Underground T4 : Verity

Emilia Robinst · Chapitre 50 sur 62

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Underground T4 : Verity

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CHAPITRE 43

 

 

GAYLORD

 

Toc ! Toc ! Toc ! Toc ! Toc !

Mon poing fermé s’abat avec force sur la porte. Rien à foutre de rameuter tout l’étage de ce putain d’étoilé, alors qu’il est tout juste neuf heures du mat’. Là… j’ai la rage.

Connor, mon cher petit frère, ouvre, furibond. Son regard se fige lorsqu’il rencontre mes yeux, au bord de l’implosion. D’emblée, je comprends qu’il sait pourquoi je suis ici, dans sa chambre d’hôtel. Il bouge à peine que je le chope par le col de son tee-shirt, pour le fracasser contre le mur du salon de sa suite. Je referme la porte d’un coup de pied.

— T’en as mis du temps, me lance-t-il avec une insolence qui frise la bêtise.

— Tu es toujours en vie, parce que j’ai pris ta place sur le ring. T’en as conscience de ça, espèce de merdeux ?! sifflé-je en resserrant mes poings autour de sa gorge. Tu te rends compte, Connor, que toute ma putain de vie j’ai essayé de te sauver, de t’empêcher de faire des conneries ? Et toi, en retour, tu violes ma femme ?

Utiliser ce terme, ces mots, me retourne le crâne, l’estomac, les entrailles, le cœur. Tout. J’ai encore du mal à réaliser ce que Debbie m’a avoué, il n’y a pas plus tard que trente minutes. Je me fiche de ne pas être le géniteur de Cassey, ça n’enlève rien au fait qu’il restera toujours mon fils, bien qu’aujourd’hui, je ne sois plus vraiment son père. Mais, maintenant que je connais le secret qu’a dû porter Debbie toutes ces années, y a pas moyen que je lâche l’affaire ni que je pardonne quoi que ce soit à ce connard ! Frère ou pas, d’ailleurs. Les liens du sang ne sont pas infaillibles. Sinon, je n’aurais jamais tiré une balle dans la tête de mon jumeau.

— C’est ce qu’elle t’a dit ? ricane-t-il, à la limite de la folie.

Son visage s’empourpre à mesure que je compresse ses carotides. J’ai un tel feu en moi que je ne pense pas pouvoir y survivre.

— Elle t’a précisé, ta salope de femme, que c’est elle qui s’est pointée à la maison ce soir-là ? Que c’est elle qui m’a embrassé en premier parce que tu lui faisais vivre l’enfer… parce que tu la rendais malheureuse, parce que tu la trompais, tu préférais des putes qui ne lui arrivaient même pas à la cheville, tu… tu… tu… ET ENCORE « TU », GAYLORD ! ELLE TE L’A DIT ÇA, HEIN ?!

Cette fois-ci, je lui décroche une droite. Puis une deuxième. Le sang qui gicle de son nez éclabousse le mur aussi blanc que de la neige. En se redressant, Connor m’administre deux bons crochets dans les côtes que je ne parviens pas à esquiver. Je le repousse sauvagement. Il s’essuie la bouche du revers de la main.

L’instant d’après, l’une des portes près du balcon s’ouvre à la volée, dévoilant la silhouette d’une jeune femme que je n’ai jamais vue. Son ventre bombé ne laisse aucune place à de furtives interrogations.

— Qu’est-ce qu’il se passe ?! s’écrie-t-elle, un sourcil arqué, ses cheveux remontés sur le dessus de sa tête. Bon Dieu, Connor, c’est qui, lui ?

— Retourne dans la chambre ! siffle-t-il, les yeux noirs, en tournant la tête vers elle. DÉPÊCHE-TOI !

La petite brune, sans doute sa nana, me lance un regard en coin avant d’obéir. Elle referme la porte alors que je toise mon frère de toute ma haine.

— Et elle ? Tu ne lui fais pas vivre un enfer, peut-être ?

— Mavis est ma femme, j’en fais ce que je veux, OK ?! Contrairement à toi, je ne lui ai pas promis monts et merveilles, me jette-t-il à la gueule. Si elle reste, c’est qu’elle y trouve son compte. Je ne lui cache pas qui je suis.

Soufflant tel un taureau, je recule de quelques pas, les mains enfoncées dans mes cheveux. Je plaque mes boucles à l’arrière de mon crâne, essayant par tous les moyens de me calmer. Face à moi, Connor replace le col de son tee-shirt contre sa nuque tout en me jaugeant du regard.

— Tu connaissais mes sentiments pour Debbie. C’était ma seule façon de l’avoir, m’avoue-t-il, les yeux noirs. C’est elle qui est venue… qui a pris les devants, qui s’est déshabillée. Elle, aussi, qui s’est jetée sur moi, qui m’a supplié de la toucher, et tu sais quoi, frangin ? Debbie, elle voulait que je la baise.

— Je vais t’arracher la tête, préviens-je d’une voix blanche. Ferme-la, Connor !

— Elle voulait que je la baise comme si rien d’autre ne comptait pour moi, reprend-il en ignorant ma menace. Que je la baise comme toi, tu ne l’as jamais fait. En étant persuadé qu’aucune autre femme ne pourrait te donner la même chose qu’elle.

Je serre les poings, les dents. J’ai envie de le buter, surtout en voyant son sourire suffisant et ses yeux qui pétillent. Ça me fait mal… une douleur que je n’ai encore jamais ressentie. Et il le sait très bien.

— Puis, elle a changé d’avis en cours de route, reprend-il en haussant les épaules. Parce qu’elle avait honte, elle culpabilisait. Mais c’est trop simple, Gaylord… Quand on commence, on termine ! C’est ce qu’on nous a toujours appris, non ?!

— Pas en ce qui concerne les femmes, ESPÈCE DE CONNARD ! m’insurgé-je en me jetant sur lui afin de le coller une nouvelle fois contre le mur. TU TE RENDS COMPTE DE CE QUE T’AS FAIT ? DE CE QUE TU LUI AS FAIT ENDURER ? C’EST ÇA QUE T’APPELLES « L’AMOUR », ENFOIRÉ ?! COMMENT OSES-TU DIRE QUE TU L’AIMAIS, QUE T’AVAIS DES SENTIMENTS POUR DEBBIE ALORS QUE TU L’AS VIOLÉE ? HEIN ? COMMENT ?!

Je hurle tellement que mes cordes vocales s’en brisent. Épinglé au mur, Connor ne soustrait pas son regard au mien. Au contraire. Ils sont ancrés l’un à l’autre, se défiant mutuellement. Moi, je fulmine de rage tandis que lui, il paraît si calme, si… froid. Comme si rien ne pouvait l’atteindre.

Les mots de Coleen me reviennent en mémoire. Elle a raison. C’est un cas désespéré, on ne peut plus rien obtenir de lui.

Je le relâche brutalement avant de reculer, me passant une main crispée dans les cheveux. Je m’oblige à ne pas penser à ce que Debbie a pu vivre, ressentir, lors de cette fameuse nuit. Mon souffle est court, ma poitrine me brûle. Tout me brûle. Pendant un moment, j’imagine l’une de mes petites filles chéries être la proie d’un détraqué du genre de mon frère. Le feu en moi devient de la glace. Un iceberg, même.

— Je te préviens, Connor, le menacé-je d’une voix tremblante. Approche-toi de Debbie ou de mon fils, ne serait-ce qu’une seule fois, et je te promets que je ressors de nouveau de mon trou pour te loger une balle dans la tête. Je mettrai le pays à feu et à sang s’il le faut, mais je te jure que je te ferai payer ça. C’est clair ?

Son sourire s’agrandit sur son visage malgré la noirceur de ses yeux.

— Et tu pourras dire adieu à tout ce que tu possèdes, connard… J’en ferai du petit bois pour les cheminées des quartiers friqués de Chicago.

Je n’attends pas sa réponse, préférant sortir plutôt que de créer un bain de sang à l’hôtel.

Quand je quitte cet endroit et que je me retrouve dehors, en plein soleil, je ne suis toujours pas calmé. Je crois même que je ne le serai jamais.

L’esprit encore agité, je récupère ma moto.

Pendant tout le trajet, je repense aux mots de Debbie, à son expression, à celle de Connor. Je viens enfin de tourner la dernière page de mon passé… et quelle page ! Quel chapitre, putain. Je ne rentre pas avec le cœur plus léger, c’est évident. Surtout pas en ayant mis une balle dans le crâne d’un homme, mais je l’ai fait pour sauver les miens, et si c’était à refaire, je le referais. Maintenant, c’est ma croix à porter. Debbie avait la sienne, à présent, c’est mon tour… Au moins, ils sont tous en sécurité. Le reste, et ce qu’il s’est produit avec Gary, j’en fais mon affaire.

Dans les heures qui suivent, je restitue ma moto, puis prends la navette jusqu’à l’aéroport. J’attends dans le terminal tout l’après-midi, me forçant à effacer les numéros de téléphone de Coleen, de Gabe, ainsi que celui de Debbie. À quoi bon les garder ? Cela risque de poser problème. De toute façon, je les connais par cœur. Du moins, jusqu’à ce qu’ils les changent.

Il est trois heures lorsque mon vol est enfin annoncé. Au bar, j’en suis à mon troisième Negroni… Je ne devrais pas boire autant, néanmoins je m’en branle. J’ai envie de me vider le crâne de tout ce que j’ai appris, tout ce que j’ai vu, et tout ce que j’ai fait. J’hésite à partir… J’ai dit adieu à tout le monde, mais… putain, je ne sais pas ce que je désire, bordel ! Je désire trop de choses contradictoires. Je veux Marina, retrouver ma vie au Canada, avec elle et nos filles. Je veux aussi rester à Chicago pour me racheter, reconquérir Debbie, nous laisser une nouvelle chance. Rencontrer Cassey, aussi. Tout lui expliquer. Puis, il y a mes parents... j’aimerais tellement serrer ma mère dans mes bras. Même une dernière fois.

J’enfonce ma tête dans mes mains, épuisé, l’esprit cisaillé en deux. Partir ou rester ? L’un des choix est facile, l’autre bien plus compliqué voire impossible. Je me mords la lèvre.

— Putain, qu’est-ce que je raconte, là ? marmonné-je.

Je sors mon portefeuille, tombant sur une photo de Marina et de nos filles qui m’arrache un sourire. Ma famille, c’est elles, maintenant. Point, à la ligne.

Au moment de payer mes différentes consommations, j’appelle ma femme pour la prévenir de mon retour. Je lui mens à elle aussi… J’en suis peu fier. Je lui fais croire que je suis en déplacement pour le garage, histoire d’acquérir de nouvelles motos de collection.

— Allô ? entends-je au bout de la ligne.

— C’est moi, murmuré-je, l’esprit confus.

— Tout va bien, Arthur ? Ta voix est… bizarre, relève-t-elle, inquiète.

Arthur… Je ne sais pas ce qui est le plus étrange. Que ma femme utilise ce prénom qui est le mien depuis dix ans, ou que ma famille m’appelle Gaylord, ce nom qui m’a été donné à quelques mois, après avoir passé mes premières semaines de vie en me prénommant Gus ? Aucune idée. Mes neurones sont en train de vriller.

— Les enchères se sont enchaînées jusqu’à pas d’heures, je suis claqué, mens-je. Ma mission est terminée, je rentre. Mon avion décolle dans une heure.

— C’est plus tôt que prévu, c’est super !

— Ouais, c’est super, soufflé-je, en essayant de me convaincre que c’est le cas.

Il faut aussi que je trouve une bonne excuse pour mes hématomes… j’y réfléchirais dans l’avion.

— Tu m’as manqué, chéri, et aux filles, encore plus.

— Vous aussi vous m’avez manqué… Marina ? l’appelé-je, la gorge nouée.

— Oui ?

— Embrasse mes filles, hein. Avant qu’elles ne s’endorment.

— Bien sûr.

Je devine son sourire à l’autre bout du fil.

— Je t’aime, chéri. À ce soir, termine-t-elle d’une voix chaude.

— Moi aussi, je t’aime. À ce soir…

Je raccroche, laissant ma tête taper contre le dossier de mon siège. Il est temps pour moi de rentrer à la maison. Tout comme il est temps pour Debbie de rentrer chez elle.

Nous avons, tous les deux, nos vies à présent.

Nous avons tous nos vies, à présent.

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