Underground T4 : Verity
Chapitre 004
4
Me marier…
DECLAN
Une semaine plus tard…
— Ah, enfin, soupire Harry, le gérant, mais aussi l’ami de mon grand-père. Tu aurais pu être à l’heure pour une fois et… t’habiller.
— Je poireaute depuis deux semaines, ça pouvait bien attendre cinq minutes supplémentaires. Et je suis habillé.
— Tu ne portes que des baskets et un bermuda trempé.
— Normal, je sors de l’eau.
Exaspéré, il lève les yeux au ciel.
— Pouvons-nous commencer ? demande le notaire qui m’inspecte de la tête aux pieds.
Sans me donner la peine de répondre, je prends place avec nonchalance dans le fauteuil en cuir qui m’est revenu de droit. Harry et le notaire s’asseyent en face de moi.
— Bien. Je suis présent aujourd’hui pour vous lire le testament de votre grand-père ainsi que ses dernières volontés.
Je sais ce qui me revient : tout ! Cela n’est qu’une formalité.
Il étale le fameux document sur mon bureau et en commence la lecture :
— Fils, tu sais que je t’ai toujours considéré comme tel depuis que ta mère a pris la décision de quitter ton père biologique, ce qui était la meilleure chose à faire. Sans doute qu’à ce jour, tu en connais la raison…
Le notaire relève brièvement les yeux sur moi, sûrement dans l’espoir que je lui en donne la raison. Il peut toujours courir. Même à Sam, mon meilleur ami depuis toujours, je n’ai pas encore eu le courage de le lui dire. Juste avant de s’éteindre, Jack, mon grand-père, m’a révélé où il vivait. Juste après l’enterrement, j’ai pris le premier vol pour la France. Il fallait que je le rencontre. Le choc de ma vie. Je m’attendais à tout, sauf à ça. Néanmoins, ça m’a permis de passer la meilleure nuit de ma vie avec la plus belle des femmes qu’il a été donné à mes yeux de voir.
Zélie…
Comment l’oublier ? Amusante, naturelle, sexy, sauvage, avec quelque chose de mystérieux. Je me souviens encore de son parfum. Une odeur fruitée, totalement addictive. Je la chasse de mes pensées et me concentre sur la voix soporifique de mon notaire :
— Tu as toujours été un garçon désinvolte. Désormais, il faut que tu te prennes en main.
Houlà… Je n’aime pas la tournure que prennent les choses. Comment ça, en main ?
— Je sais que tu ne veux pas prendre ma suite. J’ai bien compris que tu avais tes propres rêves, cependant, les rêves ne suffisent pas pour réussir sa vie. Tu dois devenir quelqu’un d’important. Je ne t’ai pas élevé toutes ces années et travaillé jour et nuit pour que tu passes ton temps sur un surf.
Je me redresse nerveusement.
Il me fait quoi, là ?
— Soit, tu es mon seul héritier, donc toute ma fortune te revient. Néanmoins…
Je n’aime pas ça, mais alors vraiment pas du tout.
— Voici la condition.
Mon notaire se racle la gorge. Mauvais signe.
— Tu dois être marié.
Hein ?!
— Quoi ? m’étranglé-je.
Il a pété un boulon ou quoi ?
— Tu as trois-cent-soixante-cinq jours pour trouver la femme idéale et te marier, sinon tout reviendra à mes œuvres de charité, poursuit le notaire sans relever mon interrogation. Bien évidemment, il faut qu’elle tombe amoureuse de toi et vice-versa, sinon ce sera caduc. Harry connaît bien les femmes, il verra si elle t’aime.
Je tourne la tête vers lui, qui se retient de rire.
— C’est une blague ?!
— Je crains que non, gamin. Jack souhaitait que tu reprennes son affaire, mais comme il savait que ça n’arriverait pas, il s’est dit que si tu refusais de te marier, tu n’aurais pas le choix.
— Exactement, ajoute la voix soporifique. Je vous explique : pour avoir votre héritage, vous avez un an pour vous marier. Si dans un an, ce n’est pas le cas, soit vous reprenez les rênes, soit tout ira aux œuvres de charité, sauf l’hôtel qui sera à vous.
Je nage en plein cauchemar !
Ça ne peut être que ça. Je vais me réveiller.
Il savait que je suis contre le mariage. Je lui ai toujours dit que je n’avais pas besoin d’un bout de papier et d’une alliance pour aimer une femme. Sans cesse, je lui ai répété que cet engagement gâchait tout, que c’était une grosse connerie qui avait été inventée pour emprisonner le couple. Mon grand-père, lui, y croyait. Il a aimé ma grand-mère comme un fou. Elle représentait toute sa vie. Lorsqu’elle est décédée d’un cancer du sein, il ne s’en est pas remis et n’a plus jamais fréquenté aucune autre femme. Il disait que l’on avait qu’un seul et unique amour dans son existence. Que lui, il l’avait connu et perdu.
Quel con, je suis ! J’aurais dû me douter qu’il me ferait une entourloupe pour que je cède. Il a toujours voulu que je sois comme lui : un homme d’affaires responsable. Il détestait me voir sur une planche de surf.
— Putain ! J’ai besoin de cet héritage, merde ! gueulé-je en tapant mon poing sur le bureau, le faisant trembler.
— Je suis désolé, gamin.
— Pas autant que moi, Harry.
Je n’ai pas le choix. Si je veux que mon rêve se réalise, il faut que je reprenne son activité ou que je… Oh, putain, non ! Je refuse de me faire passer la bague au doigt à seulement vingt-cinq ans. Et puis, j’épouserais qui, hein ? Une bimbo ?! Plutôt me faire moine.
Le notaire se lève en rassemblant ses documents et me tend la main que je serre un peu trop fort, vu son visage crispé.
— À dans trois-cent-soixante-cinq jours, monsieur Scott. En attendant, Harry Stanford gérera non seulement l’entreprise, mais en prendra également la direction.
Il sort du bureau et je fusille Harry du regard.
— Je suppose qu’il n’y a aucun recours.
Son « non » de la tête m’énerve encore plus que s’il avait ouvert la bouche.
— Tu me trouveras à la plage.
Je dois sortir d’ici avant de suffoquer et de tout exploser sur mon passage.
De l’air.
De l’eau.
Une planche.
Voilà de quoi j’ai besoin pour me vider la tête et ne plus penser à cet ultimatum qui vient de s’abattre sur moi.
***
Pendant plus d’une heure, j’enchaine les 1 2 aerial , les bottom turn, les
duck dive3 4 et les hang five sans m’épuiser. Lorsque je sors de l’eau, je rejoins Sam qui s’allume une clope.
— Tu avais le 5 flow, mon pote, siffle-t-il.
— Éteins ta merde, tu pollues le 6 spot, râlé-je en ignorant son compliment.
— Tu ne devrais pas plutôt sourire au lieu de tirer la tronche ? Tu es un homme riche à l’heure qu’il est.
— Nan…
Je me tourne vers mon ami que j’ai retrouvé après mon rendez-vous sans lui en dire la finalité. J’inspire un bon coup et lui explique en détail le testament de mon grand-père. Au fur et à mesure de mon explication, il devient blême.
— Mais… Oh, putain, merde… fait-il, complètement ahuri.
— Ouais, acquiescé-je.
— On a besoin de cet argent.
— Merci, je le sais ! grondé-je.
— Toutes les gonzesses veulent se marier. Trouves-en une assez mignonne, et une fois que tu as ton héritage, tu divorces. C’est simple comme bonjour.
— Tu n’as pas compris ou quoi ?! Il faut qu’elle tombe amoureuse de moi, et moi, d’elle. Je ne peux pas berner Harry. Ce mec lit dans les pensées, j’te jure. Depuis mes deux ans, il n’a jamais avalé un seul de mes bobards. Il lui suffit de regarder quelqu’un cinq minutes pour savoir qui elle est et ce qu’elle ressent. Il possède un don.
— Je n’avais pas pensé à ça, réfléchit-il en se frottant le front.
Il soupire.
— Alors, tu n’as plus qu’à prier pour que l’amour pointe son nez, et te marier, conclut-il.
Me marier…
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1. Aerial : technique qui consiste à utiliser la vague comme tremplin
pour s’extraire de l’eau en faisant une figure au-dessus de l’eau. ↩
2. Bottom turn : est un virage qui s’effectue en bas de vague.↩
3. Duck dive : technique qui consiste à pousser sa planche sous l’eau
et sous une vague déferlante afin de passer la barre facilement. ↩
4. Hang five : technique qui consiste à se positionner debout sur le
devant de sa planche et de rester en équilibre. ↩
5. Flow : On dit d’un surfeur qui a du flow lorsqu’il est en accord
parfait avec le rythme de la vague. ↩
6. Spot : lieu où se rendent les surfeurs pour surfer.↩
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