui ont besoin de tune et qui se prennent pour des cadors alors que ce sont de petits lions dont les griffes sont un brin affûtées.

J’esquisse un sourire.

— J’ai toujours raison, tu devrais le savoir.

J’ai mis deux ans à monter ce business ici, à Chicago ; à peine un an à Atlanta.

Dans cinq ans, je compte bien avoir six ou sept nouveaux points de combat de street-fighting dans le pays. Et d’ici vingt ans, tripler ce nombre.

— On va juste changer quelques paramètres, précisé-je en plantant mon regard dans celui de mon bras droit. On va privilégier une implantation dans de vieilles zones industrielles, histoire d’avoir plus de tranquillité.

— T’as des endroits en tête ?

— Mon ambition est sans limites, souligné-je, un sourire mauvais sur les lèvres.

Mon objectif final ? Brooklyn à New York, ou Chula Vista en Californie. Ça va demander du temps, mais j’y arriverai.

Je suis un Lincoln, je retombe toujours sur mes pieds.

***

 

Coleen

 

San Diego, Californie.

Assise sur la chaise à bascule dans la chambre de Moro, j’attends que ma princesse soit bien endormie avant de la décrocher de mon sein et la poser dans son berceau vert d’eau.

Une fois chose faite, je caresse tendrement son front. Ses minuscules poings sont fermés près de son visage. Si San est le portrait craché de son père, je suis fière de constater qu’en ce qui concerne notre deuxième fille, mon ADN a pris le pas sur celui de Parker.

Moro a un teint clair, des mèches blondes, et de grands yeux bleu-vert. Selon ma mère, c’est mon portrait craché. Toc, les gènes portoricains. Pour une fois, les Irlandais ont gagné.

Je m’assure que sa gigoteuse en lin soit bien fermée, heureuse d’enfin la voir rentrer dans du trois mois sachant qu’elle a presque le double. Un prématuré de huit semaines ne se gère pas du tout comme un bébé à terme. Les souvenirs cauchemardesques de mon accouchement ainsi que toutes ces semaines à pleurer et à prier que notre fille s’en sorte indemne ne sont plus qu’une douloureuse réminiscence.

Je referme la porte de sa chambre avant de me glisser dans celle de San, juste en face. En étoile de mer au milieu de son lit de « grande », mon aînée dort aussi à poings fermés. Je rabats sa couverture sur elle, puis embrasse le haut de son crâne.

Après avoir rangé quelques affaires qui traînent, je me faufile hors de la pièce, redescendant dans le salon. Je m’apprête à retourner bosser sur un dossier pour la prochaine tournée de Parker lorsque mon regard est attiré par des milliers de points lumineux dans la nuit noire, dehors.

Surprise, j’ouvre une baie vitrée. Vêtue d’un simple short en coton et d’un petit débardeur beige, effet « seconde peau », qui fait ressortir ma poitrine, bien généreuse à cause de l’allaitement, je m’aventure pieds nus sur la terrasse.

J’ignore ce qui me choque le plus. Toutes ces bougies blanches allumées, disposées autour de la piscine et qui recouvrent l’intégralité du sol ou… mon homme, debout au milieu, les mains dans les poches de son bas de survêtement, torse nu ?

— Qu’est-ce que tu fais ? gloussé-je, mon cœur s’emballant sans que je ne sache trop pourquoi. T’as cru qu’on nous avait coupé l’électricité ?

— Approche… me dit-il d’une voix grave et tendue.

Je déglutis difficilement et obéis, m’avançant vers lui presque avec crainte. Tel le chaperon rouge marchant vers le grand méchant loup.

— Oui ? murmuré-je, soudainement intimidée.

Un sourire en coin, il me caresse les cheveux, puis le visage.

— Tu sais que tout ce que j’ai, aujourd’hui, je te le dois.

— Pas du tout. Tu le dois à toi-même, rectifié-je.

Il m’attrape le menton du bout de ses doigts.

— Non, c’est toi. Tu es celle qui me motive à me lever le matin, qui me donne envie d’être toujours à 1000 % aux entraînements, me souffle-t-il, son regard électrique plongé dans le mien. Tu as fait de moi un homme meilleur, bébé. Une version de ma personnalité que je n’aurais jamais cru possible. Avec toi, j’ai eu bien plus que ce que je voulais dans la vie. J’ai trois titres de champion, des sponsors à n’en plus finir, une équipe de rêve, une putain de baraque au soleil, et le plus important… deux magnifiques petites filles. Je suis un homme comblé.

Je me pince les lèvres, le souffle court, les yeux larmoyants. Je me racle la gorge, bouleversée par sa déclaration.

— Moi aussi, je suis comblée, Parker. Tu m’as donné tout ce que j’ai toujours voulu avoir.

— Vraiment tout ? me murmure-t-il. Parce que là, bébé, je suis prêt à tout te donner. Même des trucs que je ne voulais pas forcément jusqu’à aujourd’hui…

Mon cœur loupe un battement. Non… je ne peux pas y croire…

Quand il sort de sa poche une putain de bague de fiançailles et qu’il pose un genou à terre pendant que l’on est entourés d’un millier de bougies, je… je me sens défaillir.

— Coleen Mary Helen Lincoln…

Je meurs !

— …est-ce que tu accepterais de m’épouser, de prendre mon nom et celui de nos filles, afin que je puisse, enfin, combler tous tes désirs ? me demande-t-il, ma main dans la sienne, en tournoyant devant mes yeux, l’énorme émeraude encerclé d’une ribambelle de diamants.

Je me mets à pleurer. À pleurer de joie tandis que je hoche frénétiquement la tête.

— Bien sûr que je le veux ! gloussé-je, entre deux hoquets de larmes. Je serais folle de refuser !

Je ne sais pas combien de carats possèdent cette bague, mais à mon doigt, elle me paraît peser une tonne. La même tonne d’amour qui se reflète dans les yeux de mon fiancé lorsqu’il se relève, me prend dans ses bras et m’embrasse jusqu’à en perdre haleine.

Maintenant, j’ai vraiment tout ce que je voulais. Enfin… il me manque peut-être un petit garçon afin de parfaire mon tableau familial idyllique, mais ça… je verrai plus tard. Pour l’instant, ce que je possède me comble à la perfection.

***

Debbie

 

Jersey City, New Jersey.

Les mains serrées sur la pile de paperasse administrative que je tiens, je me dépêche de gravir les marches du perron. Je claque la porte d’entrée, puis me dirige vers la cuisine, là où Stan, mon mari depuis plus de trois mois, est en pleine discussion avec notre chef de chantier, celui que l’on a embauché lors de l’achat de la maison après notre emménagement en septembre dernier, à Jersey City. On a décidé de refaire l’intégralité de la baraque, du sol au plafond, afin qu’elle soit exactement comme on le souhaite, à commencer par une suite parentale gigantesque et un super espace de jeux pour Cassey.

— J’aurais les devis concernant la plomberie de la salle de bains du rez-de-chaussée d’ici demain, précise le chef de chantier avant de me saluer vaguement. Bonjour, madame Birmingham.

— Bonjour, souris-je alors qu’il quitte la cuisine pour retourner dehors.

Je m’humecte les lèvres, impatiente. Stan arrive vers moi, la tête penchée sur le côté.

— Je le connais ce sourire… mais, en général, j’y ai droit après l’inventaire de mes compétences physiques pendant nos ébats, me taquine-t-il en glissant ses grandes mains directement sous ma petite robe tulipe de manière à caresser mes cuisses.

Je roule des yeux malgré mon amusement.

— On vient de recevoir ça, monsieur le pervers, déclaré-je en lui agitant le pavé de feuilles sous les yeux.

La lumière orangée de cette fin de journée s’accroche à l’énorme diamant en solitaire, ainsi qu’à ma magnifique alliance, qui ornent mon annulaire gauche.

— C’est quoi ? me demande-t-il, les sourcils froncés.

En voyant ma mine enjouée, quoique timide, ses grandes prunelles charbonneuses s’écarquillent.

— C’est une date pour le tribunal ? s’enquiert-il, presque aussi excité que moi.

— Oui ! C’est le 30 novembre. C’est encore loin, et… et je sais pas où vous serez avec Parker, en tournée, mais…

— Rien à foutre, je reviendrai à Jersey, t’inquiète pas, trésor, me rassure-t-il en me prenant les papiers des mains.

Il lit le résumé en première page, des paillettes plein les yeux. Sérieusement, je n’aurais jamais imaginé qu’il puisse être autant impatient d’adopter officiellement mon fils. Je pensais qu’une fois mariés, et tous les trois à Jersey City, l’envie lui aurait un peu passé. C’est tout le contraire et j’en suis plus qu’heureuse.

— Tu l’as dit à Cassey ?

Je secoue négativement la tête.

— C’est ta demande, chéri. À toi de lui annoncer qu’on a enfin une date.

Stan acquiesce, remontant sa paume contre mes reins, toujours sous ma robe. J’espère que le chef de chantier ne va pas revenir dans la cuisine. Il risque d’avoir une très belle vue sur mon postérieur recouvert de dentelle.

— On en parle avec lui, ce soir ? Au restaurant ?

— Le programme est parfait, le rassuré-je en posant ma main sur son torse.

Oui, tout est vraiment parfait.

***

 

GABE

 

Athens, Géorgie.

Le cœur lourd, bouffé par la nostalgie et la mélancolie, je referme le dernier carton avant de jeter un coup d’œil à ma chambre universitaire, celle qui a été la mienne pendant quatre longues années. Je ne compte plus toutes les aventures que j’ai vécues dans ce dix-huit mètres carrés avec deux gars tout aussi tarés que moi comme colocataires.

Entre les fous rires, les révisions jusqu’à pas d’heure, les soirées improvisées, les bières, les parties de PlayStation… sans parler des filles que l’on amenait chacun notre tour, le week-end, quand les deux autres n’étaient pas là, ou les heures passées à faire de la musculation. Ouais… à présent, les murs sont redevenus blancs, déchargés de toutes nos photos, toutes nos conneries. Les lits sont défaits, il ne reste plus que les matelas, et les armoires, entièrement vides.

Le mois de juillet est arrivé. C’est la fin d’un cycle.

Je passe ma dernière soirée ici. Demain, je rentre à Chicago.

J’ai vingt-deux ans et ça fait un an que je ne boxe plus. Je n’ai jamais vraiment récupéré de ma blessure par balle, à l’épaule. Avoir sauvé mon frère aîné n’a jamais été un regret. Au contraire. Je me dis que deux petites filles, les deux nièces que je ne rencontrerai jamais, ont pu retrouver leur père sain et sauf.

Je scotche le carton, puis le pose près de la porte d’entrée, en équilibre sur un deuxième, un peu plus gros.

J’ai fait un trait sur ma profession de boxeur ainsi que sur mes rêves de compétitions. Je crois que c’est la malédiction des Lincoln… effleurer une carrière potentiellement olympique sans jamais y parvenir. Peut-être que Cassey y arrivera. À onze ans, il a déjà gagné son premier championnat régional, à New York, cet hiver. Stan le surveille, d’ailleurs, comme le lait sur le feu.

Et moi, je pars en formation douze mois dans le but de devenir éducateur spécialisé dans les quartiers défavorisés où les lycées débordent de petits cons qui n’attendent qu’une chose : qu’on leur donne une chance. L’idée de jouer à la fois le « grand frère », à la fois le « flic » me plaît bien.

— J’ai jamais vu cette chambre aussi vide, dis donc…

La voix amusée de Chiara Milloë, la nageuse superstar du campus qui vient de décrocher sa place aux prochains mondiaux, résonne à mes oreilles.

Elle se pose sur mon lit, ses longues jambes bronzées se croisant l’une sur l’autre avec délicatesse tandis que son regard vert s’ancre au mien.

— Ça va me manquer…

— De quoi ? demandé-je, un sourire en coin.

— De ne plus baiser avec toi dans cette chambre.

Je me mets à rire, puis me penche vers elle afin de l’embrasser.

— On baisera dans notre nouvelle chambre à Chicago, s’il n’y a que ça pour te faire plaisir, la taquiné-je alors qu’elle arque ses sourcils de manière suggestive.

Je récupère les deux cartons sous le bras, Chiara sur mes talons. J’éteins la grande lumière du plafond pour la dernière fois, refermant définitivement la porte sur quatre ans de ma vie.

Je quitte peut-être la Géorgie afin de retourner dans l’Illinois, mais, cette fois-ci, dans mes bagages, je ramène ma sexfriend, devenue ma petite amie, l’année dernière…

On s’est pris un appartement, tous les deux, à Chicago. Maintenant, on attend de voir ce que l’avenir nous réserve.

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