Underground T4 : Verity

Emilia Robinst · Chapitre 12 sur 62

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Underground T4 : Verity

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Chapitre 9

 

 

Coleen

 

Dix ans plus tôt…

Novembre 2009.

— Gabe, tu devrais déjà être parti ! dis-je à mon petit frère en arrivant dans le salon.

D’un coup d’œil dans le miroir, je vérifie que mon uniforme est impeccable. Je rentre un peu plus ma chemise blanche dans ma jupe avant d’enfiler mes chaussures en cuir. OK… c’est carrément une tenue de bourge, Connor a raison, mais je ne peux pas envoyer chier le règlement de ce lycée de riches qui m’a acceptée avec une bourse. Grâce à eux, je vais pouvoir aller à l’Université tout en continuant à boxer. Puis, dans quelques années, à moi le Mondial ! C’est mon objectif. Après, cap sur les JO.

— Mon bus est dans sept minutes, j’ai le temps, par contre, toi… c’est pas le cas, relève mon petit frère en attrapant son déjeuner pour le fourrer dans son sac à dos.

Je sais, je suis dans la merde.

— Dépêche-toi, sinon, tu vas le louper ! ordonné-je avant de monter les marches de l’escalier, deux par deux.

Je suis tellement pressée que je me mets à courir dans le couloir, essayant quand même de ne pas réveiller Cassey qui dort dans la chambre d’amis, juste à côté de la mienne.

— Gaylord, s’il te plaît, ouvre ! appelé-je en tambourinant sur la dernière porte.

J’attends à peine dix secondes que mon grand frère se matérialise devant moi. Il a la gueule dans le cul. Ses cheveux cuivrés sont emmêlés comme pas permis, ses yeux sont un peu injectés de sang et sa peau, plutôt blanche, est toute transpirante. Sa respiration, courte et saccadée, m’indique que je viens de le déranger… encore plus lorsque je constate qu’il est torse nu avec un bas de survêtement enfilé à l’envers. En arrière-plan, Debbie est assise sur son lit, les genoux pliés, les draps remontés jusqu’à sa poitrine. Ses cheveux sont en bataille et, un sourire au coin des lèvres, elle me fait un petit signe de la main pour me saluer.

Plus que gênée de la situation – ils étaient clairement pas en train de dormir – je baisse les yeux vers le parquet, n’osant pas soutenir son regard.

— Désolée, je… je ne voulais pas te déranger.

— Qu’est-ce qu’il se passe ? me demande-t-il d’un ton doux, le genre qu’il ne réserve qu’à moi, Maman ou bien Debbie.

Sa voix me rassure. Au moins, je sais qu’il ne m’enverra pas chier comme Connor.

— J’ai besoin que tu m’emmènes au lycée. J’ai merdé sur mon planning, expliqué-je en me dandinant.

Épaulé au chambranle de la porte, il glisse une main dans ses cheveux pour les ramener vers l’arrière.

— Dans combien de temps tu dois y être ?

— Dans quinze minutes…

Il m’adresse un sourire amusé après avoir levé les yeux au ciel. Je sais que ça le fait chier seulement… pas le choix, là.

— J’ai demandé à Connor avant de te déranger, je sais que tu es rentré tard de soirée, mais je… euh… il est occupé, marmonné-je une nouvelle fois.

— Ouais, occupé à foutre la merde sans doute, gronde-t-il avant de reculer dans sa chambre pour attraper un tee-shirt et ses clefs. Deb’, je fais l’aller-retour. Je reviens.

Elle acquiesce de la tête tandis que Gaylord me signale de l’attendre à la voiture ce que je m’empresse de faire. Heureusement qu’il est là quand même. La plupart du temps, je ne sais pas comment je ferais sans mon grand frère.

En redescendant dans le salon, je constate que Gabe est parti. Parfait, au moins un qui ne sera pas en retard en classe.

Je récupère mon sac à dos, puis je m’installe sur le siège arrière du pick-up de Gaylord. Il arrive deux minutes après. Son bas de survêtement est toujours à l’envers et sa main droite est refermée sur l’épaule de mon autre grand frère. Aïe.

— Monte et discute pas ! dit-il en lui ouvrant la porte côté passager.

Le temps que Gaylord s’installe au volant, Connor me lance un regard plus que noir.

— Quoi ? J’ai jamais demandé à ce que tu viennes, chuchoté-je.

Ni Connor ni moi n’osons piper mot.

On sait tous les deux qu’énerver le Lord Rouge, un vendredi ou un samedi, jours de combat dans l’Underground, n’est pas du tout une bonne idée. Surtout pour Connor. Ils se sont déjà bagarrés devant moi. C’est pas beau à voir.

Dans la voiture, l’ambiance est tellement lourde entre mes aînés que je glisse mes écouteurs dans mes oreilles. J’ai à peine le temps de les enfoncer que je vois leurs têtes bouger.

Je n’allume pas ma musique, profitant de cette feinte pour les écouter parler. Cette stratégie fonctionne plutôt bien depuis mes treize ans. Il faut juste dodeliner tout en regardant par la vitre, comme si on était happée par notre chanson.

— T’avais quoi de mieux à faire que d'emmener ta petite sœur au lycée, hein ? grogne Gaylord alors que je m’oblige à ne pas pincer mes lèvres de culpabilité.

— La même chose que toi, j’imagine !

— Tu te crois drôle ? Sérieux ?

— Peut-être, lâche Connor en détournant la tête.

— Je vais pas te laisser flinguer ta vie, Connor, je te préviens ! continue Gaylord.

— Trop tard…

— EH ! s’emporte-t-il en lâchant le volant pour filer une droite dans l’épaule de notre frère. Ce petit ton d’incompris de mes couilles, tu le gardes pour les parents, OK ! T’as fait de la merde, l’année dernière, t’as payé tes conneries, maintenant, tu te reprends en main ! Je plaisante pas ! Et ça va commencer par ton attitude !

— QUOI MON ATTITUDE ?! s’énerve Connor.

Je déglutis difficilement ma salive. Je m'autorise à jeter un coup d'œil vers eux. Gaylord, les paumes fixées sur le volant, regarde à peine Connor qui, lui, semble habité par un démon.

À cause des embouteillages, les immeubles de Chicago défilent lentement derrière les vitres. De quoi leur donner encore plus de temps pour s’engueuler.

— Tu t’es pris pour Papa ? réplique Connor, en colère, tandis que Gaylord s’arrête quelques secondes à un « stop » pour laisser traverser des gosses sur le passage piéton. Tu me casses les couilles, Gaylord ! VRAIMENT. Si tu veux que je change, va falloir que t’arrêtes de me voir avec une étiquette de délinquant sur le front.

— J’aurais pas à le faire si t’avais pas vendu cette putain de drogue à des mineurs ! Sérieusement, Connor, tu te rends compte de ça ?

— Tu te fous de moi ? T’en prends jamais de la coke, toi, par hasard ? Hein ?!

— Mais j’en vends pas ! s’exclame Gaylord, d’une voix grave. Encore moins à des gosses qui ont l’âge de Coleen ou de Gabe ! T’es taré, Connor. Je vais pas te le répéter cent fois, t’as intérêt à te reprendre en main, c’est clair ?!

— Attends, je…

— FERME-LA !

Gaylord hurle à son tour. Et ça n’a rien en commun avec les éclats de voix de Connor.

— TU LA FERMES, CONNOR ! Ne crois pas que monter sur le ring de l’Under, demain soir, fera de toi un homme, bordel !

Mon coeur se serre. Mes mains tremblent. Je déteste voir mes frères s’engueuler.

— Tu m’as inscrit, je te rappelle, marmonne Connor.

C’est vrai ?

— Ouais… on va dire ça comme ça. Alors, ne me fais pas regretter ma décision, prévient Gaylord en immobilisant son pick-up devant un énorme édifice en pierres blanches.

Il signale à Connor de se taire avant de se tourner vers moi. Il tire doucement sur le fil de mes écouteurs pour les retirer de mes oreilles.

— On est arrivés, princesse.

Je m’humecte les lèvres, hoche la tête et range mes affaires dans mon sac. Inutile de lui faire croire que je n’ai pas entendu… il sait. Je le vois dans ses yeux.

— Merci, murmuré-je en m’extirpant de la voiture.

Je m’apprête à courir jusqu’au hall d’entrée pour ne pas être trop en retard, et m’éloigner de cette ambiance pesante, lorsque mon prénom résonne derrière moi.

— Oui ? réponds-je en me rapprochant de Gaylord, toujours assis dans la voiture, la fenêtre grande ouverte.

— Qui vient te chercher ce soir après la boxe ?

— Euh… je…

— C’est bon… Je m’en occupe, intervient Connor, d’une voix résignée, avant de se tourner vers moi. Je vais m’entraîner à la salle de musculation, au rez-de-chaussée. J'attendrai que tu termines.

— Parfait, poursuit Gaylord.

Je hoche une nouvelle fois de la tête, puis adresse un grand sourire à mes frères.

— Merci. À tous les deux.

— Allez, file, tu vas être en retard, me dit Gaylord. Coleen ?

— Quoi ? dis-je, soudainement inquiète.

— C’est moi ou ce mec est en train de t’attendre ? me lance-t-il, un sourcil si arqué sur son front qu’il disparaît sous ses boucles cuivrées.

Par réflexe, Connor se penche vers l’avant pour regarder par-dessus mon épaule.

— Je dirais même qu’il matte son cul.

Ils s’échangent tous les deux une œillade complice, chargé de sous-entendus. Je vérifie par-dessus mon épaule là où Brighton Cooper est planté comme un imbécile sur la plus haute marche de l'escalier en pierre.

— C’est mon binôme en anglais, on a un exposé à rendre pour la semaine prochaine, précisé-je, un sourire en coin. C’est un intello qui ne fait pas de sport. Genre… aucun. Donc s’il essaye de me coincer dans les toilettes pour me tripoter, je devrais pouvoir le gérer facilement.

Pour appuyer mes paroles, j’envoie une petite droite dans l’épaule de Gaylord. Mon coup résonne comme une pointe d’arrogance dans la voiture.

— Moi aussi, je boxe, rappelé-je. N'oubliez pas ça, hein. À ce soir.

Je leur adresse un signe de la main alors qu’ils ont l’air, tous les deux, aussi aimables que des portes de prison. Et à ce niveau-là, Connor en sait quelque chose.

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