Underground T4 : Verity
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BONUS 1
CASSEY
Ma veste en cuir sur le dos, je joue avec mes clefs de moto tandis que l’ascenseur me descend au rez-de-chaussée.
Un rapide coup d’œil dans les miroirs du hall d’entrée m’indique que j’ai vraiment une sale gueule, putain. Sans parler des hématomes qui jalonnent ma mâchoire à cause de mes derniers combats. J’ai surtout des cernes dignes d’un raton laveur. Il faudrait que je dorme… mais je n’y arrive pas. Je suis tout le temps sur les nerfs. Non-stop. Depuis qu’April est réapparue dans ma vie, je suis à l’ouest, toujours en décalé. Merde, j’ai vingt-quatre ans et je me retrouve comme l’ado perdu de seize ans que j’étais ! Fait chier !
Je quitte l’immeuble, direction le parking extérieur où j’ai garé ma bécane. Je ne suis qu’à quelques mètres de ma superbe Ducati, flambant neuve, lorsque je m’arrête net, réalisant qu’une jolie femme, moulée dans une robe turquoise, de quoi souligner ses grandes prunelles claires, a le cul posé sur le rebord de ma selle. Eh merde…
— April, chuchoté-je en m’avançant vers elle. Qu’est-ce que… tu fais là ?
Je suis plutôt surpris. Notre dernier échange, chaotique, me paraissait sans équivoque. J’étais prêt à reprendre notre histoire, là où nous l’avions laissée, à dix-sept ans, avant son déménagement de Jersey à Seattle… visiblement pas elle. Je me suis pris le pire râteau de ma vie. Ma dignité a encore du mal à s’en remettre. Sans parler de mon ego ou de ma fierté. Et mes sentiments, ça, je me suis bien assis dessus.
— Je voulais m’excuser, me répond-elle, ses cheveux blonds frôlant le haut de ses épaules. Je… je ne sais pas ce qui m’a pris. La peur sans doute. J’ai paniqué, tu m’as fait paniquer, Cassey.
Je me retiens de lui hurler dessus. Moi, je l’ai fait paniquer ? Et elle, alors ? Dîner aux chandelles, balade au bord de la plage, nuit torride – sérieux, même dans les films, ça ne se passe jamais aussi bien – et après… le néant. Silence radio. Plus d’April, plus rien. Enfin si, juste de l’incertitude.
Franchement, j’aurais préféré qu’elle me dise qu’elle ne souhaitait qu’une bonne nuit de baise au lieu de me dire « je t’aime » pour ensuite paniquer et me foutre dehors !
Déglutissant avec difficulté, je lui jette un regard en coin.
— Qu’est-ce que tu veux, April ? Qu’est-ce que t’attends de moi ? soupiré-je, l’esprit sens dessus dessous.
— Je crois que j’avais oublié, murmure-t-elle, des larmes plein les yeux, les joues plus que roses alors qu’une douce brise matinale soulève délicatement le bas de sa robe sur ses cuisses dorées. Je crois que j’avais oublié à quel point tout était… facile entre nous. À quel point tu étais… parfait.
Je lève les yeux au ciel, à la fois énervé, à la fois… flatté.
— T’as pas changé, Cass’. T’es le même garçon qui faisait battre mon cœur plus que de raison quand j’avais seize ans. T’as juste… quinze centimètres et trente kilos de muscles en plus, sourit-elle. Dans le fond, t’as toujours cette aura rassurante, bienveillante. Celle qui me donne l’impression d’être… je sais pas…
Une minuscule larme coule le long de sa joue. Bordel ! Je ne peux pas m’empêcher de l’essuyer avec mon pouce. April en profite pour refermer sa main sur la mienne afin de garder ma paume au contact de sa peau. Ce contact me tue, me brûle. À petit feu, évidemment, sinon ce n’est pas drôle.
— On peut baiser des centaines de fois, Cassey, ce n’est pas ça qui nous attire l’un à l’autre.
— C’est vrai, avoué-je, l’estomac retourné. Ça s’appelle l’amour. L’impression que t’as, l’impression que je te donne, c’est celle d’être unique. C’est un des nombreux trucs qu’un mec est censé faire ressentir à sa nana, mais que toi, t’as oublié parce que ton ex est un connard de première.
À peine les mots franchissent la barrière de mes lèvres, que je les regrette. Je n’aurais jamais dû lui dire ça, lui parler de son ex. Quel con !
— T’as raison, me dit-elle précipitamment avant que je ne me répande en excuses. Toi, t’as pas changé, par contre moi, oui. Et c’est ça qui m’a fait peur. J’ai peur de ne plus être la April de tes souvenirs et que… tu aimes une personne qui n’existe plus, aujourd’hui. Ce n’est pas juste de te rendre accro à un souvenir. À mon souvenir.
Cette fois-ci, des dizaines de larmes perlent sur ses joues. Elle les essuie doucement pendant que je pose mon casque de moto et mes clefs sur le réservoir de ma Ducati. La seconde d’après, je prends April dans mes bras, enlaçant son corps si fragile, abîmé par tant d’années d’errance.
— Tu es toujours toi, ma belle, soufflé-je, les dents serrées afin de ne pas me laisser emporter par l’émotion, au risque d’aller dézinguer son ex.
— Non…
— Si ! insisté-je en relevant son menton, plongeant mon regard dans le sien, aussi bleu que le ciel au-dessus de nos têtes. La April de mon passé est celle qui se trouve actuellement dans mes bras. Elle est juste planquée… enterrée sous des mètres cubes de sable. File-moi une pelle et je te la déterre en deux-deux.
Mes mots la font sourire. Rire, même. Néanmoins, ils sont loin d’être une plaisanterie. Je pourrais creuser jusqu’à épuisement dans le but de la ramener près de moi, comme elle est, et comme elle a toujours été.
Ses doigts glissent tendrement dans mes boucles cuivrées. Mon regard ancré dans le sien, elle s’approche afin de m’embrasser avec douceur. Bordel… ma bouche est faite pour la sienne. Je l’ai toujours su.
— Je suis désolée pour la nuit dernière. Vraiment, s’excuse-t-elle. Je ne voulais pas te virer de chez moi, et encore moins de ma vie, Cassey.
— Moi, je suis désolé pour les dernières minutes, pas pour le reste, souris-je tandis que ses joues se colorent de rouge.
— Pareil…
Cette fois-ci, c’est moi qui l’embrasse. Sur le front, puis sur le nez.
Elle a beau s’être excusée et être revenue vers moi, c’est important de la laisser prendre ses marques dans cette « nouvelle » relation qui ne l’est pas forcément vis-à-vis de nos corps, si ce n’est de nos esprits.
On a un peu grillé les étapes de nos retrouvailles alors… essayons de ne pas aborder un deuxième obstacle en moins de vingt-quatre heures.
À suivre…
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