Underground T4 : Verity
ch010
Chapitre 10
Debbie
De nos jours…
Du bout de mes ongles, je pianote sur mon agenda, l’esprit ailleurs malgré mon derrière vissé sur mon fauteuil et mes oreilles un minimum attentives à ce que mon patron me dit par téléphone. Ça fait dix minutes qu’il ressasse la même chose au sujet du planning de recrutement.
Lorsque je raccroche, j’ai l’impression que mes neurones ont fondu. Je lâche un petit soupir et étire mes bras au-dessus de la tête. Il est à peine dix-huit heures, je suis censée aller boire un verre avec Leslie pour « fêter » le week-end dans une heure.
D’ailleurs, lorsqu’elle passe devant mon bureau, les bras chargés d’une pile de dossiers, sa longue robe à froufrous vert émeraude battant ses mollets ronds à chacun de ses pas, elle ne loupe pas l’occasion de me le rappeler. Histoire que je ne me défile pas.
Je lui souris et acquiesce de la tête.
Je devine la raison de sa proposition. Elle est au courant que ce soir, c’est la reprise dans l’Underground pour Parker. Et donc pour Stan. C’est un sujet assez sensible en ce qui me concerne, même aujourd’hui.
Cette ligue m’angoisse, et savoir mon petit ami là-bas me rend plus que nerveuse. Ça fait déjà une semaine que je lutte contre cette boule dans l’estomac, que je tente de faire abstraction de mes mains moites, de cette sensation d’avoir la gorge coincée dans un étau, que j’ignore mes cauchemars ou tous ces rappels que me fait mon horoscope presque chaque matin.
« En amour, vous regretterez votre complicité avec votre partenaire. »
« Côté amour, la magie pourrait bel et bien s’arrêter. »
« Au travail, vous vous abreuvez de dossiers pour ne pas penser à vos sentiments. »
« Attention au mauvais alignement entre Mars et Vénus. »
Que l’on y croit ou pas, avouons que ça donne matière à réfléchir.
Je connais Stan. Il a beaucoup de défauts – bordélique, impulsif, immature, certes… – néanmoins il n’est ni menteur ni hypocrite. S’il me dit de ne pas m’inquiéter et de lui faire confiance, alors il faut que je le fasse. Je crois.
Je termine mon café tout en me concentrant sur mes tâches administratives.
Il est dix-neuf heures lorsque Leslie arrive devant mon bureau, parée pour notre petite soirée entre filles. Je profite que Cassey passe le week-end chez son copain Tom, pour ne pas culpabiliser et m’octroyer aussi du temps pour moi. Juste pour moi. Sans enfant, sans mec, sans personne.
— Prête ? me demande-t-elle en repositionnant ses épaisses lunettes d’un rouge étincelant sur son nez.
— Prête, oui. Enfin !
La dernière fois que j’ai vu Stan, c’était jeudi matin. Il est resté dormir hier soir chez Parker et Coleen pour le boulot. Bien que l’on se soit envoyé quelques SMS, je devine qu’il est plus qu’occupé. Après tout, c’est le grand retour d’Oméga dans le circuit illinois du free-fight.
Je me lève, termine de ranger quelques papiers dans mes tiroirs, puis je récupère mon sac à main. Je passe mon blazer rose fushia sur mes épaules, ce qui apporte une touche de couleur à ma tenue, composée d’une petite robe noire à manches courtes et d’escarpins en cuir.
— Je t’avoue que j’ai bien hâte de tester ce bar à cocktails. Il paraît qu’ils font de supers Bloody Mary. Les meilleurs de la ville ! me lance Leslie, rêveuse.
J’esquisse un sourire.
C’est vrai que Leslie ne boit pas d’alcool. Ou très peu. Ce qui n’est pas mon cas, je ne dis jamais non à un bon mélange alcoolisé, surtout quand celui-ci est bien sucré.
— Mon pêché mignon, c’est plus le Sex on the Beach, avoué-je à Leslie en lui adressant un petit clin d'œil alors que nous attendons les ascenseurs dans le hall d’entrée.
— J’ai bien entendu Sex on the beach ?!
La voix traînante, un brin agaçante, de notre supérieur, Ronan Everton, me fait sursauter. Encore plus lorsque je me retourne et le vois à seulement un mètre de nous, planté comme un piquet avec son costume en tweed, ses cheveux grisonnants bien trop plaqués sur ses tempes. La moustache frétillante, il trimbale son regard vicelard de cinquantenaire sur mes jambes dénuées de collant.
— Pourquoi ne suis-je pas étonné, mademoiselle Briant ? reprend-il, l’air de rien, comme s’il n’avait pas délibérément écouté notre conversation. J’ai toujours su que sous cette jolie frimousse se cachait une femme pleine de surprises.
Connard !
— Absolument pas, rétorqué-je froidement tandis que les portes de l'ascenseur s’ouvrent.
En signalant à Leslie de monter dedans, je tiens tête, le plus poliment possible, à cet enfoiré misogyne.
— Je suis tout ce qu’il y a de plus classique. Bonne soirée, monsieur Everton.
Les portes se referment, me laissant tout de même le temps de voir un petit sourire amusé se dessiner sur sa bouche ridée, malgré le botox.
Ce mec me dégoûte !
— Quel connard ! s’insurge Leslie en remettant son sac en bandoulière. Pourquoi tu ne lui as pas dit le fond de ta pensée ?!
Je soupire, puis appuie sur le zéro.
Je sais que de l’extérieur, je peux paraître très détendue – merci à mes années d’expérience dans l’Underground et ma relation avec Gaylord pour ça –, mais, en réalité, à l’intérieur, je suis un vrai ouragan.
— Parce que l’insulter de trou du cul égocentrique ou de vieux porc dégueulasse ne me semble pas être la meilleure des idées. Lui répondre, c’est donner de l’eau à son moulin.
— Comment tu peux rester aussi calme, Debbie ? marmonne Leslie, plutôt impulsive malgré ses quarante ans et sa gentillesse à toute épreuve. Cet imbécile pense que si tu ne réponds pas, c’est que tu dois aimer ça…
Elle me lance un regard rempli de sous-entendus.
— Ce mec est un crétin fini, répliqué-je en haussant les épaules.
Malheureusement, ce monde est peuplé d’hommes de son genre. Mon lot de consolation, c’est de me dire que d’ici trente ans, ils auront disparu de la surface de la Terre et que des petits garçons comme mon fils seront des messieurs et qu’ils devraient, je l’espère de tout cœur, avoir une meilleure considération pour la gent féminine.
— Oui, tu as sûrement raison, me dit Leslie pendant que nous quittons le bâtiment d’un pas plus léger que lorsque nous sommes arrivés ce matin.
En ce début de soirée printanier, le soleil commence doucement son cache-cache quotidien avec le toit des buildings, étirant ses grands rayons orangés sur le parvis du CBD de Chicago, là où se trouve ma boîte ainsi que des centaines d’autres.
Il fait encore un peu chaud, et je remonte mes manches en deux plis sur mes avant-bras, mes hauts talons aiguilles claquant en petits bruits sourds sur le béton armé. Je me passe une main dans mes longs cheveux châtains, tout en écoutant Leslie me parler du documentaire animalier qu’elle a vu hier soir.
— Deb’ ? me lance-t-elle, en me montrant d’un coup de tête un Range Rover garé à seulement vingt mètres de nous, sur le trottoir d’en face. C’est ton homme ou je rêve ?
— Quoi ?!
Comme si on m’avait posé un tison sur le derrière, je sursaute, puis me tourne vers ce fameux Range Rover où, effectivement, un homme… le mien… est debout, appuyé le dos à la portière.
Mon cœur loupe quelques battements. Aussi étrange que cela puisse paraître, je suis stressée. Stressée de le voir, là, un vendredi soir. J’ai l'estomac qui se serre de peur. Encore et encore. Jusqu’à devenir une toute petite boule qui menace de ressortir par la bouche. Mes mains, elles, sont tellement moites que je les essuie nerveusement sur le bas de ma robe, comme si je lissais le tissu sur mes cuisses.
Qu’est-ce qu’il fait ici ?
Je sens Leslie m’adresser un regard en coin, sans doute surprise de me voir dans cet état-là. En vrai, on est vendredi soir, jour de combat. J’ai un millier de raisons d’être angoissée et inquiète quant à sa présence face à moi.
Lorsque Stan, occupé à jouer avec son téléphone, lève enfin les yeux vers moi, j’ai l’impression que ça fait une éternité que je suis en apnée. Son regard gris charbon percute le mien, bien plus brun, et un adorable sourire se dessine sur son visage à la mâchoire en diamant, habillée d’une barbe de quelques jours. Il paraît que le « diamant » est la forme la moins répandue chez un homme, mais de loin la plus belle. Honnêtement, avant de rencontrer Stan, je pensais que c’était la mâchoire rectangulaire. Autant dire que j’ai changé d’avis depuis.
Son sourire ramène assez d’air dans mes poumons pour que je puisse expirer lentement par la bouche, rassurée de l’apercevoir serein. Je ne sais pas ce que je m’étais imaginé en le découvrant là, un vendredi soir à dix-neuf heures. À priori, ça ne doit pas être grave.
— Qu’est-ce que tu fais ici ?
— Je voulais te voir avant d’aller dans l’Under, me répond-il simplement en attrapant ma main pour me tirer jusqu’à lui, entre ses jambes écartées.
Il porte un bas de survêtement noir ainsi que son tee-shirt gris, estampillé « Oméga ». D’un geste tendre, incertain même, je passe mon index sur son écusson brodé. Je sens ses deux grandes mains se rejoindre entre mes reins, me ramenant contre lui, là où ma poitrine s’écrase contre la sienne.
— Tout va bien ? T’as une drôle de tête, remarque-t-il en cherchant du regard mes yeux, baissés vers ma main sur son torse.
— Je suis étonnée de te voir, c’est tout, avoué-je du bout des lèvres.
— Quoi ? Tu veux dire que t’avais prévu d’aller batifoler avec un autre petit jeune, c’est ça ?
Je lève les yeux au ciel avant de taper son épaule.
— T’es bête.
Soudain, je me rappelle où je suis et avec qui je suis sortie. Merde.
Je me racle timidement la gorge avant de me tourner vers Leslie. Avec un sourire d’excuse, je fais les présentations entre elle et Stan. Je m’apprête à reculer quand sa main droite se faufile sur ma taille pour m’inviter à rester contre lui. Il adresse un signe à Leslie dont les joues sont aussi rouges que ses lunettes.
— Ravi de vous rencontrer, Leslie.
— Moi aussi, depuis le temps… glousse-t-elle en tripotant ses cheveux blonds. Debbie, c’est une cachottière, hein ? me lance-t-elle en tapant gentiment mes fesses de son sac à main.
— Oh oui, je dirais même que c’est un petit animal très sauvage, voyez-vous. Difficile à attraper ! Et encore plus difficile à garder.
Stan me fait un clin d'œil alors que je me pince les lèvres, gênée. Non, je ne suis pas difficile à garder. À attraper peut-être, mais pas à garder. Du moins, tant que l’on me témoigne du respect et de l’affection.
Il y a dix ans, je me serais contentée de l’affection, maintenant, le respect apparaît tout en haut de ma liste.
— Par chance, vous m’avez l’air d’être un très bon chasseur, rit Leslie en m’adressant un petit sourire en coin. Debbie, je te laisse, j’ai un coup de téléphone à passer. On se retrouve au métro. J’espère que j’aurai le plaisir de vous revoir, Stan.
— J’y compte bien. Bonne soirée à vous.
Il attend que Leslie ait fait quelques mètres, puis il faufile son autre main le long de mon dos, entre ma robe noire et mon blazer fushia.
— Le métro ? s’étonne-t-il. Tu sors ce soir ?
— Je vais boire un verre avec Leslie. Au Red Soul, c’est un nouveau bar à cocktails qui vient d’ouvrir, expliqué-je tandis qu’il quitte ma colonne vertébrale pour glisser l’une de mes mèches de cheveux derrière mon oreille.
— Super. Tu fais juste attention à toi, s’il te plaît. Et… tu… tu m’envoies un texto quand tu es rentrée, d’accord ?
Je hoche la tête, un petit sourire au coin des lèvres. J’aime bien quand il s’inquiète pour moi. Parce qu’il le fait toujours avec une certaine timidité, une certaine candeur. Le genre qui me fait fondre.
— Pourquoi t’es ici ? demandé-je.
— Parce que j’en avais envie, tout simplement. Je… je ne sais pas, je me suis dit que c’était important que je vienne. Pour te voir, et pour t’embrasser, me murmure-t-il, le sourire aux lèvres, joignant délicatement le geste à la parole. Et aussi pour te dire que je pense à toi, et que… je… j’aimerais rentrer chez toi après l’Under. Si… ça te va, bien sûr.
J’acquiesce de la tête, les joues rouges. Je suis plus que ravie de savoir qu’il ait traversé tout Chicago pour un baiser et quelques minutes avec moi. D’autant plus qu’il compte me retrouver, après, à la maison.
— T’as toujours le double des clefs, non ?
— Oh oui, trésor. Toujours, me sourit-il en m’embrassant une nouvelle fois.
Ses lèvres, chaudes, brûlantes me font l’effet d’un litre de Sex on the Beach dans le sang. À jeun, évidemment. Je me presse tout contre lui, les deux mains posées de part et d’autre de son visage. J’enfonce mes doigts dans ses cheveux, presque rasés sur les côtés. Un puissant sourire semble avoir définitivement pris ses aises sur ma bouche. Bouche qui subit les assauts de celle de Stan.
Il continue de m’embrasser une longue minute jusqu’à ce que j’entende l’alarme de son portable retentir de la poche arrière de son bas de survêtement.
— Le temps est écoulé, trésor, désolé. Je dois y aller, soupire-t-il en s’écartant de moi.
Il plante tout de même un dernier baiser sur mes lèvres, rougies d’extase, puis ouvre la portière de la voiture bien qu’il me maintienne toujours entre ses bras.
— Je sais. Merci d’être venu, murmuré-je, touchée. Ça compte pour moi. Vraiment.
Un sourire éclatant vient égayer tout son visage. Y compris ses yeux, un poil plus sombres que tout à l’heure.
— T’es magnifique, Debbie. Et t’es la seule nana que j’aime… T’es même la seule avec qui j’ai envie de faire des cochonneries, me répète-t-il alors que mon cœur se serre tellement que je crains pour ma santé.
— Fais attention à toi dans l’Under et souhaite bonne chance à Oméga de ma part.
— Ça marche, me dit-il en embrassant le dos de ma main. Je t’aime, Deborah Briant. Je t’aime vraiment.
Ma gorge n’est plus dans un étau. Elle est l’étau… l’étau qui broie tout ce qui peut y passer, cordes vocales et paroles comprises.
Stan m’a déjà avoué qu’il m’aimait. Plusieurs fois. Moi, jamais. Je n’y arrive pas. Pourtant, ce n’est pas l’envie qui me manque. Ni les sentiments. J’aime Stan, c’est sûr. Cependant, je suis incapable de lui dire autrement qu’avec des « idem », des « pareil » ou des « moi aussi ». C’est plus fort que moi. Par chance, ça le fait rire et il trouve ça mignon. Sauf que la petite voix en moi adore me souffler : oui, mais jusqu’à quand ?
— Pareil, murmuré-je.
Il m’adresse un clin d'œil, monte dans la voiture, puis démarre la seconde d’après, disparaissant au feu vert, cinquante mètres plus loin.
— Lui, il t’aime vraiment, ma cocotte.
Derrière moi, la voix de Leslie me ramène à la réalité. Je recule de quelques pas sur le parvis, le goût des lèvres de Stan encore sur la bouche.
— Moi aussi, murmuré-je. Mais, tu sais bien que l’amour ne peut pas suffire à lui seul. Sinon, t’aurais jamais divorcé de ton mari.
— C’est vrai, par contre, ton homme-là, il ne ressemble pas à mon ex mari, me lance Leslie en m’adressant un regard réprobateur.
— Quoi ?
— Allez… on va discuter de tout ça autour d’un bon Sex on the Beach, miss Briant. Je crois qu’on va même en commander une double dose.
Je suis Leslie, le sourire aux lèvres, le cœur plus léger. Ce petit espoir, cette petite flamme, au fond de moi, me rassurent. Tout va bien se passer.
***
Le Red Soul a plutôt belle allure. Avec ses jolies lampes dorées, suspendues au-dessus de chaque table ronde en bois vernis, ses moulures au plafond et le bar en forme d’ovale qui est positionné face à une grande véranda, semi-ouverte, décorée d’une multitude de fleurs rouges et de plantes colorées en tout genre, c’est vraiment très sympa. D’autant plus qu’ils ont une belle carte de cocktails ainsi que, pour ne pas citer Leslie, des barmans tout aussi intéressants et novateurs que le menu. Tu parles… on dirait qu’ils ont été sélectionnés dans une agence de mannequinat. C’est sûr que notre serveur blond aux yeux verts possède une plastique irréprochable, mais, personnellement, son intérieur me paraît aussi lisse que son extérieur.
Je préfère les mecs qui ont déjà un petit background, c’est évident. Pas trop non plus. Je m’en suis rendu compte au tout début de ma relation avec Stan. Quand il avait vingt-six ans et que son expérience de vie – limitée… disons qu’il n’avait à proprement parler « pas trop de casseroles au cul » – m’avait rassurée dans le sens que ça rééquilibrait la mienne, bien trop chargée. Son seul gros défaut, c’était son côté libertin… le même qu’avait Gaylord. À croire qu’il y a quelque chose au fond de moi qui ne fonctionne pas correctement. Ou quelque chose que je ne veux pas m’avouer. J’ai déjà essayé le libertinage… et, à mon avis, si je n’ai pas apprécié à vingt ans, aucune chance que j’aime ça à trente-trois ans.
J’ai vu Gaylord avec pleins de filles. Quand il était au « meilleur de sa forme », on va dire. Malgré tous les cocktails que j’avais bus, la brûlure que j’ai ressentie à l’estomac n’avait rien d’anodine. Je le sais… Aujourd'hui, je le sais. Et je ne peux – ne veux – pas une seule seconde, éprouver à nouveau cette sensation avec Stan. Je ne supporterais pas de le découvrir dans les bras d’une autre femme. Encore moins entre ses cuisses.
Ma grande chance, c’est que je lui plais assez pour accepter de changer. Dès notre premier rendez-vous officiel, je me suis montrée honnête. Il était hors de question que je sois de nouveau la seconde – en coulisse ou sur le devant de la scène. C’était moi et personne d’autre. À prendre ou à laisser.
Pour être franche, je pensais qu’il allait m’envoyer balader. Clairement. Après tout, qui étais-je pour exiger ça de lui ? D’ailleurs, peut-être qu’inconsciemment, j’avais espéré qu’il le fasse… Ça aurait ainsi mis en évidence le fait qu’un homme libertin était incapable de changer par amour, et que, peut-être, Gaylord n’aurait pas pu abandonner ses pratiques. Même s’il l’avait voulu.
Mais Stanley Birmingham, le mec le plus tenace que je connaisse, m’a regardée droit dans les yeux et m’a dit : « Je te veux, et je t’aurai. Peu importe ce que tu me demanderas, je le ferai. »
Passé le choc, je me suis assuré qu’il n’y arriverait pas. Je me suis bien trompée sur son compte. Il a fait ce que Gaylord n’a jamais fait… Il a rompu tout lien avec sa petite amie de l’époque, ainsi qu’avec tous ses anciens contacts, et se contente depuis deux ans d’une seule femme. Moi. Du moins, c’est ce qu’il me répète, et je le crois. Je souhaite juste ne pas me tromper. Tout comme j’espère que je le satisfais vraiment. Ce dont je présume aussi. Sinon, il ne ferait pas tous ces efforts pour notre couple.
— Alors, quel va être ton petit programme nocturne au retour de ton homme ? me demande Leslie, espiègle.
Je lui adresse un clin d’œil coquin qui la fait glousser.
Je sirote mon troisième et dernier Sex on the Beach du bout de ma paille tout en croisant et décroisant mes jambes tandis que, face à moi, mon amie agite son Bloody mary avec sa touillette. Ses cheveux bouclés sont remontés sur sa tête avec une pince en forme de papillon, recouverte de paillettes. Ses bonnes joues roses s’arrondissent encore plus lorsqu’un sourire malicieux s’empare de sa bouche.
— T’aimerais pas avoir un autre enfant ?
— Quoi ?! m’étranglé-je.
J’avale ma gorgée de travers. Je suis limite obligée de me moucher pour éviter de m’étouffer.
— Pourquoi tu penses à ça ?! Ça va pas, la tête ?! ris-je, le visage empourpré de gêne.
— Bah, t’as trente-trois ans, lui vingt-huit, il me semble, c’est ça ? (Je hoche bêtement le menton.) Et Cassey a dix ans. Il a peut-être envie d’avoir un petit frère ou une petite sœur, non ? Tu lui as demandé ?
— Hors de question que je lui demande ça, réponds-je en buvant trois grandes gorgées de mon cocktail. Je te rappelle qu’il sait très bien comment on fait les bébés… Ça serait hyper gênant que je lui en parle. En plus, Stan est… enfin, je ne le vois pas du tout prêt à être père. Ça serait du grand n’importe-quoi !
— De ce que tu me racontes, j’ai pas l’impression qu’il fasse du grand n’importe-quoi avec ton fils.
Le petit regard qu’elle me lance par-dessus ses lunettes, tout en continuant de malmener sa boisson, me fait un drôle d’effet. Je m’éclaircis un peu la gorge avant de répondre :
— Stan s’occupe très bien de Cassey, c’est vrai. Je n’ai rien à lui reprocher, admets-je. Mais il le fait quatre mois dans l’année et comme tu l’as dit, mon fils a dix ans. Un bébé, c’est différent. Déjà qu’il n’est pas là, la moitié de l’année.
— Il n’entraînera pas Oméga toute sa vie que je sache, me lâche-t-elle de son air le plus faussement angélique. Jusqu’à quand un fighter peut-il monter sur un ring ?
Jusqu’à ce qu’il meurt, répond ma petite voix. Je laisse de côté cette dernière, refusant de repenser à ce fameux jour de novembre 2009, quand on m’a appris le décès de Gaylord.
— Trente ans ? Peut-être plus. Là, n’est pas la question. Stan n’est pas prêt à ce chamboulement et moi non plus. Donc… Un bébé ? Non merci.
Leslie se met à rire avant de boire quelques gorgées de son Bloody Mary. Je sais que la question « bébé » est un sujet sensible pour elle. Étant donné qu’elle a passé sa vingtaine à dire à tout le monde qu’elle ne voulait pas d'enfants, puis la trentaine à supplier son mari d’en avoir qui, lui, restait campé sur ses positions et a fini par lui mener la vie dure… Je peux comprendre qu’à quarante-trois ans, être en face d’une femme qui pourrait en avoir, mais qui n’en veut pas spécialement, doit être compliqué à gérer. Heureusement, Leslie Hartmann est la figure même de la bienveillance et de la résilience. Elle me pose des questions sans s’offusquer des réponses. « Mon corps, mon choix » c’est un peu son credo. Sauf qu’elle n’a jamais osé sauter le pas en faisant subir à son corps l’épreuve compliquée de la maternité en solo.
— Du coup, s’il n’y a pas de bébé au programme pour cette nuit, que comptez-vous faire ? me relance-t-elle d’un ton bien trop léger et superficiel.
Un sourire aux lèvres, je termine mon cocktail.
— Il y a un truc magique qui s’appelle la contraception.
— Ouais, j’en ai vaguement entendu parler, me répond Leslie, la mine faussement pensive avant de rire.
— J’ai été surprise de le voir…. tout à l’heure, lâché-je sans comprendre pourquoi.
D’un coup, l’ambiance entre nous n’est plus à la plaisanterie. C’est comme si je venais d’ouvrir la boîte de pandore et je n’aime pas ça.
Leslie arrête de jouer avec sa touillette. Elle la pose sur sa serviette avant de me jeter un regard quasi-maternel, ce qui me fait tout bizarre, moi qui ai perdu ma mère à dix ans, dans un accident de voiture. C’était mon père qui conduisait. Il avait un peu trop bu, il a grillé un feu rouge, puis… ils se sont encastrés dans un pylône haute tension. Ma mère est morte sur le coup et mon père est décédé quelques heures après l’accident. Je n’oublierai jamais le jour où je suis arrivée chez ma grand-mère, à Phoenix, avec ma valise et mon sac Minnie sur le dos.
— Désolée, je ne sais pas pourquoi j’ai dit ça, m’excusé-je en riant nerveusement.
— C’était comment ? Avant ? me demande-t-elle, d’une voix douce, alors que je fronce les sourcils.
— Avant quoi ?
— Comment était ta vie du temps où tu fréquentais le père de Cassey ?
Je me mords la lèvre. Mmh… j’adore quand on me parle du « père » de Cassey. Parce que le premier truc qui me vient à l’esprit, c’est Connor. Et le premier truc que je sens, c’est son corps qui s’alourdit contre le mien pendant que ma tête me tourne. Ce sont mes mains, toutes molles, qui le repoussent… mes yeux qui essayent de trouver les siens pour le supplier d’arrêter… ma bouche qui grimace, qui crie… et ma gorge qui se serre de plus en plus à mesure qu’il me prend avec violence. Autant dire que depuis ce jour, j’ai des petites difficultés à faire l’amour, allongée sur le dos. Sentir le poids d’un homme sur moi, c’est… très compliqué à gérer. Faire le missionnaire, ça m’arrive quand même de temps en temps. Avec Stan, bien entendu. Quand je suis tellement bien que je le laisse franchir toutes mes barrières de protection. Et Dieu sait qu’il y en a. Mais la plupart du temps, c’est moi qui mène la danse. Là aussi j’ai beaucoup de chance. L’Andromaque figure à la deuxième place de ses positions préférées. La levrette étant la première. Évidemment… ça reste un homme avec un caractère plutôt dominateur au lit.
— C’était horrible, murmuré-je avant de me reprendre. Enfin, je veux dire que l’ambiance, là-bas, avec Gaylord, c’était difficile. C’est un milieu excessif. Dans tous les domaines. On perd vite la tête quand on est mal entouré.
— C’est ce qui s’est passé ? Pour Gaylord ?
J’acquiesce incapable de m’étendre davantage sur le sujet.
Je n’étais pas présente à sa mort néanmoins j’en connais les raisons. Alors oui… « perdre la tête » prend un sens assez particulier pour moi. J’imagine que son état physique devait être plus que catastrophique. Sinon, on nous aurait laissé le voir et lui dire un dernier adieu.
— Gaylord était dans l’excès, avoué-je au bout d’un moment. Sur beaucoup de choses. L’alcool, la drogue, l’adrénaline, le sang… le sexe.
— Ça te plaisait, je me trompe ? me demande-t-elle avec gentillesse.
— J’étais jeune. Amoureuse, murmuré-je. L’amour rend aveugle… ce n’est pas qu’une phrase. J’ai beaucoup fermé les yeux. Une fois réveillée de mon cauchemar, Cassey avait deux ans et il ne savait même pas qui j’étais. Je me suis juré, à ce moment-là, de toujours être irréprochable. Et de rester très loin de l’Underground.
— Puis, t’as rencontré ce beau gosse et ta promesse a volé en éclats, sourit Leslie.
— J’ai rencontré Stan, oui, mais j’essaie de tenir la promesse que je me suis faite à vingt-cinq ans. Plus jamais je ne serai l’esclave d’un homme. Et ce n’est pas ce qu’il me demande donc… pour l’instant, c’est très bien. Il n’insiste pas, il a compris que l’Underground est un sujet très sensible.
— Il sait que c’est sensible et il traverse quand même tout Chicago pour venir « t’embrasser », rit-elle en imitant les guillemets.
J’arque un sourcil, surprise.
— T'étais pas censée être au téléphone, toi ?
— Le téléphone n’est que sur une oreille, m’avoue-t-elle. Debbie, ma cocotte, il n’est pas venu pour juste t’embrasser même si, je te l’accorde, tu donnes envie aux hommes.
— N’importe quoi !
— Tu sais que je dis vrai. D’ailleurs, il y a en un, au bar, qui ne cesse de te mater… Il essaie de se la jouer discret, avec sa casquette, planqué derrière son menu !
Je lui lance un petit regard agacé sans pour autant me retourner vers ledit homme.
— Pas du tout !
— Si, mais passons, coupe Leslie. Si ton chéri est venu te voir, c’est juste pour te prouver que… que tu peux lui faire confiance. Il sait ce que cette ligue représente pour toi. Je veux dire… est-ce que Gaylord aurait fait ça ? Pour toi ?
Je me passe une main nerveuse dans les cheveux. Si Gaylord aurait risqué d’être en retard ou de louper un combat pour moi ?
— Oui, si je lui avais demandé, dis-je. Il l’aurait fait, j’en suis certaine.
— Bien… et tu lui as demandé, à Stan ?
La petite moue que j’offre à Leslie lui paraît être une bonne réponse.
— Voilà… on est d’accord. Il est venu pour te prouver qu’il n’est pas comme ton ex. C’est tout.
Je me laisse tomber contre le dossier de ma chaise, l’esprit un peu ailleurs. Peut-être que Leslie a raison. Je dis bien peut-être. Même si je n’ai pas du tout l’impression que Stan soit le genre de mec à se comparer à l’ex de sa nana.
— Très bien, je pense que j’ai fini ma séance de psy. À présent, je souhaiterais dire au revoir au Dr Hartmann, pour terminer de boire mon verre avec ma copine Leslie. Est-ce possible ? demandé-je, d’une petite voix aiguë, alors qu’elle se met à rire.
— On peut parler de la lingerie que tu comptes revêtir tout à l’heure en rentrant. Après tout, il faut bien le chouchouter et lui faire plaisir à ton beau chasseur.
Je lève les yeux au ciel. C’est reparti pour un tour !
***
Il est tout juste vingt-trois heures lorsque je descends du taxi qui m’a ramenée chez moi. Je remonte l’avenue qui borde le parc, à seulement cent mètres de la maison.
Mon blazer fushia sur les épaules, mon sac à main sous le bras, j’envoie un message à Stan pour le rassurer :
#Je rentre. Tu penses être là vers quelle heure ?
#Dans une heure. Pourquoi ? Tu es pressée ? 😏
J’esquisse un sourire tout en continuant à avancer. Ça y est, il recommence avec ses émojis.
#Peut-être…
#Peut-être = oui ! 🤩🤩
#Alors, oui… je suis très pressée.
Je me pince les lèvres pour ne pas sourire.
Le nez collé sur mon portable, je tourne à l’angle de la rue, puis remonte les quelques mètres qui me séparent de mon portail. À tâtons, je cherche mes clefs dans la poche de ma veste quand je reçois un nouveau message de mon petit ami.
#Tiens-toi prête, trésor… y a des chances que je te saute dessus à peine passé le seuil de la porte !
#Je serai prête… 😇
Pour une fois, c’est moi qui lui envoie un petit émoticône.
Sa réponse arrive en deux secondes.
#😈🔞😈
Je me mets à rire, le vent s’infiltrant doucement dans mes cheveux. Je suis tellement concentrée sur Stan et ses émojis que je ne fais pas attention où je mets les pieds. J’ai à peine effleuré l’asphalte de la route du bout de mon escarpin, qu’un bruit de moteur rugit à mes oreilles, me faisant sursauter.
Par réflexe, je colle mon portable à ma poitrine, là où mon cœur bat plus vite qu’à son habitude. Devant mes yeux écarquillés, une vieille voiture, type berline, déboule sur la chaussée et me double à toute vitesse. Ses phares sont éteints, ce qui m’agace profondément ! D’autant plus lorsque je constate que j’ai le pied sur le passage piéton.
Je secoue la tête, tente de reprendre mes esprits. Les gens, de nos jours… Ils sont d’une telle impatience.
Je range mon portable dans mon sac, puis ouvre la porte d’entrée avant de la refermer derrière moi.
La première chose que je fais, c’est retirer mes chaussures, puis mon blaser, pour les ranger dans le vestibule, profitant de ce magnifique silence, rarement présent. Je me passe une main lasse dans les cheveux avant de me masser la nuque, mon regard croisant mon reflet dans le miroir ovale. Honnêtement, j’ai plutôt bonne mine pour une fin de semaine.
Je monte dans ma chambre pour me déshabiller afin de filer sous la douche, bien décidée à me faire toute belle pour mon homme. J’ai beau ne pas vouloir discuter de l’Underground et de ce qu’il s’y passe, je suis loin d’être stupide. Là-bas, les esprits s’échauffent vite. Les corps aussi. Pas besoin d’être un fighter pour rentrer à la maison avec l’envie de sauter sur tout ce qui bouge.
Je lance une petite musique douce, puis me glisse sous l’eau brûlante. La puissance des jets me fait un bien fou aux épaules et aux trapèzes. J’utilise une quantité déraisonnable de mon gel douche au jasmin. Cette odeur rend Stan fou. Entre ça et mon parfum à base de Jojoba, je sais qu’il pourrait me humer pendant des heures.
Lorsque je sors, je démêle ma longue chevelure du bout de mes doigts. J’ouvre mon tiroir à lingerie coquine, celle que je ne réserve que quand je suis sûre et certaine que Cassey n’est pas dans les parages. Il a peut-être dix ans, cependant avec ses terreurs nocturnes, je n’ai aucune envie de m’inviter dans sa chambre, à trois heures du matin, pour le rassurer, habillée comme une escort girl russe à 2 000 $ la nuit. Enfin… c’est une façon de parler. Je ne ressemble en rien à une escort girl.
Je glousse face à ma propre bêtise en cherchant la tenue parfaite. Je me comporte comme une gamine de vingt ans. Je me désespère parfois, mais c’est comme si Stan parvenait à… à me ramener dix ans en arrière pour que je puisse vivre une jeunesse insouciante.
J’enfile ensuite ma lingerie, une belle panoplie en satin qui se compose d’un porte-jarretelles, d’une paire de bas dont la couleur est identique à celle de mes jambes, ainsi que d’une petite culotte noire, toute simple, assez échancrée pour développer un peu plus l’imagination, déjà bien florissante, d’un homme. De mon homme.
Le pied droit sur le lit, je mets mes bas en place avant de faire de même avec le gauche, puis j’attache mon porte-jarretelles au creux de mes reins. Nullement besoin de soutien-gorge. S’il y a bien une partie de mon anatomie qui rend Stan ivre de désir, c’est ma poitrine. Et ce soir, j’ai bien envie qu’il le soit… ivre de désir.
Les lumières toujours éteintes, je redescends dans le salon pour récupérer mon blazer fushia. Je le revêts à même ma peau nue, faisant exprès de le laisser ouvert sur mes seins, à peine dissimulée par le tissu en coton. Je chausse aussi mes escarpins en cuir, histoire de me donner une meilleure allure et pars dans la cuisine me servir un peu de vin.
J’ai la main qui tremble lorsque je porte mon verre à ma bouche, sublimée d’un joli rouge brillant. Je suis nerveuse. C’est ridicule, je ne devrais pas l’être. Toutefois, la petite voix en moi n’arrête pas de me dire que je suis stupide. Que je ne devrais pas faire ça… me mettre en quatre pour un mec. Sauf que ce mec-là, le problème, c’est que je l’aime. Même si mes lèvres refusent de laisser ces trois petits mots s’échapper.
Face à la fenêtre, je bois une nouvelle gorgée de mon verre de vin, mon regard couleur noisette se baladant au-dehors, là où quelques voitures apparaissent, puis disparaissent sous la lumière blanchâtre des lampadaires.
Je m’apprête à tourner les talons pour remonter dans ma chambre afin d’y attendre Stan lorsque j’entends une clef s’introduire dans la porte d’entrée. Mon cœur s’arrête de battre le temps de quelques secondes. Un pas assuré, presque conquérant, gâche la tranquillité de la maison, ce qui me fait sourire. Oméga a gagné… c’est sûr et certain. Je le comprends rien qu’en sentant la présence de Stan derrière moi. Son aura est profonde, victorieuse. Insolente aussi. Comme celle d’un gamin triomphant qui dirait « merde » à tout le monde.
Le cœur lancé sur un rythme plus intensif que d’habitude, je repose mon verre sur le plan de travail, et jette un coup d’œil par-dessus mon épaule.
Automatiquement, je suis attiré par les grands yeux gris, presque noirs, de Stan. Il est épaulé au chambranle de la double porte en bois qui sépare la cuisine du hall d’entrée. Les bras croisés sur son torse, la tête inclinée, ses lèvres se retroussent en un petit sourire satisfait lorsque son regard quitte le mien pour se perdre le long de mon dos, habillé de mon blazer. Debout de l’autre côté du module central, il ne peut pas voir l’intégralité de ma tenue. Je suis certaine qu’il pense que je porte toujours ma robe noire sous ma veste. Douce erreur…
Quand je me retourne pour lui faire face et que je prends appui avec mes coudes sur le plan de travail, les reins cambrés contre le rebord du meuble, je sens les deux pans de mon blazer s’écarter sur ma peau, révélant ainsi le galbe interne de mes seins, mon sternum et mon ventre plat, abîmé de quelques vergetures. Si avant je les avais en horreur, aujourd’hui, j’ai appris à les tolérer. Les aimer, il ne faut pas abuser, mais les apprécier, ça, oui. Un peu.
— Waouh, lâche Stan avant de se mettre à rire nerveusement.
Ses dents maltraitent sa lèvre inférieure tandis qu’il se frotte le crâne du plat de la main.
— Je signe où pour revivre cette scène à l’infini ? veut-il savoir en se léchant les babines. Parce que je suis prêt à faire n’importe quoi, trésor, pour te retrouver tous les soirs dans cette tenue.
Les joues écarlates, j’esquisse un sourire, fière de ce résultat.
Je ne réponds pas, préférant laisser durer cet effet de surprise.
Stan avance de quelques pas vers moi au moment où je contourne le module de la cuisine afin de lui révéler mes longues jambes et le petit porte-jarretelles en satin que je porte. Sa réaction est presque immédiate. En particulier lorsqu’il voit mes escarpins et les pans de ma veste qui effleurent délicieusement mes tétons à chacun de mes gestes.
J’arrive à sa hauteur, mon nez touchant presque sa pomme d’Adam. Je me retrouve en quelques secondes bloquée entre ses bras et le rebord du module central. Son visage se fourre dans mes cheveux. Ses mains prennent la direction de ma petite culotte, là où elles se glissent entre l’élastique en satin et ma peau toute chaude, déjà frissonnante, pour m’empoigner les hanches.
— Je te plais comme ça ? murmuré-je, profitant de sa bouche qui embrasse chaque centimètre carré de ma gorge.
— Putain… t’es tellement belle, Debbie. Tu ressembles à…
— … à une escort girl russe ? terminé-je à sa place, un brin amusée.
Ma réflexion le fait rire. Sa voix est rauque, grave. Suave, aussi. J’adore. Ça me donne la chair de poule.
— Bébé, j’ai déjà eu des escort girls russes à mes côtés et crois-moi, elles n’étaient pas aussi classes que toi, me dit-il en m’attrapant la main pour lever un peu mon bras et ainsi, me scruter et m’observer à sa convenance. Ouais… c’est sûr et certain.
Je ne sais pas s’il s’agit d’un vrai compliment, mais venant de la part de Stanley Birmingham, je le prends comme tel.
— J’ai envie de toi, me glisse-t-il à l’oreille, ce qui me provoque un sourire. Terriblement envie de toi et de ta chaleur, trésor.
J’incline un peu plus la tête pour le laisser me goûter et m’embrasser à sa guise alors que, tout doucement, je glisse ma main sur son torse, bien trop musclé pour que je n’arrive à me contrôler. Je passe mes doigts sous son tee-shirt là où mes ongles griffent ses abdominaux, bien délimités par de petits sillons atones. Mon toucher le fait déjà haleter de plaisir. Sa respiration devient irrégulière, saccadée, et son souffle me brûle la peau en même temps qu’elle m’attise. En particulier lorsque sa langue remplace ses lèvres et qu’il dessine l’arrondi de ma clavicule, puis celui de ma poitrine, léchant avec précaution mon sternum ainsi que le galbe interne de mes seins sans pour autant écarter les pans de ma veste. À plusieurs reprises, il effleure mes tétons, ce qui me rend toute pantoise.
Entre ses bras, je me cambre un peu plus, si bien que je sens son visage faire pression sur mon sternum, entre mes seins. Je l’entends jurer de bonheur tandis que ses mains glissent entre mes reins pour se poser sur mes fesses, malgré la présence de mon blazer, qui m’arrive mi-cuisse.
Contre le mien, le corps de Stan est un vrai volcan. Il gronde, geint, prêt à entrer en éruption. La main droite enfoncée dans ses cheveux, je contourne l’élastique de son bas de survêtement de la gauche pour m’inviter entre son caleçon et sa peau là où mes doigts se logent dans sa toison, aussi brune que la couleur de ses cheveux.
Ce simple contact le fait sursauter. Puis, la seconde d’après, sa bouche capture la mienne en un baiser fougueux. Mes reins tapent contre le rebord du module, m’incitant à me cambrer davantage sous lui. Sa langue cherche et trouve la mienne avec une aisance déconcertante. Notre baiser devient sauvage. Comme deux éléments qui s’affrontent sans relâche, impossible de se côtoyer sans pour autant pouvoir s’éloigner. J’entrouvre un peu plus les lèvres, happant fiévreusement le moindre de ses souffles. Tout comme il en fait de même avec chacun de mes soupirs.
Je referme ma main sur son entrejambe, là où son érection lui déclenche déjà quelques sueurs chaudes. Contre ma paume, je le sens palpiter. Doux et dur à la fois, agréablement nervuré. Je passe la pulpe de mon pouce le long de son gland avant d’en caresser le pourtour, appuyant délicatement sur son frein, de quoi lui extorquer quelques grognements sonores contre ma bouche.
— Waouh… souris-je tout contre ses lèvres. Je signe où pour avoir le droit à une si belle monture tous les soirs ?
Mon sourire appelle le sien, bien plus arrogant.
— Mon corps est le contrat, bébé, et ton rouge à lèvres, le stylo, me souffle-t-il, ses grandes mains glissant enfin sous ma veste pour m’empoigner les fesses. Signe où tu veux… je suis tout à toi.
Je plonge mon regard dans le sien, troublé. Ses prunelles, obscurcies par le désir, me détaillent longuement, s’attardant sur mes pommettes et la fine ligne de taches de rousseur qui soulignent mes yeux de biche.
— On signe toujours un contrat au bas de la page, précisé-je en le caressant pour continuer à le faire grossir, bien que je pense qu’il soit déjà à son maximum.
— Ouais… en bas et au milieu, ajoute-t-il, son regard quittant mon visage pour descendre jusqu’à son entrejambe, là où ma paume, plongée sous ses couches de vêtements, s’active contre sa queue.
— C’est vrai.
D’humeur très badine, je retire ma main, provoquant un petit soupir de frustration chez Stan, très vite remplacé par une déglutition sonore lorsqu’il me voit mettre un genou à terre, puis le deuxième.
Je relève la tête vers lui tout en baissant son pantalon et son caleçon, libérant ainsi ce qui risque de devenir ma sucette pour les prochaines minutes.
— Putain… soupire-t-il d’une voix étrangement vibrante. Tu me tues, Debbie. Sérieux…
Du bout de ma langue, le regard toujours ancré dans le sien, je m’humecte les lèvres.
— Profite de cette petite mort, chéri, rappelé-je avant de poser ma bouche sur le bout de son gland.
Je ne lui laisse pas le temps de souffler.
J’arrondis ma bouche tout autour de lui, la langue parfaitement bien positionnée en coupe, sous son frein, pour augmenter son plaisir, puis je le prends tout entier, détendant du mieux que je peux ma gorge pour ne pas lui faire mal.
— Bordel de merde. Putain… grogne-t-il en plongeant par réflexe ses mains dans mes longs cheveux, légèrement ondulés.
Il appuie doucement contre mon crâne comme pour initier le mouvement, celui qui, je le sais, le rend dingue. C’est un tempo plutôt rapide où je m’amuse à contourner son gland du bout de ma langue avant de le libérer pour le lécher plantureusement de bas en haut.
— Ouais, trésor, comme ça… oh putain… gémit-il.
Je sens ses doigts se crisper dans mes cheveux, tout comme ses cuisses qui se contractent sous mes mains. Je continue mon petit jeu, assouplissant ma bouche pour lui donner l’impression de plonger au cœur d’une bulle de douceur.
— Ta langue est brûlante, Debbie, murmure-t-il d’une voix enrouée.
— Et ? questionné-je en me reculant l’espace d’un instant, ma main continuant le travail sur toute la longueur de sa queue, si tendue qu’elle commence déjà à pleurer de plaisir. C’est un problème ?
— Non…
Je plante un petit baiser sur son gland, puis le reprends afin de le sucer avec rapidité, mais douceur. Je creuse mes joues pour augmenter la pression, laissant ma langue glisser le long de sa hampe, au rythme de son sexe qui entre et sort de ma bouche sans la moindre résistance.
Je déglutis, comprimant sa queue entre ma langue et mon palais. J’ai à peine le temps de sentir une petite vibration sur mes lèvres, que Stan me fait lâcher prise, tirant sur mes cheveux pour me redresser tout contre lui, là où ma bouche percute de nouveau la sienne. Il m’embrasse comme un démon. Pire que ça, même. Comme un taulard privé de chaleur féminine depuis trop d’années. Sa langue fouille ma bouche, sa main droite comprime mon sein, son pouce roulant sur mon téton, tandis que de son autre main, il m’agrippe la nuque afin de prolonger notre baiser, celui qui me fait soupirer de béatitude.
— Putain… mon goût sur tes lèvres, ça me rend dingue, m’avoue-t-il.
— Moi, c’est toi qui me rends dingue, Stan.
La seconde d’après, il glisse son bras sous mes jambes pour me porter tout contre lui à la manière d’un prince charmant emmenant sa princesse dans la plus haute tour du château. Sauf que je n’ai pas l’impression d'être une princesse. Et Stan n’a rien d’un preux chevalier. Au contraire. Avec ses cheveux en bataille, ses yeux brillants et ses lèvres humides de ma salive, sans parler de son érection, de sa peau brûlante, déjà en sueur, ou de la veine de son front qui palpite furieusement, Stanley Birmingham a plus de chances d’obtenir le rôle d’un bad boy dans une série pour midinettes que celui de gentleman dans un Disney.
— À mon tour, ma belle, me dit-il en poussant la porte de ma chambre.
Il me dépose au milieu de la pièce, tout près du lit, où, face à moi, les yeux dans les yeux, ses mains s’invitent sur mon ventre. Il défait les attaches de mon porte-jarretelles, puis, sans le retirer, glisse ses doigts sous l’élastique de ma petite culotte pour la rouler le long de mes jambes. Il se met ensuite à genoux.
Son souffle chaud, rugueux, un poil tremblant aussi, effleure mon entrejambe, là où une simple ligne de poils bruns habille mon mont de Vénus. Malgré la présence de mon porte-jarretelles en satin, ou de mon blazer sur le dos, je n’en reste pas moins exposée. Exposée à son regard, à son souffle, à sa bouche. À lui, tout simplement.
Un agréable courant électrique me remonte l’échine pour se répercuter dans mes cervicales, puis dans mes mains, en passant par ma cage thoracique, mes seins et mes oreilles, lorsque Stan attrape les manches de ma veste pour me l’enlever.
La fraîcheur du coton me fait du bien et cela malgré le réel supplice de sentir cette friction sur mon corps. Au stade où je me trouve, seule la peau de Stan contre la mienne, pourrait, éventuellement, ralentir ma combustion de quelques précieuses secondes avant de la relancer de plus belle.
Son pouce frôle ma ligne de poils avant d’effleurer mes petites lèvres, déjà humides de ma moiteur. Sa pulpe passe avec précaution sur mon clitoris me faisant sautiller de plaisir, ainsi que sur toute ma fente, sans pour autant s’y inviter.
Je penche la tête sur le côté, les genoux aussitôt instables. Par réflexe, je sens mon bassin se déhancher vers la droite, comme pour échapper à ce geste. Mais Stan pose sa main contre ma taille pour me ramener dans l’axe.
— Doucement, ma belle, me rassure-t-il de sa voix étrangement calme et paisible alors que, moi, je me consume sur place. Je sais ce que je fais, d’accord ? Fais-moi confiance.
Je hoche mécaniquement la tête. Je sais qu’il sait… je sais qu’il sait que je n’aime pas être doigté. Même avec lui. Ma dernière expérience en la matière m’a plus que traumatisée.
— Laisse-moi m’occuper de toi… me susurre-t-il en posant un doux baiser sur ma cuisse droite, puis sur la gauche. Laisse-moi te lécher. S’il te plaît…
— Mmh mmh, oui.
Ma voix n’est qu’un grésillement. Court et aigu. J’ai à peine donné mon autorisation que Stan attrape ma cuisse gauche, la fait passer sur son épaule, puis se penche tout contre mon sexe là où sa langue mutine me lèche lentement. Au début superficiel, il s’invite entre mes replis les plus intimes dès lors que mon corps, à savoir mon bassin qui ondule contre son visage ou mes ongles qui transpercent son crâne, lui en donne un accès plus privé.
Il me lèche avec une certaine témérité, le genre qui fait naître le long de ma nuque et de mes clavicules quelques gouttelettes de sueur.
— Oh… gémis-je, en feu, terrassée par sa langue qui me pénètre avec tendresse. Stan, chéri… c’est…
— Bon ?
Il dépose quelques baisers le long de mon sexe, puis au creux de mes hanches.
— Terriblement bon, avoué-je, la gorge serrée de plaisir.
Il m’accorde un dernier coup de langue. Juste sur mon clitoris, gonflé et très sensible. Puis, il se remet debout, retirant son tee-shirt ainsi que le reste de ses vêtements. Je me sens toute pantelante. Pantelante et brûlante. Molle, mais nerveuse, aussi.
Les yeux mi-clos, je laisse Stan m’embrasser sur la bouche tandis que ses mains chassent mon porte-jarretelles. Il roule mes bas sur mes jambes, puis m’attrape les hanches avec une autorité très masculine pour me basculer sur le lit. Il me rejoint, me faisant grimper sur lui à la manière d’une cavalière sur son étalon.
— T’as signé pour que je sois ton taureau, non ? me lance-t-il, amusé, en s’adossant avec nonchalance à la tête de lit. Alors…
Ses mains s’invitent sous mes fesses pour m’amener contre son bassin, là où sa queue se love entre mes petites lèvres, toutes guillerettes à l’idée de s’écarter pour sa simple présence.
— Maintenant, j’ai besoin d’une jolie petite cowgirl pour me grimper dessus et me mater.
Je me mets à rire, mes longues mèches venant se coller à la sueur de mon dos. Ce mec est incroyable.
Ses mains quittent mes fesses pour se loger au creux de mes reins. Il me surélève légèrement afin de s’enfoncer entre mes chairs. La tête rejetée en arrière, les yeux fermés, j’inspire par la bouche à mesure qu’il m’emplit complètement. La petite douleur que je ressens aux tétons me fait pencher la tête. Mon regard tombe sur les dents de Stan, occupées à mordiller mes seins. Je ne suis pas étonnée de savoir que la position cowgirl est l’une de ses préférées.
Je geins d’une voix douce, mon bassin ondulant sur le sien. Mes parois massent consciencieusement sa queue. À chaque nouveau va-et-vient que j’engage, j’entends Stan grogner un peu plus contre ma poitrine, sa langue toujours occupée à me lécher les tétons.
— Oh oui, trésor, vas-y… m’excite-t-il en m’empoignant pour m’aider à tenir un rythme plus dynamique, plus engageant.
Son gland tape au fond de mon vagin de quoi m’arracher quelques longs gémissements.
Je suis en sueur. Tout comme lui. Mes cuisses glissent sur ses hanches et quelques gouttelettes de sueur s’échappent du creux de sa gorge pour slalomer sur son torse, là où une fine toison recouvre l’ensemble de ses pectoraux. Je m’accroche à ses clavicules pour me donner de l’élan. La friction de nos deux pubis, l’un contre l’autre, est si plaisante, si agréable que je me penche un tout petit peu vers l’avant pour accentuer le plaisir avec mon clitoris.
La bouche de Stan est toujours rivée sur mes seins. Encore plus dans cette position.
Lorsque je me redresse sur lui, l’obligeant à s’allonger dans le lit, je ramène mes jambes sur lui et pose mes pieds sur ses épaules.
Perdues dans l’obscurité de la chambre, avec seulement la petite lampe allumée sur ma commode, nos ombres s’étirent sur le mur qui me fait face. Quelques rayons lunaires se faufilent à travers mes fins rideaux pour venir éclairer certaines parties de nos corps. À commencer par ses yeux… deux boules de feu que le néant consume lentement. Un autre vient effleurer ses abdominaux, saillants et gorgés de sang, recouverts d’une fine pellicule de sueur. J’écarte les genoux, et passe ma main droite entre mes jambes pour la poser sur son ventre et me permettre un meilleur appui pour augmenter le rythme de mon bassin roulant d’avant en arrière sur le sien.
— T’es… époustouflante, trésor, murmure-t-il.
Il pousse un peu plus sur mes genoux afin d’avoir une vue plongeante sur mon corps, complètement nu. Sur ma poitrine qui bouge aussi au rythme de mes assauts. Sur mon sexe, à peine éclairé par un faisceau de la Lune, là où sa queue sort et rentre prestement.
— Elle te plaît ta petite cowgirl ? demandé-je d’un sourire coquin alors que je resserre les cuisses pour maintenir la pression de mon sexe sur le sien.
— Beaucoup trop pour ma santé mentale, me répond-il, extatique, tout en roulant des yeux.
Je me penche pour capturer sa bouche. Mes lèvres attrapent les siennes en un baiser des plus suaves. Je me redresse ensuite, prête pour la seconde partie, avant de me retirer pour l’enjamber de nouveau à la façon d’une amazone, mais dos à lui, cette fois-ci.
— Putain, Debbie, tu vas me tuer, sérieux ! Après tes seins, c’est ton cul que je préfère, soupire-t-il avec la gorge que je devine plus que serrée.
Ses mains fébriles se positionnent comme par réflexe sur mes fesses pour les empoigner avec fièvre. Je titille son gland avec mon clitoris, de quoi le rendre encore plus haletant, puis je me laisse retomber brusquement sur lui, aspirant ainsi son sexe tout au fond du mien, de quoi me faire, à mon tour, soupirer d’aise. Putain.
— Attention, trésor, avec tes soixante kilos de princesse, là, me dit-il taquin, en me maintenant un peu par les hanches. Le moindre faux mouvement de ta part, et je me retrouve avec un glaive à la place de ma claymore !
J’arque un sourcil, lui adressant un regard hautain par-dessus mon épaule. Ma sueur dégouline par petites gouttelettes le long de mes omoplates.
— T’es sérieux ? Une claymore, carrément ?
— Carrément, me confirme-t-il en hochant la tête, le regard toujours aussi embué de désir, sans parler de ses lèvres, rougies de m’avoir trop embrassée, trop mordillée. T’es pas d’accord avec ça ? Tu sens cette beauté fatale ?
Il soulève son bassin pour me pénétrer longuement avant de ressortir aussitôt de mon antre. J’ai le cœur au bord des lèvres de le sentir malaxer mes parois. J’ai l’impression d’être en feu, qu’un incendie brûle entre mes reins, lorsqu’il pousse de nouveau pour plonger en moi.
— C’est vrai qu’elle est… (Je bouge un peu des fesses pour revenir à sa rencontre et me laisser glisser tout autour de lui)... très intéressante d’un point de vue féminin, avoué-je, badine. Et d’une taille qui convient bien à mes mensurations.
— Ça, bébé, c’est parce qu’on est clairement sexuellement compatibles.
— Que sexuellement ? osé-je demander en mordillant ma lèvre inférieure.
— Non… et tu le sais très bien ! me lance-t-il en arquant un sourcil. Allez, Miss Briant, en selle… (Il me tire brusquement vers lui, sa queue venant se loger sans difficulté en mon sein.)... Prête pour un petit rodéo ?
J’ai à peine le temps d'acquiescer que je le sens se déhancher sous moi en une allure effrénée. Je me demande si je dois crier Yiii haaa… Peut-être. Le jeu s’y prête, car j’ai carrément l’impression de faire du rodéo !
À la place, c’est son prénom que je gémis, encore et encore, à mesure que mon bassin ondule sur lui pour venir à la rencontre de sa queue.
C’est tellement bon que je vois flou. Toutes mes articulations sont en surchauffe. Les siennes aussi. Je le sens à ses mains qui s’enfoncent dans ma chair, à son sexe qui se fait plus pressant en moi, à son souffle irrégulier, mécanique, à sa bouche qui émet des sons proches de ceux d’un ours des cavernes.
Je prends appui sur ses genoux pour supporter un peu mon poids, et me penche en avant, là où mon clitoris vient frotter sur ses testicules. Mes poils bruns se perdent contre les siens. Je l'entends soupirer, supplier presque. Sa main droite se loge sur ma croupe tandis que la gauche empaume ma fesse, son pouce effleurant mon sillon interfessier à chacun de mes ondoiements.
— J’espère que t’apprécies la vue, murmuré-je en lui lançant à nouveau un petit regard par-dessus mon épaule.
— Je ne vois pas comment je pourrais ne pas apprécier, bébé… Voir ta petite chatte qui me baise la queue, ton dos se creuser et ton petit cul onduler, là… je… bordel… je crois que je vais jouir, trésor.
— Moi aussi, murmuré-je alors qu’un petit coup de jus remonte le long de ma colonne vertébrale.
L’air commence à me manquer. La tête rejetée en arrière, un bruit sourd dans les oreilles, je laisse la grande vague de l’orgasme dévaler en moi pour tout emporter à l’image d’un tsunami sur la rive.
Je n’arrive même plus à bouger, terrassée par le plaisir.
Sous moi, Stan a pris la relève. Cramponné à mes fesses, il abat mon bassin avec puissance sur le sien, accélérant ainsi les mouvements de friction entre nos deux corps.
— C’est ça, ma belle… jouis pour moi. Putain… t’es tellement douce, tellement trempée. Bordel, j’adore.
Une multitude d’étoiles explose devant mes yeux et, en un petit cri aigu, je laisse la vague m’emmener loin du rivage. Très loin. Genre… à l’autre bout du monde. Je ferme les yeux, et laisse enfin toute cette satanée pression s’évacuer, celle que je me mets sur les épaules depuis dix putains d’années !
Là, avec Stan qui continue de me marteler avec force et rudesse, par derrière, comme si j’étais, à mon tour, la jument à débourrer et lui, le cowboy texan ultra canon, je sens mes articulations céder sous mon poids. Je suis en transe. Je me frotte à lui comme une pute occupée à faire une lap dance et Dieu sait que je parle en connaissance de cause. Sauf que… comment dire… je… je suis moi. La vraie moi. Pas celle que je m’oblige à être depuis toutes ces années, ni celle que je voulais absolument être à vingt ans.
Avec Stan, dans ces moments intimes, purement intimes j’entends, je n’ai pas peur d’être jugée. Parce que je connais ses goûts, ses expériences, son histoire de vie. Je sais que pour le choquer ou le dégoûter, il faut que j’aille vraiment très loin. Et ma limite la plus ultime doit atteindre son premier pallier d’objection. Pas même d’interdit, non, juste d’objection. Alors que moi, je serais déjà en mode « tu oublies tout de suite ! ».
Soudainement épuisée, je ralentis la cadence, me délectant de toute cette endorphine créée par mon corps en furie. Stan se libère en moi, sa main droite toujours rivée à mes hanches, tandis que la gauche tire sur mes cheveux pour me cambrer un peu plus.
— Oh Seigneur, mon Dieu… putain ! geint-il en me donnant un dernier petit coup de bassin avant de se retirer de moi.
Je me laisse aussitôt tomber sur le côté, tout près de lui. Il reste étendu sur le dos, les cheveux tellement trempés de sueur qu’ils forment de petites boucles sur ses tempes.
— Évite d’invoquer le Seigneur après ça, s’il te plaît, ris-je. C’est… gênant.
— Jésus a dit « aimez vous les uns les autres ». C’est ce que je fais, me répond-il avant de me lancer un regard amusé.
Allongée sur le ventre, je lève les yeux au ciel avant de les fermer et de croiser mes bras sous mon oreiller, déjà prête à dormir, comme après chacune de nos baises les plus intenses. Plus le sexe est bon, plus l’orgasme est fort, et plus je m’endors vite !
— J’adore quand t’es comme ça, me murmure Stan en tendant sa main pour venir me caresser le dos.
— Comment ? Sur le point de somnoler ? souris-je sans pour autant ouvrir les yeux.
— Non… libérée.
J’ouvre les yeux pour croiser son regard, franc et honnête
— Tu veux dire quand je fais la tigresse ?
— Exactement.
Je souris doucement, presque avec tristesse, puis referme les yeux, enfonçant ma pommette dans l’oreiller.
— Si j’étais libérée au quotidien, tu n’apprécierais pas autant mon côté tigresse au lit. Parce qu’il serait justement noyé avec tout le reste.
— Pas certain de ça.
— Moi, j’en suis certaine.
Parce que j’ai déjà essayé d’être tout le temps en mode tigresse… en mode lionne, même, pensé-je, une pointe au cœur.
— Bonne nuit, Debbie, me souffle Stan en remontant les draps brûlants et humides de notre transpiration sur l’arrondi de mes fesses.
— Stan ? appelé-je juste avant de sombrer dans les bras de Morphée. Je suis heureuse que tu sois là. Avec moi. Surtout pour un vendredi soir.
— Je suis prêt à rentrer tous les autres soirs, aussi, m’avoue-t-il. Vendredi et samedi compris. Tu veux ?
Je continue de sourire sans lui répondre. Je n’en ai plus la force. Je ne peux que hocher la tête, ce qui, si j’en crois sa bouche qui s’arrondit en un doux baiser dans ma nuque, paraît amplement lui suffire.
***
Le lendemain, il est à peine dix heures lorsque j’émerge de mon sommeil.
La lueur matinale qui passe à travers les rideaux de ma chambre tapisse mes murs beiges d’une jolie couleur orangée. Je m’étire sous les draps, le corps courbaturé de mon dernier rodéo avec mon cowboy préféré.
À mes côtés, étendu sur le dos, le bras replié sur le visage, Stan dort paisiblement. Sa respiration est lente. Sa cage thoracique s’expand en rythme avec son petit ronflement qui me fait l’appeler Baloo lorsque je décide de le taquiner.
Mon cours de fitness n’est que dans une heure, ce qui me laisse un peu de temps.
Pour ne pas réveiller mon petit ami, je me glisse doucement hors du lit et attrape mon kimono en soie noir pour l’enfiler à la va-vite avant de m’attacher les cheveux en une queue-de-cheval. Dans le miroir, je constate que mon mascara forme des petits paquets sous mes yeux – encore pétillants de cette nuit – alors que mon rouge à lèvres a un peu séché.
Un regard sur le torse nu de Stan me remémore nos préliminaires. Je devrais peut-être le prendre en photo, tiens. Histoire de lui rappeler qu’il est le contrat que j’ai intentionnellement signé.
Je souris, puis quitte la chambre sur la pointe des pieds, direction la cuisine.
Je me fais couler un grand latte avant d'allumer machinalement la télévision.
Tout en touillant mon café, je sors sur le perron de la maison, le visage tourné vers ce doux soleil du matin. Je me penche pour ramasser le courrier et le journal du jour. Je retourne déposer toute cette paperasse sur la table avant de préparer le petit déjeuner pour Stan, histoire qu’il soit en forme pour sa journée avec Parker et le reste de l’équipe.
Les fesses posées sur l’un des hauts tabourets, je retire les toasts du grille-pain pour les tartiner lorsque mon regard est attiré par une grande
enveloppe kraft, coincée sous le 1 Chicago Tribune. Je penche la tête sur le côté, intriguée.
— C’est quoi ça, encore ? marmonné-je.
J’attrape ladite enveloppe, prête à y trouver, encore une fois, de la publicité pour un nouveau shampoing miracle ou un aspirateur hors de prix, mais non. Pas du tout. Il n’y a aucune adresse… aucun expéditeur non plus. Ce qui est d’autant plus étrange.
Il y a juste mon nom. Mon nom en entier – Déborah BRIANT – écrit au marqueur noir, et souligné à deux reprises.
D’un coup, c’est comme si on avait débranché un câble électrique, quelque part dans mon corps. Je fronce les sourcils et, d’une main tremblante, j’ouvre cette drôle d’enveloppe plutôt épaisse, pour en sortir son contenu.
Ce que j’y vois me fait pousser un petit cri d’horreur.
Les mains plaquées sur la bouche, les joues écarlates et les yeux instantanément embués de larmes, je regarde la page d’un vieux journal datant du jour où ma vie a basculé… Je n’arrive pas à y croire. De mes doigts hésitants, je récupère cette fameuse Une, celle qui mentionne le décès prématuré d’un champion de free-fight. Gaylord…
Le message de couleur rouge qui s’y trouve termine de me glacer le sang : « Rappelle-toi ».
Comme si le papier m’avait brûlée, je le relâche sur la table, là où je me rends compte qu’une dizaine de photos s'accumulent sur l’enveloppe. Ce sont toutes des photos de moi. Des photos de moi avec Gaylord. On me voit avec ma fameuse robe rouge. Les cheveux au vent, un beau sourire sur le visage. Je suis en train d’embrasser Gaylord, lui sur le ring, et moi de l’autre côté, les mains enfoncées dans ses cheveux. Il y a aussi des clichés où on est tous les deux dans un parc, dans notre maison – cette maison où je me trouve en ce moment même ! – des clichés chez ses parents, dans sa chambre, des photographies… où… où on est en train de faire l’amour. Et bordel, je les connais très bien ces dernières, car elles étaient toutes, sans exception, sur son putain de téléphone portable.
Le cœur au bord de l’explosion, les intestins noués, et la gorge serrée comme jamais, je regarde de nouveau les photos, une à une, avant de m’attarder sur la coupure du journal.
— Hier soir, lors d’un redoutable combat de free-fight, le jeune prodige Gaylord Lincoln – alias le Lord Rouge – est décédé à la suite d’un coup interdit, lis-je d’une voix tremblante. En effet, son rival, un dénommé Black Mask lui aurait porté un coup fatal alors que l’arbitre venait de sonner le temps mort…
J’arrête de lire.
Je ne vois presque rien. Je n’arrive même plus à discerner l’article tant je pleure.
La tête enfoncée dans mes paumes, je peine à retrouver ma respiration. Mon cerveau tourne à mille allures. Je ne comprends pas… Qui m'envoie ça ? Qui peut m’expédier ça ? À quoi ça sert, d’ailleurs ? À part remuer le passé et me faire du mal ?
Mes mains tremblent tellement que je serre les poings sur les photos, froissant les images au passage avant de les enfouir au fond de l’enveloppe d’un geste rageur. Qui que ce soit, ce n’est clairement pas drôle !
Comment cette personne a eu accès à son téléphone ? Comment ?!
Je me masse la poitrine. J’ai de plus en plus de mal à respirer. Qui a récupéré ses affaires après le… après ce qui s’est passé ? Je n’arrive plus à me souvenir… Coleen ? Non… elle m’aurait tout rendu. Son coach, Rudy ? Non plus.
— Putain ! m’exclamé-je en relevant brusquement la tête. Connor…
Il n’y a que lui qui a pu avoir accès à ça. Il a dû reprendre son portable et… et maintenant qu’Oméga et sa meute sont réapparus sur son territoire, il a décidé de me faire chier ! Encore et toujours.
Je ne vois que ça. C’est forcément lui ! Quel connard !
Rappelle-toi… COMMENT VEUT-IL QUE J’OUBLIE ÇA ?!
Putain… pourquoi est-ce qu’il me fait ça ? Je n’en reviens pas qu’il soit aussi pourri pour me remémorer ça. On parle bien du gars qui a kidnappé son propre fils, puis a réitéré l’expérience avec sa petite sœur, six mois après. Plus ravagé que lui, je ne connais pas.
Mais il est hors de question que je laisse ce trou du cul m’emmerder. Qu’est-ce qu’il croit ? Que ces photos vont me faire peur ? Je n’en ai rien à foutre. C’est le passé, en l'occurrence mon passé. Pas le sien.
Folle de rage, je me lève du tabouret et enfonce l’enveloppe dans l’un des tiroirs du vaisselier, là où personne ne vient fouiner en attendant de m’en débarrasser.
Je m’essuie le visage de mes doigts ankylosés, chassant ainsi mes larmes. Je m’oblige à inspirer par le nez, à souffler par la bouche pour retrouver une certaine maîtrise de moi-même avant que Stan ne descende. Je ne veux surtout pas le mêler à ça. Personne, d’ailleurs. Cette histoire, c’est entre Connor et moi. C’est tout.
Remontée comme pas permis contre lui, j’attrape mon téléphone portable et fais défiler mes contacts. Cette fois-ci, je jure sur ma tête que je ne me laisserai pas faire. Il désire la guerre ? Très bien. Il ne gagnera pas. Je vais mettre les points sur les « i » avec lui et ensuite, je ne veux plus jamais en entendre parler. Plus jamais.
1. Principal quotidien de la ville de Chicago et de la région du
Midwest des États-Unis.↩
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