Underground T4 : Verity

Emilia Robinst · Chapitre 15 sur 62

Pages du PDF

Underground T4 : Verity

ch012

CHAPITRE 11

 

 

CONNOR

 

Dix ans plus tôt…

Novembre 2009.

Toujours dans la voiture au côté de Gaylord, je pianote sur mon téléphone. J’échange quelques SMS avec Melchior au sujet des combats de demain soir. Nous avons partagé la même « chambre » au centre de détention pour mineurs pendant plus de neuf mois, de quoi créer de sacrés liens de fraternité.

— Tu es arrivé, me dit Gaylord alors que j’esquisse un sourire à une plaisanterie de mon pote.

— Comment ça ? questionné-je sans pour autant lever la tête.

Je m’apprête à répondre à sa blague de cul lorsque la main de mon frère se referme sur mon téléphone.

— Eh !

— Descends, énonce-t-il calmement en me montrant la porte de la voiture.

Ce n’est qu’à ce moment-là que je comprends où je suis. Il est sérieux ?!

— C’est mort, je vais pas au lycée ! me braqué-je en lui lançant un regard noir.

— Si et tu vas y aller maintenant. Bouge, m’ordonne-t-il en décrochant lui-même ma ceinture. Descends, Connor, ne m’oblige pas à te traîner par la peau du cul jusqu’au sas de sécurité. Magne-toi !

— J’ai rendez-vous avec mon agent de probation.

— Non, c’est lundi. Me raconte pas de la merde, je connais ton agenda, reprend-il en me faisant les gros yeux.

— T’es pas sérieux, là ?! J’ai même pas mes affaires. Je m’en fous, j’irai pas ! C’est mort !

— T’as déjà perdu une année, on va éviter de reproduire le même schéma une deuxième fois.

Il m’adresse un dernier regard d’avertissement, le genre qui le fait ressembler à notre père. Voyant que je ne bouge toujours pas, il détache sa ceinture, puis sort de la voiture.

— Putain, marmonné-je en le voyant faire le tour pour venir ouvrir ma porte.

— Trois possibilités, frangin, commence-t-il d’une voix grave. La première, tu portes tes couilles et t’as intérêt à m’en coller une sévère si tu veux pas que je te traîne moi-même jusqu’à ton casier ; la seconde, tu te chopes la honte de ta vie si je dois t’accompagner en classe ; ou la troisième, tu prends tes responsabilités, tu descends de la voiture et tu vas gentiment, et tout seul, au lycée. Choisis ! Un, deux ou trois ?

Je serre les dents. Je connais assez bien mon grand frère pour savoir qu’il ne plaisante pas. Ce connard serait bien capable de m’amener jusqu’à ma salle de cours. Je pourrais ainsi dire adieu à ma réputation. Quant à le sécher sur un K.O. ? Non, soyons raisonnable deux minutes. Gaylord est un As du ring de l’Underground. Ce n’est pas demain la veille que quelqu’un pourra le battre aussi facilement que ça. Je n’ai donc aucune chance de me débarrasser de lui.

— Alors ? s’impatiente-t-il, ses doigts tapotant nerveusement sur le toit de la voiture. Connor ?

— La troisième, marmonné-je en descendant de la bagnole, habillé d’un jean, d’un tee-shirt et d’une veste de sport en plein mois de Novembre. Je fais comment sans mes affaires de cours, hein ?

Pour toute réponse, Gaylord m’adresse un grand sourire.

— Sur la tripotée d’idiotes au lycée, il y en a bien une ou deux qui pourront te filer un crayon et un papier, non ?

Je ne réponds pas, bien trop énervé et agacé.

— Bonne journée ! me lance-t-il en remontant dans la voiture.

Évidemment, Gaylord est loin d’être débile. Il attend que j’aie bien passé tous les portiques de sécurité de cette école de merde qui, avec ses barreaux aux fenêtres et ses détecteurs de métal à l’entrée, ressemble plus à une prison qu’à un bahut, avant d’enfin démarrer et disparaître au bout de la rue.

J’avais prévu de m’entraîner toute la journée pour demain soir et à la place, il va falloir que je supporte six heures de cours. Franchement, fait chier !

Dans la jungle qu’est le lycée, je suis ce qui s’apparente le plus à un serpent, d’où le nom « Constrictor », spécialement choisi pour l’Underground. Tout comme le boa, j’aime rester à l’écart, ne quittant mon trou que pour deux choses : manger et baiser. Évidemment, je sors mes crochets quand il le faut, bien qu’à l’image de ce merveilleux animal, je préfère largement étouffer mes proies pour les avaler toutes crues, histoire qu’elles connaissent une longue agonie, plutôt que de leur sauter dessus et les écraser en un seul coup de patte comme le lion qu’est mon frère, par exemple.

Dans le couloir, habillé de deux énormes rangs de casiers, l’une en face de l’autre, la foule s’emmêle et se démêle sur un tempo qui m’est bien trop familier. Malgré la centaine de têtes qui tournent et virevoltent autour de moi, je n’ai aucune difficulté à repérer le carré blond et ondulé de Vikki Memphis, occupée à ranger ses petites affaires.

J’échange quelques checks et des signes de menton avec des gars de mes cours, refuse une bière et un joint – ouais, je me demande à quoi les sas de sécurité servent vraiment – avant de me poster près de Vikki, dos aux armoires. Elle ne m’a pas encore vu. Dès qu’elle referme la porte en métal et que ses yeux clairs rencontrent les miens, bien plus sombres, un sourire surpris se dessine sur sa jolie bouche rose.

— Qu’est-ce que tu fais ici ? s’étonne-t-elle. Je croyais que tu ne voulais, je cite : « plus jamais revenir dans ce lycée de merde ». T’as changé d’avis ?

Sa voix claire, presque aiguë résonne étrangement à mes oreilles.

— Peut-être, éludé-je en revoyant la gueule menaçante de Gaylord.

— Je t’ai manqué ? ose-t-elle me demander, le regard plus qu’espiègle.

Je souris doucement. J’ai passé dix mois, enfermé dans un bâtiment qu’avec des mecs, sans l’ombre d’une petite chatte pour me faire patienter. Autant dire que, là, tout de suite, j’ai la dalle. Et depuis que je suis sorti, il y a trois semaines, à part une ou deux nanas du Salon, quand j’y vais avec Gaylord, je n’ai pas beaucoup baisé. Donc oui… elle m’a manqué. D’autant plus que je n’ai pas encore eu l’occasion de la revoir, seul, ailleurs que dans ce lycée pourri où mon taux d’absentéisme de ce mois frôle les 80 %.

— Je suis là, non ? dis-je, en inclinant la tête sur le côté. Et moi ? Je t’ai manqué, j’espère ?

Intimidée, elle baisse le regard quelques secondes sur le bout de ses Converses, ses joues prenant une teinte rosée.

— Oui, bien sûr…

— Mais ? relevé-je, un sourcil arqué.

Elle soupire, puis enclenche son cadenas sur son casier avant de se tourner vers moi. Elle a l’air subitement tendu. Sa main contre mon bras, elle me fait signe de la suivre dans un recoin un peu plus calme du couloir, là où il n’y a ni « bagarre », ni injure raciale, vente de barrettes de « shit » ou démonstration de sentiments via des hurlements.

— Qu’est-ce qu’il y a ? Tu veux plus de moi, c’est ça ? lancé-je, un sourire moqueur sur les lèvres.

Malgré ce que les gens disent, je suis loin d’être con. Je sais très bien ce qui ne va pas chez Vikki.

— N’importe quoi, répond-elle. C’est juste que… avec tout ce qu’il s’est passé… je… mes parents m’ont interdit de te revoir.

— J’imagine.

Elle baisse une nouvelle fois les yeux vers le sol avant d’ôter sa main de ma joue.

— C’est ce que tu veux ?

— Pas du tout, dit-elle en un petit rire nerveux. Mais… l’ambiance est compliquée à la maison.

— On s’en fout de ça, non ?! Depuis quand les parents doivent choisir pour leurs enfants, hein ? C’est ta vie. Pas la leur.

— J’aimerais bien que ça soit si facile, marmonne-t-elle en serrant son classeur de maths contre sa poitrine.

Soudain, la sonnerie retentit telle une alarme de prison haute sécurité. Je pousse un juron. Putain, je vais réellement devoir assister aux cours ?!

— Je dois y aller, me dit Vikki en soupirant. Toi aussi, d’ailleurs. Tiens…

Elle me tend un stylo et un bloc-notes.

— J’imagine que tu es venu sans rien, je me trompe ?

Je récupère le tout, mon sourire s’agrandissant sur mon visage.

— Quoi, qu’est-ce qu’il y a ? me lance-t-elle, les yeux plissés. Je connais ce sourire… Il n’annonce rien de bon en général.

— Tu m’aimes toujours, Vik’ ? demandé-je en posant ma main sur sa taille pour la ramener tout contre moi, au point d’avoir ses seins écrasés sur mon torse, malgré l’épaisseur de son pull bleu marine.

Je glisse délibérément sous ses fringues, là où mes doigts percutent sa peau toute douce, de quoi lui déclencher quelques frissons à mesure que mon pouce y dessine des cercles. Vikki est une belle fille. Elle est grande, des formes sympas, de jolis yeux pâles, et une petite chatte plutôt serrée, ce qui ne gâche rien. Évidemment, je ne peux pas la comparer à Debbie… C’est comme si je devais confronter une Smart à une Ferrari. Dans la première, t’as pas beaucoup de place, mais tu es seul au volant tandis que dans la seconde, la carrosserie est faite pour être admirée et le moteur conçu pour rugir.

— Oui…

La seconde sonnerie retentit, signe que l’on doit vraiment tous y aller avant que le surveillant vienne nous distribuer ses petits billets d’heures de colle.

— OK. Ça te dit de sécher ton dernier cours et de venir chez moi ? Y aura personne. On sera enfin tranquille. Histoire de rattraper le temps perdu.

Je passe mon autre main dans ses cheveux pour replacer l’une de ses mèches derrière son oreille. Je ne sais pas si elle rougit à cause de mon geste ou de mes mots néanmoins voir son visage s’empourprer, c’est carrément bandant. Bah alors, ma petite, fais pas ta timide…

— Chez toi ? reprend-elle. Tu ne fais jamais venir personne.

— Oui, mais tu es l’exception qui confirme la règle, rappelé-je avec un clin d’œil.

Elle a raison. D’habitude, je mets toujours un point d’honneur à ce qu’aucune de mes fréquentations – meufs, potes, peu importe – ne rencontre ma famille. Déjà parce que j’ai pas envie que les filles préfèrent mon frère… Et qu’ensuite, je n’ai pas non plus besoin d’entendre mes potes jaser sur ma frangine. Bon, avec Vikki, c’est différent. Je veux trop baiser pour faire mon difficile. En plus, j’ai un joli programme en tête. Le genre que je pourrais réutiliser plus tard… Si jamais je me retrouve sans nana sous la main, par exemple.

— Tu pourras me montrer à quel point je t’ai manqué, insisté-je en me penchant pour l’embrasser.

Ses lèvres s’entrouvrent timidement, juste assez pour que ma langue profite pleinement de sa bouche. Ma puce, faudra être un peu moins prude cet après-midi si tu veux que je garde en mémoire notre petite baise !

— D’accord, je sécherai mon dernier cours. Là, il ne faut pas que j’arrive en retard à celui-ci, me dit-elle en me repoussant doucement.

Elle m’adresse un petit regard des plus coquins, le genre qui m’envoie une décharge électrique dans la queue. Mmh… vivement que je puisse enfin me vider les couilles ! Ça fait une semaine qu’elles sont pleines et avec la torture de ce matin, les sons de Debbie avec Gaylord, je suis sur le point d’exploser.

— Par contre, Connor, personne ne doit le savoir. OK ? me lance-t-elle en reculant de quelques pas. Je ne veux pas que mes parents l’apprennent. Ni Parker…

En mon for intérieur, je ricane.

— Compte sur moi.

Je lui adresse un petit clin d’œil. La seconde d’après, elle est déjà en train de courir dans le couloir, bien plus vide qu’il y a deux minutes. Je m’apprête à rebrousser chemin pour sortir par la porte de secours et me fumer une bonne clope lorsqu’une grande main s’abat sur mon épaule.

— Lincoln ! m’appelle le surveillant ce qui me fait serrer les dents.

Merde.

— Je crois que ton cours d’espagnol vient de commencer, poursuit-il en me tirant derrière lui. Je sais que ça fait longtemps que t’es pas venu, alors je suis sympa, je vais t’accompagner dans ta salle de classe, hein.

Génial… me voilà en train de suivre un gros lourdaud qui pue la vinasse et qui porte des jeans bien trop slim pour le bide qu’il se tape au lieu de m’accorder une petite heure de détente. Vraiment génial.

OceanofPDF.com