Underground T4 : Verity
ch015
Chapitre 15
Coleen
Dring !
Le bruit strident de la cloche qui annonce le premier round a à peine le temps de résonner dans toute la salle du ring, bétonnée du sol au plafond, que je vois Oméga charger son adversaire. Il part pleine balle, remonté à bloc pour aller casser du Russe.
Sous les hurlements encourageants, mais perçants du public, à commencer par moi-même qui sautille comme une furie sur mes pieds, mon mâle lui assène un front kick phénoménal, ce qui met ce connard de Vlad en très mauvaise posture. Rares sont les fois où Oméga se sert de techniques de boxe thaï. Ça surprend toujours.
Le fighter tricolore n’a pas le temps d’encaisser l’assaut. Il se prend le coup de pied en plein dans le torse, ce qui le propulse un mètre en arrière, contre l’une des grilles de la cage. On dirait la scène dans le film 300 !
Partiellement assommé, Vlad se relève tout de même en titubant, crachant un molard ensanglanté de la taille d’un œuf. De l’autre côté du ring, mon loup est ovationné par la foule. Bras ouverts vers son public, il hurle à la mort, encensé par l’adrénaline, drogué à l’endorphine et autres hormones excitantes que son corps produit en masse.
— Oméga ! Oméga ! Oméga !
Ce chant, c’est le sien. Celui qui lui donne des ailes. Celui qui lui file les crocs, qui lui fait bomber le torse, courber la tête et rentrer dans le tas.
Il attend gentiment que Vlad se remette debout, juste pour avoir ce plaisir de le recoller au tapis. À mon avis, Oméga va prendre les trois rounds complets rien que pour le défoncer, encore et encore. Ou peut-être seulement deux, histoire de ne pas lui donner l’illusion de tenir la cadence.
De nouveau en appui sur ses pieds, Vlad protège son angle mentonnier de sa gauche tout en balançant son poing droit sur le visage de Parker. Dans la cage, les coups pleuvent et retentissent, aussi forts que la pluie en pleine tempête. Bim bam boum ! Ça se répercute dans toute la salle, jusqu’à ma cage thoracique même. Mon cœur s’emballe, ma respiration devient douloureuse. Je croise mes doigts contre mes lèvres, priant silencieusement tandis que le combat continue. Poings serrés, tête baissée, les deux fighters ne lâchent rien. Leurs corps sont transpirants de sueur et de sang, les droites, gauches se raccourcissent à mesure qu’ils se rapprochent l’un de l’autre, au point d’avoir leurs fronts presque collés.
À plusieurs reprises, l’arbitre les sépare, leur signalant l’acharnement, seulement les deux s’en foutent royalement. Oméga enchaîne plusieurs jabs pour repousser Vlad dans la zone de combat cependant, Anderson a vu juste, celui-ci en a dans le bide. Ses appuis au sol sont parfaits. Les chevilles fixes, les genoux solides, pliés de surcroît, il ne tangue pas. Son équilibre est impressionnant, néanmoins, il en faut plus pour faire renoncer Oméga. Certes, sa stabilité reste un poil fragile, car il change très souvent de rythme, mais la puissance de ses coups est inégalable.
Droite, gauche, bolo-punch… Vlad tente tout un enchaînement complexe visant, in fine, à atteindre les côtes d’Oméga. Mon loup les contre en se décalant, toujours au dernier moment, sur sa droite. Sauf qu’il se retrouve coincé contre la grille de la cage. Ce connard de Ruskov profite du fait que ses manœuvres sont limitées pour lui asséner un uppercut féroce. Oméga n’a pas le temps d’esquiver. Il le reçoit en plein dans le citron ! Je me mords instantanément les doigts.
Mon cœur se serre. Je lâche un juron !
Je vois sa tête partir sur le côté, s’éclatant contre l’un des poteaux de l’octogone.
J’ai mal partout.
Le public scande le chant d’Oméga alors que Vlad se déchaîne sur lui. Il prend ses côtes basses pour son punching-ball. Bam, bam, BAM ! Il frappe de plus en plus vite, de plus en plus fort.
— Allez, Oméga ! Vas-y, bébé, défonce-le ! hurlé-je, transpirante d’inquiétude.
Ma robe me colle entre les omoplates et sous les seins. J’en peux plus !
Sur les écrans géants, je vois les secondes défiler pour le premier round. Plus que trente… Merde !
Le Ruskov continue de martyriser Oméga. Mon mâle encaisse. Encore et encore. De là où je suis, j’aperçois ses muscles intercostaux et ses obliques se contracter pour protéger ses côtes et ses organes digestifs. Sa taille se creuse, s’incline. Rien ne le fait courber, mon homme reste debout.
— Putain, je vais avoir du taf, marmonne Sabrina, angoissée elle aussi.
Ma meilleure amie se ronge les ongles, secouant ses jambes comme une petite vieille atteinte de Parkinson.
Sans voir le regard d’Oméga, je sais qu’il doit être plus que noir.
Une fois n’est pas coutume et qu’importe le fighter face à mon mâle, celui-ci croit toujours qu’il peut l’avoir à l’usure. Erreur fatale… Sur le ring, personne ne peut encaisser aussi bien que le loup solitaire du Michigan.
Trop confiant, Vlad relâche ses appuis. Son offensive perd en puissance. C’est léger, néanmoins suffisant pour qu’Oméga pivote sur son pied, balançant un crochet en plein dans l’oreille du Russe qui le fait instantanément lâcher prise.
La cloche retentit au moment où il tombe à genoux par terre en hurlant, la main contre son oreille.
Le temps mort de soixante secondes débute alors.
Ni une ni deux, Jodie est déjà sur Oméga pour lui glacer les côtes et le torse avec sa bombe cryo qu’elle vide entièrement. Ne tenant plus en place, je saute sur mes pieds direction le carré de préparation. Je pousse au moins dix personnes, montre mon badge aux deux armoires à glace qui font le pied de grue, puis accède au carré d’Oméga.
Je n’arrive pas à me contenir. Je veux le toucher. J’en ai besoin.
— Ça va, bébé ? murmuré-je en attrapant sa main, bandée, poisseuse de sueur et de sang, dans la mienne. Comment tu te sens ?
Je jette un regard sur le décompte. Encore vingt-cinq secondes de pause.
Jodie sort des compresses glacées pour les lui passer sur le visage et nettoyer son nez. Ça saigne… ça inonde ses lèvres, son menton, sa gorge aussi. Je ne m’en étais pas rendu compte de là où j’étais assise.
Pourtant, mon loup m’adresse un clin d’œil qui se veut rassurant. Il me caresse délicatement la joue du dos de sa main, toujours prisonnière de la mienne.
— Au top, me dit-il d’une voix rauque, un brin grésillante.
Dring !
— C’est l’heure, annonce le coach en lui faisant un signe. Vas-y. Et fume-le, ce fils de pute !
— Ouais, promet-il avant de me lancer un dernier regard par-dessus son épaule. Toi, ma louve, ne bouge pas. Je reviens dans moins de dix secondes.
J’arque un sourcil. De quoi ?
Les yeux emplis de hargne de s’être fait, à son tour, avoir, le Ruskov semble remis de sa douleur à l’oreille. Il remonte sur le ring, paré pour le deuxième round qui commence. La scène se déroule au ralenti. Comme dans un film, je vois Oméga prendre de l’élan, lever le bras, plier le coude, serrer son poing et…. passant d’un appui arrière à un vers l’avant, il balance son uppercut le plus puissant dans la mâchoire du Ruskov qui n’a même pas le temps d’esquiver l’attaque. Le bruit du choc fait presque vibrer les grilles. Vladmir Iliev tombe raide dans la cage. Le K.O. est annoncé… au deuxième round, à la neuvième seconde.
L’instant d’après, perdue dans le brouillard de flashs d’appareils photo, de fumée, de spots lumineux, la silhouette du loup solitaire du Michigan se découpe dans la lueur artificielle de cette fin de combat. Il avance vers moi, triomphant, insolent, le regard tout de même grave.
Ses grandes mains m’attrapent par la taille pour me ramener brusquement contre lui. Par réflexe, j’enroule mes bras autour de sa nuque, remerciant le ciel pour ce triomphe. Et pour avoir récupéré mon mâle en un seul morceau.
— Moins de dix secondes, se sent-il obligé de me préciser alors que le public hurle sa victoire. Tu vois, j’avais raison.
Je soupire, rassurée. Je m’humecte les lèvres, mes doigts venant décoller ses boucles brunes de ses tempes trempées de sueur. Il n’a pas encore vu à quoi ressemble l’hématome qui s’étire sous son œil droit.
— T’es dingue… mais je t’aime aussi pour ça, Dieu du ring…
— Je t’aime aussi, Déesse de mon cœur.
Je souris, ferme les yeux, puis le presse contre moi malgré la transpiration, le sang, la vaseline. Je m’en fous.
Bordel de merde… Moi qui espérais une saison tranquille, je crois que l’on vient de croiser celui qui sera son principal adversaire cette année !
***
La porte de l’appartement claque derrière nous.
Suspendue à la bouche de mon homme, je peine à retirer ma veste. Je me débats avec les boutons tandis que ma langue glisse fébrilement contre la sienne. Je l’embrasse à pleine bouche, fiévreuse, les reins en feu.
Parker lance son sac de sport sur le module de la cuisine avant de nouer ses mains à mes hanches. Il délaisse mes lèvres pour venir s’aventurer dans mon cou. Mes ongles griffent son cuir chevelu à mesure que je me cambre entre ses bras robustes. Je le désire tellement que j’ai les genoux qui tremblent.
Sa langue défile sur ma clavicule avant de plonger entre mes seins, ses paumes me soulevant contre lui, là où j’enroule mes jambes autour de sa taille.
— Embrasse-moi ! ordonné-je en nouant mes doigts dans ses cheveux, à l’arrière de son crâne.
Son sourire se perd sur le mien, puis, obéissant, il se jette sur mes lèvres pour les capturer en un tumultueux baiser. J’aspire sa lèvre inférieure entre les miennes, ouvrant un peu la bouche pour l’approfondir. J’entends son pas, fier et insoumis, marteler le parquet du salon.
J’ondule contre lui, frottant mon entrejambe contre son ventre, aussi dur que du béton armé. Je dépose une dizaine de doux baisers sur sa bouche, mon pouce caressant son nez, là où deux tubes de coton sont enfoncés dans ses narines. Un pansement anesthésiant en surplombe l’arête, presque entre ses deux yeux, dont le droit domine un magnifique hématome.
— Si tu voyais ta tête, toi… murmuré-je en un soupir inquiet.
— Quoi ? Je suis plus aussi beau ? me lance-t-il, un sourire au coin des lèvres.
— Si… Par contre, y a des chances que tu fasses peur à ta fille avec ton œil au beurre noir et ton nez défoncé.
— T’inquiète, elle va s’habituer. Je lui dirai que c’est un bobo de Papa, me dit-il en revenant m’embrasser la gorge.
Sa main droite s’échappe de mes fesses pour venir se glisser dans mes longs cheveux. Il l’enroule autour de mes boucles, puis tire dessus pour me faire relâcher la tête vers l’arrière, lui offrant ainsi un meilleur accès à mon buste et à ma poitrine, toujours prisonnière de ma robe.
— Tous les papas n’ont pas des bobos comme ça… relevé-je, un brin haletante.
— Tous les papas ne sont pas fighter.
— C’est vrai…
Je souris lorsque ses dents tirent sur ma fermeture Éclair, lui dévoilant mes seins nus. Le simple contact de sa langue, brûlante, sur ma peau si sensible me fait gémir. Je me retrouve sur le canapé, allongée entre les coussins, tandis que mon homme retire son tee-shirt. Il le passe par la tête, étirant ainsi tous les muscles de ses bras et de son torse. Je déglutis nerveusement, le corps déjà en feu. Je fourmille de partout quand il récupère les deux morceaux de coton de son nez pour les jeter sur la table basse. Il réprime une grimace douloureuse. Il doit en chier, mais ça lui arracherait la gueule de le dire. Heureusement que Sabrina lui a fait une petite piqûre d’antidouleurs. Pour son visage et ses côtes aussi, strappées entre la sixième et la huitième. Jodie l’a ficelé comme un rôti de porc. Très mignon tout ça !
— T’as mal ? demandé-je, tout de même, en me redressant sur un coude alors qu’il se rapproche dangereusement de moi.
Sa silhouette se découpe dans la pénombre du salon. Quelques rayons de lune parviennent à passer au travers des rideaux pour venir éclairer certaines de ses courbes, comme la carrure de ses épaules ou la finesse de sa taille.
— Ouais, j’ai mal à la queue… J’ai la gaule du siècle à cause de ta putain de robe.
— Approche, murmuré-je, lascive en tendant la main.
Je glisse mes doigts sous l’élastique de son bas de survêtement. Sa bouche prend possession de la mienne. Je lui retire ses dernières couches de fringues tout en l’embrassant avec passion. Je soupire à plusieurs reprises, ses mains passant sous mes cheveux pour se nicher contre ma nuque.
— Qu’est-ce que tu veux ? demandé-je, mon regard rivé au sien. Ma bouche ?
Il esquisse un sourire en acquiesçant tout de même d’un léger mouvement du menton.
— T’as de la chance…
— De quoi ? s’étonne-t-il.
— Que j’aime autant te sucer.
— La chance, ça se provoque, bébé, me répond-il d’un air si arrogant que ça me fait rire.
— Tu l’as provoquée comment toi, déjà ? Rappelle-moi.
Il me tire par le poignet pour que l’on échange nos places. Je me retrouve entre ses cuisses, à genoux sur le parquet, tandis qu’il étire ses longs bras sur le dossier du canapé. Son regard me lance un défi muet.
— Je t’ai donné ma veste… et je t’ai fait croire que c’était ma préférée.
Le clin d’œil qu’il m’adresse n’arrive pas à calmer mes rires. Il se fout de moi ? Je termine par lever les yeux au ciel, mes doigts passant entre les sillons atones qui délimitent chacun de ses abdominaux. Je ne réponds pas.
D’humeur joueuse, je pose mes lèvres sur son sternum, les seins contre son ventre, sa queue palpitante d’envie lovée entre mes côtes. J’embrasse son torse, ma langue remplaçant ma bouche sur sa peau chaude qui a le goût d’arnica. Son odeur à la cardamome me donne légèrement le tournis. Je contourne ses muscles saillants, lèche ses tétons serrés, d’une belle couleur caramel qui me fait penser à ce bonbon si sucré. Il frissonne, sa respiration s’entrecoupant à mesure que j’explore le moindre relief de son poitrail. Sous mes paumes, je sens la chair de poule envahir ses cuisses.
— Putain, grogne-t-il, impatient, son bassin roulant, cherchant à tout prix à optimiser le contact entre nous deux.
— Regarde-moi, ordonné-je, tout bas, en ancrant mes yeux sur son visage, englouti par l’obscurité de la nuit.
Son regard météorite se pose sur moi. Mes joues s’embrasent, rougissent d’extase. En particulier lorsque ses prunelles me supplient de le prendre en bouche.
— Je ne fais que ça, ma louve.
Sa voix est tendue, rauque. On dirait du velours. Tout comme son regard qui me scrute attentivement, docile, contemplatif, mais ô combien implorant.
Je décide d’abréger ses souffrances pour commencer une toute nouvelle torture. Du bout de la langue, je le lèche, du bas vers le haut, jusqu’à recouvrir son gland de mes lèvres pleines et humides.
— Bordel… de… merde, geint-il en relâchant la tête en arrière, sur le rebord du canapé.
Satisfaite de l’entendre jurer, je le prends en bouche, ma langue l’accueillant contre elle. Je commence à le sucer, lentement. Avec ivresse et une certaine patience qui m’inondent, à mon tour de plaisir. Je deviens toute moite, brûlante d’accès et d’excès, aussi, à mesure que je déguste ma friandise préférée. Je pourrais la lécher jusqu’à en avoir des nausées, jusqu’à en avoir mal au ventre, mal au cœur. Je m’en moque.
Sur ma langue, je sens sa queue palpiter. Je contourne l’ensemble de son anatomie avant de creuser mes joues pour continuer de le sucer avec avidité malgré un rythme lent et profond. Ses mains se referment dans mes cheveux, tirant sur mes mèches, à mesure que ma bouche le gâte, ses pouces frottant mes pommettes. Il se contracte à plusieurs reprises sur le canapé, ses hanches ondulant sous moi pour intensifier le plaisir.
— Ouvre la bouche, bébé. Plus grand.
J’obéis, traînant la langue lorsqu’il glisse sa queue entre mes lèvres, et ce, jusqu’à la garde. Je déglutis doucement, comprimant son sexe contre mon palais avant d’effectuer de profonds va-et-vient, au point d’en avoir un haut-le-cœur, ce qui le fait sourire de satisfaction.
Mon regard croise le sien, brûlant, noir de désir.
J’embrasse la pointe de son gland, puis le lèche de nouveau de bas en haut, les mains toujours appuyées sur ses cuisses. Je le tète lentement, rapidement, alternant le rythme pour l’amener proche de l’extase.
— Oh, bordel oui… Vas-y, bébé. Continue de me sucer… Putain, c’est bon.
Galvanisée par ses gémissements, j’enroule mes bras autour de sa taille et le suce avec plus de frénésie, véritable écho au désir que je sens monter en flèche le long de ma colonne vertébrale. Je mouille tellement que ma petite culotte colle à ma peau, se superposant à la perfection à mon entrejambe.
Contre moi, Parker grogne. Ses doigts se pressent contre ma tête, son gland glisse le long de ma lèvre inférieure avant de revenir se cacher dans ma bouche, là où il me baise avec une intensité à peine modérée.
— Putain, Coleen… Tu vas me finir si tu continues, bébé, je… Putain de merde !
J’enfonce mes mains dans ses hanches quand il se cambre sous moi et qu’il implose sous la pression de mes lèvres contre son frein. Il se déverse sur ma langue en de puissants jets salés. Sa chaleur termine de m’enivrer. J’ignore qui, de lui ou de moi, possède le regard le plus flouté. Sans doute lui… ou en tout cas, c’est la réflexion que je me fais lorsque j’avale sa semence et que je me glisse sur ses cuisses, sa tête venant se loger contre mon cou.
Son souffle est épais, rauque. Sa respiration, irrégulière. Tout son corps est recouvert d’une fine pellicule de sueur. Celle-ci se mêle à la mienne. J’étire doucement mes bras au-dessus de ma tête, la mâchoire un peu endolorie, avant d’être happé par ses lèvres pleines. Il m’embrasse avec démesure, me basculant dos au canapé.
Mon sourire effleure sa bouche alors que ses mains pétrissent mes seins, ses pouces roulant avec fièvre sur mes tétons tout roses. Sa langue remplace vite ses doigts. Il me lèche la poitrine, me dévore pleinement comme s’il n’avait rien mangé depuis des lustres. Un petit rire coquin s’échappe de ma gorge. S’il continue sur cette lancée, il risque d’avoir du lait plein la bouche…
— Doucement, bébé, tu vas avoir une drôle de surprise sinon, précisé-je.
Il n’en a que faire de ma remarque. Ses dents se plantent dans ma chair, sa langue roule sur mes mamelons. Je tremble entre ses bras, me frottant à lui comme une âme désespérée et agonisante. Je commence sérieusement à avoir envie qu’il me pénètre. Qu’il me prenne avec toute la folie, la force, qui le caractérise. Je veux sentir ses hanches saillantes claquer sur mon cul tout rond, que ses mains s’agrippent à mes seins et qu’il me les masse en même temps qu’il me fait jouir avec sa queue. Je veux que ma pommette s’échauffe sur le cuir du canapé, avoir mal aux genoux à force d’être à quatre pattes, si cambrée pour lui que je me sentirais plus femelle que femme. Parce que là, tout de suite, c’est de ça qu’il est question. Je suis sa femelle et il est mon mâle. Parker a bien profité de sa petite pipe, maintenant, vu le déchaînement dont il fait preuve et la fébrilité de ses gestes, Oméga est aux commandes.
Ses mains s’agrippent au tissu, au niveau de la fermeture Éclair, pour en écarter un peu plus les pans et ainsi pouvoir continuer sa délectation vers le sud. Sous lui, je me contorsionne pour retirer ma culotte. Il tire sur ma robe, au point d’entendre un déchirement résonner dans le salon, coupant la musicalité de nos seuls soupirs et gémissements.
— Eh ! m’exclamé-je. J’adorais cette robe…
— Moi, c’est toi que j’adore, grogne-t-il tandis que je me retrouve nue sur le canapé.
— Oméga… soufflé-je, un sourire tout de même au coin des lèvres.
— Je t’en rachèterai une. Des dizaines, même. J’aime quand tu portes des robes…
— Tu aimes quand je porte des robes pour toi, nuance.
— Si ce n’est pas pour moi, tu les mets pour qui, alors ?!
— Pour moi-même, réponds-je d’un air insolent.
Et pour Parker, ai-je envie d’ajouter, mais je me retiens. On va éviter de frôler l’incident diplomatique, ce soir. Déjà qu’Oméga est persuadé que je lui préfère Parker. Ce qui est absolument faux. J’ai cette chance incroyable, presque magique, irréelle même, de pouvoir les aimer tous les deux sans aucune distinction. Ils sont complémentaires et en même temps si… similaires. Ils me donnent tour à tour ce que je n’ai pas, ce dont j’ai besoin. Amour, tendresse, plaisir, protection… Je peux tout obtenir d’eux. Une telle fusion de nos âmes, de nos corps, ne m’a, étonnamment, jamais fait peur. Au contraire. C’est une force qui nous permet de tout surmonter ensemble.
— C’est ça, ouais, marmonne-t-il.
Il m’attrape par le bras pour me tirer vers lui. Sa bouche dépose un baiser dominateur sur mes lèvres, puis il me claque subitement la fesse avant que je ne me retrouve, comme c’était à prévoir, à quatre pattes, la joue sur l’un des coussins du canapé, les coudes pliés devant moi, le dos creusé, et le cul si haut que je peux sentir son souffle rugueux alimenter l’incendie qui se situe entre mes cuisses.
Ses mains caressent mon corps. Ses gestes sont directifs, durs, autoritaires aussi. Pourtant, mon plaisir est loin de passer après le sien. Bien au contraire. Il me tâte du bout des doigts, s’assurant que je suis fin prête pour le recevoir, et surtout que j’en ai envie. J’esquisse un sourire. Je suis peut-être sa femelle néanmoins au lit, c’est moi qui détiens les pleins pouvoirs, même quand il est dans un mood alpha.
Intentionnellement, pour le titiller, lui laisser le temps aussi de remonter et de respirer, je me dandine, frottant mes fesses à sa queue tout aussi dure que tout à l’heure. Putain, ce mec c’est vraiment du Super+.
Je continue de rouler mon cul sur sa queue, son gland venant chatouiller mon clitoris. J’ai toujours le sourire aux lèvres alors que ses mains caressent ma colonne, puis mes côtes.
— Laisse-moi te prendre, ma louve, me lance-t-il, suppliant.
J’incline la tête sur le côté, lui adressant un regard torride par-dessus mon épaule, là où ses yeux ne sont plus que deux boules de feu. Ses dents sont plantées dans sa lèvre inférieure. Lèvre qui est d’ailleurs dégoulinante de sang. Merde…
— Tu saignes encore du nez, lui dis-je, inquiète, en me redressant sur mes appuis.
— Eh ! s’exclame-t-il en abattant sa grande main sur mon cul pour me maintenir en place. Je m’en fous. C’est toi que je veux.
— Chéri…
— Quoi ?! Allez, putain, bébé, toi aussi t’en meurs d’envie. Tu mouilles tellement que ça coule le long de tes cuisses !
Il joint le geste à la parole, ses doigts effleurant l’intérieur de ma hanche avant de plonger dans mon vagin me faisant ainsi japper comme une louve en chaleur. Il me caresse doucement, appuie sur un point bien précis. Putain ! C’est trop bon. J’en peux plus… Haletante, je l’invite à poursuivre cette délicieuse préparation en me cambrant davantage.
— Prends-moi, Oméga, articulé-je difficilement, en proie aux premiers soubresauts de plaisir qu’il arrive à faire naître en moi. Fort… s’il te plaît.
Conquérantes, ses mains s’agrippent à mes hanches d’une manière qui ne laisse aucun doute à ce qu’il va me faire d’ici quelques secondes.
Il me pénètre, m’arrachant un cri de satisfaction alors qu’il grogne de soulagement à mesure que sa queue me remplit et me baise. Je lâche enfin prise, ma pommette s’échauffant, comme je le voulais, sur le tissu du canapé. Mes fesses rougissent sous l’assaut de ses paumes qui me pétrissent.
Bordel… Je suis d’accord avec Sabrina. La levrette n’est absolument pas la position des soumises, c’est même tout l’inverse. Parce que l’on a qu’une seule chose à faire : prendre du plaisir… Le reste ? C’est le mec qui gère. C’est lui qui nous donne tout ce que l’on veut. Force, puissance, euphorie. Et cette nuit, j’ai envie de prendre du plaisir avec mon homme. Beaucoup de plaisir. Jusqu’à l’évanouissement.
***
Assise derrière mon ordinateur, je n’écoute que d’une oreille ce que me dit Sabrina.
Chez J&N’s depuis neuf heures ce matin, je prépare mon entretien avec Elissa Baxter. J’ai donc mis ma meilleure amie sur haut-parleur. Elle profite d’une rare pause à l’hôpital pour me parler du mariage de sa cousine, prévu d’ici quelques semaines, souhaitant mon avis sur ce qu’elle devrait faire par rapport à son père et à cette irritation profonde qui lui saisit les tripes dès que sa fille mentionne son petit ami… Son petit ami blanc, je le précise, car, visiblement, c’est ce qui pose problème.
— Dennis est invité ? demandé-je en imprimant le dossier d’Elissa.
— Bien sûr que oui, soupire Sabrina. On est ensemble depuis presque deux ans, je te rappelle, et il est hors de question que j’aille au mariage de Mariame sans lui.
— Au moins, t’es fixée sur ça, souris-je en me levant pour aller récupérer toute ma paperasse.
— Ce n’est pas ça qui me prend la tête, marmonne Sabrina. Je ne sais juste pas si… si avec Dennis, on doit y aller, en disant fuck à mon père ou si on n’y va pas, comme ça, pas d’esclandre, par contre, je loupe le plus beau jour de la vie de ma cousine.
Je me pince les lèvres, croisant mes bras sur mon bureau, mon regard rivé sur mon téléphone, posé en équilibre sur trois classeurs d’agendas et de plannings en tout genre.
— Tu connais ma position, S.
— Ouais… Tu penses que je dois envoyer chier mon père.
— Exact. Si j’ai pu le faire avec le mien, tu peux le faire avec le tien. C’est pas facile, je te l’accorde, mais… choisis ton mec. Je te l’ai toujours dit. En plus, je ne vois pas ce que ton père peut reprocher à Dennis. Hormis qu’il soit blanc, marmonné-je. Ou ses antécédents d’addiction aux jeux d’argent.
— Bah comme le tien avec Parker, j’imagine… soupire-t-elle.
Je l’entends pousser une sorte de chariot. Putain, même en pause, cette fille continue de rendre service.
— Si tu rayes le côté fighter qu’il déteste ! ajoute-t-elle.
— Qu’il dit détester, la coupé-je. Je suis certaine qu’il se revoit dans les qualités et les défauts de Parker. Alors que Dennis, lui… Enfin, c’est un mec honnête, droit, bosseur, qui a plutôt très bien réussi sa vie, surtout quand on sait d’où il vient, le pauvre… Cerise sur le gâteau, il t’aime et te respecte. Qu’est-ce que ton père veut de plus ? lâché-je en attrapant mon stylo pour noter mes prochains rendez-vous dans mon agenda.
— Qu’il joue au football américain ? Qu’il ressemble à Denzel Washington ? Qu’il regarde les courses de Nascar ? Honnêtement, j’en ai aucune idée, peste-t-elle. Ce qui est sûr, c’est que je ne vais pas le laisser bouffer mon mec. Il ne mérite pas ça.
J’esquisse un sourire. La gazelle devient lionne à ce que je vois.
— Bon, tu vas aller à ce mariage avec Dennis. Tu vas te saper en mode femme fatale, histoire qu’on arrête de penser que tu as dix-huit ans, OK, et tu vas kiffer ta soirée, quitte à ignorer ton père. Tant pis. Ça lui fera les pieds. Crois-moi, il reviendra de lui-même.
— J’espère. Ma pause est terminée, je dois aller poser un plâtre à une gamine de cinq ans qui s’est fracturé la jambe. Sa mère la lui a écrasée en reculant avec son Range Rover. La petite était dans son angle mort. Coleen, pitié, pense à ça maintenant quand tu fais une marche arrière avec ta bagnole. Va pas écraser ma filleule !
Je lève les yeux au ciel.
— Je sais toujours où est ma fille et avec qui elle est. Allez, à ce soir, bisous.
Je raccroche, découvrant un petit SMS de Debbie qui attend patiemment d’être lu :
#On se prend une bière, toutes les deux, après le boulot ? D.
J’arque un sourcil, m’empressant de répondre.
#Carrément. Y a un problème ?
#Non. Pourquoi ?
#Comme ça. On se retrouve à dix-huit heures au Moon ? J’ai envie d’un Sex on the Beach.
#Tu sais me parler, toi. Ha ha. À toute.
Je range mon portable et remonte les manches de mon chemisier rose pâle sur mes avant-bras. Tout en attrapant un crayon à papier pour en mordiller pensivement le bout, je louche sur ma bague… La seule que je porte, d’ailleurs. C’est un simple anneau habillé d’une trentaine de diamants sur lequel est monté, au centre, un saphir rose en forme de goutte d’eau. C’est ma push ring, on va dire. La bague que Parker m’a offerte à la naissance de San et qui orne mon annulaire droit. Évidemment, j’aimerais bien en avoir une aussi au gauche, mais il va falloir que je me fasse une raison. Parker et moi, on ne se mariera jamais. Et je ne porterai, malheureusement, jamais le même nom que celui de ma fille. C’est pas faute de lui avoir tendu des perches dignes de la taille de l’Empire State Building. Le mariage, pour lui, c’est une absurdité sans nom. On s’aime, on a un bébé, il m’a offert une bague… Bon c’est pas la bague, néanmoins c’en est une, donc pour lui, le reste, à savoir un papier signé de nos deux noms, n’a aucun intérêt.
En soupirant, je télécharge le dossier d’Elissa de ma Dropbox à mon bureau d’ordinateur. Je relis rapidement les informations que j’ai au sujet de cette jeune boxeuse d’à peine dix-neuf ans. Elle vit dans le Colorado, fréquente l’Université locale, ne détient aucune bourse, a, de surcroît, un petit problème de concentration et de communication avec son entourage. Elle a été suspendue une fois… À dix-sept ans. Pour attaques hors temps de combat. En plus, elle a déjà été arrêtée par les flics… Merveilleux, pensé-je. Coups et blessures. Aucune poursuite n’a été engagée contre elle, en revanche. Et pour couronner le tout, elle est en quatrième position dans le TOP 10 USA des meilleurs espoirs féminins en boxe. Je le connais bien ce classement. J’ai campé à la première place pendant deux ans.
Je soupire une nouvelle fois et me masse les tempes. Pourquoi j’ai accepté de la rencontrer, hein ? Parce qu’elle a perdu sa mère ? Parce que j’en suis moi-même une ? Parce que Mora me l’a demandé ? Ou parce qu’à travers ce parcours chaotique, je distingue un haut potentiel chez cette gamine perdue, seule au milieu de hyènes affamées ?
Honnêtement, je ne sais pas quoi penser de tout ça. Encore moins lorsque Mora débarque, toute joyeuse, une pile de courriers entre les mains qu’elle lâche sur mon bureau, comme si elle était le Père Noël amenant les cadeaux un vingt-quatre décembre. Je regarde le monticule d’enveloppes qui recouvre la totalité de mes dossiers. Tu parles, 50 % sont sûrement des impôts ou des factures à régler, 30 % des demandes de stages, 20 % de la pub et 10 % concernent peut-être de futurs athlètes.
— Génial, marmonné-je alors que Mora m’adresse un grand sourire. Quoi ?
— Elissa ne devrait pas trop tarder.
Je m’oblige à rester neutre.
— Dans dix minutes, je sais.
— Tu me raconteras ? me demande-t-elle, la main sur la poignée de la porte.
— Si tu es sage.
— Je le suis toujours ! me lance-t-elle en battant de ses longs cils noirs. Allez, je te laisse bosser.
Elle referme derrière elle. Je me retrouve seule avec toutes ces enveloppes que je trie rapidement, posant celles qui concernent les factures sur mon agenda. Il va falloir que je passe discuter de tout ça avec l’expert-comptable. Je m’apprête, d’ailleurs, à lui envoyer un mail lorsque mon regard est attiré par une enveloppe plus épaisse que les autres, dont la couleur havane tranche avec le blanc immaculé de ses consœurs.
Curieuse, je l’attrape du bout des doigts pour y lire mon nom en simple et unique destinataire… Coleen LINCOLN… Étrange. Il n’y a même pas l’adresse de l’agence.
Je fronce les sourcils, décache le pli, m’attendant à trouver une demande de contrat de la part d’un jeune athlète bien trop timide pour me remettre son dossier en mains propres. Évidemment, ce n’est absolument pas le cas.
— Putain ! lâché-je, horrifiée.
C’est une coupure de journal. Sur le décès de mon frère aîné.
La première chose qui retient toute mon attention, c’est ce qu’il y a écrit sur cet article. « N’oublions pas le passé… » Les lettres sont grasses, dégoulinantes d’un rouge qui me brûle la rétine me faisant penser au sang, mais aussi à la couleur que portait Gaylord sur le ring.
Agitée, je passe mes doigts tremblants sur le journal, vieilli par dix longues années. Je ne comprends pas… Qui m’envoie ça ? Pourquoi ?
La nuque transpirante, sans parler de mes paumes, je regarde ce que contient encore l’enveloppe. Passé le choc, je me sens soudainement mal. À plat. Comme débranchée. Il y a au moins une dizaine de photos de moi avec Gaylord, ou de moi avec Connor. Des clichés quand je n’étais qu’une jeune adolescente qui n’aspirait qu’à une chose : devenir championne de boxe.
En voyant ces images, les larmes me montent aux yeux. Ma respiration s’emballe. Tout d’un coup, ma cage thoracique me paraît bien trop petite pour la quantité d’air que j’essaie d’envoyer dans mes poumons. Il y a d’autres photos… notamment qui représentent Debbie avec Gaylord, ou avec Cassey. Je me sens de plus en plus mal. Je tente d’essuyer mes paumes de mains sur mon jean, cependant même ça, je n’y arrive pas. Je fonds sur ma chaise, avec cette sensation atroce d’étouffer.
Je ne comprends toujours pas qui peut m’adresser un tel courrier ? Un fanatique du Lord Rouge ? Un mec complètement taré qui désire me faire peur ? Ou qui souhaite raviver mes pires démons ? « N’oublions pas le passé… » Ça veut dire quoi, exactement ? Que le free-fight n’est pas un jeu, que le ring n’est pas la maison du bonheur ?! Comment ne le saurais-je pas ? Après tout ce que je connais de cette putain de ligue ?!
Driiiiing !
Le bruit de mon téléphone fixe me fait tellement sursauter que je me renverse mon café, en équilibre sur un dossier, sur les genoux.
— Eh merde !
Je récupère des mouchoirs dans mon sac et éponge mon jean tout en répondant à Mora.
— Mademoiselle Baxter est là, m’informe-t-elle d’une voix claire alors que, dans ma poitrine, mon cœur continue toujours de battre avec une frénésie démesurée.
— Fais-la patienter, j’arrive dans quelques minutes, préviens-je en louchant sur les fameuses photos éparpillées sur mon bureau.
— Très bien.
— Attends, Mora ! Est-ce que quelqu’un est venu te déposer un courrier en mains propres ? Aujourd’hui ou la semaine dernière ?
— Non, pas du tout. Pourquoi ?
— Pour rien, marmonné-je.
Je raccroche sans même obtenir de réponse.
Le pantalon taché, l’estomac noué et le chemisier qui me colle à la peau, je me passe les mains dans les cheveux, comme pour ramener quelques mèches rebelles derrière mon oreille.
J’ignore qui est l’expéditeur de cette lettre, mais c’est de très mauvais goût. Vraiment. À coup sûr, c’est un fan qui sait que je bosse ici, chez J&N’s, qui veut me faire peur. Pourquoi ? Dans quel but ? Je n’en ai aucune idée. Peut-être pour atteindre Parker, le faire enrager, dégoupiller ? Ça ne serait pas la première fois que l’on se sert des femmes ou des conquêtes des fighters pour leur mener la vie dure. Si c’est le cas, l’expéditeur en question est vraiment un fils de pute de me rappeler la mort de mon frère. D’ailleurs… d’où proviennent ces photos ? Putain… Je ne serais même pas étonnée d’apprendre que c’est Connor qui les a commercialisées sur Internet, histoire de renflouer ses caisses. Quel connard. Vendre sa propre famille.
Affligée par un tel comportement, je m’empresse de ranger ce passé et ce traumatisme au fond de l’enveloppe avant de la fourrer dans mon sac à main. Je ne veux plus y penser. Plus du tout. Je dois rester concentrée sur Elissa Baxter.
Je m’essuie les yeux avec cette étrange sensation au fond de moi, le genre que je suis incapable de décrire. Il y a des photos très personnelles… Je me demande comment Connor se les ait fournies.
— Ça suffit ! m’ordonné-je à moi-même tout en jetant un coup d’œil dans le miroir.
J’ai une tête affreuse, putain.
J’essaye de tenir toutes mes pensées ainsi que la découverte de cet envoi à bonne distance, néanmoins rien n'y fait. Quand la petite Elissa Baxter s’assied en face de moi, je sais d’avance que je ne retiendrai rien de cet entretien. Le corps de mon grand frère qui s’effondre dans la zone de combat occupe le moindre recoin de mon esprit.
***
Ce qui était à prévoir est, évidemment, arrivé. J’ai passé mon après-midi à penser à ce courrier. Je n’ai presque rien retenu de mon rendez-vous avec la jeune boxeuse. Hormis le fait qu’elle a souvent fait les mauvais choix au mauvais moment. Je me suis tout de même décidée à lui laisser une chance… L’avenir me dira si j’ai eu raison ou tort. En attendant, je suis assise sur mon fauteuil, la tête rejetée en arrière, les yeux fermés et… je n’arrête pas de revoir la scène où mon frère meurt.
Je sens la chaleur, la sueur, le sang, cette odeur de… de soufre. Celle qui a longtemps hanté mes cauchemars et que je pourrais reconnaître entre mille.
J’ouvre les yeux, me redressant sur mon siège. Je me passe une main sur le front, toujours aussi moite, mon regard se posant le temps d’un instant sur mon sac, là où j’ai mis les documents. J’ai beau me dire d’arrêter d’y penser, que c’est l’œuvre d’un taré fanatique visant simplement à me déstabiliser et à faire enrager Oméga, je… je n’y arrive pas forcément. Tout se bouscule dans mon esprit. Si bien qu’il est à peine dix-sept heures trente quand je décide de quitter l’agence.
— Bye Spencer, dis-je à mon associé en passant ma tête dans la salle de réunion. À demain.
Il est au téléphone, ses lunettes à grosse monture sur le bout de son nez aquilin. Ses cheveux bouclés sont en pagaille. Il m’adresse un signe de la main, puis je dis au revoir à Mora avant de prendre l’escalier, direction le parking souterrain, où je gare ma voiture.
Mes talons tapent sur le bitume. J’ai mal au crâne, c’est horrible. Je crois que ce petit Sex on the beach va me faire le plus grand bien.
La lourde porte de la cage d’escalier claque derrière moi. J’appuie sur l’interrupteur pour allumer les néons tremblotants du parking. Une cinquantaine de voitures sont garées en rang d’oignon, de part et d’autre des deux allées, partiellement éclairées par les lueurs jaunâtres qui émanent des plafonds.
Je sors mon portable de ma poche pour envoyer un message à Parker lorsque j’entends une nouvelle fois la porte s’ouvrir et se refermer au loin. Par réflexe, je jette un coup d’œil par-dessus mon épaule, certaine de voir une personne des autres entreprises qui partagent le parking me dépasser d’une allure pressée, le nez collé à leur téléphone, mais rien. Je suis toujours seule dans le sous-sol. J’arque un sourcil, surprise. Quelqu’un a dû rentrer dans l’immeuble au lieu d’en sortir. Je reprends mon SMS, histoire de ne pas inquiéter mon homme. Je lui dis que je vais boire un verre avec Debbie et que je serai de retour pour le dîner.
Le message part au moment où j’entends des bruits de pas. Je relève une nouvelle fois la tête. Toujours rien. Dans ma poitrine, mon cœur s’accélère. Une fine pellicule de sueur recouvre ma nuque et l’espace entre mes omoplates. Je m’éclaircis la gorge en repositionnant l’anse de mon sac à main sur mon épaule. Mon pouls s’emballe. Il devient filant lorsque j’ai l’impression que… que quelqu’un est dans le parking sans que je ne puisse le voir.
— Y a quelqu’un ? demandé-je bêtement à voix haute.
La seule réponse que j’obtiens, c’est le bruit strident de la ventilation.
Tu dérailles, ma pauvre, pensé-je, en me frottant les tempes.
Je reprends ma marche, un peu plus rapide, je dois bien l’avouer, jusqu’à ma voiture, garée à une dizaine de mètres. Je sors les clefs de la poche de ma veste, mon ouïe captant de nouveau un son lourd, à peine étouffé, similaire à celui d’une paire de baskets claquant sur du béton armé. Cette fois-ci, ma respiration se coupe. Je me dépêche de plus en plus. Je suis presque en train de courir à ma voiture. Moi, Coleen Lincoln, je commence à flipper. Il faut vraiment que je me calme, putain.
Pourtant, mes doigts qui triturent mon trousseau ne font que trembler. J’ai la gorge sèche, ne cessant de jeter des regards tout autour de moi. Je ne vois rien. Les néons clignotent toujours autant. Ça me bousille la rétine.
Lorsque j’arrive enfin à ma voiture, je suis tellement stressée que je lâche mes clefs par terre.
— Merde !
Je me penche pour les récupérer. Elles ont glissé dessous, évidemment. Sinon, ce n’est pas drôle. Plus cliché, tu meurs, pensé-je, en tendant la main pour les attraper. Mon cœur loupe un battement lorsque, à au moins quatre ou cinq véhicules de là, je remarque une personne… chaussée d’une paire de baskets noires. La poitrine comprimée, je cligne des yeux. L’espace d’une demi-seconde, il n’y a plus personne. Plus d’ombre qui s’étire étrangement sur le sol, plus de pieds qui dépassent. Rien.
Je me dépêche de me remettre debout, mon poing serré sur mes clefs, lorsque je sens une main se poser sur mon épaule.
Je hurle de terreur et me retourne, prête à décocher une putain de droite lorsque je croise le regard surpris de Debbie, poussant elle aussi un cri d’effroi.
— Bordel, Deb’, tu m’as foutu la trouille ! m’exclamé-je, le poing à deux centimètres de sa pommette. J’aurais pu t’en coller une sévère.
— C’est toi qui t’es mise à hurler, tu m’as fait peur ! T’es folle, ma parole, me lance-t-elle, la main sur le cœur, la respiration sifflante.
J’ouvre la voiture, jette mon sac et ma veste sur le siège côté passager avant de me retourner vers ma belle-sœur. Je me sens toujours aussi fébrile.
— Qu’est-ce que tu fais là ? demandé-je au bout d’un moment, la voix bien trop haut perchée.
— J’ai fini plus tôt et je… je me suis dit que… que j’allais te rejoindre au bureau directement. J’ai le bip de ton parking, je te rappelle, m’explique-t-elle en rejetant ses longs cheveux derrière son épaule. T’es sûre que ça va, Coleen ? Si tu voyais ta tête…
— Ouais, marmonné-je. Je… journée de merde au boulot.
— Oh…
— Toi, ça va ? murmuré-je en me massant la nuque.
— Oui. Pourquoi ? me répond-elle d’une manière bien trop hâtive à mon goût.
J’arque un sourcil sans un mot.
Tout se passe dans mon imagination. C’est ce putain de courrier qui me remue de l’intérieur. Sérieusement, il faut que j’arrête d’y penser. Je vais enfermer ça tout au fond de moi, dans une boîte et ne plus jamais l’ouvrir. Après tout, c’est juste un connard qui a cherché à me foutre les boules. Rien de plus.
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