Underground T4 : Verity

Emilia Robinst · Chapitre 7 sur 62

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Underground T4 : Verity

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Chapitre 4

 

Debbie

 

Dix ans plus tôt…

Novembre 2009.

Couchée sur le lit, le regard comateux et la bouche sèche, j’ai encore l’esprit embrumé par toute la fumette de cette nuit. Je m’étire lentement avec cette impression d’avoir les basses de la boîte de nuit qui résonnent dans mon crâne. Comme si le son faisait partie intégrante de ma matrice osseuse. Je me sens fiévreuse. Un peu poisseuse aussi. Ma robe moulante adhère à ma peau transpirante et mes longues mèches châtaines sont collées à mes omoplates.

Une main – la plus chaude qui me soit donnée de rencontrer – atterrit sur ma colonne vertébrale, finissant de m’embraser alors que je me suis à peine remise de la chaleur de notre dernière étreinte. Ses doigts décollent mes cheveux de ma peau, puis, comme une brise brûlante d’été, il dépose un baiser dans le creux de ma nuque, sa paume descendant sur mes fesses pour m’empoigner avec une force non dissimulée. Un sourire aux lèvres, je tourne lascivement la tête vers la gauche tout en continuant à m’étirer, là, étendue sur le ventre, les draps éparpillés autour de moi. Je sens sa main remonter sur ma croupe pour caresser mes reins, repoussant ainsi ma robe, toujours un peu plus haut sur mon corps.

Face à moi, deux yeux verts, malicieux quoique cernés, m’observent doucement.

— J’aurais jamais dû prendre ce dernier verre, murmuré-je d’une voix rauque en levant la main pour caresser ses cheveux cuivrés.

Je dégage ses boucles de son front, puis me penche sur ses lèvres pour capturer sa bouche de la mienne. En une seconde, je me sens projetée sur un torse musclé, aussi trempé de sueur que mon dos. J’émets un petit éclat de rire tandis que je me retrouve assise sur son ventre dont les abdos saillants appuient délicieusement contre mon clitoris.

— Mmh… Gaylord…

Ma voix n’est qu’un murmure suppliant quand mon mec rive ses mains à ma taille pour me ramener contre lui et, ainsi, approfondir notre baiser. Sa langue glisse sur la mienne, ses dents maltraitent ma lèvre inférieure. Mon sourire, contagieux, fait apparaître le sien. Nos bouches se cherchent, se séparent, puis se rejoignent pendant de longues minutes. Du moins, c’est l'impression que j’ai.

Mes seins, écrasés contre son torse, me permettent de sentir son cœur battre. Il choque ma poitrine sans relâche. C’est, à mon sens, l’un des plus beaux sons que je puisse entendre. Il rivaliserait presque, je dis bien « presque », avec la respiration calme et sereine de notre bébé lorsqu’il dort dans son berceau.

— Ça aurait été con de passer à côté de ce dernier verre, me dit Gaylord, sa voix éraillée vibrant avec rudesse contre mon tympan.

Ces simples notes me filent la chair de poule. La moindre de mes cellules s'illumine, s'embrase. Ma peau se recouvre de frissons et ça ne fait qu’empirer lorsque sa langue me lèche le cou, de ma clavicule à mon oreille. Putain… Je ferme les yeux, le souffle court, le crâne toujours martelé par la musique de cette nuit. Je profite de ce moment où nous ne sommes que tous les deux au lit, dans sa chambre. Sans personne pour nous déranger. Ni sa famille. Ni notre fils. Ni son coach. Et encore moins l’Underground ou les autres filles. Ce matin, Gaylord Lincoln est tout à moi et rien qu’à moi. Je compte bien user et abuser de cette chance.

— Tu dis ça pour la petite lap dance de cette nuit ? demandé-je en m’écartant de lui.

Je tente d’ignorer ses mains qui s’accrochent à mon décolleté. Ses pouces frottent mes seins à mesure que ses autres doigts plissent le tissu le long de mes côtes, jusqu’à ma taille. Jusqu’à rejoindre le « bas » de ma robe, roulé en boule au niveau de mon ventre.

— Ça aurait été dommage de ne pas me la faire, cette petite danse.

Sa bouche, coquine, s’accroche à l’un de mes tétons. Il me lèche la poitrine de sa langue, brûlante, me faisant un peu plus fermer les yeux. Mon corps ondule lentement sur lui, l’esprit encore prisonnier de tout ce que j’ai bu et fumé cette nuit.

Je me cambre contre sa bouche, enfonçant mes mains dans ses cheveux pour l’écraser davantage contre ma peau. Je retiens un gémissement, les dents plantées dans ma lèvre inférieure. Mes ongles courent le long de sa nuque, puis de sa clavicule. Tout en campant mon regard dans le sien, je griffe intentionnellement son tatouage, celui qui épouse à la perfection le galbe de son épaule. L’inscription « One love », tatouée sous une couronne de roi s’échauffe sous la pression de mon ongle, lui remémorant ainsi qu’il est, malgré tout, à moi. Et juste à moi. Peu importe ce qu’il se passe avant de monter sur un ring… ou après en être descendu… Gaylord Lincoln est l’homme de ma vie, tout comme je suis la femme de la sienne. La seule femme de sa vie.

— Tu sais que tu es la seule, me rappelle-t-il, comme s’il avait lu mes pensées.

Gaylord et moi sommes connectés depuis notre toute première rencontre au lycée. Ce fameux cours de chimie a au moins servi à révéler une chose : notre alchimie. Et cela bien qu’il soit Bélier et que je sois Balance. Nos deux signes astrologiques sont les parfaits contraires, mais qu’importe. Notre histoire est là pour démontrer que lui et moi, c’est pour la vie.

— C’est toi que j’aime, Deborah Briant, me susurre-t-il à l’oreille, alors que je continue d’enfoncer mes ongles dans son putain de tatouage.

C’est le même qui orne mon épaule à la différence que le mien, mon « One life », est accompagné d’une couronne de reine.

— Je pourrais crever pour toi, tu le sais, hein, ma belle ? Que je deviendrais dingue s’il t’arrivait un truc. À toi, ou à Cassey. Je soulèverais des montagnes pour vous deux.

Nos regards toujours accrochés l’un à l’autre, j’acquiesce de la tête. Ses mains descendent en flèche jusqu’à ma robe froissée pour la retirer complètement, tandis que je me redresse pour tirer nerveusement sur son jean à moitié ouvert sur son caleçon.

— Je sais, soufflé-je, ma bouche rentrant en collision avec la sienne. Moi aussi, je deviendrais folle s’il t’arrivait un truc.

J’ignore qui a augmenté la température dans cette pièce, mais une chose est certaine, j’ai plus l’impression d’être en plein mois d’août qu’en novembre.

La tête plongée dans son cou, je respire son odeur, celle qui m'enivre depuis maintenant six ans. Depuis la première fois que je l’ai sentie en cours de sport. C’est une fragrance unique, un parfait mélange d’eucalyptus, de cèdre et de citron. Avant de vivre ensemble, j’en badigeonnais mes fringues et ma chambre d’adolescente. À présent, je n’ai plus qu’à enfoncer mon nez dans ses cheveux pour m’en shooter.

— J’ai envie de te baiser, Debbie. Maintenant. J’en peux plus, grogne-t-il.

Son souffle me lèche le visage. Je rejette ma chevelure en arrière, lui offrant un accès illimité à ma gorge. C’est la partie de mon corps qu’il préfère. Ce qui est assez étrange quand on connaît ses goûts en matière de sexe. Cependant, l’amour et le sexe n’ont rien à voir l’un et l’autre. Sinon, nous n’en serions pas là. J’ai beau le partager avec toutes ces filles qui se traînent à ses pieds, en attendant, c’est avec moi qu’il est officiellement. C’est avec moi qu’il a fondé une famille, avec moi qu’il a acheté une maison – même si elle est en travaux – et c’est, encore une fois, avec moi qu’il parle de tout ce qui se passe dans sa caboche de fighter. Le sexe ne rentre pas en compte dans l’amour qu’il me porte. Je pourrais tout lui donner tellement je l’aime.

Nus, nos corps s’affrontent dans la plus belle danse qui existe. Au-dehors, les premiers rayons du soleil se faufilent entre les rideaux de son ancienne chambre – celle de son adolescence, celle où nous nous sommes offerts l’un à l’autre un nombre incalculable de fois, et pour cause : ici, dans cette pièce de quinze mètres carrés, mon mec est juste Gaylord… pas le Lord Rouge, je n’ai donc pas l’obligation de le partager.

Les mains sur mes hanches, il roule mon bassin contre le sien à un rythme des plus parfaits. J’expire difficilement par la bouche tant la pression de sa queue en moi est délicieusement bonne. Je me cambre davantage, suppliante et soumise malgré ma position d’amazone. Mes genoux glissent sur le matelas, tandis que sa main droite, blessée depuis son dernier combat, remonte dans mes cheveux. Il l’enroule autour de mes mèches caramel et tire avec force dessus, ce qui me fait lâcher un petit hoquet de surprise. Mon exclamation meurt sur sa bouche entrouverte. Il m’embrasse à pleine bouche, grognant tel le lion qu’il est contre mes courbes qui accueillent chacun de ses coups de reins comme si c’était la seule chose qui pouvait m’apaiser dans ce monde de merde.

Mon regard quitte son torse, musclé à la perfection, pour s’ancrer dans le sien, là où ses iris verts arborent à présent une couleur bien plus sombre. Je me perds dans cet océan de désir alors qu’il en crée un second entre mes jambes, ouvertes pour lui seul.

— Gaylord, murmuré-je, suppliante, en enlaçant sa nuque. Viens en moi. S’il te plaît, répété-je d’une voix faible. Je veux te sentir couler le long de mes cuisses.

— T’inquiète pas pour ça, mon amour, me rassure-t-il en tirant un peu plus sur mes cheveux. Y a pas que le long de tes cuisses que tu vas me sentir couler… Ta petite chatte va en prendre pour son compte avant.

Les entrailles serrées de plaisir, je hoche frénétiquement la tête avant de fermer à nouveau les yeux pour laisser l’excitation croître. Je m’apprête à le supplier une nouvelle fois lorsque son téléphone, posé sur sa table de chevet, coincé entre un paquet de clopes et une boisson énergisante, se met à sonner. Je ne peux pas m’empêcher de regarder qui l’appelle, à même pas sept heures et demie du matin.

Mon cœur se serre dès que j'aperçois le nom qui s’affiche sur l’écran, et ça n’a rien à voir avec la façon qu’a Gaylord de prendre ses aises contre moi. Ni à l’intérieur de moi.

Son regard suit le mien, puis, la seconde d’après, sa main gauche quitte ma taille pour se refermer sur son portable. Il rejette l’appel, comme si de rien n’était. Comme si son plan cul n’avait jamais essayé de le joindre sur son téléphone privé.

— T’occupe pas de ça, bébé, me souffle-t-il en faisant revenir sa main contre mes reins.

— Pourquoi elle te contacte ?

Je suis amoureuse et conciliante. Pas débile et aveugle.

— J’en sais rien et je m’en fous ! Si ça se trouve elle a dû se tromper de touche, cette conne.

À l’autre bout du matelas, le portable de Gaylord sonne une fois de plus.

— On est dans ta chambre, pas dans ton putain de vestiaire de l’Under ! remémoré-je en le repoussant contre la tête de lit, agacée.

J’ai à peine le temps de récupérer l’appareil pour dire à cette salope le fond de ma pensée, que Gaylord décroche lui-même.

— Quoi ?! aboie-t-il d’une voix mauvaise. Je suis occupé avec ma femme, qu’est-ce que tu me veux ? Quoi ? Non, j’en sais rien et je m’en fous ! Démerde-toi avec ta bagnole. Qu’est-ce que tu crois ? Que je suis garagiste ?!

Il raccroche aussitôt, balançant son téléphone à l’autre bout de la chambre. Le bruit métallique qui résonne entre les quatre murs laisse à penser que plus personne ne pourra l’appeler désormais.

— Elle a un problème avec sa voiture ? Elle a besoin d’une petite vidange, ou que tu lui restaures sa carosserie ? demandé-je, les yeux noirs.

Je m’attends à le voir s’énerver, pourtant, à la place, il sourit. Le genre que je veux lui faire bouffer, mais pour lequel je pourrais me damner.

— Je t’ai déjà dit à quel point j’aime ton humour, bébé ?

— J’ai pas envie de rire, Gaylord. Vraiment.

— OK… s’excuse-t-il en me montrant ses mains comme signe de son « innocence ». Je m’en tape de Tiffany. Je te le jure.

— Pas moi. Je veux que tu changes ! Trouve-toi une autre chauffeuse. Une qui fait le taf, qui fait ce que tu lui demandes. Et c’est tout, marmonné-je, la gorge serrée.

L’amour n’a rien à voir avec le sexe, je le sais. Toutefois, il y a des jours comme celui-ci, où je ne suis plus certaine que cela soit vrai… Je déteste quand je dois être confrontée à toutes ces putes qui se mettent à genoux pour un simple billet de 100 $.

— OK, me rassure Gaylord en me caressant les cheveux, comme pour m'apaiser. Je la reverrai plus et… et on avisera après, d’accord ? Pour le moment, on va reprendre où on en était parce qu’on était plutôt bien partis pour faire un petit frère ou une petite sœur à Cassey, non ? T’aimerais pas ?

J’écarquille les yeux, surprise.

— T’es sérieux ?

— Très sérieux, oui, me dit-il en ramenant mon corps sur le sien.

Doucement, comme si j’étais une poupée de porcelaine, il glisse sa main de ma taille à mon entrejambe, là où il écarte mes lèvres de deux de ses doigts pour y nicher sa queue. D’un léger coup de bassin, il me pénètre brusquement, m’arrachant un petit cri d’extase.

— Putain, mon dieu, c’est bon, glapis-je, les neurones complètement éteints.

— Je sais, je fais souvent cet effet-là, ricane-t-il en commençant à me prendre par en dessous. Alors ? T’aimerais pas qu’on ait un deuxième enfant, bébé ?

Je plonge mon regard dans le sien, mon pouce caressant délicatement sa lèvre inférieure malgré ses impulsions de plus en plus sèches qui me décollent de son ventre. Je tremble d’extase entre ses bras, comme si cet appel n’avait jamais eu lieu, comme si tout ceci n’avait jamais existé.

— Tu serais d’accord pour porter à nouveau mon fils ?

Je déglutis avec difficulté. Je n'arrive presque plus à respirer.

Porter le fils de Gaylord est mon vœu le plus cher depuis que j’ai seize ans, mais malheureusement pour moi, la vie en a décidé autrement. Connor est passé par là, un soir où je n’avais pas les idées claires… Un moment où j’ai confondu la vodka avec de l’eau et où il a pris mon « non » pour un « oui » et… et je suis tombée enceinte. J’ai dû me contenter de porter son neveu, à défaut de son fils.

Je n’ai jamais eu le courage d'avouer la vérité. À personne. Surtout pas à Gaylord. Après tout, Connor est son petit frère, et les Lincoln ne forment pas une famille. Ils constituent un clan. Sauf que jusqu’à preuve du contraire, je ne fais pas partie de ce clan. Même si je suis la mère du plus jeune d’entre eux.

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