Underground T4 : Verity
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Chapitre 2
Coleen
San Diego, Californie.
Assise sur le fauteuil à bascule, tout près du lit à barreaux de ma fille, je tourne désespérément les pages du livre pour enfant que je tiens entre les mains. Maman Canne, collection « Les animaux de la ferme ». Je viens de me farcir Maman Cochonne et Papa Coq. Je jure que c’est vrai. Ça fait déjà trente minutes que j’ai le cul vissé sur la chaise, je n’en peux plus. Je suis certaine que l’osier du rocking-chair s’est incrusté sur mon postérieur.
— Et la maman canne emmène ses cinq canetons au bord de la mare, continué-je de lire.
J’ai juste envie de balancer ce livre par la fenêtre, de prendre San dans mes bras, de redescendre et de la laisser faire sa petite vie, jusqu’à ce qu’elle s’écroule de fatigue. Évidemment, je ne peux pas faire ça. Parce qu’un enfant a besoin de cadre. Moi qui croyais que Cassey avait été un véritable monstre pour faire ses nuits, je me rends compte que ma petite princesse est dix fois pire. Elle ne dort presque pas. Dix minutes par-ci, une heure par-là, puis encore trente minutes, ou quarante minutes. Sa nuit va de une à cinq heures du matin. Comme son père. Putain ! Les chiens ne font pas des chats. Et là, en l'occurrence, les loups ne font pas des canetons.
Je relève la tête du livre, croisant, comme je le redoute, la bouille de poupon tout éveillée de San. Douze mois seulement, six dents au compteur, des boucles ébène, un joli teint caramel et deux énormes calots bleu nuit en guise de prunelles. Le portrait craché de son père. Même tête, même caractère. Je.Suis.Dans.La.Merde. Et je le suis davantage lorsque je la vois, debout, accrochée tel un capucin aux barreaux de son lit, secouant son popotin à l’image de sa marraine qui twerke. Quand elle est bourrée.
— Sérieusement, San, tu ne veux pas dormir ? Il est plus de neuf heures du soir. C’est l’heure de faire dodo, ma puce.
— Na, na, na, me dit-elle, excitée, en dodelinant de la tête.
— Si, on fait un grand dodo, et demain matin, tu sais où on va ? lui demandé-je en la prenant dans mes bras quelques secondes afin de la rallonger sur le dos.
Malgré les nuits chaudes de la Californie, je rabats une couverture en coton sur ses soixante-douze centimètres d’espièglerie, habillée d’un petit pyjama barboteuse. D’une main discrète, je sors mon portable, baissant la lumière de sa chambre à cinq pour cent, avant de le ranger. Les joies d’avoir une maison connectée.
— Demain, on prend l’avion pour aller voir grand-père et grand-mère à Chicago. Tu sais, je t’en ai déjà parlé. On va y rester tout l’été. Il y aura aussi ton parrain, tante Debbie, ton cousin, et sans doute Oncle Gabe. Peut-être. Enfin, bref… tout le monde sera là, ça va être super chouette.
— Papa ? Papa ? chantonne-t-elle en battant ses petits pieds sous sa couverture.
Ça aussi, ça m’énerve… J’ai passé neuf mois à créer ce parfait petit être, j’ai pris dix-huit kilos, perdu seulement quatorze, j’ai accouché sans péridurale d’un mini humain de quatre kilos après douze heures de travail et cinquante minutes de poussées. J’ai eu des vergetures, une épisiotomie, des crevasses aux seins. Après coup, mes cheveux se sont fait la malle. J’ai des cernes en permanence, cette putain de ride du lion qui est apparue le jour de mes vingt-cinq ans, et tout ça pour quoi ? Pour que son premier mot soit « Papa ». « Papa », « gâteau », « caca » et ensuite « Maman ». Super… La vie est belle.
— Oui, Papa sera avec nous, bien sûr, lui dis-je malgré tout avec un grand sourire. Tu sais bien que Papa est toujours là avec toi. Comme Maman. On ne partira jamais nulle part sans toi. D’accord ? Allez, ma puce. Ferme tes petits yeux et laisse le sommeil te gagner.
Je force doucement sur ses paupières afin de les baisser, puis je recouvre une partie de son visage de ma paume, espérant que la pénombre puisse l’aider à mieux s’endormir.
— Allez… chuuuut, on fait dodo. On clôt ses petites mirettes… allez… on s’endort. Voilà… chuuuut. Maman et Papa t’aiment fort. On est juste à côté. Tu peux dormir tranquillement… chuuuut.
Je ne sais pas combien de temps je passe à répéter inlassablement ces phrases d’une voix douce, quasi suppliante même, toutefois, au bout d’un moment, je vois ses pieds cesser de bouger, ses mains se desserrer près de son corps, sa bouche s’entrouvrir et un paisible ronflement s’en échapper. J’ôte ma main de ses yeux et constate avec joie qu’elle dort paisiblement, ses longs cils noirs reposant sur ses pommettes toutes rondes. Je me retiens de faire une danse de la victoire par peur de la réveiller. Bordel, écouter sa respiration, lente et régulière, et n’entendre que ça dans sa chambre sans hurlements ou pleurs, c’est jouissif.
Je me dépêche de quitter la pièce non sans lui avoir embrassé le front avant. Sur la pointe des pieds, j’enclenche le babyphone, directement relié à mon portable et celui de Parker, puis je referme la porte, ni vue ni connue. Parfait ! Je vais enfin pouvoir avoir ma soirée. Je jubile d’avance.
Tout en défaisant ma natte, je descends l’escalier, jusque dans le salon, là où le silence de notre maison est dérangé par la voix du présentateur des infos, à la télévision.
Sur le parquet, entre les canapés, nos valises sont à moitié ouvertes. Toutes nos affaires ne sont pas encore prêtes – surtout les miennes – et notre avion est demain à quatorze heures. Ce qui nous laisse la matinée pour gérer les derniers détails. On est large !
Je me passe une main dans mes cheveux ondulés, m’étirant longuement, bras au-dessus de la tête. Le tee-shirt gris d’Oméga, celui qui me sert toujours de pyjama, remonte sur mes cuisses nues en de petites caresses qui me chatouillent.
Je rêve d’un bain frais. D’un plongeon dans notre piscine, même. Et d’une bonne baise aussi… Pas forcément dans cet ordre. Encore plus lorsque, à travers les énormes baies vitrées qui donnent sur le jardin, je vois mon homme occupé à faire une série de gainage, jumelée à une séquence de pompes. Aïe aïe aïe… il fait chaud tout d’un coup !
— … il s’est avéré que le leader de l’ancien mouvement unioniste, en Irlande du Nord, Aban Joyce, âgé de quatre-vingt-sept ans, est décédé en détention, il y a quelques jours, laissant ainsi sa communauté sous la direction, non moins dictatoriale, de…
On s’en fout ! pensé-je en éteignant la télé, ramenant le silence dans le salon.
Au loin, je n’entends plus que le bruit des vagues. Le son des rouleaux qui meurent sur le sable épais, puis celui plus subtil de l’océan qui se retire en un chuchotement à peine audible. Je me laisse gagner par cette ambiance sensuelle, presque suave, que seules les plages de la Jolla arrivent à créer. Je me glisse à l’extérieur, sur la terrasse, là où il n’existe aucun autre éclairage que celui d’une belle Lune toute ronde régnant parmi des millions d’étoiles scintillantes qui se reflètent dans l’eau de la piscine.
Je referme la baie vitrée derrière moi, happée par le silence et le souffle saccadé de Parker. Au moment où je pose mon téléphone sur la table du salon d’été, je croise le regard métallique de mon mâle. Salut, Oméga… ça faisait longtemps.
J’ai eu Parker Adams pour moi seule pendant plusieurs semaines, maintenant, à quelques jours de la reprise de la nouvelle saison de free-fight, le loup daigne enfin sortir de sa tanière. Il brûle de pouvoir retourner dans la cage. Je le vois… dans ses yeux brillants, sur ses muscles affûtés, sa peau transpirante. Il vient de passer quatre mois à recharger ses batteries, à se préparer psychologiquement et physiquement dans le but de décrocher, je l’espère au moins autant que lui, sa troisième ceinture de Legender.
Dans la nuit étoilée, je m’avance doucement jusqu’à la piscine, sans lâcher mon mâle de mon regard envoûtant. Son casque de musique vissé sur les oreilles, un air concentré et fermé sur le visage, ses yeux ne loupent aucune miette de mes hanches, roulant au rythme de mes pas.
Il y a deux ans, Oméga a gagné son premier titre. Le combat contre mon frère était plus que rude. J’ai bien cru le perdre, tout comme il a cru me perdre. Après sa victoire, je ne me rappelle quasiment rien. L’euphorie de la situation, la peur, le stress, la joie, tout était emmêlé dans nos têtes. Je pensais qu’on allait avoir des problèmes après ce qu’il s’était produit dans l’appartement de Connor. On a presque laissé un type pour mort quand même… toutefois, ce fumier de Melchior Brets s’en est tiré. Avec un trauma crânien et quelques points de suture, mais au moins, il est en vie. Il n’a pas porté plainte, moi non plus. À quoi bon ? Qu’est-ce qu’on aurait pu expliquer aux flics ? Cette haine qui habite mon frère et mon homme depuis huit ans ? Non… impossible. Il valait mieux que nos routes se séparent pour ne plus se recroiser. Et c’est le cas. Je n’ai aucune nouvelle de Connor. Le serpent est retourné dans son trou obscur, là où, selon les dires de certains, il s’occupe en construisant son nouveau royaume de combats clandestins. Le genre street-fight en plus hard. J’en ai entendu parlé… L’Octogone, ça s’appelle. En mémoire de la forme du ring de l’Underground sur lequel il ne remontera plus. Honnêtement, je ne veux pas savoir ce qu’est l’Octogone. L’Under me paraît bien assez sombre, bien assez ténébreux malgré les paillettes, les spots lumineux et les billets, cette ligue est un monstre à la gueule d’acier qui aspire l’âme des plus faibles et bouffe de l’intérieur les plus instables. Autant dire que je fais tout mon possible afin que le père de ma fille ne soit jamais dans aucune de ces deux catégories. Alors, penser qu’il existe pire que l’Underground… Non. Je ne veux même pas me soucier de ce que Connor y trafique.
Pas à pas, je me rapproche de la piscine, tel un petit agneau tutoyant dangereusement le grand méchant loup. Et ce grand méchant loup n’est d’ailleurs qu’à trois mètres de moi, de l’autre côté du bassin. Il est toujours occupé à faire du gainage. En appui sur ses coudes, sa tête dodeline doucement, au rythme de la musique qu’il écoute. Pourtant, ses yeux, eux, m’épient avec attention.
La saison dernière a été plus simple à gérer. Même avec un bébé de quelques mois. San, malgré son côté insomniaque, est une petite fille facile à vivre. Ça nous a permis d’assurer toutes les dates de la tournée. Et ça a permis à son Papa chéri de gagner son deuxième titre face à ce crâneur de Villanueva. Ayant perdu contre Oméga en demi-finale, à la saison d’avant, il comptait bien se venger. Manque de chance pour lui, sur le ring, Parker Adams n’a pas encore trouvé son maître. Mon homme est imbattable. Mon mâle, increvable. S’il y a bien un avantage à coacher un borderline à tendance schizophrénique, c’est qu’il a une gestion de la douleur bien différente du commun des mortels. J’ai vu Parker s’entraîner comme un dingue, sans mauvais jeux de mots. Toujours plus fort, toujours plus vite, toujours plus dur. Tous ces sacrifices ont fini par payer, et ce n’est que le début. Oméga a seulement vingt-huit ans, de quoi encore tirer de belles victoires dans les prochaines années.
Je m’humecte doucement les lèvres, consciente que ses yeux longent ma silhouette à mesure que je m’avance vers les marches d’entrée de la piscine. Un sourire taquin s’empare de ma bouche lorsque je trempe le bout de mon pied dans l’eau chaude de la piscine, créant de petites oscillations sur la surface incroyablement lisse.
De l’autre côté de la terrasse, Parker débute une nouvelle série de pompes. Son souffle est mécanique, irrégulier. Le torse nu, ses muscles saillants, gorgés de sang, tout transpirants, m’excitent comme une gamine. Je me passe la langue sur ma lèvre inférieure à mesure que je le dévore de mon regard chasseur. Ce soir, je suis en mode louve… Une louve qui profite du sommeil de sa loupiotte afin de présenter sa nuque à son mâle alpha.
— Tu crois que je ne te vois pas, toi, là-bas ?
Mon sourire se fait des plus coquins lorsque la voix grave, traînante, de Parker vibre contre mes tympans. Je hausse timidement les épaules tandis qu’il se remet debout. Il retire son casque de musique, puis jette son portable sur l’une des chaises pliantes avant de récupérer sa serviette pour s’essuyer le cou et ses abdominaux d’un geste qui me rend légèrement haletante.
— Je ne sais pas, murmuré-je. Qu’est-ce que tu vois ?
— Ce que je vois ? répète-t-il, un sourire en coin. Une petite coquine qui va se prendre un sacré tarif si elle continue à tortiller du cul au bord de la piscine. Voilà, ce que je vois.
Sa réponse dresse mes tétons en un temps record. Je me mordille la lèvre inférieure, mon regard toujours planté dans le sien, alors que je remonte mes longues boucles vénitiennes en un chignon haut. Je me retourne, attrapant en un geste plus que provocateur le bas de mon tee-shirt pour le passer au-dessus de ma tête, lui dévoilant ainsi ma nuque, mon dos, puis mes fesses, entièrement nues. Je me paye même l’audace de « tortiller du cul », comme il dit, tout en lui jetant une œillade peu subtile par-dessus mon épaule. Allez, Oméga… sois pas timide !
Il rit. Enfin, je crois. C’est un rire qui ressemble à un petit grognement appréciateur. Malgré l’obscurité, je vois ses yeux s’embraser comme deux météorites dans le ciel. Ses pupilles sont lumineuses et ses dents maltraitent sa lèvre inférieure tandis qu’il enfonce ses mains dans les poches de son survêtement sombre. Il le porte tellement bas sur ses hanches que je distingue bien son fameux « V », celui qui me fait baver outre mesure.
— Viens là, m’ordonne-t-il d’une voix rauque avec un mouvement de tête, désignant l’espace vide, juste devant lui.
Obéissante, telle la parfaite louve en saison des amours que je suis, je marche droit vers lui. Mon corps, exposé à son regard, brûle lentement sous ce dernier. Je peux le sentir se perdre entre mes clavicules saillantes, descendre en une douce caresse sur ma poitrine déjà bien dure, me lécher le ventre, puis les hanches encore un peu rondes de ma maternité, avant de s’inviter entre mes cuisses, sur mon entrejambe, pour finir par se balader sur mes jambes légèrement bronzées, jusqu’à mes pieds.
— Je suis là, murmuré-je, lascive, en arrivant près de lui.
Son souffle effleure mon visage. J’entends presque son cœur battre avec force dans son thorax. Ça me galvanise, m’emporte. Toutes mes cellules me hurlent de le toucher, de l’attirer contre moi pour l’embrasser avec ivresse.
Les lueurs pâles de la Lune s’accrochent à ses boucles brunes, avant de caresser sa barbe, vieille de quelques jours.
Je pose ma main sur son torse, mes ongles se perdant entre ses muscles, extrêmement bien délimités, tandis que la sienne, de main, effleure ma pommette. Son pouce se fraye un chemin vers ma bouche, là où il frotte ma lèvre. La rugosité de sa peau contre la mienne me donne des frissons. Je me presse alors contre lui, au point d’avoir ma poitrine contre sa cage thoracique. Sa fréquence cardiaque s’accélère, en harmonie avec mon propre pouls, pulsant de plus en plus vite au niveau de ma gorge.
J’entrouvre les lèvres et lape son pouce du bout de ma langue, sans jamais rompre notre eye contact. Je le suçote quelques secondes, le temps de glisser ma main le long de ses côtes, puis sur son ventre, là où chacun de mes doigts bute sur ses abdominaux. La fièvre me consume. Je termine par m’aventurer sous l’élastique de son survêtement et empoigne sans la moindre hésitation sa queue, aussi douce que de la soie, aussi dure que de l’acier. Je la fais coulisser contre ma paume, fière de voir mon homme fermer les yeux de plaisir tout en soufflant par le nez.
— Putain… lâche-t-il en les rouvrant, son regard animal – presque sauvage – percutant le mien, bien plus vert, bien plus « sage ». Toi, bébé, t’as vraiment envie que je te baise…
J'acquiesce. Ces derniers jours ont été compliqués. L'otite de San nous a maintenus éveillés une bonne partie de nos nuits. Mais à présent que tout est rentré dans l’ordre, je compte bien rattraper le temps perdu.
— Toi, non, peut-être ? demandé-je, espiègle.
— Moi ?!
Sa voix est rauque, tendue. Comme ses mains qui saisissent mes hanches pour me tourner dos à lui. Il enfonce son nez dans mes cheveux, là où il respire mon parfum d’amande et de coco pareil à un toxico en manque. Ses paumes, elles, cavalent le long de mes cuisses avant d’effleurer mon pubis telle une promesse d’ivresse à peine dissimulée.
— Coleen… si je pouvais mécaniquement te baiser vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans consommer de drogue, je le ferais, gronde-t-il à mon oreille.
— Merci de le préciser.
— Ça me semblait important de le mentionner, m’avoue-t-il, un peu taquin. En attendant, je suis assez en forme pour te prendre toute la nuit. Du moins, jusqu’à ce que notre petit monstre se réveille.
— Oh, souris-je, en regardant la Lune étirer ses rayons en fines arabesques sur ma peau, bien trop blanche comparée à celle de mon homme. On devrait avoir vingt ou trente minutes devant nous. Alors, dépêche-toi, Oméga. J’attends…
Ses grandes mains, fermes et calleuses, se baladent sur mes cuisses avant de passer entre elles pour caresser une nouvelle fois mon sexe. Il glisse deux de ses doigts entre mes petites lèvres déjà trempées de désir, débusquant ainsi mon clitoris pour le masser délicatement. Je lâche alors un long gémissement de bonheur tandis que mes genoux se mettent à flageoler, mes cuisses se serrant l’une contre l’autre par réflexe. Je me cambre contre son torse, puis enfonce ma main dans ses cheveux bruns au moment où sa bouche me mord la nuque.
— Comment tu me veux, ma louve ? Comment tu veux ton mâle, hein ? Dis-moi.
— Comme d’habitude… Féroce. Et à point, soufflé-je, exaltée.
Je le sens sourire dans mon cou.
— Et toi ? Comment veux-tu ta louve ? demandé-je d’un ton légèrement enroué.
— Douce. Brûlante. Et bien ouverte.
Comme pour me tester, il enfonce son majeur et son index en moi, me faisant soupirer d’aise alors que je m’accroche à ses cheveux, me cambrant un peu plus contre son torse. Mon prénom, murmuré par sa voix de velours, me tiraille les intestins. Presque inconsciemment, j’ondule contre ses doigts qui continuent de me caresser, mon cul frottant contre sa queue.
— Bordel de merde… grogne-t-il.
— Je coche toutes tes cases, bébé ?
— Ouais, tu les coches toutes. Vraiment toutes.
L’instant d’après, je fais de nouveau la toupie contre lui. Je me retrouve propulsée entre ses bras musclés, les miens enlaçant sa nuque pendant que les siens se referment contre mes cuisses. Il me hisse jusqu’à lui, jusqu’à ce que ma bouche percute ses lèvres charnues. Tels deux aimants qui se collent, nos langues glissent l’une contre l’autre. J’accentue notre baiser. Je lui lèche doucement les lèvres tout en enroulant mes jambes autour de sa taille, reproduisant ainsi notre position préférée, celle du koala.
— J’ai envie de toi, Oméga. Vraiment très envie.
Ses prunelles se noircissent de désir.
La seconde d’après, je me retrouve allongée sur le dos, au bord de la piscine. Entre mes cuisses écartées, mon mâle se fraye un chemin. Il se débarrasse à la hâte du reste de ses fringues avant de s’agripper à ma hanche, sa main droite appuyée sur le sol, juste au-dessus de ma tête, pour ne pas m’opprimer, ce qui me fait arquer un sourcil. Je veux qu’il m’écrase. J’en ai besoin.
— T’es encore trop loin de moi, bébé, souligné-je en tapant contre le creux de son coude pour le déstabiliser et l’obliger à se lover tout contre mon corps.
Sous lui, je me tortille subtilement, jusqu’à sentir sa queue frôler mon clitoris. Je lâche un petit soupir tandis que, penché sur mon visage, mon mâle me lèche doucement la gorge. Il mordille mon lobe d’oreille au moment où il s’enfonce en moi en une longue poussée avant de ressortir aussitôt, faisant alors le truc que j’aime le plus, ne laisser que son gland entre mes parois le temps de quelques secondes. Juste assez pour me frustrer, pour que j’en redemande encore. Juste assez pour que je comprenne qu’il est le seul capable de me combler de bonheur.
Mes mains attrapent ses joues, mes ongles ripant sur sa mâchoire carrée, et j’attire son visage contre le mien, là où mon gémissement meurt sur ses lèvres entrouvertes lorsqu’il me pénètre de nouveau. Cette fois-ci, il reste bien au fond de mon vagin, m’octroyant enfin ce plaisir, celui de me faire baiser par mon mâle.
Ses coups de reins sont brutaux, saccadés et très vifs. Chacun de ses mouvements m’arrache un soupir. Ou un petit gémissement. Il m’embrasse passionnément, ses mains attrapant les miennes pour les maintenir au-dessus de ma tête. Sa langue s’amuse avec la mienne, au même rythme que sa queue qui coulisse en moi. Je resserre les jambes autour de sa taille, le pressant ainsi à me prendre avec davantage de force. Je talonne même l’arrière de ses cuisses pour lui montrer mon impatience. J’en veux plus.
— Impatiente, va, souffle-t-il à mon oreille alors qu’il augmente la cadence.
Je ne réponds pas, submergée par les vagues de plaisir qui viennent rouler sur mon corps à l’image de celles qui se meurent sur la plage qui borde notre maison. J’arque le dos, recevant ses coups de bassin de plus en plus fous, désorganisés. Je me cambre tellement que je sens le bois de la terrasse érafler mes omoplates et mon cul, mais qu’importe. Rien ne peut être aussi satisfaisant que ces ondes délicieusement bonnes qui vibrent en moi, qui remontent à la surface de mon cœur et de mon corps lorsque, avec mon mâle, on ne fait qu’un.
Parker – ou plutôt Oméga – resserre ses mains sur les miennes, affolant ainsi tous mes sens. Encore plus quand je l’entends grogner contre ma gorge. Je suis à sa merci. Complètement. Putain, qu’est-ce que j’aime ça. Il me pilonne sans relâche, son torse se collant à mes seins en une sorte de succion qui me rend folle. Nous sommes tous les deux en sueur. Trempés. Surtout moi. Je me sens déjà m’inonder de plaisir, ce qui l’excite davantage.
— Putain, c’est tellement bon, bébé, grogne-t-il tandis que je tire sur mes mains pour me libérer de son emprise. Quoi ? T’as mal ? s’inquiète-t-il, aussitôt.
— Non, le rassuré-je. Je veux juste te toucher…
— Fais-toi plaisir, chérie, je suis tout à toi.
Son sourire en coin est semblable au mien. Heureusement qu’il est tout à moi. Je n’ai plus l’âge de casser des nez avec des coups de boule.
Je descends mes mains, toutes fébriles, le long de sa colonne vertébrale. Mes doigts butent sur le relief de chacun de ses muscles, à commencer par ses érecteurs, ses deux énormes bandes qui enserrent son rachis. Mes paumes se logent au niveau de ses fesses. Je les serre, mon bassin ondulant frénétiquement contre celui de mon mâle. Il va de plus en plus vite. Sa queue me transperce. J’ai juste l’impression de brûler entre ses bras. C’est tellement bon que tout me fait mal. Sa peau qui frotte contre la mienne, son souffle qui balaie ma gorge, ses mains qui s’enfoncent dans mes hanches.
Un puissant frisson, presque électrique, se diffuse brusquement au niveau de mon entrejambe avant de remonter en flèche vers mon crâne pour exploser dans ma tête, et entre mes reins, par effet boomerang.
— Putain, Parker…
— BORDEL !
Mon orgasme fait éclore le sien. En un ultime coup de bassin, bien sec, je le sens s’abandonner entièrement entre mes cuisses. Sa respiration se stoppe quelques secondes, le temps qu’il m’inonde de sa propre jouissance, avant de reprendre, de manière plus souple cette fois-ci.
Nos fluides se mélangent, tout comme nos corps transpirants ou nos bouches amoureuses. Les yeux dans les yeux, je finis par l’embrasser presque timidement avant de lui lécher les lèvres, enfin rassasiée.
Comme pour clore nos ébats, il me donne un dernier petit coup de bassin, bien plus léger que les autres, puis se retire de moi, roulant sur le côté afin de me laisser respirer. Par réflexe, je pose une main sur son torse tandis que je me tourne vers lui, la tête contre son épaule. Je tente de retrouver un souffle correct et une activité cardiaque normale. Contre ma paume, son cœur continue de me marteler de sa puissance.
C’est sans doute la dernière fois de l’année que l’on baise au bord de cette piscine… Demain, c’est le grand départ, direction Chicago. Et après, si tout se passe bien, on enchaîne sur la tournée.
— San Diego me manque déjà, chuchoté-je, les yeux fermés, pendant que Parker enfonce sa main dans mes cheveux, retombant en cascade le long de mon dos.
— Moi, c’est ta chatte qui me manque déjà.
— Obsédé ! souris-je.
— Venant de toi, je le prends comme un compliment, bébé.
Je rouvre les yeux, prête à répliquer lorsque l’alarme du baby phone s’active sur nos portables. La seconde d’après, on entend San pleurer.
— J’y vais, me dit Parker en sautant sur ses pieds.
Il attrape son bas de survêtement qu’il enfile rapidement tandis que moi, je suis toujours à l’agonie, allongée sur la terrasse en bois, essayant de retrouver mon souffle et une certaine motivation pour aller terminer les valises.
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