Underground T4 : Verity

Emilia Robinst · Chapitre 19 sur 62

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Underground T4 : Verity

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CHAPITRE 16

 

CONNOR

 

Dix ans plus tôt…

Novembre 2009.

Quand j’arrive à ce fameux cours d’espagnol, le prof – Monsieur Sanchez – a déjà commencé l’appel. J’entre pile lorsqu’il prononce mon nom de famille, ce qui a l’air d’amuser ce connard de surveillant au plus haut point.

— Monsieur Lincoln, je suis content de savoir que vous vous souvenez un minimum de votre emploi du temps, me dit-il avec un accent espagnol

qui me vrille les tympans. 1 Siéntate. En silencio, m’ordonne-t-il en me montrant ma chaise, au fond à droite, d’un mouvement de la main. Merci, monsieur Kapler !

— Mais de rien, répond le surveillant d’un sourire mauvais en refermant la porte derrière lui.

Cet imbécile se prend pour le roi du lycée alors qu’il est pas foutu de comprendre ce que l’on fabrique vraiment sous la cantine de l’école, là où une vieille piscine vide sert de cage pour des combats de free-fight entre les élèves qui ont besoin d’argent, qui veulent juste se bagarrer, ou qui ont, au contraire, des choses à régler. Comme moi avec Adams, par exemple. Et dire qu’avant que ce fils de pute m’envoie en taule, on était amis. Quel chien !

Je m’installe avec nonchalance à ma place, les regards de mes camarades braqués sur mon visage, puis le professeur termine l’appel, comme si de rien n’était, avant de commencer son cours. Il mentionne un film de je ne sais qui, Almodóvar de mes couilles. Je roule les yeux. Sérieux, qu’est-ce qu’on en a à foutre ?! J’aurais jamais l’occasion de parler espagnol, et discuter d’un film dont tout le monde se branle, dans une ville où le taux d’homicide est supérieur à la moyenne nationale. C’est complètement débile. Encore plus que cette connasse du premier rang qui lève la main toutes les deux secondes afin de répondre aux questions du prof. Quelle lèche-boule ! Un peu plus et elle va négocier un A+ contre une pipe sous son bureau, tiens.

Je me laisse retomber sur ma chaise, déjà mort d’ennui à l’idée de devoir supporter ce cours pendant cinquante-trois minutes. Du coin de l’œil, je repère Parker Adams, assis au troisième rang, tout à gauche. Avec la capuche de son sweat noir sur la tête, il a l’air de se faire autant chier que moi. Son regard ne cesse d’osciller entre la fenêtre et la porte, ses doigts tapotant nerveusement sur sa table. Vide. Moi, au moins, j’ai un stylo et un bloc-notes !

Avec un sourire mauvais, je profite du fait que le prof écrit au tableau pour envoyer un petit SMS à Adams :

#J’ai vu Vikki ce matin…

Mon message est à peine parti que ce fils de pute le lit avant de ranger son téléphone dans sa poche. Il me lance un regard assassin, ce qui me fait encore plus sourire. Je pense que 80 % des élèves l’évitent comme la peste contre 15 % des nanas qui désirent le sucer et 5 % des mecs qui veulent l’étriper – parce qu’il a justement baisé leurs gonzesses.

Je suis sur le point de lui envoyer un second message, un peu plus piquant en lui demandant s’il souhaite participer à ma petite sauterie avec Vikki, tout en lui rappelant qu’il n’est, à proprement parler, pas son frère, lorsque le mec assis devant moi me tend un bout de papier. Il s’agit de la liste. La fameuse liste « pool party » où les élèves qui désirent se battre pour une centaine de dollars peuvent s’inscrire.

Je la récupère du bout des doigts et examine les noms qui sont dessus. Peterson, John, Noa, Hamilton… J’en connais pas les trois quarts. À mon avis, ce sont tous de sacrées lopettes, sinon, j’en aurais entendu parler, c’est sûr. En apercevant le nom « Adams » marqué au stylo bleu, je ne peux retenir un petit rire, ce qui me vaut un regard noir de Sanchez. Je n’y fais pas attention et décide d’ajouter le mien à cette fameuse liste. Je connais Adams… il sait se battre. Très bien, même. Inutile de préciser que ses adversaires vont prendre cher. Mais, moi aussi, je sais cogner et encaisser. On verra bien à quelle sauce je vais le bouffer lorsque l’on se retrouvera tous les deux dans la piscine.

J’ai à peine le temps de terminer d’écrire mon nom que deux élèves – un blanc et un noir – se mettent à s’insulter sans « raison ». Comme s’il leur fallait autre chose que leur différence de couleur de peau pour s’étriper.

En quelques secondes, Sanchez est déjà au milieu en train d’essayer de les séparer. Les autres hurlent « Fight ! Fight ! Fight ! » dans toute la classe. Ces deux imbéciles sont presque l’un sur l’autre, quand le prof, les lunettes de travers, tente toujours de les éloigner. Sa veste de costume pendouille misérablement sur ses épaules. Elle est sur le point de craquer lorsque la porte de la classe s’ouvre, Kapler ayant été, j’imagine, alerté par Miss suce-boule du premier rang.

Il chope les deux débiles par le col pour les tirer en arrière. Les élèves, similaires à des macaques, continuent de hurler et de taper dans leurs mains. Quelle bande d’imbéciles ! Voir ce genre de bagarre me fait doucement rire. On dirait des gonzesses qui se battent. Et encore… ça dépend des nanas. Ma petite sœur, par exemple, serait capable de les coller au tapis en un seul round.

Kapler sort de la salle avec les deux gars sur les talons alors que Sanchez tente d’instaurer le calme dans la classe, qui ressemble plus à un zoo qu’autre chose. Il remet ses lunettes sur le bout de son nez, puis tire sur sa veste. Il nous parle de respect, d’entraide, de solidarité, blablabla. Tout à coup, son regard se braque sur Adams.

— Je croyais vous avoir déjà dit d’enlever votre capuche, monsieur Adams ! s’énerve-t-il tandis que ce crétin soupire.

En parfait toutou qu’il est, il la rabat, dévoilant ainsi ses cheveux noirs. Il les ébouriffe un instant de quoi faire frémir ma voisine de droite. Pitié ! Gourdasse, va.

Sanchez reprend son cours comme s’il ne s’était rien passé. Il est en train d’expliquer je ne sais quoi sur le film lorsque son regard se pose de nouveau sur Adams.

—  2 ¿No tomas notas?

Les mains dans les poches, Adams lève la tête vers le prof avant de hausser les épaules, l’air de rien. Je me mets à ricaner. Il va se faire coller, ce crétin.

— Ça ne vous concerne pas ce que je dis ? Vous pensez peut-être que

l’espagnol n’est pas une langue digne d’intérêt ? 3 ¿Eso es?

Il ne répond toujours pas. Pire, il délaisse Sanchez, regardant à travers la fenêtre. Je m’appuie sur mon coude, la tête calée sur mon poing fermé, me délectant déjà de l’humiliation que ce bâtard va subir.

— Je vous ai posé une question, monsieur Adams.

— Je m’en fous, dit-il simplement en enfonçant un peu plus ses mains dans ses poches. J’ai rien à apprendre ici.

— Vous n’avez rien à apprendre ici ?! s’exclame Sanchez, tellement hors de lui qu’il se met à rire nerveusement. Sauf erreur de ma part, je crois n’avoir jamais vu un élève aussi médiocre pour les langues étrangères.

— Pourtant, il sait très bien se servir de la sienne ! roucoule une nana, assise près de la porte. 

Tout le monde ricane, sauf le prof. Et moi, évidemment. Adams, lui, sourit comme un démon.

— Je ne reviendrai pas sur cette remarque complètement inappropriée,

soupire Sanchez avant de s’adresser de nouveau à Adams. 4 Fuera! Sortez de ce cours. Vous venez de gagner deux heures de colle, lance-t-il en lui tendant un petit billet jaune. Et vous me copierez cent fois la phrase « L’espagnol est la seconde langue parlée aux États-Unis ». Histoire de ne pas l’oublier. Puis, ça vous donnera l’occasion d’étoffer votre culture

générale, hein. Ça ne vous fera pas de mal. 5 Al contrario. Dios mío, nunca

había visto un tonto así6.

Certains élèves se mettent à rire. Je ne sais pas ce que «  7 tonto » veut dire, cependant à mon avis, pour une fois, Sanchez a vu juste.

D’un pas nonchalant, Adams vient récupérer le petit billet. Il l’arrache carrément des mains du prof, qui n’en mène pas large – on dirait qu’il va se pisser dessus – avant de rabattre sa capuche sur sa tête d’un geste plus que provocant. Sans lâcher un mot, il tourne les talons et passe devant ma table afin d’accéder à la porte. Évidemment, je ne peux m’empêcher de l’emmerder :

— Gentil petit toutou très obéissant… Tu veux un susucre ?!

BAM !

D’un coup, je sens ma tête faire un aller-retour entre mes épaules. Ma joue me brûle instantanément et une douleur électrique me transperce la gencive avant de me remonter au crâne. BORDEL DE MERDE ! Ce fils de pute a osé me coller une droite ?

Sans même m’en rendre compte, je pousse la table du pied et lui saute carrément dessus. Je déploie mes droites et mes gauches les plus puissantes. Je vise son visage et ses côtes, néanmoins ce connard s’y connaît aussi en boxe et contrecarre aisément mes attaques, ce qui me met encore plus hors de moi.

— T’aurais jamais dû faire ça, Adams ! sifflé-je en protégeant mon menton d’une de ses droites.

— Pourtant, je l’ai fait ! T’en veux une autre ?! aboie-t-il.

Je l’attrape par le sweat pour le coller contre une table. Je lui éclate la tête à deux reprises. OK, j’ai la lèvre en sang, mais son nez, lui, n’a rien à m’envier. On continue de s’échanger des coups de poing et des coups de genou comme si nous étions tous les deux dans une cage de free-fight. Rien à foutre du prof ou des élèves ! D’ailleurs, ce n’est clairement pas comme avec les deux autres crétins de tout à l’heure. Là, personne n’ose venir nous séparer.

Alors, miss Suce-boule, on ne va pas chercher Kapler ?!

Adams m’attrape à son tour par le tee-shirt, puis il me colle carrément contre le mur de la classe. Je lui chope la tête de mes deux mains afin de lui administrer un putain de coup de boule. Ça le sèche presque. Presque… Même sonné, son uppercut n’en reste pas moins puissant. Je me le prends en plein dans la gueule, de quoi me faire encore plus pisser le sang.

Je m’apprête à répliquer lorsque l’on me saisit par les épaules pour me tirer en arrière. Je cligne des yeux, surpris de voir Kapler et un autre surveillant procéder de même avec Adams.

— Vous avez gagné un aller simple chez le directeur et une convocation pour vos parents ! grommelle Kapler tandis que l’on m’éloigne d’Adams.

— Je m’en branle, grogne ce dernier, en se débattant. Des parents, j’en ai pas !

Il me lance un regard presque triomphant. À ce niveau-là, je peux dire ce que je veux, le 48 de mon père, c’est pas lui qui va se le prendre dans le cul, mais bel et bien moi. Sans parler de celui de Gaylord. Putain, quelle journée de merde !

 

1. Asseyez-vous. En silence.↩

2. Vous ne prenez pas de note ?↩

3. C’est ça ? ↩

4. Sortez.↩

5. Au contraire. ↩

6. Mon dieu, je n’ai jamais vu un débile pareil. ↩

7. Idiot↩

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