Underground T4 : Verity
Chapitre 002
2
Qui ne tente rien n’a rien
Zélie
Arrivée en bas de mon immeuble, la température s’est rafraîchie. Je resserre un peu plus les pans de mon blouson sur ma poitrine en me rappelant que j’ai toujours mon gilet accroché à ma taille, qui cache mon jean plein de…
Argh !
Je dois vite me trouver un endroit chaud et prendre une bonne douche. J’appellerais bien Jeanne, malheureusement, je sais qu’elle n’est pas disponible. Hier, elle m’a annoncé qu’elle partait trois jours en Normandie, dans la maison de vacances de ses parents adoptifs, avec son crush du moment. Ma copine préfère ne pas s’attacher, prônant sa liberté et le Girl Power à fond. Pour ainsi dire, avant Damien, je n’ai jamais eu de copain officiel. J’étais comme elle, je me contentais d’une nuit. Si j’avais su ce qui allait m’arriver, je ne me serais pas attardée sur lui, et, à l’heure actuelle, j’aurais toujours un toit au-dessus de ma tête. Parce que là, clairement, à part aller à l’hôtel, je ne sais pas où me réfugier. Je considère Jeanne comme ma seule amie, ma famille. Nous nous connaissons depuis toujours et cela a été un crève-cœur lorsqu’elle a quitté notre famille d’accueil et qu’elle a été recueillie par un couple fortuné. Néanmoins, je me suis sentie très heureuse pour elle. L’adoption est rare passé l’âge de huit ans. Les gens préfèrent les bébés. Bref, à douze ans, elle est partie, et moi, je suis restée. Puis, à mes dix-huit ans, j’ai été forcée de les quitter et de me débrouiller seule. Jeanne a perdu ses parents à cinq ans dans un accident de voiture et personne de son entourage ne pouvait s’occuper d’elle. Nous nous sommes rencontrées de cette façon. Seulement six mois d’écart nous séparent et nous avons tout de suite été proches.
Je n’ai pas gardé contact avec notre famille d’accueil, alors je ne me vois pas sonner à leur porte.
La pluie commence à tomber et je grogne sur ma situation. D’une, je n’ai plus de boulot. De deux, je n’ai plus de mec. De trois, je n’ai plus de logement, et, de quatre, j’ai envie de pleurer sur mon triste sort. Je souffle et ravale mes larmes, car ce n’est clairement pas le moment de me laisser abattre. Je dois trouver un toit pour les deux prochains jours, jusqu’à ce que je puisse contacter mon amie. Oh, je sais bien que si je l’appelais, elle le planterait dans la seconde et viendrait à mon secours, seulement, ça fait longtemps que j’ai appris à me dépêtrer sans l’aide de personne.
Je commande un Uber qui sera là dans cinq minutes, puis je consulte Google pour rechercher l’hôtel le plus proche. Par chance, j’en trouve un pas cher dans le centre-ville, où il y a encore des chambres de libres.
Je m’engouffre dans la voiture, regarde une dernière fois mon ancien logement avec un goût amer, puis je donne l’adresse de l’hôtel au chauffeur qui se contente de rentrer la destination dans son GPS.
Dépitée, je dépose mon sac à main sur la table de ma chambre, et ma valise, sur le lit. Je me sens soudainement épuisée par tout ce qui m’est tombé dessus, aujourd’hui. Si je le pouvais, je me terrerais dans un trou. J’aimerais raconter tous mes soucis à Jeanne, néanmoins, je ne veux pas la déranger, d’autant plus qu’elle doit être bien occupée avec… Mince, je ne sais plus comment il s’appelle. Aucune importance, il aura disparu de la circulation après leur escapade.
Ma chambre est simple et propre. Un lit double avec une couverture blanche comme les rideaux, et, en plus du bureau, il y a une penderie sans porte. Je trouve la salle de bains petite, toutefois les serviettes ont l’air douces. Je me déshabille, mets mes fringues dans le sac plastique que j’ai pris l’habitude de toujours laisser dans ma valise pour le linge sale, puis je file sous la douche avec empressement. Le jet d’eau chaude est un pur délice. Je bascule la tête en arrière afin d’évacuer toute la tension que mon corps a accumulée ces dernières heures. Une fois lavée, rincée, je m’essuie en sentant un énorme coup de barre prendre possession de moi. J’enfile une culotte en coton ainsi qu’un petit débardeur noir avant d’aller me réfugier sous les draps blancs qui n’attendent que moi. Là, sans savoir le pourquoi du comment – enfin si, je connais la raison… Damien –, je m’effondre en larmes contre mon oreiller. Je repense à tout ce que nous avons vécu depuis le premier jour. Les souvenirs m’assaillent de plein fouet. J’aimerais revenir en arrière et savoir ce que nous avons foiré pour en arriver là. OK, notre relation était loin d’être parfaite, mais quand même, tout ne me semblait pas non plus… Oh, et puis merde ! Si, je dois bien l’avouer, cela n’a jamais été la folle passion. En plus, je prenais plus mon pied avec Rocco qu’avec lui. Puis, tous ses petits défauts m’énervaient au plus haut point. En réalité, je crois que je suis soulagée de me retrouver à nouveau célibataire et libre, bien que mon ego en ait pris un sacré coup.
Épuisée, je m’endors dans un sommeil sans rêves.
Lorsque je me réveille, la pénombre a envahi la pièce. La nuit vient sûrement de tomber. Je ne sais même pas combien de temps j’ai dormi. Je me lève en sentant mes yeux gonflés, puis pars dans la salle de bains pour examiner mon visage.
Ah ouais, quand même…
Je grimace devant ma mine défaite. Je regarde l’heure en soupirant au moment où je vois affiché « vingt-deux heures », parce que je n’ai plus du tout envie de dormir. Ce que je veux : me vider la tête et, pourquoi pas, baiser avec le premier venu. Je me demande alors comment agirait Jeanne dans une telle situation. Je me rends à l’évidence : elle s’enverrait en l’air. En plus, elle serait folle furieuse si je lui disais que je suis restée dans une chambre d’hôtel à déprimer pour un mec qui n’en vaut pas la peine, et que, en plus, il m’a trompée plus d’une fois. Depuis le début, mon amie ne l’appréciait pas vraiment, elle pensait qu’il cachait un côté fourbe. Quant à lui, notre relation trop fusionnelle le dérangeait et il exécrait son exubérance. Finalement, elle n’avait pas tort.
OK, ce soir, c’est mon soir !
Déterminée à me venger, ou plutôt, à prendre mon pied avec un autre que Rocco, j’attrape ma boîte de maquillage en imaginant ma copine m’encourager.
Une heure après, je suis sur mon trente-et-un, plus sexy que jamais et sûre de moi, pour choper le mec de la situation. Je porte une robe noire minimaliste, des bas avec porte-jarretelles, sans oublier des dessous assortis. J’ai lâché mes cheveux blonds. Mon maquillage accentue mes taches de rousseur sur mon nez ainsi que mes yeux bleus en amande et ma bouche. Je l’ai toujours trouvée trop pleine, néanmoins elle a un succès fou auprès de la gent masculine. D’ailleurs, ce soir, j’ai opté pour un gloss brillant. Je suis parfaite pour une nuit de folie… Enfin, je l’espère. Je veux du sexe. J’ai besoin d’un homme sans tabous, prêt à assouvir toutes mes envies. J’aimerais qu’il m’efface de la mémoire l’image de Damien en train d’en culbuter une autre.
Perchée sur mes hauts talons, je prie tous les dieux pour ne pas casser un talon et me péter une cheville au passage. Avec la chance que j’ai, tout peut arriver. Je descends au bar de l’hôtel, la tête haute, avec une allure de
femme fatale à la Sharon Stone dans 1 Basic Instinct, bien décidée, pour une fois, à trouver un beau mâle à la hauteur.
Grosse déception : le bar totalement vide, mes espoirs de sexe débridé s’envolent instantanément. Je regarde par la fenêtre, mes épaules s’affaissent en voyant la pluie tomber. Malheureusement, je n’ai pas de parapluie et je n’ai pas envie de me retrouver trempée. Je reporte mon attention sur la pièce. Des fauteuils en cuir marron sont disposés autour des tables basses en cuivre. Le comptoir du bar est assez grand, il y a plusieurs chaises hautes assorties aux fauteuils, où une dizaine de suspensions les éclairent. L’ambiance me paraît très chaleureuse.
Je m’avance vers le bar et lâche :
— 2 I fait un timps d’quien.
Je relève la tête, puis remarque que le barman me regarde avec des yeux ronds. Je réitère :
— Il fait vraiment mauvais, dehors.
— En effet… Que puis-je vous servir ? dit-il avec un accent américain super sexy.
D’ailleurs, en le détaillant, il n’y a pas que son accent que je trouve sexy. Ce mec est carrément canon. Je suis subjuguée par ses yeux gris-vert absolument magnifiques. Mon regard s’étend sur ses cheveux d’un blond californien, légèrement ondulés, qui lui tombent presque sur les épaules. Vu leur brillance, je suis certaine qu’ils sont doux. Je ne sais pas pourquoi, toutefois, à cet instant, j’aimerais bien passer mes doigts dedans pour vérifier ce que j’avance. Son nez est droit, et sa mâchoire carrée, parsemée d’une barbe de trois jours, souligne sa bouche charnue.
Piouuu… Il a vraiment, mais alors vraiment, une belle gueule.
Néanmoins, je tique en voyant sa tenue qui ne ressemble pas à celle d’un barman. Le canon porte un polo gris près du corps qui moule à la perfection ses larges épaules. Cependant, je ne peux pas voir le reste à cause du comptoir qui me gâche la vue.
Argh, dommage !
— Un Martini Dry, s’il vous plaît.
Je suis plutôt du genre à aimer la bière, malgré tout, ce soir, j’ai besoin d’un alcool plus fort.
Il prépare mon cocktail, puis il se sert un whisky avec de la glace après avoir posé mon verre devant moi.
— Merci eun’ mass’ !
— Pardon ? plisse-t-il les yeux.
— Merci beaucoup ! répété-je dans un meilleur dialecte, en savourant mon olive verte.
— Hmm… Désolé, c’est la première fois que je viens en France et je ne connais pas toutes vos expressions.
— Pourtant, vous travaillez ici.
— Non, du tout ! se marre-t-il en me jetant un clin d’œil.
Hein ?!
— Que faites-vous derrière le bar, alors ?
— Il n’y avait personne et j’avais soif, hausse-t-il les épaules.
Je cligne des yeux et ouvre la bouche comme une idiote en réalisant qu’il est un simple client de l’hôtel. Je suis scotchée par son audace.
— Vous ne craignez pas que la direction vous surprenne ?
— Faut prendre des risques dans la vie.
S’il savait tous les risques que je prends, rien qu’en me levant chaque matin, il ne dirait pas ça.
— Pourquoi, Lille ? l’interrogé-je en ignorant sa remarque. Ne vous méprenez pas, j’adore ma ville, mais si c’est votre premier voyage en France, vous auriez pu choisir Paris.
— Je ne suis pas là pour faire du tourisme, fronce-t-il les sourcils en descendant son verre d’une traite.
— Pour les affaires ?
Il incline la tête d’un air amusé et réplique :
— Vous êtes toujours aussi curieuse ?
— L’une de mes caractéristiques, souris-je.
— Laissez-moi deviner, l’une de vos autres caractéristiques ne serait-ce pas la franchise ?!
Bien vu !
Je déteste les faux-semblants, les hypocrites et le mensonge. J’aime que les choses soient dites clairement. Cela est sans doute dû au fait d’avoir été abandonnée par ma mère à la naissance. Je ne lui en veux pas. Dans une lettre qu’elle a laissée, j’ai compris qu’elle n’avait pas eu le choix. Depuis, je me suis promis, il y a bien longtemps maintenant, que je ne commettrai pas l’erreur de tomber enceinte sans être sûre d’avoir trouvé la bonne personne et de pouvoir assumer mon enfant. Surprendre cet enfoiré de Damien en train de prendre son pied avec sa pétasse de patronne me confirme que j’ai raison sur ce point. D’ailleurs, je ne me laisserai plus avoir par les sentiments, sans être certaine qu’ils aillent dans les deux sens.
— Alors ?
— OK, seulement si vous me dites ce que vous faites dans cet hôtel à cette heure tardive, à boire toute seule.
Il en profite pour nous resservir un verre. Je souris d’être tombée sur lui, ce soir. Il est canon, et, en plus, il a de la répartie. J’adore ça !
Je décide de ne pas me démonter et il lui balance d’une traite :
— Ch’te vos d’ichi ! Les hommes sont des kiens ! Le gars t’fait de biaux discours et quand t’as le dos tourné, il baisse une pourisse, ragé-je. Vous
pensez qu’à la 3 quéquette ! Bref, il a osé m’dire, j’chte ker, c’t’andoulle.
Face à ma diarrhée verbale, le barman canon s’en décroche la mâchoire.
— Je parle, j’écris et comprends parfaitement le français, mais là, excusez-moi, je n’ai pas saisi un traître mot de ce que vous venez de dire.
— Brun !
Je me rends compte que je lui ai parlé en ch’ti. Forcément, il n’a rien pigé. Ce n’est pas plus mal, finalement. Je ne veux pas qu’il me prenne pour une pauvre fille qui s’apitoie sur son triste sort. J’ai toujours essayé d’être forte et de prendre la vie du bon côté bien que je sois née sous une mauvaise étoile. Mes yeux s’ancrent aux siens, une vague de chaleur s’empare de mon ventre.
Ça vient d’où, ça ?
C’est bien la première fois que je regarde un mec et que ça me procure cet effet-là. Peut-être est-ce lui, mon coup d’un soir ? Après tout, il donne chaud comme la braise. D’autant plus que je suis sûre que ses doigts sont aussi magiques pour préparer un cocktail que pour titiller un clitoris.
— Brun correspond à une couleur…
— Oui, mais ça veut aussi dire merde en patois.
— En patois ? écarquille-t-il les yeux.
— Nous sommes à Lille… La plupart des gens ici parlent ch’ti. Le patois ch’ti.
Là, il me regarde encore plus bizarrement. L’alcool aidant, je décide de ne pas y aller par quatre chemins. Je suis descendue dans ce bar pour baiser et je ne compte pas me démonter.
— OK, je vous la fais en version française… J’ai surpris mon mec en train de culbuter sa connasse de patronne, donc j’ai besoin d’un Rocco au naturel.
— Putain… Même lorsque vous vous exprimez dans un français parfait, je ne comprends rien, éclate-t-il de rire. Attendez… je vais essayer… Vous êtes ici parce que vous avez surpris votre mec dans les bras d’une autre et vous voulez baiser avec le premier venu. Je suis bon ou pas ?
J’acquiesce en sentant mes joues rosir.
— Ça te va si on se tutoie ? me demande-t-il, amusé.
— Ouais…
— OK ! C’est qui, Rocco ?
— Ben, mon vibro’ !
— Oh, putain ! s’esclaffe-t-il. Merde, tu es exceptionnelle dans ton genre.
— Je suis moi.
— Tu es toi, rigole-t-il. Et le « toi » a un prénom ?
— Zélie.
— Declan. OK, je veux bien te répondre. Je suis venu rencontrer mon père et… je n’aurais pas dû. Très mauvaise idée !
En disant cela, il fronce les sourcils et son regard se perd dans son verre presque vide. Je me sens soudain mal à l’aise d’avoir autant insisté, car je vois bien que cela le perturbe de parler de lui.
— Je repars demain, ajoute-t-il, en me fixant.
Ses yeux gris-vert me déstabilisent. Je me mordille la lèvre en regardant sa bouche qui m’attire beaucoup trop.
Je réfléchis alors à la situation, configuration idéale. Il est seul, je suis seule et il repart demain, donc je ne le reverrai jamais de ma vie. Parfait ! Sauf… Zut ! Je n’avais pas pensé que peut-être, il était en couple. Et puis, je ne suis pas sûre de lui plaire.
Tant pis ! Qui ne tente rien n’a rien.
1. Basic instinct : thriller érotique franco-américain-britannique
réalisé par Paul Verhoeven et sorti en 1992. ↩
2. I fait un timps d’quien : Il fait un temps détestable. ↩
3. Ch’te vos d’ichi ! Les hommes sont des kiens ! Le gars t’fait de
biaux discours et quand t’as le dos tourné, il baisse une pourisse, ragé-je. Vous pensez qu’à la quéquette ! Bref, il a osé m’dire, j’chte ker, c’t’andoulle : je te vois venir ! Les hommes sont des chiens ! Le gars te fait de beaux discours et une fois que tu as le dos tourné, il baise une salope. Vous pensez qu’au sexe ! Bref, il a osé me dire, je
t’aime, cette andouille. ↩
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