Underground T4 : Verity

Emilia Robinst · Chapitre 38 sur 62

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Underground T4 : Verity

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CHAPITRE 35

 

 

CONNOR

 

Dix ans plus tôt…

Novembre 2009.

Dans le vestiaire de mon frère, je reste collé au mur, de l’autre côté de la pièce. Le dos calé, les bras croisés sur mon torse, je regarde mes affaires de boxe traînant à mes pieds. Là-dedans, j’ai tout mon matos pour mes premiers combats dans l’Underground. Sauf que je sais, au fond de moi, qu’il ne me servira à rien. En tout cas, pas aujourd’hui.

À deux mètres de moi, Gaylord, aka le Lord Rouge, est d’une humeur de chien. Il s’est pris la tête avec Debbie au sujet de Cassey seulement une heure avant le départ. D’un côté, j’ai envie de les ignorer, de les laisser se démerder. D’un autre côté… ça me rend ouf de voir comment mon frère se comporte avec elle. En parfait trou du cul. Et Debbie qui est assez conne pour rester avec lui. Putain… y en a pas un pour rattraper l’autre. À croire que les filles, elles aiment ça, se faire traiter comme de la merde. Moins tu les respectes, plus elles persistent.

— DÉGAGE ! aboie Gaylord sur l’un de ses partners. Sérieux, dégage, je ne suis pas d’humeur ce soir. Voir ta gueule, je te jure, ça me file des aigreurs d’estomac !

Offensé, le pauvre gars tire la tronche. Il s’éclipse hors du vestiaire alors que Rudy, le coach de mon frère, celui qui risque de devenir le mien quand je serai dans le circuit officiel du free-fight, nous rejoint.

Il a plein de documents sous le bras. Ça concerne sûrement les combats de ce soir. Ceux de Gaylord, mais également les miens. Putain… j’ai pas encore annoncé que je déclarais forfait. Les 30 000 $, que j’ai reçus de l’autre trou du cul, pèsent telle une enclume au fond de mon bide.

— Ça va, champion ? demande Rudy à mon frère en lui filant une bourrade sur son épaule, ce qui le fait grimacer.

Je n’oublie pas la charge que Gaylord s’est prise hier soir. Même s’il a gagné tous ses combats, il en est ressorti bien amoché. Y a qu’à voir sa gueule pour le comprendre. Il a encore la pommette bien bleue et quelques traces violettes sous un œil.

— Je suis au top, Coach, lâche-t-il, un sourire amer au coin des lèvres.

— Tiens, j’ai un petit cadeau pour toi.

Rudy lui montre une seringue préremplie. On parie combien que c’est de l’adrénaline ?!

Sans prévenir, il la lui enfonce dans la cuisse, délivrant ainsi le produit incolore. C’est à peine si Gaylord réagit. De toute façon, on s’en branle des moyens. Seul le résultat final compte.

— C’est quoi ?

La voix fluette, incertaine, de ma petite sœur me fait tourner la tête vers la droite.

Avec sa chemise blanche, ses longs cheveux colorés en un rouge flamboyant depuis quelques jours, elle darde un regard chargé de méfiance sur l’aiguille.

— Ah t’inquiète pas, gamine. C’est un booster, sourit Rudy. Un truc spécial pour les champions. Quand toi aussi t’en seras une, t’auras le droit à ton propre cocktail.

J’arque un sourcil.

— Pour le moment, les mondiaux ne sont que dans deux ans, rappelle Gaylord d’une voix étrangement sombre. Donc, laisse ma sœur respirer tranquille. OK ?

J’arque le second sourcil. Tiens… y aurait-il de l’eau dans le gaz entre la superstar et son entraîneur ? En même temps, Rudy touche au deuxième point faible de Gaylord : notre petite sœur.

— Ouais, je sais, répond Rudy, un sourire aux lèvres. Allez, je te laisse te préparer. Connor ? m’appelle-t-il en se tournant vers moi.

Putain…

En vrai, je pourrais jouer double-jeu. Empocher les 30 000 $ et combattre quand même ce soir face à Black Mask… Au final, qu’est-ce qu’il pourrait se produire ?! Pas grand-chose. Et pourtant, mon instinct me souffle de passer mon tour.

— Tu te prépares ? Ou tu vas rester planté comme un con, contre le mur ?

Sans un mot, je laisse Rudy se moquer, puis, quand il part du vestiaire, je me racle la gorge, les dents enfoncées dans ma lèvre inférieure.

À l’autre bout de la pièce, Gaylord m’observe du coin de l’œil.

En une minute, il vire tout le monde à coups de pied au cul. En dépit de leurs protestations, entre ces quatre murs humides, il ne reste plus que Gaylord, Coleen et moi. Notre sœur, assise sur la table, baisse les yeux. Elle s’occupe avec son téléphone portable, consciente de la situation. Malgré son caractère de feu, elle sait se faire discrète quand c’est nécessaire. Elle enfonce ses écouteurs dans ses oreilles tandis que Gaylord me signale d’approcher.

— T’as la trouille ?

Je ne réponds pas. Pas parce que c’est vrai, mais parce que j’ai les boules qu’il le pense.

— C’est normal d’avoir peur, petit frère, me rassure Gaylord en posant ses mains sur mes épaules, son front touchant presque le mien. Moi aussi, j’ai eu la trouille la première fois.

J’AI PAS LA TROUILLE, BORDEL !

— Je t’assure qu’une fois dans la cage, tout ça… tout ce que tu peux éprouver s’évapore. Tu ne ressens que l’adrénaline. Y a rien d’autre, petit frère.

— Je sais pas, lâché-je, les dents serrées.

La seule chose que j’intègre, c’est que si je ne tiens pas ma part du deal, ce connard de Black Mask serait capable de me retrouver. Il l’a déjà fait. Il est au courant que je suis le Constrictor, et il sait où je m’entraîne. Je ne vais pas risquer une cicatrice sur la gueule et 30 000 $ en moins sur mon compte pour… pour contredire mon frère. Si ?

— Je ne me sens pas trop dans mon assiette, marmonné-je, le regard baissé.

Putain… gnian-gnian… on dirait une gonzesse qui chiale, là ! Si je ne désirais pas autant mon indépendance, j’aurais fourré les 30 000 $ – vrai ou faux billets, d’ailleurs – dans le cul de l’autre connard. Ça aurait été mieux que de passer pour la lopette de service face à Gaylord.

— Connor, soupire-t-il. On en a déjà parlé… Je te rappelle que c’est toi qui t’es inscrit dans cette ligue de malheur, ajoute-t-il tout bas.

JE SAIS !

À la place, je me tais.

— Tu peux pas te défiler avec ces gens. Ils ont le pouvoir de t’écraser comme un insecte. Et nous, petit frère, on est des Lincoln. On est des putains de lions, des chasseurs. Pas de vulgaires cafards !

Je ferme les yeux, mordillant ma lèvre inférieure de mes dents. Fait chier.

Gaylord doit prendre mon agacement pour de l’impertinence et de l’indécision.

— Je ne me sens pas encore prêt, réponds-je, les mâchoires serrées. Je vais finir piétiné comme une merde dans la cage.

Sérieux, je suis en train de me façonner un deuxième trou de balle, là.

Je croise alors le regard de ma petite sœur, toujours assise de l’autre côté de la table. Sa tête dodeline au rythme de la musique qu’elle écoute, pourtant, j’ai l’impression qu’elle a compris, qu’elle sait que je suis en train de me défiler.

Je reporte mon attention sur Gaylord, et je pense aux 30 000 $, à la bagnole que je vais pouvoir me payer. Sans parler de cette foutue caution pour l’appart dans le centre-ville. Allez… l’indépendance est à une chialade !

— Je peux pas monter dans la cage, Gaylord. Pas ce soir, j’y arriverai pas, murmuré-je en baissant les yeux. Je sais que je me suis engagé… sérieux, ça craint, mais… je peux pas. Je vais aller voir les bookmakers pour leur expliquer. Si ça se trouve, ils seront compréhensifs. Après tout, je suis ton frère, et…

— Et rien du tout, me coupe Gaylord. Tu n’iras voir personne, Connor, c’est clair ?! m’avertit-il en se redressant.

Il soupire, lève la tête vers le plafond avant de faire craquer sa nuque. Ses mains agitées se perdent dans sa tignasse cuivrée. Lorsqu’il me lance un regard en coin, je comprends que j’ai gagné. Je réalise aussi, au fond de moi, que je ne devrais pas m’en réjouir.

— Voilà ce qu’on va faire, petit frère, commence-t-il en se raclant la gorge. On va dire que t’es malade. Que t’as chopé un truc de merde et que t’es pas apte à te battre. Je vais prendre ta place. T’as combien de combats ? Un ? Deux ?

— Deux… Black Mask, puis Big Buddy.

— OK, bon… partons du principe que je vais les fumer, ces petits cons, me lance Gaylord d’un regard de chasseur. Par contre, les Sharks vont te reprogrammer. Et là, Connor, tu ne pourras pas te défiler. Ils vont me faire une fleur ce soir, mais que pour ce soir. Tu sais ce qu’il va se passer si tu refuses de combattre, samedi prochain ?

— Ouais… lâché-je à travers mes dents.

— Je veux t’entendre le dire.

— Ils vont me passer à tabac, réponds-je en plantant mon regard dans le sien. Pour bien que je rentre dans leur petit rang de merde.

— Exactement. Et j’ai pas envie de foutre l’Underground à feu et à sang parce que t’auras pas porté tes couilles pour la deuxième fois consécutive. C’est clair ?

— Très…

Putain de merde. J’ai envie de lui casser la gueule. Grand sauveur de mon cul, ouais, avec son air suffisant !

— Estime-toi heureux de ne pas avoir de gonzesse, réplique-t-il, d’une voix sombre. T’as une pression en moins. Par contre, si ta merde retombe sur notre sœur, là… je te jure, Connor, que c’est moi qui te passe à tabac. Compris ?

Je ne réponds pas.

— Compris ? insiste-t-il, un sourcil arqué.

— Ouais…

J’ai compris, et va bien te faire foutre !

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