Underground T4 : Verity
ch018
Chapitre 18
Debbie
Stan raccompagne Flora jusqu’à la porte d’entrée tandis que je retire ma veste de tailleur. Je m’étire doucement, mes bras au-dessus de la tête, alors qu’il n’est même pas vingt-trois heures.
À l’étage, Cassey dort déjà. La seule chose que l’on entend dans la maison, c’est le bruit du vent dans les arbres. Je m’assieds sur le canapé tout en retirant mes hauts escarpins.
Au loin, la porte claque. Je m’enfonce entre les coussins, ma main occupée à soulager les tensions sur ma voûte plantaire. Maudits talons !
— Laisse-moi faire…
La voix grave de Stan me fait ouvrir les yeux. L’instant d’après, il est installé à son tour sur le canapé, ses paumes enroulées autour de ma cheville. Ses doigts passent et repassent sur la cambrure de mon pied, là où il presse ma peau endolorie d’une manière des plus délicates, et des plus délicieuses. Sérieusement, cet homme est parfait.
Je me redresse sur le fauteuil, puis me hisse à sa hauteur. J’atterris sur ses genoux, m’agrippant à son col de chemise. Nos deux corps enroulés dans la pénombre du salon, je plonge mon regard dans le sien, lui retire sa cravate et sa veste de costume dans un silence cérémonieux. Je l’embrasse doucement, ma langue se pressant tout contre la sienne. Ses mains, toujours posées sur mes pieds, continuent de me prodiguer le plus doux des massages.
— Je me suis souvent demandé comment vous pouviez marcher avec des trucs pareils, me glisse-t-il, sourire aux lèvres, en faisant remonter son pouce sur toute ma voûte plantaire, de quoi m’arracher un petit gémissement de bien-être.
— C’est du sadisme à l’état pur, réponds-je d’une voix enrouée.
— Le confort ne devrait pas prévaloir sur le côté sexy.
Je me mets à rire.
— Tu te fous de moi ? Tu veux que je te montre ce que tu m’as acheté pour la Saint-Valentin, hein ? Tu crois que c’est agréable de se sentir ficelée comme si on était une paupiette ?
Nous nous échangeons un regard entendu. Stan délaisse mes chevilles afin de remonter sur mes jambes. Il retire sagement mes bas en me faisant basculer sur le côté. Allongé sur le canapé, il se faufile entre mes cuisses, se retenant d’un bras, au-dessus de ma tête, pour ne pas m’écraser.
— Disons qu’il devrait y avoir un juste milieu, nuance-t-il en parsemant de tendres baisers le creux de ma poitrine, là où ma robe ne tient que par deux petites accroches métalliques.
Je soupire, déjà terrassée par le bulldozer Stanley Birmingham.
— Tu parles…
Je lève les yeux au ciel, un sourire taquin aux lèvres. Malgré l’obscurité, je devine aisément le sien. La faible lueur extérieure, émise par les lampadaires qui habillent la rue, s’invite à travers les rideaux à peine tirés de la salle à manger. Elle se reflète sur nos peaux, étrangement marmoréennes.
Ses doigts s’accrochent aux attaches de ma robe. Il tire doucement dessus, dévoilant ainsi ma poitrine, nue. Ses prunelles se braquent sur mes deux tétons couleur caramel. La seconde d’après, sa langue me lèche avec gourmandise. Je presse son visage entre mes seins, comme la petite coquine en manque que je suis.
— Pourquoi tu ne m’as pas dit la vérité sur ton boss ? me demande Stan.
Dans mon ventre, je sens que ça se noue. Un peu à la façon d’une corde coulissante.
— J’en sais rien, avoué-je, la tête relâchée sur l’oreiller. Je... je ne voulais pas t’embêter avec ça.
Du bout de mes ongles manucurés, je caresse les cheveux de Stan, plus du tout aussi bien peignés qu’en début de soirée. Lorsqu’il relève la tête vers moi, que sa bouche quitte la douceur de ma peau, je croise ses grands yeux brillants. Brûlants. Ils brûlent d’un amour qui me fait peur. Parce que je le connais très bien. C’est celui que j’ai tenté d’étouffer tant d’années quand j’étais avec Gaylord. Ce n’est pas sain. Pas du tout, même. C’est un amour toxique, qui nous entrave. Pour toujours. Et aujourd’hui, je ne veux pas que Stan soit enchaîné, prisonnier de mon amour. Bien au contraire. Je le désire libre. Comme jamais je ne l’ai été, comme je ne le serai probablement jamais.
— Ça ? relève-t-il, un sourcil arqué. Tu parles de ta sécurité ?
— N’exagère pas, soupiré-je en continuant de lui caresser les cheveux, ma main descendant contre sa nuque, puis sous sa chemise afin de longer le haut de ses omoplates.
Je le sens frémir sous mes gestes, et cela, malgré l’importance de notre discussion.
— Je n’exagère pas, Debbie. Je veux savoir quand tu as des problèmes.
— J’ai pas de problèmes. C’était juste… un…
Je cherche mes mots.
— Un souci passager.
J’ignore pourquoi, mais je repense à la lettre, celle que j’ai reçue, « anonymement », la semaine dernière et qui est cachée dans l’un des tiroirs du vaisselier. Connor s’invite dans ma tête. Je devrais brûler le torchon que ce bâtard a osé m’envoyer.
— Même si c’est un souci passager, insiste Stan en déposant un tendre baiser sur ma bouche. Je veux savoir quand quelque chose te tracasse. D’accord ?
Mon souffle se raccourcit. Mes mains deviennent moites.
— OK…
— Pourquoi tu fais cette tête ? Qu’est-ce que t’observes ? me questionne-t-il en suivant mon regard, toujours braqué sur le vaisselier.
— Rien ! m’exclamé-je, le cœur battant la chamade, en attrapant ses joues de mes doigts tenaces pour réorienter son visage vers moi. Rien du tout, chéri.
Je ne veux pas que Stan soit mêlé, de loin ou de près, aux manigances de Connor. La dernière fois, il a bien failli y laisser son cœur. Pour de vrai. Je n’oublie pas les heures d’attente interminables à l’hôpital, tout ce sang, chaud et poisseux, sur son tee-shirt gris, ni les longs mois de convalescence qui ont suivi.
— Debbie…
— Tout va bien, bébé, chuchoté-je. Vraiment. Je suis désolée de ne pas t’en avoir parlé avant. Et… et je suis contente que tu lui sois rentré dans le lard à cet imbécile.
Balance… #arbitre, #médiatrice, #petitemaligne. C’est moche ce que je fais. Ramener Everton sur le devant de la scène dans l’intention de laisser Connor là où il est. À savoir, dans un coin obscur. Loin de nous.
— Il méritait plus, me fait remarquer amèrement Stan.
— Ils méritent toujours plus…
Je refoule mes sombres pensées et m’attarde sur la bouche de mon homme. Mon pouce se met à caresser sa lèvre inférieure. Je viens ensuite l’embrasser, toute fébrile, mon corps se collant au sien, brûlant de désir.
— J’adore te voir habillé comme ça, avoué-je en déboutonnant sa chemise. T’es taillé pour porter un costume, mais je crois que je te préfère en tenue d’entraînement. Quand tu sues sang et eau pour ton champion. Ça, c’est… toi. Vraiment toi.
Stan esquisse un sourire, son nez se perdant dans mes longues mèches brunes pour respirer mon parfum à base de jasmin. Ses mains, elles, ont glissé sous ma robe afin de venir taquiner l’élastique de ma petite culotte.
— Et tu l’aimes ? me demande-t-il sérieusement. Ce vraiment « moi » ?
Je hoche la tête.
— Beaucoup trop.
— On aime jamais trop, Debbie.
— Si… sinon, on ne parlerait pas de crime passionnel.
Cette fois-ci, Stan se met à rire. Il se redresse sur le canapé, m’entraînant au passage sur lui, là où je me retrouve assise à califourchon sur ses cuisses robustes. Les bras en croix sur le dessus du fauteuil, la chemise ouverte sur son large torse, puissant et musclé, il me toise de son regard de braise. Je sais qu’il les attend… ces trois foutus petits mots. Et j’ai envie de les lui hurler. J’ai envie de lui hurler : JE T’AIME ! Putain, pourquoi est-ce si dur à prononcer ? Je t’aime… trois mots, sept lettres, trois syllabes. Allez, quatre pour les plus pénibles.
Néanmoins, je ne les lui articule pas. Je suis bloquée. À la place, je préfère aborder un autre sujet. Tout aussi flippant.
— Pourquoi t’as dit ça ? questionné-je en un murmure à peine audible.
Dans ma poitrine, mon cœur cogne vite et fort.
— Pourquoi j’ai dit quoi ?
— Que…
Je déglutis, le regard braqué entre ses deux clavicules.
— Que j’étais ta femme.
Silence radio.
Même le vent a l’air de retenir son souffle.
— J’ai dit ça, moi ? me lance-t-il, taquin, ce qui me fait lever les yeux au ciel.
— Oui…
— Peut-être.
Il hausse les épaules, comme s’il n’en était pas vraiment certain.
— Deux fois ! rappelé-je en prenant le même ton que Leslie lorsqu’elle me l’a remémoré.
— Bah si je l’ai dit deux fois, c’est que c’est sans doute la vérité, non ? m’assène-t-il, un sourcil arqué.
— À toi de me le confirmer.
— Ah ça, non, bébé, désolé, rit-il de nouveau. Moi, je l’ai dit. Au sens premier du terme. Je ne vois pas ce que je peux faire de plus.
— D’accord, mais je…
BIM !
Le bruit d’une fenêtre que l’on brise ou d’une porte qui claque violemment me fait sursauter comme une diablesse. Putain ! Surprise, je me redresse sur Stan, le cœur battant la chamade, les yeux écarquillés. Nous nous échangeons un regard interloqué alors que le calme semble être revenu dans la maison.
— C’était quoi ce bruit ? demandé-je, inquiète, en tendant l’oreille.
À l’étage, tout paraît aussi paisible qu’au rez-de-chaussée. Comme s’il ne s’était rien produit. Pourtant, les sourcils froncés de Stan me rassurent sur le fait que, ce son, je ne l’ai pas imaginé. D’accord, j’ai passé ma semaine à avoir peur pour rien et à me sentir épier. D’ailleurs, quand j’y pense, tout le monde m’a semblé bizarre ces derniers jours. Là, par contre, ce n’est pas que dans ma tête.
— Je sais pas, répond Stan en jetant un coup d’œil vers le hall d’entrée. Ça venait de dehors. C’est pas grave.
— Non, ça provenait de derrière, insisté-je, la gorge serrée.
Est-ce que Connor serait capable de se pointer de nouveau juste pour… pour me faire peur ? La petite voix dans ma tête me dit que oui.
— OK… Je vais aller voir, lance Stan en sautant sur ses pieds. C’est sûrement le chat de la voisine qui a renversé les poubelles, ou les adolescents d’à côté qui ont envoyé leur ballon sur l’une des fenêtres de la cave. Détends-toi.
— Je suis détendue, grimacé-je ce qui le fait sourire.
— C’est vite dit, ça, ma puce.
Je m’apprête à rétorquer lorsque Stan tourne les talons afin de se diriger vers le hall d’entrée, et ainsi, accéder à l’arrière du domicile par la cuisine, là où le bruit strident s’est fait entendre.
Je me lève à mon tour, ajustant les bretelles de ma robe sur mes épaules, histoire de ne pas me promener à moitié nue. Je ne peux m’empêcher de jeter des coups d’œil à droite, à gauche. La sensation d’être espionnée est toujours présente. C’est comme si un souffle brûlant, moite même, était rivé sur ma nuque. D’ailleurs, je me passe une main dans les cheveux, mon regard continuant de virevolter tout autour de moi, un brin rassurée de savoir que non, personne n’est derrière une fenêtre à m’observer.
— En ce moment, t’es vraiment bizarre, Debbie.
— Je ne suis pas bizarre, Stan, c’est juste que…
Gniiiik !
Mon sang ne fait qu’un tour. Le son d’une porte qui grince me précipite contre Stan. Je lui plante carrément mes ongles dans l’avant-bras, ce qui lui extorque un juron.
— Les griffures, bébé, c’est uniquement au lit, putain ! Tu m’as arraché la moitié du bras !
— Chut ! Attends… Je… j’entends quelqu’un… dis-je d’une voix tremblante.
La maison est toujours plongée dans le noir. Je regrette plus que jamais de ne pas avoir investi dans des lumières automatiques à l’extérieur. Dès demain, j’en installe. Sur le perron, dans le jardin, et dans l’allée du garage. Partout !
— Ça doit être le vent, me rassure Stan en soupirant. Rien de plus. Bouge pas, je vais aller voir.
En quelques secondes, je me retrouve seule, debout, au milieu du salon. Je transpire tellement que ma robe me colle à la peau. Je tortille nerveusement le bout de mes cheveux. Stan a raison, il faut que je me détende. Ça doit être un chat… « un chat qui a ouvert la porte de derrière ? » me demande ma conscience. Cette simple question me glace le sang. Stan…
Ni une ni deux, je me précipite dans la cuisine, attrape le premier couteau qui traîne, puis tourne les talons pour me ruer vers la buanderie. J’ai à peine le temps de faire un pas que ma tête tape contre une épaule, carrée et musclée.
Je pousse un cri de terreur en entendant mon prénom résonner dans toute la pièce.
— Bordel de merde, Debbie, qu’est-ce que tu fous avec un couteau ? me demande Stan, les yeux écarquillés.
Je le lâche aussitôt. Il tombe sur le carrelage en un bruit des plus stridents. Mes mains, elles, tremblent comme si j’avais la maladie de Parkinson. Mes yeux s’embuent instantanément de larmes.
— Désolée, je… je ne sais pas ce que j’ai en ce moment, je… je perds la… la tête, balbutié-je. Je… j’aurais pu te blesser.
— Viens là, soupire Stan en me rapprochant de lui.
Je me love tout contre son corps, où mon nez se niche au creux de son cou. Il m’embrasse tendrement la tempe, ses grandes mains montant et descendant le long de ma colonne vertébrale.
— Tout va bien, ma puce, d’accord ? murmure-t-il à mon oreille. C’était juste une balle… tiens, regarde…
Il me montre un ballon de basket, bien usé, presque déformé, posé sur le comptoir de la cuisine.
— Je te l’ai dit, ce sont les ados d’à côté… ils ont dû le perdre, c’est tout. La porte de derrière était mal fermée. Le vent a dû l’ouvrir. Rien de plus.
Je n’ose même plus parler. Je tremble tellement que je commence à avoir mal au cœur.
— Allez, on va se coucher, me dit Stan.
Il me porte dans ses bras, à la manière d’une princesse, puis me monte jusque dans notre chambre après s’être assuré que tous les accès étaient clos et que l’alarme était enclenchée.
Je me déshabille rapidement, viens me cacher sous la couette, regardant Stan ôter sa chemise et son pantalon à pinces. En caleçon devant moi, une partie de la Lune se reflétant contre le bombement de chacun de ses muscles, il s’approche de moi.
— Debbie…
— Oui ?
Il s’humecte nerveusement les lèvres.
— Est-ce que… est-ce que c’est la reprise de la saison dans l’Underground qui t’angoisse comme ça ? ose-t-il me demander, observant les draps au motif fleuri de notre lit.
— J’en sais rien, soufflé-je. Pourquoi ? Tu arrêterais si je te disais que c’était le cas ?
Stan n’a pas le temps de me répondre. La voix de Cassey qui m’appelle désespérément depuis sa chambre me fait quitter la mienne en moins de dix secondes.
Je m’entortille dans un peignoir, puis viens embrasser mon fils sur le front alors qu’il est encore dans un semi-sommeil, se débattant sans doute avec de mauvais rêves. Je passe bien dix minutes à lui caresser les cheveux, mon index tournant entre ses petites boucles cuivrées. Lorsque sa respiration s’est enfin apaisée, je retourne dans ma chambre, là où Stan est étendu sur le lit, occupé à envoyer des SMS.
— Cauchemar ? me demande-t-il simplement en posant son téléphone sur sa table de chevet.
— Oui… C’était qui ? questionné-je.
Je ne peux pas m’empêcher d’être curieuse. Et un peu jalouse, aussi.
— Jodie, me sourit Stan. Elle veut mes codes Netflix. J’ai dit que je les lui donnerais si elle consentait à écrire sur son corps que je suis le plus beau.
Je lève les yeux au ciel.
— Vous êtes de vrais gamins, tous les deux.
Je le rejoins, repliant mes mains sous ma tête tout en l’observant de mes grands yeux noisette. Stan tapote mon nez de son index, puis éteint sa lampe de chevet. Ni lui ni moi ne reparlons de l’Underground. On ne fait même pas l’amour. Mais ce n’est pas grave. Sa seule présence, dans mon lit, me comble déjà.
***
Cette nuit, je dors mal. Vraiment très mal.
Je rêve de Connor. De Gaylord. De l’Underground, aussi. Je rêve que je suis dans une cage… En talons hauts, habillée seulement d’une petite culotte. Tout le monde me regarde… tout le monde me hurle dessus. Tout le monde ? Non. Ce ne sont que des hommes. Des hommes gras, pervers, obsédés par mon corps. Ils gémissent… ils poussent d’horribles jurons à mesure qu’ils se branlent sans la moindre pudeur, devant moi, tétanisée sur le ring. Je cligne des yeux plusieurs fois, choquée, rien ne se passe. Je sais que ce n’est qu’un rêve, toutefois je n’arrive pas à me réveiller. Encore moins lorsqu’un homme que je ne connais pas, nu lui aussi, s’approche dangereusement de moi. Les poursuiveuses éclairent toutes les zones de son anatomie… puis j’entends une voix… c’est le speaker. Il me demande d’enlever ma culotte. Et de me mettre à quatre pattes. Paniquée, je cherche Gaylord des yeux. Il n’est qu’à deux mètres de moi. Grand, fier, solide. Son regard vert est braqué sur Connor… Sur Connor, penché vers l’avant, occupé à observer Stan, allongé par terre, se vider de son sang…
Lorsque je parviens enfin à ouvrir les yeux, à m’extirper de ce cauchemar, je me sens courbaturée de partout. Épuisée. J’ai l’impression d’avoir couru un marathon. Mon corps est poisseux de sueur. J’ai la gorge sèche, la langue pâteuse.
Je file sous la douche, espérant effacer les traces de cette horreur, aussi bien sur mon corps que dans mon esprit.
Lorsque je descends, Cassey est en train d’engloutir ses céréales devant un dessin animé. Stan, lui, est déjà parti chez Parker et Coleen. Aujourd’hui, nous sommes vendredi. Jour de combat.
— Salut, Maman ! me lance Cassey, obnubilé par la télé.
Je lui réponds d’un baiser sur le front, puis me fais couler un grand café noir.
— T’es debout depuis longtemps, mon chéri ? Je ne t’ai pas entendu te lever.
— Ouais, Stan m’a fait du bacon et des œufs. On a mangé devant la rediffusion des plus belles actions du match de basket des Chicago Bulls. C’était trop cool, ils ont gagné.
J’arque un sourcil.
— Œufs, bacon… et là, des céréales ?
— Ouais, après, je vais aller faire des pompes et des abdos. Pour avoir plus de muscles.
Je me retiens de sourire.
— Stan t’a pas dit qu’il fallait plutôt faire du sport avant de manger ?
— Euh… non, je crois pas, me répond-il en fronçant son petit nez, l’air pensif. Sinon, je m’en souviendrais.
— Eh bien, moi, je te le dis. Si tu fais du sport juste après manger, tu vas vomir.
Cassey lance un regard presque effrayé à ses céréales multicolores qui baignent dans une piscine de lait bien trop sucré pour son âge.
— En plus, il faudrait manger moins de cochonneries, monsieur la future grande star de la boxe, hein !
Il lève ses yeux au ciel, puis termine son deuxième petit déjeuner avant de monter se préparer. Il redescend un quart d’heure après, alors que ça fait déjà cinq minutes que je l’appelle. Le vendredi, je commence plus tard chez McFly, ce qui me permet de l’emmener à l’école.
Dans la voiture, on écoute de la musique. La radio diffuse une vieille chanson des Linkin Park, Numb, c’est l’un des morceaux préférés de Cassey. Contre toute attente, il reste silencieux. Je n’insiste pas, je vois bien que quelque chose cloche. Ce n’est pas son genre d’être pensif, dans la lune, presque mélancolique.
— Tout va bien ? questionné-je pourtant.
— Oui, oui, me dit-il en regardant par la fenêtre.
— D’accord… et euh… à l’école, ça va ? Avec les copains ?
— Oui.
— OK…
Je jette un coup d’œil vers Cassey. Je me rends compte que mon fils m’observe lui aussi du coin de l’œil. Je n’ai pas le temps de le questionner davantage, car nous arrivons enfin devant le portail de son école. Je me gare en double file tandis qu’il attrape son sac à dos sur les sièges de derrière.
— Stan peut venir me chercher à la boxe, ce soir, s’il te plaît ?
— Euh… je… non, Cass’, c’est pas possible, il travaille, dis-je, un peu décontenancée par sa demande.
— Il part à dix-neuf heures trente et mon cours se termine à dix-huit heures.
— Je sais, mais il est occupé avec Parker, aujourd’hui. Toute la journée.
— Bon, je vais lui envoyer un message. C’est important !
— Cassey, qu’est-ce qui est important ?! m’agacé-je en décollant mes mains du volant. Je peux te récupérer, moi.
— Non, je préfère que ça soit Stan. Je… je veux lui parler.
— Tu veux lui parler de quoi ? demandé-je, étonnée.
— De trucs de mecs.
— Hein ?!
Alors, là… je ne l’avais pas vu venir. Des trucs de mecs ? À dix ans ?!
— Oui, des trucs de mecs. Des trucs d’hommes, quoi.
Des trucs d’hommes ?!
Toujours abasourdie, je ne sais même pas quoi répondre. À la place, Cassey me dit au revoir, puis il rentre dans son école.
Je redémarre la voiture, l’esprit ailleurs. Sérieusement, de quoi veut-il parler avec Stan ?
Cette question m’obnubile jusqu’à arriver à mon travail.
Dans l’ascenseur, je me retrouve seule avec Everton. Je m’attends à un commentaire de sa part sur ma jupe en daim, caramel, ou mon chemisier beige, mais rien du tout, c’est tout juste s’il me regarde. Parfait ! Je ne prends même pas la peine de le saluer et fonce droit vers mon bureau.
Évidemment, les secrétaires de l’accueil me disent à peine bonjour… Typique.
Une fois installée sur mon fauteuil, j’envoie un message à Stan :
#Cassey demande si tu peux aller le récupérer à la boxe tout à l’heure. Visiblement, il veut te parler d’un truc important. D’un « truc de mecs »... Il a insisté. Tu crois que je dois m’inquiéter ?
Sa réponse arrive dix minutes plus tard.
#Il veut sûrement savoir comment mettre un préservatif…
#T’es trop con, Stan. Il a dix ans !
#Et alors ?
#Ça ne me fait pas rire, tapé-je, agacée.
#Je ne ris pas, bébé. Truc de mecs = truc de cul. Il a maté son premier porno, et il se pose des questions, c’est tout. Je vais lui expliquer ce que signifie l’aubergine et les gouttes d’eau en émoticônes. Relax.
Je lève les yeux au ciel.
#Tu penses pas que ça peut être plus grave ? Genre, un problème de santé ? Un problème avec…
Je m’arrête d’écrire. J’arrive pas à croire que je vais aborder ce sujet…
#Tu penses pas que ça peut être plus grave ? Genre, un problème de santé ? Un problème avec son pénis ou ses testicules ? NE RIS PAS. Je suis inquiète, Stan. Je suis sa mère. Un petit garçon ne veut sûrement pas tout raconter à sa maman.
Je m’attends à recevoir un nouveau message de sa part. À la place, il m’appelle. Lorsque je décroche, je me rends compte que ma voix est plus que rauque.
— Debbie, ma puce, arrête de t’inquiéter, me rassure Stan, essoufflé.
Il doit être en pleine séance de sport avec Parker et Dennis.
— Tu penses bien que s’il y avait un truc grave, il t’en aurait parlé. Parce que justement tu es sa mère. Donc à mon avis, c’est rien du tout. Il doit avoir honte d’aborder ce sujet avec toi… peut-être que… je ne sais pas, il se pose des questions sur… sur son corps. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais je me rappelle, à son âge, la première fois que j’ai eu une éjaculation nocturne, ça m’a bien fait flipper.
— Une éjaculation nocturne ? C’est quoi ça ? m’affolé-je.
— Les femmes ne sont pas les seules à avoir de petits secrets, rit Stan alors que j’entends, au loin, la voix grave de Parker.
Il lui demande s’il y a un souci avec Cassey.
— Bon, coupé-je. Je veux que tu me dises ce qu’il t’a dit, d’accord ?
— Pas si c’est un truc aussi intime que ça ! s’exclame-t-il. Et j’espère que c’est autre chose parce que je vais avoir du mal à m’empêcher de rire.
— Stan…
— Je dois te laisser ma puce, ne t’inquiète pas pour Cassey. Les « trucs de mecs », c’est mon rayon. Bisous, je t’aime.
Il raccroche au moment où le son « je t’... » sort de ma bouche.
Au téléphone, je reste stoïque. Figée. C’est moi ou… ou j’allais enfin lâcher ces trois putains de petits mots ?
***
Il est presque dix-neuf heures quand je rentre dans ma chambre.
Cassey est en bas, dans le salon, occupé à faire ses devoirs entre deux constructions de Lego. Face à moi, Stan est torse nu. Son pantalon de sport noir lui enserre la taille, venant souligner sa plastique de rêve et ses abdominaux que j’adore caresser quand je m’endors. D’autant plus qu’en ce moment, il passe toutes ses nuits avec moi. Il part travailler le matin et revient le soir. C’est comme s’il avait un vrai boulot. Comme si nous étions une vraie famille.
Je referme la porte derrière moi, retire mes escarpins, puis m’assieds sur le lit, les genoux repliés contre ma poitrine – tant pis si on voit ma culotte. Stan, le visage baissé, attrape son tee-shirt d’entraînement sur l’étagère qui lui est réservée dans mon dressing.
Depuis qu’il est rentré avec Cassey de la boxe, il m’évite. Inutile de le nier. Lui, si tactile, si taquin, ne cherche absolument pas mon contact. Au contraire, il me fuit comme la peste.
— Alors ? Qu’est-ce que Cassey te voulait ? demandé-je au bout d’un moment.
Ses mains se crispent sur son tee-shirt. Je l’entends déglutir nerveusement tandis que ses yeux remontent vers les miens. Ils sont gris foncé. Comme l’orage. Ses longs cils noirs donnent à ses prunelles un aspect encore plus charbonné.
— Tu m’évites depuis tout à l’heure.
— Ce n’était pas un problème de santé, marmonne-t-il, gêné. Pas vraiment, en tout cas. C’était bien un truc de cul par contre…
— Ne me dis pas qu’il a vu un de ces pornos horribles où la meuf se fait prendre dans tous les sens par vingt mecs en même temps… Pitié ! supplié-je, écœurée.
— Non. En revanche, j’aurais peut-être préféré.
Son regard exprime ce que sa bouche refuse de m’avouer.
— Si c’est une blague, Stan, c’est pas drôle, soufflé-je. Je suis inquiète, là.
— C’est pas une blague, ma puce, et… t’as pas à être inquiète, c’est juste qu’il avait des questions.
— Quel genre ?
Stan soupire. Il lâche son tee-shirt sur le lit, puis vient s’asseoir près de moi, posant sa main sur mon genou. Le simple contact de sa peau contre la mienne appelle un frisson de mon corps.
— En début de semaine, ils ont eu un… un cours d’éducation sexuelle. À l’école, commence Stan. Ils ont abordé différents sujets… comme… comme le consentement.
Le consentement ?
Mon cœur fait un saut de cabri dans ma cage thoracique.
— Et euh… En gros, pour faire court, Cassey m’a demandé ce que le mot « viol » voulait dire.
Pardon ? Mes oreilles se mettent instantanément à bourdonner.
— Tu… tu lui as répondu ?
— Bien sûr. J’allais pas lui mentir. C’est important qu’il sache ce que ça signifie. C’est pas toi qui voulais en faire un homme bien, un homme exemplaire ?
J’acquiesce, toujours sonnée de sa conversation avec Stan. D’autant plus que c’est lui qui l’a initié.
— Il… il t’a dit quoi après ?
Stan se gratte nerveusement la tête.
— Il m’a posé beaucoup de questions. Des questions sur… sur toi et sur son « oncle » Connor, me dit-il en mimant des guillemets. Il m’a demandé s’il t’avait violée.
Les larmes me montent immédiatement. Ma rétine me brûle tellement que je me frotte les yeux de mes doigts tremblants.
— Qu’est-ce que… qu’est-ce que tu as répondu ?
Stan soupire, ses dents maltraitant sa lèvre inférieure.
— J’ai dit que… que c’étaient des histoires d’adultes. Pour autant, je… ne pouvais pas lui mentir, soupire Stan, défait, en ébouriffant ses cheveux. C’était impossible, Debbie.
J’enfonce mes mains dans mon crâne. Putain…
— On a pas mal discuté de ça, de… de ce qu’un homme peut faire avec une femme, de ce que… de ce qu’il doit faire quand elle dit « non », même de ce qu’il doit faire quand elle ne dit rien parce que… parce que c’est pas tout le monde qui est capable de parler et de s’exprimer au moment où ça se passe. Enfin… j’ai essayé de faire le tour, de… de dégrossir tout ce qu’il y avait dans sa tête, m’explique Stan. C’est bien qu’ils en parlent à l’école, mais faudrait aller jusqu’au bout du truc quoi, pas laisser les gamins repartir avec leurs questions. Perso, je suis choqué que tu n’aies pas été mise au courant par la direction de ce genre d’intervention… on… on aurait peut-être pu le préparer à cette discussion. Tu vois ?
Oui, je vois… je vois très bien.
Je continue de hocher la tête, comme un vulgaire pantin, puis me lève afin de me poster près de la fenêtre. J’écarte les rideaux pâles de deux de mes doigts pour regarder au-dehors. Les rues du quartier de Lincoln Park sont calmes et paisibles. Les maisons sont belles, ombragées, avec de jolies façades. Il y a un énorme parc à cinq cents mètres. Ce n’est clairement pas l’endroit où il se passe des drames familiaux comme ceux qui habitent la nôtre.
— Il t’a posé d’autres questions ? murmuré-je au bout d’un moment, mon regard noisette toujours tourné vers l’extérieur.
Derrière moi, j’entends Stan se rapprocher. Son souffle effleure ma nuque, dévoilée par mes cheveux remontés en un chignon banane. Ses grandes mains chaudes, abîmées par tant d’années d’entraînement, se posent délicatement sur mes poignets avant de remonter jusqu’à mes coudes.
— Il m’en a posé une, oui… il… il m’a demandé si…
Il s’arrête soudainement de parler. Je suis obligée de lui lancer un regard par-dessus mon épaule pour qu’il reprenne :
— Il voulait savoir si, avant qu’on fasse l’amour, je te demandais ton autorisation.
— QUOI ?! m’exclamé-je, les yeux écarquillés. Tu plaisantes, là ?
La tête de déterré qu’il m’offre me fait comprendre que non, ce n’est absolument pas une blague.
— J’aimerais bien, me répond Stan, mi-amusé mi-nerveux. Je peux te dire que je ne m’attendais pas à ce que le fils de ma gonzesse me demande… ça.
— Tu lui as dit quoi ?!
Je nage en plein cauchemar.
— La vérité. J’ai dit que c’était un peu plus compliqué que ça, qu’il n’avait pas à s’inquiéter… que je ne t’avais jamais forcé à faire quoi que ce soit que tu ne voulais pas, et que… ton bonheur – votre bonheur, à Cassey et toi – passait en priorité.
Mon cœur va lâcher… je vais finir en réanimation à l’hôpital, c’est sûr et certain.
Je baisse les yeux, à mon tour gênée. Je n’en reviens pas que Cassey ait posé toutes ces questions à Stan. Tout comme je n’en reviens pas que Stan ait eu la patience de lui répondre.
— En tout cas, ton fils a du plomb dans la cervelle, Debbie, crois-moi. Il était tenace et j’ai bien vu dans ses yeux que… que ça filait droit dans sa tête. À mon avis, dans dix ans, tu le retrouveras entre deux Femen, en pleine manifestation.
J’esquisse un sourire. Je m’apprête à m’essuyer les yeux, toujours embués, lorsque les doigts de Stan devancent les miens. Il chasse mes dernières larmes avant de me caresser les cheveux. Mes mains, elles, se posent tout naturellement sur son torse.
— Merci de… d’avoir géré ça, Stan. Je… ne sais pas quoi te dire d’autre. Je… je ne sais pas comment te remercier.
— Je t’aime, Debbie, et j’aime ton fils. Vraiment, insiste-t-il alors que mes entrailles se serrent. Je ferais n’importe quoi pour vous deux. Tu le sais, non ?
— Oui, murmuré-je, le regard rivé sur mes mains qui descendent le long de son torse, s’arrêtant au niveau de son ventre.
Je le sais, pensé-je. Malheureusement, Stan n’est pas le premier à me dire ça. En revanche, c’est le premier que j’ai envie de croire. De croire jusqu’au bout.
— Tu… tu crois que je devrais emmener Cassey voir un psy ?
— Attends déjà quelques semaines. Je pense qu’il doit digérer tout ça, ensuite, on avisera.
« On » avisera… j’aime de plus en plus lorsqu’il utilise le « nous » ou le « on » pour parler de Cassey. Je devrais lui dire. Lui dire vraiment, pas seulement lui faire sous-entendre en reprenant ses propres termes.
— OK…
Je termine par me blottir entre ses bras, fermant les yeux afin de me laisser complètement aller.
Lorsque l’alarme sonne sur son portable, je sais qu’il est temps pour lui de descendre dans l’Underground.
— Vas-y, tu vas être en retard, murmuré-je en m’écartant de lui.
Je lui tends son tee-shirt qu’il enfile rapidement avant d’attraper sa veste.
— Je rentre dès qu’on a terminé, bébé. Promis.
— D’accord.
Il m’embrasse amoureusement, sa langue roulant contre la mienne. Je caresse doucement sa mâchoire, puis je romps notre baiser, le regardant quitter la chambre, toujours avec cette boule au ventre, celle que seule l’Under arrive à faire naître en moi.
Lorsque j’entends la voiture démarrer, je me force à bouger de la chambre. J’ai encore du linge à trier et le dîner à préparer.
Je passe en coup de vent dans le salon. Cassey est toujours occupé à monter ses jeux de construction de manière consciencieuse. J’aimerais lui dire tellement de choses… sur moi, sur son père, son oncle… sur les femmes, le sexe en général, mais s’il n’a pas voulu m’en parler, c’est qu’il y a une bonne raison. Je dois respecter ça. Je suis déjà assez fière qu’il ait trouvé le courage d’en parler à Stan. Ça veut dire qu’il est vraiment en confiance avec lui. Je suis contente qu’il puisse prendre exemple sur un homme tel que lui. Stan a ses défauts, c’est sûr, cependant je sais qu’il respecte les femmes et leurs désirs. Cassey n’aurait pas pu avoir meilleur modèle, j’en suis convaincue.
J’allume le four pour lancer la cuisson du rôti avant de partir dans la buanderie, là où j’étends mon linge. Derrière moi, la porte est fermée, le loquet est tiré. J’ai encore en mémoire mon coup de flippe d’hier soir. Il faut vraiment que je me détende.
Près de la porte gît encore le ballon de basket des voisins. Je le récupère en soupirant, puis sors sur ma terrasse arrière. Les adolescents, trois frères âgés de quinze à dix-huit ans, sont dans leur jardin, en train, justement, de disputer un match de basket. Ils se chamaillent tels des frangins casse-cous afin de savoir lequel est le meilleur tireur. Je me rapproche de la palissade, sifflant un bon coup pour les interpeller.
— Bonsoir, leur dis-je avec un petit sourire en ramenant l’une de mes mèches de cheveux derrière mon oreille.
— Oh, bonsoir, Madame Briant. On peut faire quelque chose pour vous ? On est trop bruyant, c’est ça ? me demande le plus jeune, les joues écarlates, le tee-shirt trempé de sueur.
— Pas du tout, je voulais juste vous rendre votre ballon, indiqué-je en le leur tendant. Vous l’avez fait tomber dans mon jardin hier soir, je n’ai pas eu le temps de vous le rendre plus tôt, désolée.
Les trois adolescents se lancent de petits regards en coin, presque gênés, ce qui me fait arquer un sourcil.
— Quoi ? Il y a un problème ? questionné-je.
— Non, aucun, Madame, c’est gentil, me dit l’aîné en récupérant son ballon. Par contre… on n’a pas joué au basket hier soir. Ce ballon-là, on l’a envoyé dans votre jardin il y a au moins une semaine. Honnêtement, j’avais même complètement oublié son existence.
Qui a éteint le courant ? J’ai l’impression que tout mon corps vient de perdre l’intégralité de son système nerveux.
— Madame ? Vous allez bien ?
— Oui, merci, je… j’ai dû confondre. Bonne soirée, les garçons.
— Bonne soirée !
Je me dépêche de rentrer chez moi, faisant bien attention à verrouiller la porte de derrière. Mes mains tremblent, mes genoux tremblent… tout mon corps tremble. Mon cœur bat tellement fort que je l’entends cogner contre mes tympans. Si ce n’était pas ces gamins, hier soir, avec leur ballon dans mon jardin, alors… c’était qui ?
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