Underground T4 : Verity
ch028
Chapitre 28
Coleen
Hillsboro, Oregon.
Une fois le contact coupé, la voiture de location émet un grognement sonore qui, heureusement, ne réveille pas San. Bien installée dans son siège auto, elle dort paisiblement, entourée d’une montagne de doudous. Il est déjà huit heures du soir, elle est épuisée après ces longues heures passées en avion.
Je détache ma ceinture, mon regard percutant celui de Parker. Ou plutôt Oméga. Il me lance un coup d’œil incendiaire, ses mains tellement crispées sur ses cuisses que ses phalanges en sont translucides. Je m’humecte les lèvres, ne sachant pas comment aborder le sujet pour la énième fois en vingt-quatre heures, depuis que l’on a – que j’ai – pris la décision de laisser San chez sa grand-mère. Le temps que l’on soit certains que Black Mask ne représente plus une menace. Et pour cela, je suis prête à tout. Y compris envoyer ma fille à 3 500 km de nous.
— C’est la meilleure solution, bébé, murmuré-je, le cœur serré.
Il ne me répond pas.
— Oméga ?
— Non, ça ne l’est pas, grogne-t-il. Je n’arrive même pas à croire qu’on soit ici, que j’ai… accepté ça. Putain !
— Parce que tu sais que j’ai raison, chuchoté-je en tendant la main pour la poser sur la sienne. San va rester en sécurité et passer du temps avec ta mère, qui est plus que ravie de s’en occuper. Quand tout sera terminé, on revient la chercher. C’est juste quelques jours.
— Ma mère aussi m’avait dit que c’était juste quelques jours ! souffle-t-il en me lançant à nouveau un regard noir. Ça a pris seize ans !
Je relâche sa main. Bien sûr que j’ai conscience des répercussions psychologiques de ce choix sur mon homme. À l’évidence, il projette ma décision sur celle de sa mère, il n’empêche que c’est incomparable. Sauf sur un point… Elle comme moi avons souhaité mettre notre enfant en sécurité.
— Notre fille ne part pas en foyer, chéri, d’accord ? On ne s’en débarrasse pas, on ne l’abandonne pas, on ne lui ment pas… Rien de tout ça. On la dépose simplement chez sa grand-mère en vacances, afin qu’on puisse régler nos problèmes. Et bien sûr qu’on va venir la récupérer. Tu nous as pris pour qui, là ? m’agacé-je. Tu crois que ça m’amuse d’être séparée de ma fille ? D’autant plus que tout ce bordel, c’est ma faute !
Mes yeux se remplissent de larmes. Je les essuie d’un geste rageur avant de jeter un coup d’œil vers San, toujours endormie. Bordel, c’est dur. Elle me manque déjà.
— Ce n’est pas ta faute, bébé, soupire-t-il en relaxant ses mains sur ses cuisses.
Il passe ses longs doigts désaxés par le free-fight sur ma nuque, pressant ainsi ma chair contre sa paume.
Son regard s’adoucit.
— Si…
— Non. C’est la faute de personne. Ou si, de l’autre fils de pute qui nous a pris en chasse.
Rien qu’à cette parole, mon cœur se serre. Il se comprime tellement que j’ai envie de vomir. Ce qui ne change pas de d’habitude. J’ai la nausée depuis que Black Mask a fait son grand retour. Je mange si peu que j’ai déjà perdu deux kilos.
— Imagine qu’il trouve notre adresse, qu’il… qu’il arrive chez nous un soir, et que… qu’il… Je ne me pardonnerais jamais d’avoir mis notre fille en danger à cause de quelque chose que ma famille a engendré. Alors oui, je veux que San reste avec ta mère le temps nécessaire. S’il te plaît…
J’ai le cœur compressé. Toute mon âme est oppressée rien qu’à cette idée.
Les larmes accumulées dans mes yeux coulent le long de mes joues. Mon homme les essuie du bout des doigts, puis se penche vers moi. Il m’embrasse avec douceur, avec amour.
— D’accord… On laisse San ici, on rentre à Chicago pour régler ce putain de problème avant de venir la retrouver, résume-t-il, comme s’il essayait de se tranquilliser. Vite ! Je ne peux pas rester loin de San plus que quelques jours. J’en suis incapable, Coleen. Vraiment.
— Tu aimes ta fille par-dessus, je le sais, chéri. Tout comme elle le sait, ne t’inquiète pas.
Il me vole un petit baiser, puis sort de la voiture afin de récupérer San dans ses bras. Elle émerge de son sommeil, ses yeux encore endormis, lorsque l’on arrive sur le pas de la porte.
Quand Lucie nous ouvre, le sourire aux lèvres, ses longs cheveux noirs nattés sur un côté de sa tête, je vois Parker se crisper par réflexe sur sa fille. J’adresse un petit « bonsoir » étranglé à ma belle-mère.
Putain… Va falloir que je reste forte sur ce coup-là, car Parker, lui, ne me sera d’aucune aide.
***
Dans cette belle maison familiale à la devanture en pierre, nichée au cœur d’une charmante zone pavillonnaire, la chambre d’amis du premier étage est officiellement la nôtre lors de nos séjours ici. Même si nous ne sommes venus que trois fois en deux ans.
Je défais à la va-vite notre sac pour la nuit, puisque nous reprenons l’avion demain matin, avant de rejoindre la chambre du fond, celle réservée à San. J’y retrouve ma belle-mère, occupée à ranger les affaires de ma fille dans la commode, prévue à cet effet. Je m’assieds sur le petit fauteuil en osier, regardant tout autour de moi.
Lorsque notre fille est née, la mère de Parker était si heureuse, si fière de pouvoir enfin faire partie de la vie de son fils qu’elle a transformé l’ancienne salle de jeux de ses enfants en une vraie pouponnière. À présent que j’observe tout ça… le joli papier peint crème avec l’adorable fresque d’animaux de la forêt, le mobilier blanc et plein de beaux livres qui n’attendent que d’être lus, je culpabilise de ne les visiter qu’une fois par an.
— On ne vient pas assez vous voir. Je suis désolée.
— Vous êtes tellement occupés, me dit-elle, avec ce petit accent portoricain qui la caractérise si bien. C’est normal. Vous savez que notre porte vous est toujours grande ouverte… comme maintenant.
Elle glisse ses doigts derrière son oreille pour replacer quelques-unes de ses mèches ébène avant de darder sur moi un regard bleu, empli de bienveillance.
— Qu’est-ce qui se passe, Coleen ? me demande-t-elle en soupirant. Vous avez des têtes de… d’enterrement.
Je commence à avoir des spasmes aux joues ainsi qu’une tension bien trop humide dans les yeux.
Ne pas craquer, ne pas craquer, ne pas craquer.
NE.PAS.CRAQUER.
Je serre les dents.
— Des petits soucis au boulot. Disons que… qu’on a reçu des menaces d’un fighter adverse de Parker. Tant que la ligue n’a pas tiré ça au clair, on préfère ne prendre aucun risque et… et vous laisser San. Le temps de quelques jours.
— 1 Dios mío! s’exclame-t-elle en couvrant sa bouche tordue d’effroi de ses doigts tremblants. Vous en avez parlé à la police, quand même ?
— Oui, bien sûr. Ce n’est pas plus grave que ça, dis-je en me relevant pour regarder dehors, vers le jardin bordé de fleurs, là où Parker – San toujours dans ses bras – est avec son frère, Jordan, et sa sœur, Louisa.
Je me demande de quoi ils discutent… pendant que moi, je sers le baratin à leur mère.
— Comment a réagi Parker ? souhaite-t-elle savoir en posant la turbulette de San dans son lit.
— Ça aurait pu être pire, murmuré-je. Je crois qu’il s’est fait à l’idée de laisser San en vacances chez sa grand-mère.
— Je parlais plutôt des menaces, me dit-elle tristement malgré son sourire au coin des lèvres. Même si oui, j’imagine que ça doit lui rappeler de très mauvais souvenirs…
Eh merde.
Je me mords la lèvre inférieure.
— C’est pas ce que j’ai voulu dire, Lucie, m’excusé-je.
— Ne t’en fais pas, Coleen. Je comprends. J’ai appris à vivre avec mes choix. Bien que ce ne soit pas toujours facile. Je me concentre sur l’avenir, à présent, et non plus sur le passé. Je suis très heureuse que vous en fassiez partie, tous les trois.
Je lui adresse tout de même une petite moue, puis la suis jusqu’à la cuisine, au rez-de-chaussée, où une délicieuse odeur de viande et de coriandre éveille mes papilles. La mère de Parker nous a concocté un plat typiquement portoricain. Arroz con salchichas, ça s’appelle. C’est du riz avec des saucisses. En entrée, elle a préparé des bacalaitos. Des sortes d’accras de morue, il me semble.
Je me lave les mains, proposant mon aide pour mettre la table avant que Lucie ne me fasse les gros yeux.
— Hors de question. Va dans le salon et profite d’un peu de paix, me dit-elle en me poussant hors de la cuisine, ses pas résonnant mollement sur
le parquet. 2 Louisa, Jordan, vengan à poner la mesa, por favor. Apresúrat,
crie-t-elle par la fenêtre de la cuisine.
Les deux adolescents de dix-sept et quatorze ans arrivent, non sans se chamailler. Les joies de la cohabitation entre frère et sœur quand on est adolescents.
Installée sur le canapé en cuir, entouré de plantes exotiques en tous genres, j’envoie un message à Gabe, histoire de m’assurer que tout se passe bien. J’angoisse à l’idée de les avoir laissés seuls à Chicago. Lui, Debbie, et Cassey, évidemment. Même si je sais que Stan et Dennis veillent au grain. Je me dis aussi, peut-être à tort, que s’il y a un vrai problème, Connor les protégerait. Mais, dans ma tête, une petite voix me rappelle que mon grand frère reste une cause perdue.
J’échange quelques banalités avec Gabe par messages lorsque Doug Archer, le mari de Lucie, rentre du travail. Si je m’entends bien avec la mère de Parker, avec son beau-père, c’est un peu différent. Ça n’a rien à voir avec le père de Parker, évidemment. Lui surpasse même Black Mask dans ma liste, mais monsieur Archer est un flic et j’ai toujours eu du mal avec cette profession. Pourtant, il est vraiment gentil. Serviable, honnête et respectueux envers sa femme. Envers toutes les femmes, pour être plus large.
— Vous êtes enfin arrivés ? nous sourit-il en enlevant sa veste d’uniforme. Ç’a été l’avion ?
— Toujours trop long. Mais ç’a été, réponds-je en venant le saluer. Merci de nous recevoir à la dernière minute et d’avoir accepté de garder San quelques jours.
Parker se contente d’une simple poignée de main. Tapi dans l’ombre, épaulé contre la rambarde de l’escalier, mon homme est en mode loup observateur. Il est toujours comme ça avec monsieur Archer. Disons qu’ils se tolèrent mutuellement, que les deux reconnaissent la place de l’autre dans le cœur de Lucie. Honnêtement, je pense que Parker désire surtout le bonheur de sa mère. Si elle est heureuse avec cet homme, c’est le principal.
Le beau-père de Parker range son arme de service dans le tiroir de l’entrée. Il le verrouille d’un code à quatre chiffres, puis embrasse sa femme qui sort tout juste de la cuisine, habillée d’une robe jaune et d’un tablier à fleurs.
— Où est la petite princesse ? nous demande Doug, les yeux pétillants.
— Avec Louisa, indique ma belle-mère. Vous venez dîner ? C’est tout chaud !
J’acquiesce de la tête avant de la suivre, Parker sur mes talons.
Toujours terré dans le silence, il s’installe à table, épiant tout le monde du coin de l’œil. Je sais que ça crée une tension. À vrai dire, je suis la seule qui ne s’en formalise pas. J’ai beau répéter que Parker est un taiseux, personne ne se fait à cette idée.
— Parker, est-ce que… je peux prendre San dans mes bras ? demande Doug, les mains à quelques centimètres de notre fille.
— Oui, répond-il simplement avant que j’étoffe sa réponse.
— Bien sûr, vous pouvez la prendre. Regardez, elle vous sourit.
Je m’assieds à côté de mon homme, puis me penche quelques instants à son oreille lorsque son frère et sa sœur s’installent à leur tour à table.
— Détends-toi, bébé, tout se passe bien.
— Je suis détendu, lance-t-il en grinçant des dents.
— T’iras courir après, d’accord ? T’as pris tes baskets, hein ?
Il grogne. Je me retiens de lui donner une pichenette sur son bras. C’est pas le moment.
— Oméga… préviens-je d’une voix lourde alors qu’il m’adresse un petit sourire forcé comme simple réponse.
C’est mieux, pensé-je en commençant à manger une fois que Lucie a récité le bénédicité.
***
Globalement, le repas s’est plutôt bien déroulé. San, assise sur les genoux de Doug, ou sur ceux de sa grand-mère, a passé son temps à rire aux éclats. Ses petites boucles brunes virevoltaient dans tous les sens, tandis que ses grands yeux bleus pétillaient de mille feux.
On a discuté de tout et de rien. Des cours de Jordan, de la danse de Louisa. On a parlé aussi de Parker, évidemment. De ses combats… De sa prochaine tournée. Bref, une conversation des plus anodines si je ne sentais pas en permanence cette épée de Damoclès au-dessus de ma tête.
Pendant que j’aide ma belle-mère à laver la vaisselle malgré ses réticences, San est avec son père pour le rituel du dodo. Il doit sûrement en être à sa septième histoire. Si Parker Adams est un mec solitaire, renfermé en public – un peu aussi en privé – il est loin de l’être avec sa fille. Il cède à tous ses caprices.
— 3 MAMÁ, VEN A VER !
J’entends Louisa qui hurle de sa voix aiguë en haut de l’escalier.
— JE NE TROUVE PAS MON JOGGING ET J’AI SPORT DEMAIN !
À côté de moi, Lucie lève les yeux au ciel. Elle retire son tablier afin de l’accrocher derrière la porte d’un des placards.
— Profite d’avoir encore San petite, parce que les adolescents sont pires que tout. Tiens… Regarde-moi sa tête, à cet idiot, me dit-elle en me montrant son plus jeune fils qui revient de la salle à manger, les yeux rivés sur son téléphone portable avant de les remonter vers sa mère et moi. Pfff…
Espera hasta que discutamos esto con tu padre. Verás lo que verás 4.
Elle part retrouver sa fille à l’étage pendant que je termine de laver le plat. Tout en m’essuyant les mains, je me retourne vers Jordan et son magnifique œil au beurre noir.
— Comment s’appelle la raison de ton coquard ? demandé-je, amusée, en me préparant un thé.
— J’ai heurté un poteau, voilà tout, me répond-il, gêné. C’est la vérité.
— 5 ¡Qué mentiroso!
La voix grave de Parker résonne derrière moi. Il arrive dans la cuisine, l’air de rien, avant de se servir un verre d’eau pétillante. Il le descend cul sec, puis attrape le menton de son jeune frère du bout des doigts pour mieux examiner son hématome.
— Un peu plus et ça touchait l’œil, 6 cretino. Le mec qui t’a fait ça sait cogner.
— Il se bagarre tout le temps au lycée, soupire Jordan.
— Cette fois-ci, c’était toi son punching-ball. Alors… Comment s’appelle-t-elle ?
— Qui te dit qu’il s’agit d’une fille, marmonne Jordan en repoussant la main de Parker.
— À ton âge, on pense qu’à une chose…
— 7 ¡Para nada! Je ne pense pas qu’au sexe ! s’insurge Jordan en reculant derrière le module central de la cuisine, comme si le mobilier pouvait le « protéger ».
— J’ai jamais mentionné le sexe, sourit Parker alors que Jordan lève les yeux au ciel. La prochaine fois, colle-lui-en une à ce gars.
— Maman dit que la violence ne règle en aucune façon les problèmes.
— Elle a raison. Même si ça aide grandement. Parfois… Souvent… Allez, file, lui répond Parker en montrant l’étage. T’as cours demain, je te rappelle.
Il attend que Jordan ait quitté la cuisine pour se tourner vers moi, le visage bien moins rieur.
— Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? demandé-je, stressée, en buvant une gorgée de mon thé.
— Faut qu’on parle de certaines choses à Doug…
— Oh… t’es sûr ? Tu veux lui dire quoi ? questionné-je, étonnée de constater que pour une fois, Parker est disposé à demander de l’aide.
— Il est flic, marmonne-t-il en haussant les épaules. D’habitude, je préfère les éviter comme la peste, mais là… On pourrait obtenir des renseignements sur ce mec. Gary Joyce. T’en penses quoi ?
— Je pense que t’as raison, murmuré-je avec prudence. Néanmoins, on ne devrait pas tout lui raconter. Histoire de le garder au maximum en dehors de toute cette affaire. J’ai dit à ta mère qu’on avait reçu des menaces d’un de tes adversaires, mais qu’il n’y avait rien de grave. Qu’on avait averti la police de Chicago. Je ne préfère pas qu’ils s’inquiètent.
— Bien… Jette un œil sur San, elle était en train de s’endormir. Je vais voir ça avec Doug.
— Quoi ?! Non, je viens avec toi. Moi aussi, je veux savoir, et ne me fais pas ces yeux-là, Oméga, préviens-je. Ensemble… tu te souviens ?!
— Comment pourrais-je l’oublier, marmonne-t-il malgré un petit sourire fier sur la bouche.
— C’est toi qui as tatoué ça sur ton bras, murmuré-je en m’approchant de lui pour soulever la manche droite de son tee-shirt, révélant ainsi la fameuse inscription, perdue au milieu de plusieurs iris – mes fleurs préférées. Juste ici… Together… Tu vois, j’invente rien !
— OK. Viens.
Il m’attrape par la main pour m’emmener à l’autre bout de la maison.
Dans le long couloir qui traverse la résidence, il y a au moins une centaine de photographies des Archer, du sol au plafond. Des images du mariage de Lucie et Doug, des clichés de Jordan et Louisa quand ils étaient gosses, à la mer, à la montagne, en vacances à l’étranger. En revanche, pas une seule de Parker… Je me suis toujours demandé comment il le vivait même si je sais qu’il y a une photo de lui, enfant, avec sa mère, à l’étage, sur la table de chevet de Lucie. À dire vrai, je n’ai jamais osé lui poser la question.
Lorsque l’on arrive dans son bureau, Doug est installé sur sa chaise, occupé à consulter des dossiers de police. Aux fenêtres, les stores ne sont baissés qu’à moitié, laissant la lumière des lampadaires extérieurs s’étirer en de longues arabesques jaunâtres dans la pièce à la lueur tamisée.
Lorsque monsieur Archer lève la tête vers nous, il n’a pas l’air surpris.
Je referme la porte derrière moi lorsque Parker prend la parole d’une voix rauque :
— J’ai besoin d’un service, marmonne-t-il en sortant son portable.
Je me pince les lèvres en me rapprochant de lui. Il télécharge la fiche technique de Angel Dubh sur le site de la ligue, directement dans ses favoris.
— Ta mère m’a informé de cette histoire de menaces, répond Doug, les sourcils froncés. C’est du sérieux ?
— Je vous laisserais pas ma fille si ce n’était pas sérieux, grommelle Parker en dardant sur son beau-père un regard noir.
À côté de lui, je me fais toute petite. Les bras croisés sur mon pull bleu marine, j’ai les jambes qui flageolent.
— C’est quoi ce service ? soupire Doug en se massant le crâne, ses cheveux blonds coupés à la militaire ne bougeant pas d’un poil sous sa paume. Je te l’ai déjà dit… Si je peux aider, je le ferai.
— Gary Joyce, réplique simplement Parker en envoyant la fiche à Doug par mail.
Ce dernier ouvre la pièce jointe sur son ordinateur portable. Ses yeux clairs sautent d’une ligne à l’autre.
— La photo est de très mauvaise qualité.
— On sait.
— Gary Joyce, murmure-t-il, pensif. T’as un passif avec lui ?
Adossé au mur, les mains enfoncées dans les poches de son jean noir, il secoue négativement de la tête.
— C’est moi, murmuré-je, la gorge serrée.
— Ah… ancien petit ami ? questionne Doug en mettant ses lunettes.
— Pas du tout, grogne Oméga.
— Visiblement, il a un passif avec un de mes frères, expliqué-je en me mordillant la lèvre inférieure. Il a parlé de vengeance. Et… de mes parents. De mon père surtout.
— Garbhan et Helen Lincoln, c’est bien ça ? me demande-t-il.
J’acquiesce de la tête. Il griffonne sur un bloc-notes avant de nous poser d’autres questions, nous donnant la drôle d’impression d’être en salle d’audition dans un commissariat de police.
— On veut seulement savoir qui est ce mec, coupe Parker, les sourcils froncés. À Chicago, les flics sont longs à la détente. Des dossiers comme ça, ils doivent en traiter des dizaines par jour.
— OK. Je t’appelle quand j’en saurai davantage, Parker, nous rassure-t-il en retirant ses lunettes. En attendant, ne faites rien d’irréfléchi, d’accord ?
Ni lui ni moi ne répondons. Bien. La tension monte d’un cran.
— Merci, lance mon homme.
— En tout cas, ne vous inquiétez pas pour San. Elle sera en sécurité ici. Vous avez ma parole.
— C’est gentil, murmuré-je en baissant la tête avant de quitter la pièce.
Je laisse Parker seul un moment avec son beau-père et retourne voir notre fille. Elle dort, bien au chaud dans sa turbulette blanche. Je lui caresse doucement le front, puis embrasse son petit nez.
— Je t’aime, mon bébé d’amour, chuchoté-je avant de refermer avec délicatesse la porte derrière moi.
Je passe par la case salle de bains. Je me prends une longue douche, me lave les cheveux, me démaquille, m’enduit de crème… comme si ces simples gestes me raccrochaient à une réalité bien moins effrayante que celle qui m’attend ces prochains jours.
Lorsque j’arrive dans notre chambre, habillée d’un des tee-shirts de sport d’Oméga, je constate que mon homme est étendu sur le matelas, le dos contre un oreiller. Il textote sur son portable tandis que l’une des deux lampes de chevet est allumée, nimbant la pièce d’une douce lueur orangée.
Les cheveux encore mouillés qui battent mon dos, je grimpe sur le lit et glisse entre ses jambes écartées pour me lover tout contre lui, dans ses bras.
— C’est qui ? murmuré-je, les yeux fermés.
— Stan. Il veut savoir si tout se passe bien.
— Comment va Cassey ?
— Tout le monde va très bien, me rassure-t-il en déposant un baiser sur le sommet de ma tête. Connor vient d’appeler Gabe…
— Putain, je lui avais dit de ne rien faire, lancé-je, agacée. Qu’est-ce qu’il veut ?
— Rien, me répond Parker. Je crois qu’il l’a juste informé qu’il était quand même passé à Boxing Academy, mais que Rudy n’y était pas. Visiblement, un des employés lui aurait avoué qu’il était aux abonnés absents depuis un moment…
Surprise, je me redresse entre ses bras, relevant ma tête vers son visage dont les traits sont plus que pensifs.
— C’est bizarre, non ? Rudy adore son magasin. C’est genre… son bébé.
— Peut-être qu’il est occupé à entraîner Black Mask, me dit Parker en haussant une épaule. Qui sait ce qu’il se passe vraiment, hein ?
— Ouais, c’est sûr, marmonné-je en reprenant place contre lui, ma joue posée sur son torse.
Je me laisse bercer par sa respiration, longue et rassurante, alors que, du bout de ses doigts, il me caresse lentement le dos. À chacun de ses allers-retours le long de ma colonne, mes entrailles se serrent, et mon corps frissonne. Il se couvre d’une chair de poule des plus délicieuses, en particulier quand il enfonce ses doigts sous l’élastique de ma petite culotte en dentelle pour empoigner mes fesses avec rudesse.
En quelques secondes, je me retrouve allongée sur le dos, écrasée par son poids d’homme. Ses grandes mains bronzées remontent de mes cuisses jusqu’à ma gorge avant de passer sur mes joues là où il agrippe mon visage, plongeant son regard bleu électrique dans le mien.
— Je t’aime, Coleen, souffle-t-il en déposant un chaste baiser sur mes lèvres.
Je souris, conquise, et resserre mes jambes autour de sa taille. Contre ma poitrine, je peux sentir son cœur battre à vive allure.
— Tu ne m’appelles Coleen que lorsque tu es énervé contre moi ou vraiment très sérieux, rappelé-je.
— Je suis très sérieux quand je te dis que je t’aime.
— C’est vrai, chuchoté-je en passant mes doigts dans ses cheveux, puis le long de ses sourcils bruns, parfaitement bien dessinés.
— J’ai peur qu’il t’arrive quelque chose… m’avoue-t-il en un sombre murmure, le genre qui me donne un coup au cœur.
Je prends une grande inspiration, le presse fort contre moi. Son nez se niche au creux de ma gorge, ses bras glissent sous mon dos pour se refermer entre mes reins. Je remonte mes genoux contre ses côtes, et ondoie timidement sous lui, en proie à une fièvre que je ne connais que trop bien.
— Il ne m’arrivera rien, bébé. Je te le promets, le rassuré-je, mes lèvres effleurant son oreille.
— C’est moi qui te le promets.
Il se redresse, nos regards se rivant l’un à l’autre. La faible lueur de la lampe de chevet projette sur le plafond l’ombre de nos deux corps entrelacés, prêts à s’aimer une nouvelle fois.
— Fais-moi l’amour, murmuré-je en un souffle léger, ma respiration se superposant à la perfection à celle de mon homme.
Pour seule réponse, j’obtiens un tendre baiser. Nos lèvres se scellent en un empressement qui nous fait tous les deux sourire.
Son souffle se perd sur mes lèvres à mesure que ma langue longe la sienne, suppliante. Je geins doucement lorsque ses grandes mains glissent sur moi, me caressant comme si sa vie en dépendait.
J’éteins la lampe de chevet, nous plongeant dans une obscurité partielle, nos corps nus, sublimés par les faibles rayons lumineux des lampadaires, à peine cachés par les hauts sapins qui bordent le jardin.
Sa bouche se décolle de la mienne. Parker se met à embrasser ma gorge, puis mon épaule. Les yeux révulsés de désir, j’enfonce mes ongles entre ses omoplates. Il m’attrape par les hanches, me pénétrant avec une tendresse mesurée.
En un rien de temps, nos corps transpirent l’un contre l’autre. Je resserre mes mains dans son dos avant de monter en flèche dans ses cheveux, tordant mes doigts dans ses boucles à mesure que ses coups de bassin sont plus brusques, plus profonds… plus vivants. Je hoquette de plaisir, tout contre son oreille. Les jambes enroulées autour de ses hanches, je suis son rythme, divinement bon, en ondoyant sensuellement sous lui.
À plusieurs reprises, je refrène un geignement, ce qui semble agacer mon homme. Son attitude me fait sourire. Je sais qu’il aime m’entendre… Il adore écouter ma respiration s’emballer, accueillir chacun de mes gémissements comme si c’était une médaille qu’il avait durement gagnée. Sauf qu’en cet instant, nous ne sommes pas chez nous. Seuls.
Sa main droite lâche ma cuisse pour se poser sur mon sein de manière possessive. Il fait rouler son pouce sur mon téton sensible avant de se pencher pour le lécher avec ardeur. Mon désir monte tel un coup de jus dans l’ensemble de mon corps. Sa queue qui continue de me prendre sans relâche ne m’aide pas à calmer mes soubresauts. Je m’arc-boute, désireuse d’en avoir plus, toujours plus, tandis que mes dents se plantent dans ma lèvre inférieure, puis dans la sienne. Je passe ma langue sur la sienne, avide de le sentir perdre pied en même temps que moi. Nos peaux s’échauffent l’une contre l’autre, nos bouches sont rouges de s’être trop embrassées et nos souffles se raccourcissent. Ils deviennent davantage saccadés, plus abrupts aussi.
— Parker, je…
Ma voix se perd dans l’obscurité de la pièce. Je tressaille de plaisir, à quelques secondes d’atteindre le Nirvana.
— Bordel, j’aime tellement ça… grogne-t-il contre ma gorge. Être au fond de toi, bébé.
La seconde d’après, je rends les armes, ivre de tant de jouissance. Mes spasmes l’entraînent avec moi. Parker lâche enfin prise, lui aussi. Sa bouche s’arrondit sur ma tempe alors que mes soubresauts perdurent tout contre lui.
Soudainement épuisée, les yeux fermés, je me love sur le côté, contre les draps et l’oreiller.
Je l’entends vaguement se rhabiller, passer un sweat-shirt, puis telle la nuit pourchassée par le soleil à l’aube, son ombre se fait aspirer par la grande lumière du couloir. La porte de notre chambre se referme en un bruit à peine audible. L’instant d’après, je m’endors comme une masse, shootée à l’ocytocine.
***
Il est onze heures du matin. Je crois que ce moment restera à jamais gravé dans ma tête, dans mon corps, et bien évidemment dans mon cœur. C’est l’heure à laquelle je dois rentrer à Chicago. Sans ma fille. Pour la première fois de ma vie, je ne suis pas certaine de ma décision. Encore moins quand je vois San, debout dans l’allée des Archer, faire face à son père du haut de ses soixante-douze centimètres.
Mon homme est accroupi. Ses yeux bleu électrique sont rivés aux siens, bleu nuit. Il lui glisse tendrement l’une de ses boucles brunes derrière l’oreille avant de la prendre dans ses bras.
— Je te donne toute ma force et tout mon courage, lui dit-il, à voix basse, en continuant de la serrer contre lui. Au point d’en remplir ton cœur à ras bord pour que tu n’en manques jamais, d’accord ?
Pour simple réponse, San rit aux éclats, jouant avec les cheveux de son père. Il lui embrasse le dos de chaque main avant de lui planter un baiser, bien plus long, sur le front.
— Je t’aime, ma fille, et je te promets… je te promets, San, que je viendrai te chercher, ajoute-t-il en ancrant de nouveau son regard dans le sien.
Je me mords l’intérieur des joues, retenant difficilement mes larmes. J’ai beau me convaincre qu’il ne s’agit que de quelques jours, je… j’ai cette terrible sensation que je ne la reverrai plus jamais. Dans mon corps, tout n’est que douleur, peine, chagrin. Je suis en colère et en même temps si triste, tellement dépassée par les évènements que je me sens submergée. Tétanisée. En panique totale.
Pourtant, mes pieds se délogent du sol dans lequel j’ai l’impression d’avoir pris racine, pour descendre du perron, poing fermé sur mon sac de voyage. Sans dire un mot, je lâche ce dernier à côté de Parker et me penche pour récupérer San dans mes bras. J’enfonce mon nez dans son cou, humant sa délicieuse odeur de bébé – de mon bébé – avant de parsemer son visage de tendres baisers.
— Tu es sage avec ta grand-mère, d’accord ? lui dis-je alors qu’elle m’observe de ses grands yeux lumineux. Je t’aime, mon petit ange.
À deux doigts de craquer, je me fais violence, refusant de céder devant ma fille. Il est hors de question qu’elle soit traumatisée par cette histoire. Je me colle un magnifique sourire sur le visage, l’embrasse une dernière fois, puis la redonne à Lucie.
— Je vous appelle lorsqu’on atterrit à Chicago, lui dis-je avant de tourner les talons, remontant l’allée à la hâte.
Je m’oblige à ne pas regarder en arrière, car si je le fais, c’est pour aller chercher ma fille et la ramener dans l’Illinois.
D’un pas pressé, je regagne la voiture, Parker sur les talons. Nous nous évitons. Par peur, par crainte, par… colère, aussi, j’imagine. Un peu. Beaucoup. On est d’accord sur les faits, pas forcément sur le fond. Et même si on l’était sur tout, ce n’est jamais aussi simple que ça.
Il ouvre le coffre, balance notre sac de voyage à l’intérieur sans le moindre ménagement, puis s’installe à l’avant, côté passager. Il a à peine mis sa ceinture qu’il enfonce son gros casque sur sa tête, lançant sa musique à fond, comme pour s’isoler du monde extérieur.
Moi, je remonte mes longs cheveux vénitiens en une haute queue-de-cheval de mes mains tremblantes, les yeux baignés de larmes.
Je ne le blâme pas de réagir comme ça, de faire comme si rien n’existait autour de lui. De se couper de tout. De toutes ces émotions trop fortes, de tous ces souvenirs trop douloureux. Ce n’est pas évident pour Parker. Ce n’est évident pour personne, d’ailleurs.
Je boucle ma ceinture, prête à partir dans un silence des plus étouffants.
Dans le rétroviseur central, je croise mon regard. Hésitant, troublé. Apeuré, surtout. J’arque un sourcil. Apeuré ? Sérieusement… Je ferme les yeux un court instant. Bordel, ce n’est pas moi, ça. Je ne suis pas cette Coleen Lincoln. Trouillarde et passive. Il est hors de question qu’un fils de pute comme Black Mask ne décide de mon avenir, ou de celui de ma famille.
Je détourne le regard de mon reflet et écrase mon pied sur l’accélérateur pour démarrer.
J’ignore ce que ce Gary Joyce de mon cul connaît sur moi ou sur mes frères, mais j’espère qu’il a bien préparé son coup, parce que s’il y a une chose qu’on sait faire, nous, les Lincoln, c’est transformer une vulgaire étincelle en un putain d’incendie !
***
Il est presque neuf heures du soir lorsque l’on rentre enfin chez nous.
Debbie et Sabrina sont avec Jack, occupées à ranger la cuisine. À l’odeur qui flotte dans l’appartement, je dirais qu’ils ont mangé un gratin dauphinois avec une bonne viande grillée. Bien saignante, j’imagine. Cette simple image me soulève le cœur. Je déglutis avec difficulté en fermant la porte derrière moi.
Parker, lui, part pleine balle s’isoler dans notre chambre, son casque de musique toujours vissé sur ses oreilles, son pas résonnant fortement sur le sol. Il ne prend même pas la peine de répondre aux gars qui lui demandent comment s’est passé l’aller-retour chez sa mère.
Mon homme n’a pas prononcé un seul mot depuis que l’on a quitté Hillsboro.
Quand la porte claque, je m’avachis sur le canapé, à côté de Jodie qui se met à siffler nerveusement.
— Il a l’air vraiment vénère, marmonne-t-elle en touchant ses créoles d’un geste agité. C’était si horrible que ça ? Enfin je veux dire, ça s’est mal passé ? Avec sa mère ?
— Non, au contraire, murmuré-je, vide d’énergie.
Je n’ai même pas pris le temps d’enlever ma veste ou de retirer mes chaussures.
— Tout s’est bien passé. San n’a même pas pleuré. Rien. Vraiment, c’était… idéal, ajouté-je, la gorge serrée.
Voyant que je ne suis pas dans mon assiette, mon petit frère vient s’asseoir près de moi. Il enroule son bras autour de mes épaules, et je me retrouve à lui faire un câlin comme si j’avais huit ans et lui seize. C’est étrange mais, là, tout de suite, je me revois à cet âge si jeune, contre Gaylord, lorsqu’il me consolait.
— Je suis certain qu’elle va vivre sa meilleure vie chez la mère de Parker, me rassure Gabe en embrassant le sommet de ma tête. Crois-moi. T’as pas à t’en faire, Coleen.
— C’est pas pour ma fille que je m’inquiète.
C’est pour nous, ai-je envie d’ajouter sans y parvenir. Mon regard, lui, s’échappe vers le couloir qui distribue les chambres à coucher.
— Je suis contente que tu sois là, dis-je à la place, en souriant à mon petit frère.
Jack arrive, me tendant une tasse de thé. Tout en tournant sa cuillère dans sa propre infusion, il me demande comment se sent Parker.
Je hausse les épaules tandis que Stan attrape une chaise pour s’asseoir dessus, à l’envers, croisant les bras sur le rebord en bois. Dennis, lui, s’installe à côté de Sabrina, sur ma droite. Elle pose amicalement sa main sur mon genou.
— Parker n’a pas lâché un mot depuis qu’on a quitté l’Oregon, dis-je en soufflant mécaniquement sur mon thé pour le refroidir. Il m’en veut d’avoir pris la décision de laisser San chez sa mère. Mais… c’est mieux ainsi. Il sait que j’ai raison.
— C’est pas évident pour lui, commente Dennis en soupirant.
Il s’étire contre le dossier du canapé, passant avec nervosité sa main dans ses boucles blondes.
— Sinon, tout va bien ? demandé-je à Gabe en arquant un sourcil. Des nouvelles de l’autre abruti ?
— Tu veux parler de qui ? Connor ou… Black Mask ?
— Connor, marmonné-je. Je ne peux pas insulter notre frère de fils de pute sans insulter maman, je te rappelle !
— Ouais, donc… bah…
La voix hésitante de Gabe et ses grands yeux bruns qui se troublent me font hausser le deuxième sourcil. J’inspire bruyamment par le nez, me redressant sur le canapé lorsque je réalise que tout le monde retient son souffle. Je lance un regard vers Debbie, occupée à vérifier sa manucure, la mâchoire plus que serrée.
— Qu’est-ce qu’il a encore foutu, bordel ? questionné-je en un grognement sourd.
— Tu savais que sa copine était enceinte ?
QUOI ?!
— T’es pas sérieux ? lâché-je, bouche bée. Mavis ? Enceinte ?
Gabe hoche la tête.
— Putain, soupiré-je.
Je ne vois pas ce que je pourrais dire d’autre. Je n’ai pas la tête à ça. Mais alors, vraiment pas.
Mon regard quitte le visage rond et les cheveux bouclés de mon petit frère pour se reporter vers le couloir, là où mon homme doit user sa corde à sauter jusqu’à la corde justement.
— Attends qu’Oméga revienne… me dit Stan en suivant mes yeux. Lui, il te comprendra.
— Il a raison, confirme Jodie en se tournant à son tour vers le couloir. Oméga comprend toujours mieux que Parker. En général.
Je détourne la tête. Ce soir, je m’en fous d’Oméga. Je m’en fous de Connor, de Mavis, de… de leur bébé.
Ce soir, pour moi, il n’y a que Parker qui compte.
1. Mon dieu !↩
2. Louisa, Jordan, venez mettre la table, s’il vous plaît. Dépêchez-
vous. ↩
3. MAMAN, VIENS VOIR !↩
4. Attends qu’on en discute avec ton père. Tu vas voir ce que tu vas
voir.↩
5. Quel menteur !↩
6. Crétin. ↩
7. Pas du tout !↩
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