Underground T4 : Verity

Emilia Robinst · Chapitre 6 sur 62

Pages du PDF

Underground T4 : Verity

ch003

Chapitre 3

 

Debbie

 

Chicago, Illinois.

Sous le ciel bariolé de stries orange et roses, je descends de la voiture après l’avoir garée devant mon domicile, localisé dans le quartier de Lincoln Park. Celui-ci s’est embourgeoisé ces dernières années et ce n’est pas pour me déplaire. Je suis contente de pouvoir élever mon fils ailleurs que dans les vieux recoins pourris de Pill Hill, là où j’ai moi-même passé mon adolescence.

Avec Gaylord, on a acheté cette maison de ville aux briques rouges, une bouchée de pain. C’était un ancien squat. Il avait magouillé je-ne-sais-quoi avec l’un de ses bookmakers afin d’en tirer le meilleur prix. On s’était dit qu’on allait la retaper… que ça allait être facile, rapide. Qu’on allait pouvoir organiser d’énormes fêtes dedans, célébrer ses victoires, ses championnats, y élever notre fils…, puis la mort est arrivée, le fauchant à tout juste vingt-deux ans, sur le ring de l’Underground. Je n’étais malheureusement pas présente le soir du drame. Cassey avait de la fièvre. J’ai préféré rester avec lui plutôt que de descendre dans l’Under avec Gaylord.

Je claque la porte de la voiture, le cœur serré.

J’ai toujours en mémoire ma réaction le lendemain matin, quand on m’a annoncé son décès. Je ne me rappelle pas avoir eu un jour aussi mal dans ma vie. Je pensais ne plus jamais pouvoir ressentir de telles émotions destructrices, puis Connor a kidnappé mon fils, il y a deux ans, révélant ainsi à notre famille la vérité sur Cassey.

Je m’humecte les lèvres, refusant de m’y attarder davantage, et monte les petites marches du perron, là où la lumière du salon se diffuse en un halo serein sur la terrasse. Je lève alors les yeux sur la façade en briques rouges, m’éternisant sur les rebords des fenêtres, fabriqués en bois de châtaignier.

Après la mort de Gaylord, il m’a fallu deux ans pour me relever. Coleen n’aurait pas été présente, j’aurais perdu mon fils en plus de mon homme. Elle a tout fait pour Cassey… Elle a arrêté la boxe et refusé une bourse pour

une Université de l’Ivy League1, préférant rester à Chicago afin d’être avec nous. Longtemps, je me suis demandé comment je pouvais remercier la femme qui a élevé mon fils lorsque je me droguais aux antidépresseurs et aux somnifères. Je broyais tellement du noir que je passais des jours sans même sortir de mon lit. La dépression est une maladie invisible, pernicieuse. On ne peut imaginer ce que c’est tant qu’on ne l’a pas vécue.

Un peu distraitement, je récupère mes clefs dans mon sac et ouvre la porte d’entrée avant de la refermer derrière moi.

À présent, j’ai repris ma vie en main. Je suis devenue une personne responsable, organisée, sur qui on peut compter. J’ai mis cinq ans à retaper cette maison pour qu’elle soit parfaite pour Cassey et moi, essayant de le préserver au mieux de mon passé – de notre passé. Je voulais que cet endroit soit notre havre de paix. À tous les deux. Sauf que maintenant, assis à côté de mon petit amour, il y a un autre homme, avachi sur mon canapé, une manette de PlayStation entre les mains, affairé à gueuler sur une équipe de football.

— T’as triché, Cass’, c’est pas possible ! Tu la sors d’où, cette équipe ? Depuis quand la Suisse sait jouer au foot, bordel ?!

Mon fils se met à rire. De là où je suis, ni lui ni Stan ne peuvent me voir. Ils sont occupés à se « disputer » un match dans un jeu vidéo. Et quand je dis « disputer », c’est vraiment dans tous les sens du terme.

Les petites bouclettes cuivrées de Cassey s’agitent sur le dessus de sa tête, en rythme avec ses éclats de rire. Il maltraite sa manette, ses pouces s’excitant sur son joystick à la vitesse de la lumière. À ses côtés, Stan n’en est pas moins calme. Je le vois sauter comme un cabri sur le canapé.

— Je t’ai dit, c’est carré, rond, puis carré, si tu souhaites changer de vision pour le coup franc.

— C’est ce que je fais. Carré, rond et carré. Attends… Ah merde, j’ai pressé triangle.

— Triangle ?! T’es sûr que tu veux m’aider en géométrie ?! se moque Cassey tandis que je retire, silencieusement, ma veste de tailleur.

Je pose mon sac à main par terre, me penche ensuite sur le canapé entre ces deux imbéciles qui s’excitent de plus en plus sur le dernier FIFA, l’un des nombreux cadeaux de Noël qu’a reçus Cassey de la part de son oncle Gabe.

Un regard vers la salle à manger, puis en direction de la cuisine me confirme qu’ils n’ont pas mis la table, et encore moins préparé le dîner. Je devrais m’énerver, leur dire que c’est abusé. Surtout pour Stan, qui est censé être l’adulte en mon absence, néanmoins, je n’y arrive pas. Je suis heureuse de les voir s’entendre aussi bien. Et je le suis d’autant plus quand je sais que mon petit ami ne fait pas semblant d’aimer Cassey juste pour être avec moi. La preuve à ce moment précis.

Je ne peux m’empêcher de sourire. Je souffle doucement sur la nuque de Stan, sous son oreille, là où un tatouage tribal habille ses trapèzes.

— Oh… merde, j’entends d’une voix grave alors qu’il met instantanément en pause le jeu, créant ainsi chez Cassey un petit cri d’indignation.

— Eh, qu’est-ce que tu f… Oh, salut, Maman !

J’arque un sourcil, faussement agacée, lorsque mon fils tourne enfin la tête vers Stan, et qu’il croise mon regard brun à la place du sien.

— Oups…

— Oups, Cassey Lincoln, en effet.

— T’es déjà rentrée, Maman chérie ? me demande-t-il d’une voix aiguë. Comment s’est passé ta journée ? Est-ce que tu veux que j’aille te chercher un petit verre de vin à la cuisine ?

 Sur sa bouche se dessine un sourire coupable. Le genre qui fait fondre n’importe qui, moi y compris, même si, étant sa mère, je me dois de lui résister. Avec sa bouille de canaille, son regard franc, ses pommettes constellées de taches de rousseur, et son air coquin, Cassey a l’habitude qu’on lui pardonne vite. Il a hérité de la physionomie de Coleen et de Gaylord. Tant mieux.

— J’avais pas demandé à ce que la table soit mise et le dîner préparé ? questionné-je, en inclinant la tête, mon regard plongé dans celui de mon fils, toujours assis sur le canapé, la manette de PlayStation encore entre les mains.

— Si, tout à fait, Maman, mais tu vois, moi, je ne suis qu’un enfant… Je ne suis pas l’adulte ici, me répond-il, tout sourire, alors que j’entends Stan éclater de rire, juste à ma droite.

— Tu manques pas d’air, minus ! lance ce dernier.

— Quoi ?! C’est vrai ! réplique Cassey.

— Allez, file dans ta chambre. Va te débarbouiller et te mettre en pyjama.

Je lui indique l’escalier d’un mouvement de la main comme pour confirmer mon ordre, mon bracelet en or s’entrechoquant avec ma montre. Cassey m’adresse une petite moue à laquelle je ne cède pas. Accordez un doigt à cet enfant, et il vous arrache le bras.

— Dépêche-toi. Allez, ouste !

Il obéit, traînant tout de même des pieds jusque dans sa chambre, à l’étage. Lorsque sa porte claque, je me retourne vers Stan, qui m’observe à la dérobée. À ton tour, chéri.

— Je t’ai déjà dit que j’adore quand tu me fais les gros yeux ? me lance-t-il alors que je contourne le fauteuil pour venir lui faire face. Ça m’excite à balle, trésor.

— Toi, tout t’excite à balle. Je pourrais me balader avec un nénuphar dans le derrière, ça serait la même chose ! rétorqué-je, un sourcil arqué, essayant en vain de dissimuler mon sourire.

Assis sur le canapé, Stan écarte les bras, comme s’il s’avouait vaincu. Ses longues jambes musclées sont prisonnières d’un vieux jean gris, déchiré au niveau de son genou gauche. Il porte un tee-shirt estampillé « oméga » sur la poitrine, preuve qu’il est dans les starting-blocks pour le retour de son champion. Je sais qu’il a hâte de reprendre le boulot. Histoire que toutes ses heures passées à la salle d'entraînement servent enfin à quelque chose. Et pas qu’à me faire rougir – et rugir – de plaisir quand on est au lit. Ou à peu près partout dans la maison lorsque Cassey n’est pas dans les parages.

— C’est vrai, avoue-t-il, un sourire arrogant retroussant ses lèvres sur ses dents d’une blancheur à faire pâlir un dentiste. Même si je rigolerais énormément. Faut pas déconner, quand même.

Je soupire, faussement énervée. 

— Stan… commencé-je.

— Je sais ce que tu vas dire, me coupe-t-il en se levant, dépliant alors son corps massif aux épaules, mais plus étroit à la taille, d’entre les coussins couleur moutarde pour venir me rejoindre.

À l’instant où ma poitrine entre en contact avec son torse, j’ai le cœur qui bat plus vite. La chaleur de sa chair m’englobe en son sein, se répercutant ainsi dans chaque recoin de mon anatomie. Mon souffle se fait plus court, plus tremblant. Plus brûlant aussi. Et une colonie de papillons envahit mon estomac au moment où il tend sa main pour la plonger dans ma longue chevelure caramel, jouant avec quelques-unes de mes mèches. Sa bouche se pose furtivement sur la mienne sans que mon regard ne quitte le sien, ne serait-ce qu’une seule seconde. Je suis obligée de loucher, ce qui l’amuse… au plus grand désespoir de mon cœur, ou de ma raison qui tente de garder la tête hors de l’eau, hors de cet océan aphrodisiaque que Stan parvient à créer dans mon corps avec son simple regard gris, presque charbonneux. Sans même parler de son sourire dévastateur et enjôleur pour la femme que je suis.

— J’étais super occupé avec Cassey, se dédouane-t-il, la main dans mes cheveux, son pouce caressant le lobe de mon oreille, sublimé par un petit brillant. On n’a pas arrêté de la soirée. Entre son cours de boxe, le pneu de ma bagnole qui a crevé, ses devoirs et…

— Et FIFA, terminé-je, mes grands yeux de biche rivés sur son visage faussement angélique et sur ses deux minuscules fossettes qui l’embellissent encore plus.

Ce mec peut tout obtenir d’une femme. J’en suis bien consciente.

— Et FIFA, me confirme-t-il en hochant la tête. Voilà, on était débordés, trésor. Je te le jure !

Cette fois-ci, je ne peux m’empêcher de sourire, raflant de mes ongles manucurés son cuir chevelu. Ses petits cheveux en bataille, rasés sur les côtés, chatouillent ma paume.

— T’es dépassé pour mettre trois assiettes sur une table et des coquillettes dans une casserole, mais tu ne l’es pas pour m’envoyer tes émoticônes perverses, c’est ça ? demandé-je, d’une voix basse, mes lèvres remuant à seulement quelques millimètres des siennes.

Son regard ne cesse de se balader entre mes yeux et ma bouche, encore enduite d’un joli rouge carmin qui tranche avec ma peau hâlée. Au creux de ma taille, ses mains se raffermissent, froissant mon chemisier.

Je sens qu’il a envie de plonger sur moi. Cependant, Stanley Birmingham est joueur. Il aime prendre son temps pour me dévorer, et moi, j’aime prendre le mien pour qu’il le fasse.

— C’est exactement ça. Tu es d’une telle clairvoyance. Bravo, me souffle-t-il en m’embrassant dans le cou, juste sous l’angle arrondi de ma mâchoire.

— C’est ça, moque-toi, Birmingham, je ne te dirai rien ! marmonné-je, malgré mon cœur qui pulse à mesure que ses doigts remontent contre ma taille, en direction de ma poitrine.

Toujours sur le qui-vive avec Cassey, je tends l’oreille pour savoir s’il est dans sa chambre. Stan, lui, en profite pour effleurer le galbe de mes seins de son pouce avant de m’embrasser une nouvelle fois dans le cou. Par réflexe, je ferme les yeux, savourant la douceur de ses lèvres sur ma peau.

— Allez… avoue, mes petits messages t’ont amusée, non ? me demande-t-il en se reculant, sa main droite restant contre mes côtes, à un doigt de mon sein.

— Là n’est pas la question.

Ma voix n’est qu’un petit murmure et, la tête penchée vers nos hanches qui se touchent, je lève innocemment mes yeux vers lui, l’observant à travers mes longs cils noirs.

— Mais là est la réponse, me susurre-t-il en roulant son bassin contre le mien d’un geste peu subtile, ce qui me fait sourire.

J’enveloppe mes bras autour de sa nuque pour me laisser aller contre lui. Ses mains glissent dans mon dos. Il me serre à la taille, au point d’avoir ma poitrine étalée contre son poitrail, la hauteur de mes hauts talons atténuant notre différence de stature.

Je me cambre un peu plus contre lui, ce qui allume deux boules de feu dans ses yeux. Le genre qui me rend toute fébrile.

— Vraiment ? murmuré-je, taquine, en le laissant se frotter à moi.

— Je sais que t’adores quand je t’envoie des pêches ou des aubergines mouillées, me glisse-t-il à l’oreille avant de me lécher le lobe ce qui me fait pouffer de rire.

Avec Stan, j’ai l’impression d’avoir à nouveau seize ans. Sans les problèmes de mon adolescence… sans les boutons, le lycée à terminer, l’appareil dentaire et les questions existentielles de la vie. Stanley Birmingham fait partie de ces hommes qui rendent tout simple et agréable. En même temps, il a vingt-huit ans… pas d’ex-femme à qui verser une pension alimentaire, pas d’enfants à élever, pas de passé trouble, de casseroles au cul, de casier judiciaire ou autre. La seule chose qu’il possède, c’est son travail.

— Je t’ai jamais dit que c’était un truc de nana de mettre autant d’émoticônes dans un SMS ? questionné-je en me faufilant hors de ses bras.

— Chaque homme a une part de féminité en lui, ma belle. Et celle-ci est la mienne. Je l’assume sans complexe, m’avoue-t-il alors que je lève les yeux au ciel tout en tournant les talons, direction la cuisine. Eh, où tu vas comme ça, trésor ?

Je lui adresse un regard par-dessus mon épaule. Mes longs cheveux battent mon dos à chacun de mes pas tandis que je fais exprès de chalouper des hanches bien plus qu’il ne le faut. De quoi alimenter les boules de feu qui grossissent déjà dans ses yeux tout en incendiant mes reins.

— M’occuper du dîner, et tu vas ramener tes petites fesses pour mettre le couvert ! ordonné-je tandis qu’un sourire des plus insolents s’établit sur son visage. Tu profiteras du retour de Jack, dès lundi, pour ne rien foutre. Maintenant, au boulot !

— Attends…

Sa voix, rauque et basse, plutôt joueuse, me fait instantanément frissonner. Il me rejoint dans la cuisine, puis m’attrape par le poignet, là où la chair de poule s’installe sur tout mon bras au simple contact de sa paume sur mon derme. Entre mes omoplates, son cœur choque ma colonne vertébrale, en rythme avec sa respiration, un brin irrégulière. Il enfonce son visage dans mes cheveux, humant mon parfum à base de jasmin et de jojoba. Ses mains, elles, redessinent les formes de ma silhouette avant de s’arrêter sur mes hanches. À travers le tissu en coton de ma jupe de tailleur, il caresse mes cuisses. Je sens mon corps s’alourdir contre le sien, tout en muscles alors que ses lèvres viennent à la rencontre de mon oreille :

— Je veux bien mettre la table, mais j’ai besoin d’une motivation…

— Ah ouais ?

J’ai l’impression de m’enfoncer dans une tonne de ouate lorsque ses mains remontent contre mon ventre pour empoigner mes seins, toujours au travers de ma chemise. Ses gestes, tendres et directifs à la fois, me coupent le souffle. Je lâche un petit gémissement, troublée par les papillons qui quittent mon estomac pour aller se balader dans chaque recoin de mon corps, trouvant un intérêt tout particulier à mon entrejambe. 

— Ouais, me susurre Stan en pressant un peu plus ses paumes contre ma poitrine.

Ses pouces roulent sur mes tétons. Le frottement de la dentelle, du coton et de ses doigts sur ma peau à vif me fait légèrement trembler entre ses bras.

— Genre quoi ? questionné-je, taquine, en me retournant.

Ses mains quittent alors mon buste pour se retrouver naturellement sur mes hanches. À croire que celles-ci ont été créées sur mesure pour la taille et la forme de ses paumes.

— Genre… ouvrir ce troisième petit bouton, me lance-t-il, en louchant sur mon décolleté, déjà bien libéré.

Je rentre dans son jeu et défais cette fameuse attache révélant une bonne partie de ma poitrine, recouverte d’une fine dentelle crème.

— Comme ça, tu veux dire ?

J’écarte les pans de ma chemise pour découvrir un peu plus mon buste, mes ongles glissant subtilement sur mon derme alors que, les yeux rivés dans ceux de Stan, un sourire des plus ravageurs s’empare de sa bouche.

— Ouais… confirme-t-il en secouant la tête tel un gentil petit toutou.

— Autre chose ?

Un gentil petit toutou, certes, mais qui se révèle être un vrai molosse qui va bientôt baver sur moi.

J’ai à peine le temps de lui poser cette question qu’il me pousse contre le module central de la cuisine, le rebord du meuble s’enfonçant entre mes reins.

— Remonte-moi un petit peu cette jupe, là, m’ordonne-t-il, ses dents maltraitant sa lèvre inférieure tandis que j’obéis, tirant doucement dessus pour lui dévoiler mes cuisses, ainsi que la démarcation de mes bas. Ouais, voilà comme ça… et, je ne sais pas… tu pourrais…

Il ne termine pas sa phrase. Ses mains m’attrapent par les hanches pour me hisser sur le plan de travail. Je lâche un petit hoquet de surprise. Stan m’adresse un œil langoureux avant de m’embrasser doucement, sa langue frôlant la mienne. Mon Dieu, je meurs… je meurs à petit feu.

— … t’asseoir, termine-t-il, son regard délaissant mes yeux, grisés de désir, pour se baisser sur mon corps. Et écarter les cuisses. Un peu… pour moi… juste pour moi.

En équilibre d’une main sur le meuble, je glisse la seconde contre la nuque de Stan, le bout de mes doigts s’enfonçant dans ses cheveux. Je griffe son crâne de l’ongle de mon pouce lorsque j’écarte les cuisses, l’invitant ainsi à venir s’y loger. Mon appel est bien entendu reçu puisque c’est avec sa bouille de coquin qu’il arrive tout contre moi, ses mains plongeant sous ma jupe pour s’enrouler autour de chacune de mes jambes. Certains de ses doigts passent même sous l’élastique de ma petite culotte en dentelle avant que ses paumes ne s’enfoncent dans la rondeur de mes hanches.

Nos nez se touchent et nous inspirons le même air. Calmement. Lentement. Assurément. Du moins jusqu’à ce que j’ouvre la bouche pour venir capturer la sienne en un baiser passionné. Poussée par l’envie, je me cambre tout contre lui, mes seins frottant contre son torse tandis que nos langues s’excitent en une longue et sensuelle danse. Je gémis contre ses lèvres, brûlantes de notre salive. Je ne pensais pas avoir autant envie de lui avant de me retrouver dans cette position.

— Mmh… geint Stan quand j’ondule des hanches, accentuant la friction entre mon pubis et son érection, grandissante. Là, je sens la motivation monter, trésor.

J’arque un sourcil, moqueuse.

— Moi, c’est plutôt ta gaule que je sens monter, chéri.

— Ce sont deux grandes copines, m’avoue-t-il, ses doigts s’enfonçant un peu plus sous ma jupe. On ne peut pas les séparer.

— C’est un subtil mélange. Et je…

… ne finis pas ma phrase car j’entends Cassey dévaler l’escalier à toute vitesse. J’esquisse à peine un signe à Stan qu’il est déjà de l’autre côté du module, l’air de rien, la main dans les cheveux pour se gratter – sans doute de frustration – le crâne.

Mon fils débarque dans la cuisine seulement vingt secondes après, au moment où je descends du module tout en refermant les pans de mon chemiser. Par réflexe, je lui tourne le dos pour boutonner mon haut avant d’arranger à la va-vite ma tenue et m’assurer d’être présentable et cela, malgré le sourire en coin que j’aperçois sur le visage de Stan grâce à son reflet dans la porte du four.

Il sait que je mets un point d’honneur à ne pas me laisser aller devant Cassey. Mon fils a dix ans, et il a vu, entendu, beaucoup trop de choses pour son jeune âge. Il est donc hors de question que je me donne en spectacle. Certaines mamans célibataires ne s’imposent pas cette règle et de manière objective, tout le monde fait ce qu’il veut. C’est juste que, personnellement, je ne me visualise pas lécher la pomme à mon petit ami en face de mon fils. Pour qui passerais-je ? Non… impossible. Je crois même que Cassey ne m’a jamais vue embrasser Stan. Enfin, peut-être une ou deux fois. Des baisers très soft, mignons. Gentils. Comme, par exemple, au petit déjeuner quand il me tend ma tasse de café. Mais c’est tout. Il n’y a pas de mains baladeuses, pas d’allusions sexuelles, ou de « câlins » sur le canapé en présence de mon fils. C’est, à mon sens, une sorte de respect vis-à-vis de lui. Et Stan a vite compris que lorsque Cassey est présent, je suis, avant tout, sa maman.

— Vous ne voulez pas qu’on commande des pizzas ? demande mon fils d’une petite voix suppliante alors que je me retourne vers lui, occupée à remonter mes cheveux en un chignon rapide sur le haut de ma tête.

— Non, réponds-je en me dirigeant vers le frigo pour en sortir deux beaux brocolis et quelques courgettes. On mange un gratin de légumes. C’est délicieux pour la santé.

— J’ai mangé des légumes hier ! s’insurge-t-il, en faisant une moue agacée

— Info spéciale, Cassey, il faut en manger tous les jours.

— Pfff… c’est n’importe quoi, marmonne-t-il.

Du coin de l’œil, je le vois plisser des yeux, mécontent, ce qui me rappelle son oncle Gabe au même âge. Il se tourne vers Stan, occupé à sortir les assiettes du placard.

— Me regarde pas comme ça, petite terreur. Ici, ce n’est pas moi qui fais la loi, lui signale-t-il. Moi aussi, je ne suis qu’une simple victime.

Une simple victime ? Bien sûr. C’est évident.

Mon regard doit en dire long car Stan m’envoie un clin d’œil avant de tendre les couverts à Cassey pour qu’il l’aide à mettre la table.

— Dépêche-toi, sinon, ta mère va nous tuer. Elle a déjà enclenché le mode « sniper » dans ses yeux.

Face à la plaisanterie de Stan, Cassey rit comme un âne. Je me retiens de rigoler à mon tour, même si mon sourire se fait tenace.

— T’as terminé tes devoirs ? demandé-je.

J’ignore pourquoi, mais, en posant cette question, je me retourne vers Stan, comme si… je ne sais pas. Je suis bête.

— J’ai tout fini, Maman. Stan a vérifié.

À sa réponse, mon estomac se contracte. En particulier lorsqu’ils échangent tous les deux un check de manière complice.

J’ai l’impression de revivre les mêmes scènes que l’année dernière. Au même moment. Sauf qu’il y a un an, Stan repartait pour New York alors que là, il reste à Chicago pour un trimestre supplémentaire. Avant de repartir en tournée. Je ne peux m’empêcher de me demander à quoi va ressembler notre vie pendant les prochains mois, quand Oméga descendra tous les week-ends dans l’Underground, et que Stan et le reste de l’équipe passeront leur semaine à s’occuper de Parker comme s’il s’agissait de Dieu en personne. Ou d’un enfant. Voire les deux, parfois.

C’est sûr que Stan ne sera plus autant à la maison. Il va récupérer ses habitudes, son rythme de travail, sa « famille », tout comme sa chambre dans l’appartement qu’ont loué Parker et Coleen pour l’été. Et moi, je serai de nouveau seule dans mon lit… et mes petits déjeuners seront orchestrés autour d’un café et des dessins animés de Cassey.

— Cassey, mon ange, tu n’as pas oublié que Stan reprend le boulot lundi, hein ? lui dis-je sans pouvoir m’en empêcher. Ta tante et Parker arrivent ce week-end. Tu pourras t’amuser avec San si tu veux. Il paraît qu’elle marche, maintenant.

— Ouais, ça va être cool ! J’ai hâte. Tu penses qu’elle pourra jouer avec moi à la PlayStation ?

— Non, elle n’a qu’un an. Elle est trop petite, souris-je en épluchant les courgettes après les avoir rincées.

— Et alors ? Je pourrais lui apprendre.

Cassey énumère tous les jeux qu’il pourrait faire avec San. Comme du roller, ou du vélo. Sans parler de la boxe. Ce qui amuse Stan. En fier et attentionné parrain qu’il est, il veille au grain. Et je ne parle même pas de Parker. J’ai ouï dire que c’était pire qu’un papa poule.

Ils continuent tous les deux à faire les imbéciles dans la cuisine tandis que je coupe les courgettes en rondelles pour les placer dans un plat à gratin. Je garde le silence, obnubilée par ma relation avec Stan, par ces quatre merveilleux mois qu’on a passés, et par ce dur retour à la réalité. Comme une sorte de réveil brutal, le genre qu’il faut éviter d’infliger aux somnambules, par exemple.

— Cassey, t’as donné ton carnet de liaison à ta mère ? Je crois qu’elle doit signer un truc, non ?

— Oui, c’est mon autorisation de sortie pour la piscine. Je reviens !

Je vois sa petite tête bouclée fuser hors de la cuisine, montant l’escalier à la vitesse de la lumière. Du coin de l'œil, Stan m’observe attentivement. Il est de l’autre côté de la pièce, les bras croisés sur le rebord du module, ce qui accentue les muscles de ses avant-bras, véritable massif montagneux reliant son poignet à son épaule. Ses yeux charbonneux ne quittent pas une seconde ma silhouette alors que j’arrache les bouquets de brocolis pour les lancer dans le plat, avec les courgettes.

Lorsqu’il avance vers moi, et qu’il s’appuie contre le plan de travail, à deux centimètres du gratin que j’arrose de crème et d’huile d’olive, je m’oblige à fixer mes légumes.

— Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? demandé-je tout de même après avoir salé et poivré le dîner.

— Eh, regarde-moi, toi, me dit-il d’une voix légère, toutefois autoritaire, en glissant son index sous mon menton pour me relever la tête. C’est pas parce que la saison reprend que je vais t’oublier, d’accord ?

Son regard, ancré dans le mien tel un bateau au port, vise à me rassurer. Et je le suis. Un peu. Pour le week-end. Après, on verra bien. J’ai confiance en Stan, je le sais honnête et fidèle, ce qui n’a pas toujours été le cas avec ses précédentes copines. Je suis consciente que ça ne signifie pas non plus qu’il le sera éternellement. Je me dis juste que s’il ne le fait pas pour moi, il le fera pour Cassey. C’est l’un des avantages à sortir avec des mecs qui ont eu une enfance triste parce qu’ils ont été soit abandonnés, soit reniés, soit déshérités ou simplement laissés-pour-compte. Ils ont le souci du bien-être des gosses qui les entourent. Et Stan se préoccupe de Cassey.

— M’oublier, non… murmuré-je, en essayant de paraître détachée et maîtresse de mes émotions. Cependant, je sais ce que c’est, Stan.

— C’est la présaison, trésor. Rien de plus, me rassure-t-il à nouveau en passant sa main dans ma nuque pour me caresser la peau.

— Oui, la présaison qui te permet de partir en tournée. Je ne suis pas stupide. Je connais la chanson de l’Underground. Mais ça va. Je gère, d’accord ? Ne t’inquiète pas. Tu seras très occupé avec Parker. Et je comprends.

— Debbie, ma puce, je…

— Tu peux allumer le four, s’il te plaît ? le coupé-je en me tournant dos à lui pour me rincer les mains dans le lavabo. Merci.

— OK…

Fin de la conversation. Stan commence à bien me connaître. Je ne m’étale jamais sur le sujet de l’Underground. Ça n’a pas spécialement un rapport avec la mort de Gaylord. Pas tout le temps en tout cas. Ça a aussi un rapport avec Connor… avec mon passé et la Debbie que j’étais avant.

***

Le reste de la soirée se passe plutôt bien. C’est la croix et la bannière pour faire avaler un morceau de gratin à Cassey, néanmoins dans l’ensemble, c’est une réussite. On termine même les restes de la mousse au chocolat, que j’ai faite mercredi, devant un épisode de Ninja Warrior. Stan veut absolument y inscrire Parker pour déconner. Je lui dis de le faire, et en cachette, je l’inscrirais, lui. Il y a moyen qu’avec Coleen, on rigole suffisamment pour se casser une côte.

Il est presque neuf heures trente quand j’expédie Cassey au lit. Comme tous les soirs, c’est le cinéma pour aller dormir. Étant donné que nous sommes vendredi, et que demain, il n’y a pas école, je l’autorise à regarder un épisode de sa série. Un seul. Histoire d’avoir vingt minutes pour ranger la cuisine.

Toujours perchée sur mes hauts talons, je décide enfin de les retirer. J’ai les pieds en compote et la voûte plantaire en feu. J’ai peut-être exagéré en disant à Leslie qu’elles étaient confortables.

Je termine de passer l’éponge dans l’évier lorsque Stan redescend, fraîchement sorti de la salle de bains. Il a encore des gouttelettes dans les cheveux et il sent bon le gel douche. Son bas de survêtement délavé et son tee-shirt en coton me donnent envie de sauter, moi aussi, dans une tenue « cocooning ».

— Tu veux un café ? me demande-t-il en s’en servant un.

— Pas si je veux fermer l’œil cette nuit, souris-je alors que je vois son regard devenir espiègle.

— Je te fais un double, alors ?

Je secoue la tête, amusée, avant de lui montrer la vaisselle qui est à ranger. Il lève les yeux au ciel, mais part tout de même s’en occuper. Ici, les mecs, petits ou grands, sont tous logés à la même enseigne. Il est hors de question que je sois leur esclave personnelle.

— J’ai vu l’entraîneur de Cassey, tout à l’heure, me lance Stan en s’asseyant sur l’un des tabourets de la cuisine, sa tasse de café entre les mains.

Je lui jette un regard en coin.

J’ai mis mon fils à la boxe, après des mois et des mois de pleurs et de supplications intempestifs de sa part – ainsi que de celles de sa tante. Il est adhérent dans une salle sur la 82e. Et si au début, je l’avais inscrit sous mon nom – Briant – j’ai dû rectifier le tir, l’année dernière lorsque son coach a voulu l’engager dans des compétitions. Évidemment, quand j’ai avoué qu’il s’appelait Lincoln, ça a causé un sacré remue-ménage. Par chance, Stan était avec moi ce jour-là, et il a réussi à faire en sorte que son entraîneur le préserve de tout ce bordel avec son père et ses oncles. Cassey est doué pour la boxe. Vraiment très doué. Plus que Gaylord. Plus que Connor. Plus que Gabe, aussi. Il a ça dans le sang. Il deviendra champion un jour, je le sais. Donc si cette petite salle de boxe veut garder son futur lauréat, ils ont intérêt à lui éviter des problèmes.

— Son entraîneur m’a demandé si c’était toujours bon pour le stage en juillet.

— Oh, merde, c’était aujourd’hui qu’il fallait donner la réponse définitive ? m’affolé-je. Je croyais que c’était la semaine prochaine.

— Oui, c’est bien la semaine prochaine. Vu que t’en avais pas reparlé, je me suis dit que c’était toujours d’actualité pour Cassey. Non ?

— Oui, oui, j’ai donné mon accord, dis-je en jetant l’éponge dans son petit bol, plein de savons en tout genre. La première semaine de juillet ?

— C’est ça, me confirme Stan en buvant une gorgée de son café. Du coup, j’ai réglé les 300 $ pour le stage. Comme ça, t’as pas à t’en occuper.

Je cligne des yeux, surprise.

Comment ça, il a payé ?

Il croise ses bras sur son torse, faisant ainsi saillir ses biceps. Le petit regard qu’il me lance me laisse assez dubitative. On dirait qu’il attend…

— OK, dis-je, ne sachant pas très bien comment réagir à cet aveu.

Je veux dire… c’est normal ? Ou pas ? Probablement pas ! C’est sûr.

— Merci, c’est gentil d’y avoir pensé, précisé-je en partant dans le hall d’entrée pour récupérer mon chéquier et mon stylo, tous les deux dans mon sac à main.

De retour à la cuisine, je remonte les manches de ma chemise sur mes avant-bras, m’apprêtant à le rembourser lorsque j’entends son rire retentir.

— Tu fous quoi, là ? me demande-t-il, un sourcil arqué.

— Bah, je… je te fais le chèque. Pour les frais.

Il me regarde comme si j’étais folle.

— T’es sérieuse, Debbie ?

— Oui, murmuré-je, un peu perdue. Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?

— Garde ton chèque, ma puce, c’est bon. Je suis pas à 300 $ près et je peux très bien payer ça à ton fils.

Je m’humecte les lèvres, ne sachant pas quoi faire ni comment interpréter son geste.

— Je… c’est que… hum… non, enfin, t’es sûr ? Je peux te rembourser, c’est normal. Tu… tu avais l’air d’attendre que… euh…

— La seule chose que j’attends, là, tout de suite, c’est de pouvoir m’enfermer à double tour avec toi dans ta chambre, m’avoue Stan en se levant de son tabouret pour me faire face. Sinon, je veux bien un baiser pour me féliciter d’avoir anticipé quelque chose. Pour une fois !

Un petit sourire s’invite malgré tout sur mes lèvres tandis que je sens mes pommettes rougir de gêne.

— Stan, t’es pas forcé de faire ça, rappelé-je tout de même lorsqu’il prend appui sur le module de son coude, son autre main venant replacer l’une de mes mèches de cheveux derrière mon oreille.

— Encore heureux que rien ne m’y oblige, me sourit-il.

J'acquiesce timidement.

— Je… tu sais, je…

— Je sais, me coupe-t-il avec une certaine tendresse. Ça me fait plaisir, d’accord. Alors, lâche l’affaire, Deb’. C’est juste un stage de boxe. C’est pas comme si je te disais que j’allais lui payer ses études à l’Université. Et encore, je pourrais le faire.

Sa main quitte mes cheveux pour descendre le long de mon épaule, puis de mon bras en une douce caresse. Son regard, lui, n’a rien de tendre. Au contraire, il est profond. Assuré. Presque grave. Ce qui souligne la véracité de ses mots. Et ce qui accentue, aussi, un peu plus, ma gêne et le chamboulement que je ressens face à Stan. Même après deux ans de relation. Distance, ou pas.

— Maman ! m’appelle Cassey en déboulant dans la cuisine, vêtu de son petit pyjama aux couleurs de Captain America. Est-ce que je peux regarder un autre épisode ? S’il te plaîîît !

— Non, rétorqué-je en bougeant la tête. J’ai dit un, pas deux.

— Allez, demain j’ai pas école !

— Non, Cass’, n’insiste pas. Monte dans ta chambre. N’oublie pas de te laver les dents, d’accord ? rappelé-je.

— OK, souffle-t-il, l’air le plus malheureux du monde sur le visage. Tu viens me dire bonne nuit ?

— J’arrive, bien sûr. Je finis ça avec Stan et je remonte te faire un bisou.

— D’accord. Bonne nuit, Stan ! À demain.

— À demain, bonhomme. Dors bien, lui répond-il en ébouriffant affectueusement ses petites bouclettes.

Mon fils me jette un regard de tueur, comme si j’étais la plus horrible des mères. Honnêtement ? Ça ne me pose aucun problème. Je suis vaccinée depuis le temps, et, de toute façon, c’est moi la maman, c’est moi qui commande.

J’attends qu’il soit monté à l’étage avant de me tourner vers Stan, qui hausse un sourcil interrogatif :

— Quoi ? me lance-t-il, vaguement amusé alors que je ne sais toujours pas comment réagir face à son « anticipation ».

— Je… commencé-je avant de m’arrêter.

J’intercepte son regard, moqueur. Il doit se dire que je me prends trop la tête. Ce qui, en un sens, est vrai. Mais je suis comme ça. Je ne veux rien lui imposer. Sauf qu’à force, c’est à moi que j’impose des choses.

— Tu veux toujours une salade de fruits pour notre dessert privé ? demandé-je en un petit murmure, mi-soulagée mi-gênée.

— Oh oui, trésor, une maxi salade de fruits, me précise-t-il en s’approchant dangereusement de moi bien que je fasse comme si de rien n’était, malgré ma carotide qui pulse de désir. Cependant, j’ai pas payé le stage de Cassey pour m’éclater le bide à coups de limonade, de cerises et de pêches. Je l’ai fait parce que ça me fait plaisir. OK ?

— OK, déclaré-je, un sourire aux lèvres.

Est-ce que j’ai déjà dit que je me sentais chanceuse ? De plus en plus chanceuse, même, d’être avec un homme comme Stan ?

 

1. Groupe de huit universités privées du Nord-Est des Etats-Unis,

parmi les universités les plus anciennes et les plus prestigieuses. ↩

OceanofPDF.com