Underground T4 : Verity
ch045
Chapitre 45
Coleen
Les bras croisés sur mon crâne, protégée par Parker, qui fait rempart avec son corps, je sursaute à chaque coup de feu. Ça ne s’arrête jamais, j’ai l’impression. Le moindre bruit m’arrache des cris de terreur. D’une voix rauque, Parker m’ordonne de ne pas bouger.
Son cœur choque ma colonne vertébrale tandis que j’entends des insultes se mêler au sifflement des armes à feu.
Soudain, Parker se relève, m’agrippant le poignet afin de me remettre debout. Mes pieds réagissent à peine. En état de choc, je me retrouve dans les bras de Parker, en position koala. Ses grandes mains protègent ma tête. Le dos courbé, il me ramène derrière une voiture, où il me relâche enfin. Contre la carosserie, je me laisse glisser à terre, les mains tremblantes, la poitrine si nouée que je n’arrive même plus à respirer.
— Comment tu te sens, bébé ? Ça va ? s’inquiète-t-il, le front soucieux, le souffle court. T’as mal quelque part ?
Alors que le vacarme fait rage autour de nous, j’essaye de me concentrer sur sa voix. Imperturbable, il examine mon visage à la va-vite, mes épaules, mon buste, mon ventre, à la recherche d’une quelconque blessure.
— Ça va, murmuré-je, pour le rassurer avant de me figer.
Là, sur mes mains, il y a du sang. Je me rends compte que j’en ai plein ma chemise. Et sur mon jean. Bordel de merde, c’est quoi tout ça ?
Paniquée, je commence à me tâter. Les cheveux devant les yeux, mes fringues collées à ma sueur, je me palpe comme une folle furieuse. J’arrête tous mes faits et gestes lorsque mon regard se braque sur le tee-shirt de Parker, baigné lui aussi de sang, bien plus rouge et poisseux que les grosses trainées que j’ai sur mes vêtements. Putain…
— T’es blessé ? le questionné-je en attrapant le revers de son haut.
Soudain, un bruit d’explosion siffle à un mètre de nos têtes. La lumière diminue brusquement dans ce coin du parking. Parker se jette sur moi, formant une boule autour de mon corps. La seconde d’après, des milliers d’éclats de verre nous tombent dessus.
Tétanisée contre mon homme, je ferme les yeux, attendant qu’il se dégage de moi. Lorsqu’il s’écarte, je soulève son vêtement tandis que j’entends brailler en irlandais à quelques mètres de moi.
La peau de Parker a troqué sa couleur caramel contre une, beaucoup plus rougeâtre. Son ventre est recouvert de sang qui jaillit d’une plaie, sur son flanc droit.
— C’est une éraflure, me rassure-t-il en rabattant son tee-shirt sur son abdomen, dissimulant sa blessure.
Stressé, il regarde par-dessus le pare-chocs de la voiture, sans doute dans le but de contempler l’étendue des dégâts. Je réalise avec effroi qu’il a failli se faire trouer par une balle. Pour moi. Pour me protéger, moi.
— Tu ne bouges pas, je reviens, d’accord ? me lance-t-il en se redressant.
J’ai juste le temps d’apercevoir ses grands yeux gris soucieux, de sentir ses lèvres me voler un rapide baiser, qu’il disparaît, se jetant dans la mêlée.
— PARKER ! l’appelé-je, paniquée.
Terrorisée par ce qui pourrait lui arriver, je me hisse au niveau de la vitre de la voiture – ma voiture – pour enfin voir les dégâts de l’autre côté. Mon Dieu… c’est pire que l’enfer.
Entre les gars de l’équipe de Belfast qui tentent de tirer sur Parker et Stan, Gabe en plein combat avec l’un des mecs en treillis ainsi que Gaylord et Gary qui se font face, je ne sais plus où donner de la tête.
Je m’essuie le visage de mes mains, chassant mes larmes avant que mon regard ne soit attiré sur un point noir, près de la porte de sortie, pas loin d’où je suis cachée. C’est mon portable… Mon cœur loupe un battement. Il faut que je le récupère afin d’appeler les secours.
Je suis sur le point de m’élancer vers cet endroit lorsque la voix de Gary résonne lourdement dans le parking.
— C’est impossible… Tu es censé être mort, putain !
Malgré moi, je me retrouve à fixer cette étrange scène, où mes deux aînés se confrontent l’un à l’autre. À quatre pattes, au cul de la voiture, mes mains ensanglantées tachant le bitume, j’aperçois Gaylord lâcher un sourire méprisant alors que le visage de son jumeau se pare de rouge.
— Tu t’es loupé, il y a dix ans, connard. Dommage…
Ivre de rage, Gary arme son flingue vers Gaylord. Sans crier gare, il appuie sur la gâchette au moment où je me mets à hurler. Dans ma tête, c’est l’effervescence. Je me revois dix ans en arrière… sur le ring de l’Under… face à leur combat. Mon cauchemar devient réalité lorsque je comprends que le chargeur du flingue est vide. À plusieurs reprises, Gary tente de tirer sur Gaylord sans que rien ne se produise. Quand ils s’échangent un regard de tueur, l’un habillé d’un jean et d’une veste en cuir de moto, l’autre, d’un treillis miliaire noir, j’ai à peine le temps de cligner des yeux qu’ils s’élancent tous deux l’un contre l’autre, poing en avant. Ils font un roulé-boulé du diable sur le sol, s’assenant droite sur droite, crochet sur crochet.
À bout de nerfs, je n’arrive pas à m’arrêter de crier.
Je parviens enfin à me hisser sur mes jambes flageolantes pour aller chercher ce putain de téléphone. Je cours jusqu’à lui, les balles fusent au-dessus de ma tête, claquant tel un lasso dans les airs. Plusieurs néons sont brisés, conférant au parking une ambiance des plus lugubres. Je me jette sur mon portable. Mes genoux s’éclatent sur le sol. Je réfrène un cri de douleur en refermant la main sur la surface fissurée de mon écran avant de me réfugier de nouveau derrière une voiture.
Je vérifie qu’il s’allume bien. OUI ! Dieu merci, il fonctionne toujours !
Affolée, les mains tremblantes, les yeux brouillés de larmes, je n’arrive pas à déverrouiller mon téléphone. Sans faire exprès, je le bloque même pendant une minute. PUTAIN DE MERDE !
— Toi, bâtard, je te jure que je vais te faire la peau !
La voix rauque de Parker me parvient à travers tout ce brouhaha. Je jette un coup d’œil sous la voiture. Mon homme se bat avec deux gars en même temps. Un troisième tente de le perforer en vidant son chargeur dans le tas. Ce fumier touche même l’un de ses camarades dans sa précipitation.
Je ferme les yeux, étouffant un cri d’horreur en voyant du sang jaillir, suivi par des hurlements rauques, agonisants.
Bam, bim, boum ! Bam ! Bam ! BAM !
La succession de droites, puis de gauches, que j’entends me fait rouvrir les paupières.
Le parking est pire que le ring de l’Underground.
Il y a des combats partout.
Les chargeurs à présent vides, tout le monde se lance dans un corps-à-corps redoutable.
Pas loin de Parker, qui enchaîne ses meilleurs uppercuts, au point d’avoir plein de sang sur lui, de ses cheveux à ses pompes, Stan se bat comme un démon contre deux autres gars, parant aisément leur attaque. À plusieurs reprises, il se prend quelques bons coups dans la mâchoire, mais ce n’est rien comparé à ceux qu’il administre.
Le corps couvert de spasmes, je me concentre de nouveau sur mon portable pour entrer mon code. Cette fois-ci, j’y arrive du premier coup. Je déverrouille l’écran, puis compose le 911. Au moment où je m’apprête à appuyer sur la touche d’appel, mon regard est attiré vers une masse noire qui me surplombe. J’ai à peine le temps de pousser un cri de terreur, que l’un des gars de Belfast m’attrape par les cheveux pour me coller au mur.
Sans réfléchir une seconde, je lui administre un coup de boule digne de ce nom. Il beugle, me relâche violemment en m’insultant de salope. Je m’écroule sur le sol, lâchant mon téléphone qui glisse jusque sous une voiture.
Le mec continue de hurler, du sang plein les mains, pendant que je me faufile, à quatre pattes, entre ses jambes. Dans la pénombre, je ne vois pas grand-chose. Je m’allonge sur le ventre, le bras tendu sous la bagnole, cherchant mon portable.
— Je te jure que tu vas payer pour ce que notre père a fait !
— Et toi, pour ce que tu m’as fait ! À moi et à ma famille !
Les voix de Gary et Gaylord vibrent contre mes tympans. Sous la voiture, j’entraperçois les jambes de Gabe. Il alterne ses appuis, le reste de son corps sans doute occupé à jouer des poings contre son adversaire.
Ma main se referme enfin sur mon téléphone lorsque mon regard tombe sur des formes inertes sur le sol. Deux hommes de Belfast. Immobiles. Les corps ensanglantés.
Je remarque leurs grands yeux creux, tournés vers moi… De manière mécanique, je récupère mon portable et me relève péniblement, prête à appeler les secours quand mon doigt s’arrête au-dessus de la touche d’appel.
À quelques mètres de moi, je vois la scène au ralenti. Gary parvient à se débarrasser de Gaylord. Il se jette ensuite sur l’un des cadavres, saisissant son arme à pleine main. Rugissant de rage, ses traits déformés par la haine, il tire sur Gaylord. La balle explose, fuse à toute vitesse avant de trouver refuge au niveau de l’épaule de Gabe, qui s’interpose in extremis entre la balle et notre aîné.
— GABE !!! crié-je d’effroi, ma voix à l’unisson avec celle de Gaylord.
Mon petit frère tombe dans ses bras. Son hurlement est tel que ça me retourne le bide. Au moment où Parker se débarrasse de son dernier adversaire, et qu’il se jette sur Gary afin de lui régler son compte, Gaylord s’écroule, terrassé par le poids que doit faire le corps inerte de Gabe.
— Eh, regarde-moi, Gabe ! Regarde-moi ! appelle Gaylord.
Je cours jusqu’à mes frères, mon téléphone collé à mon oreille, rassurée de voir mon benjamin se tordre de douleur. L’épaule éclatée, recouverte de sang, chaud et poisseux, il se tient l’articulation, ses yeux se révulsant par moments dans ses orbites.
— Bordel, pourquoi… t’as fait… ça, putain ?
La voix de Gaylord est saccadée. Il retire la veste de Gabe avant de la rouler en boule pour compresser sa blessure.
— Parce que moi, j’ai… j’ai rien à perdre. J’ai pas de gosses qui… qui m’attendent à la maison.
— Putain… Gabe ! Tu fais chier !
— Vous avez appelé le 911, quelle est votre urgence ?
Je sursaute, surprise d’entendre quelqu’un me parler au téléphone.
— Allô ? Quelle est votre urgence ? répète la standardiste d’une voix calme et posée alors que l’enfer continue tout autour de nous, surtout quand je vois Stan reculer sous les assauts de ses deux assaillants sans parler de Parker, aux prises avec Gary.
— Des gars armés sont en train de nous tirer dessus sur Heapson Street, dis-je, la voix nouée, le visage ravagé de larmes. Au 1402. Dans le parking des locaux de la société J&N’s. Je vous en supplie, faites vite. Ils ont blessé mon frère.
Je regarde Gaylord faire pression sur la blessure de Gabe alors que celui-ci, sous la douleur, vient de perdre connaissance.
— Merde, merde ! Gabe !
— Il… s’est évanoui, pleuré-je au téléphone. Qu’est-ce que je fais ? Qu’est-ce que je dois faire ?
— Où est-il blessé ?
— À… à l’épaule. Je crois, lâché-je en sanglotant, la tête de mon petit frère calée entre mes genoux.
— Cela doit être en raison de la douleur. Compressez la zone.
— D’accord, d’accord.
Je fais signe à Gaylord de maintenir la pression sur sa plaie.
— Les tireurs, combien sont-ils ?
— Euh…
Je regarde autour de moi. Sous les néons blafards et clignotants, tantôt dans l’obscurité, tantôt dans la lumière, Parker et Gary continuent de se battre. C’est pire qu’un combat jusqu’à la mort. Ils ne lésinent pas sur les coups, visant la tête ou l’abdomen.
Mon homme a l’arcade explosée et le nez qui pisse le sang. Black Mask, lui, crache des mollards ensanglantés toutes les quinze secondes. Sa bouche ruisselle tellement que l’on se croirait dans un film d’horreur.
— Je t’avais prévenu que tu t’en tirerais pas aussi facilement, espèce d’enculé !
— Quand j’en aurai terminé avec toi, fils de pute, je te jure que je vais aller m’occuper de ta nana et de ses frangins ! Je veux qu’ils payent… je les tuerai à mains nues s’il le faut.
— Faudra déjà me passer sur le corps !
Je cligne des yeux, cherchant Stan du regard. Les tempes mouillées, le visage bariolé de sang et de sueur, les poings rougis à force de frapper, il tient toujours tête à deux adversaires. Il contre un uppercut qui aurait pu le mettre K.O. avant de balancer son gauche de toutes ses forces dans la mâchoire du plus balèze des deux. Celui-ci s’écroule, out, alors que l’autre se jette en hurlant sur Stan qui n’anticipe pas son attaque. Ils se retrouvent tous les deux au sol, dans un corps-à-corps digne d’un championnat de lutte.
— Ils ne sont plus que deux ou trois, dis-je au téléphone avant d’apercevoir plusieurs ombres massives, tapies derrière une voiture, de l’autre côté du parking. Peut-être quatre ou cinq. Ils sont désarmés. Je… je ne sais pas. Ils sont tous en train de se battre. Venez, vite !
— Votre frère, dans quel état est-il ?
— Il est toujours inconscient, mais… il… il respire.
— Les autorités sont prévenues, une ambulance devrait être sur place dans dix minutes. Madame, avez-vous un endroit où vous pouvez vous mettre à l’abri ?
— Non, je… je… je suis avec mon frère, je ne peux pas le laisser. Dépêchez-vous, je vous en prie ! continué-je de pleurer au téléphone.
Mes larmes sont similaires à de l’acide, brûlant mes joues.
— Madame, nous…
Je n’entends soudainement plus rien.
— Allô ? ALLÔ ?
Je regarde mon portable. Merde… plus de batterie.
Les mains toujours tremblantes, je m’agrippe à Gabe comme si ma vie en dépendait, retrouvant cette sensation insoutenable que j’avais éprouvée, il y a dix ans, quand j’étais allongée sur Gaylord et que je le pensais mort.
— Il va s’en sortir, me rassure ce dernier. T’inquiète pas.
Comment veut-il que je ne m’inquiète pas, bordel ?! Notre demi-frère a tiré sur notre petit frère, putain de merde ! Il lui a perforé l’épaule ! Ça aurait pu être son abdomen, son torse ou même son crâne !
— PARKER, ATTENTION !
La voix de Stan détonne à mes oreilles. Je me redresse vivement, les sens aux aguets, le regard tourné vers Parker. Vers Parker qui met Gary à l’amende… une amende très salée si j’en crois la tête de ce connard qui fait boomerang. Néanmoins, c’est sans compter sur l’un des gars de Belfast, sorti de je ne sais où, qui pointe une putain de mitraillette sur mon homme.
Ma peur éclate en un hurlement effroyable lorsqu’il l’actionne. Les balles partent les unes après les autres en une mélodie des plus tonitruantes, juste au moment où Stan se jette sur le mec. Il l’écrase de tout son poids, déviant in extremis la pointe de la mitraillette qui se retrouve à viser le plafond. Le chargeur se vide sur les derniers néons, déversant ainsi une pluie d’infimes débris de verre sur nos têtes avant de nous plonger dans une obscurité quasi totale.
— BORDEL !
Je sursaute une nouvelle fois en entendant un coup résonner dans tout le parking.
— PARKER ? l'appelé-je, paniquée, les mains relâchant mes oreilles. STAN ?
— Ne bouge pas, me dit Gaylord.
— Quoi ? Tu vas où, là ? Putain, reviens ! m’exclamé-je.
Dans la pénombre, je ne vois pas grand-chose. Je plisse des yeux, essayant de déceler ce qu’il se passe. C’est étonnamment calme d’un coup. Seuls les battements explosifs de mon cœur, accompagnés des différentes respirations sifflantes et déclinantes que j’entends un peu partout, résonnent à mes tympans.
— Parker ? l'appelé-je une nouvelle fois en relâchant doucement Gabe pour me remettre debout.
Je vacille, courbaturée. Je m’apprête à faire un pas lorsque je vois Gaylord se pencher sur une masse difforme, étendue par terre, avant d’attraper un bras tendu, redressant mon homme sous deux corps inertes. Mon cœur tombe dans ma poitrine.
— Ça va, mec ? s’enquiert Gaylord alors que Parker lâche un grognement.
Je cours jusqu’à lui, me jetant dans ses bras tel un boulet de canon. J’enfonce mon visage, en larmes, contre son torse tandis qu’il me serre fortement, sa bouche se perdant dans mes cheveux afin de m’embrasser le haut du crâne.
— Il est où, ce bâtard ? demande-t-il ensuite à Gaylord.
Il cherche Gary du regard avant de s’arrêter, se tendant à l’extrême contre moi. Merde ! Stan ?!
Putain… Non… pas ça…
— STAN ?! m’écrié-je, en relevant la tête.
— Je suis là…
Sa voix sourde me rassure instantanément. Contre moi, Parker lâche un profond soupir pendant que le parrain de notre fille enjambe un mec, allongé par terre, pour s’approcher de nous. Sérieux… ils sont vraiment tous morts ? À moins que la plupart soit complètement K.O.
Rapidement, j’en compte six à terre. Il en manque quatre. Dont mon demi-frère…
— Merde, ma dent… lance Stan en crachant l’une de ses molaires ensanglantées dans sa paume. Bordel, c’est mon dentiste qui va être content, tiens !
Malgré la pénombre, nos silhouettes se dessinent dans l’obscurité grâce aux timides lueurs bleutées des néons qui indiquent les différentes sorties de secours.
— J’en connais une qui va être ravie, lâche Gaylord.
— Ferme-la, toi, grogne Stan.
— Attends… souffle Parker, inquiet. Où est Gabe ?!
Je me tourne vers mon petit frère, allongé à seulement deux mètres de nous, son torse se mobilisant au rythme de sa respiration. De quoi me rassurer partiellement sur son état.
— Il s’est pris une balle à l’épaule, mais je… je crois que ça va aller, murmuré-je, l’esprit sens dessus dessous, mon bras toujours autour de Parker. Je… ATTENTION !!!
Soudain, comme s’il surgissait des ténèbres, Gary s’élance en hurlant, flingue pointé sur nous. Je ferme fortement les yeux, m’enfonçant entre les bras de Parker qui se rabattent sur moi quand une nouvelle détonation retentit autour de nous. Le coup de feu part, puis… plus rien. Juste un bruit mat qui s’écroule sur le sol.
L’instant d’après, j’entends des sirènes déchirer ce lourd et agonisant silence.
Je bat lentement des paupières.
Parker me lâche avec précipitation de manière à se jeter sur Gaylord.
— Garde le flingue, débarrasse-t’en dans le lac et dégage ! lui dit-il en le poussant vers une des portes de sortie.
— Quoi ?
— T’es censé être mort, Ducon ! Casse-toi. Si les flics te trouvent ici, on risque tous d’être dans la merde. Allez, tire-toi ! Maintenant ! ordonne-t-il en le bousculant plus fort.
Je prends enfin le temps d’analyser ce qui s’est passé. Mon regard slalome entre le corps sans vie de Gary, barbotant dans une mare de sang, formant un cercle presque parfait sous lui, et Gaylord dont la main est étroitement fermée sur un flingue. Putain… il vient vraiment de… de le tuer ?
Les sirènes qui s’intensifient me coupent dans mes pensées. Quelques secondes après, Gaylord a disparu du parking. La porte de secours claque au moment où plusieurs voitures de flics déboulent dans le sous-sol, suivies d’une ambulance.
Parker et Stan ont le réflexe de se mettre à terre, les bras au-dessus de la tête, les mains croisées derrière le crâne, pour signifier qu’ils ne sont pas armés alors que moi… je reste debout, complètement traumatisée.
Je n’arrive même plus à parler… Je regarde ce qui se déroule devant mes yeux comme si j’étais assise sur mon canapé face à une série Netflix.
Des ambulanciers prennent en charge Gabe. D’autres personnes font un état des lieux du parking et des corps étendus un peu partout. Certains sont recouverts de draps blancs, d’autres sont emmenés sur des civières. Les pompiers ne tardent pas à intervenir non plus. On me dépose une couverture de survie sur les épaules tandis que mes larmes ne cessent de couler sur mon visage.
Je jette un coup d’œil à Parker et Stan, entourés de flics, tous munis de calepins et de dictaphones. Je vois leurs bouches bouger sans pour autant parvenir à comprendre leurs propos. Je me retrouve à l’intérieur d’un camion de pompier, sur un brancard. J’aimerais savoir comment va mon petit frère, cependant je n’y arrive pas. Je suis à bout de forces, les joues brûlées de larmes et les lèvres gercées d’effroi.
— Madame ? Vous m’entendez ? me demande l’un des médecins en passant une lumière devant mes yeux. Vous êtes blessée ? Comment vous sentez-vous ?
— Non… murmuré-je. Mais, je… mon… mon compagnon, lui, l’est. Au… au flanc.
— Il est en train de faire une déposition à la police, mais un de mes collègues va l’examiner, soyez sans crainte.
J’acquiesce de la tête. Il m’interroge encore, voulant savoir comment je me sens.
— Je… je suis enceinte.
— D’accord, vous allez passer une échographie de contrôle. À l’hôpital. Depuis combien de temps êtes-vous enceinte, Madame ?
— Deux mois, réponds-je, épuisée.
— D’accord. Allongez-vous. C’est fini… C’est fini…
Sa voix me paraît loin. Tellement loin qu’au final, je ne l’entends même plus.
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