Underground T4 : Verity

Emilia Robinst · Chapitre 41 sur 62

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Underground T4 : Verity

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Chapitre 38

 

 

Coleen

 

De toute ma vie, je crois n’avoir jamais couru aussi vite dans un couloir d’hôpital.

Une fois à l’accueil, je ne tiens plus en place.

— Déborah Briant, s’il vous plaît ! Elle a été admise aux urgences, il y a une heure. Un accident de voiture !

— Hein ? me lance la vieille infirmière, ses lunettes pendant à un fil contre sa poitrine.

PUTAIN !

— Deborah Briant ! répète Stan, d’une voix plus qu’inquiète. Elle a été amenée ici par une ambulance. Le médecin nous a prévenus.

— Je suis son ICE 1, ajouté-je alors que la soignante tourne les pages de son classeur d’un geste nonchalant.

Vite, pensé-je alors qu’à côté de moi, Stan est à deux doigts de l'étriper. Quand elle trouve le dossier de Debbie, j’entends les autres arriver au pas de course derrière nous. Avec Stan, nous sommes sortis en premier de la voiture. Celle-ci n’était même pas encore garée.

— Chambre 168, nous indique-t-elle. Les visites ne sont plus autorisées depuis dix minutes. Il va falloir revenir demain.

Je vais pour lui sauter à la gorge lorsque Sabrina intervient. Grâce à ses contacts à l’hôpital, on nous accorde un laissez-passer.

— Deux personnes, pas plus, commente l’infirmière. Mettez vos noms sur le registre, vous signerez en partant !

— Merci ! m’exclamé-je en le donnant à Stan.

Je ne réfléchis même pas. C’est son homme, bien sûr qu’il est prioritaire.

Je me note à la suite du sien, puis détale dans le couloir avec mon ami, direction le premier étage. J’entends Parker me dire de les tenir au courant.

Stan et moi prenons l’escalier. Nous montons les marches deux par deux pour arriver enfin dans la chambre 168, rassurés de voir Debbie, allongée dans son lit, un turban d’élasthane autour de la tête, le bras gauche en écharpe contre sa poitrine avec de belles égratignures au visage. Mis à part ça, elle a l’air en forme. Gravement secouée, mais en forme.

— Putain ! s’exclame Stan en se jetant sur elle pour la prendre entre ses bras. Putain… j’ai eu tellement peur, mon amour !

Je m’adosse contre le mur, les genoux flageolants.

— Où est Cassey ? demande Debbie, complètement groggy.

— Avec Jodie et Jack, à l’appartement. T’inquiète pas pour lui, tout va bien. Je lui ai dit que je l’appellerai après, dès que je t’aurais vue, lui répond Stan en s’asseyant sur le bord du lit. Bordel, bébé, qu’est-ce qu’il s’est passé ? Tu foutais quoi le long du lac ?

— Rien, marmonne-t-elle, douloureusement, en se redressant. Un truc pour le boulot, j’ai pris un raccourci pour éviter les bouchons quand… quand une voiture m’a percutée. Enfin, je crois. Je ne me souviens pas de grand-chose.

J’échange un regard avec Stan. Ce n’était pas un accident. C’est clair.

En quelques mots, il lui explique ce qu’il s’est passé. Les photos que j’ai reçues, directement chez J&N’s. Toutes étaient de Debbie, juste de Debbie. Avec du sang et une cible sur chacune d’entre elles.

— Putain, lâche-t-elle, encore sous le choc. Comment vous avez su que… que j’étais là ?

— Je suis ton ICE 1, rappelé-je en m’installant sur la chaise près d’elle.

— Tu nous as fait tellement peur, chuchote Stan en lui embrassant le dos de la main.

Il emmêle ses doigts aux siens, ne souhaitant pas du tout les lâcher.

— Qu’est-ce qu’il s’est passé ? questionné-je de nouveau. Le médecin a dit que le type qui t’a extirpée de la voiture a appelé les secours.

— Si je le retrouve, je peux te dire que je l’embrasse, lâche Stan. Heureusement que ce type était là.

— Ouais… chuchote Debbie, les yeux perdus dans le vague. Heureusement, ouais…

— Ça va, ma puce ? s’inquiète Stan.

— Je suis rincée et j’ai mal partout. Surtout à l’épaule, avoue-t-elle. Elle était luxée. J’ai écopé de cinquante séances de kiné.

— C’est Jodie qui va être contente, souris-je en pressant ma main sur sa cuisse. Petite chanceuse, tu vas avoir le droit à ses doigts magiques. Elle va te requinquer, ma belle !

— Ouais, souffle Debbie, avant de se crisper.

— Je te laisse avec Stan, je vais retrouver les autres dans la salle d’attente. Je reviens.

Je referme la porte derrière moi, puis je pars les rejoindre.

Une fois tout le monde rassuré sur l’état de Debbie, j’appelle Cassey pour en faire de même. Mon neveu est mort d’inquiétude. Je lui promets que sa maman va bien en lui disant qu’il s’agit juste d’un petit accident, qu’elle sortira sûrement dans une heure ou deux, après le résultat de son scanner cérébral.

Quand je raccroche, je demande au médecin de garde s’il connaît le nom de la personne qui a eu la bonté d’âme de secourir ma belle-sœur. Malheureusement, il n’en a aucune idée.

Tant pis, je remercie déjà le ciel qu’il ait été là. 

— Stan est resté avec Debbie ? s’enquiert Parker en me rejoignant devant le bureau de l’accueil.

— Ouais. Putain, bébé, j’ai eu si peur, dis-je en trouvant refuge entre ses bras. Je… j’ai bien cru qu’elle allait y passer.

Je ferme les yeux très fort, refusant d’imaginer un seul instant comment j’aurais pu annoncer une telle tragédie à mon neveu.

— Elle est saine et sauve, chérie, c’est le principal, me rassure Parker en glissant ses mains le long de mon dos.

Sa voix est en apparence calme. Tout son corps est tendu, inquiet. D’abord Connor… puis Debbie… à quand mon tour ? Cette sensation est si asphyxiante que je commence à étouffer.

— Allons dehors, chuchoté-je. J’ai besoin d’un peu d’air.

— Ça va ? T’es toute pâle.

— Oui, juste… la tête qui tourne et quelques nausées. J’ai à peine mangé aujourd’hui et le stress ne m’aide pas, marmonné-je.

Parker m’observe attentivement.

— Quoi ? dis-je en me passant une main contre la nuque.

— C’était quand tes dernières règles ?

Sa question me prend de court. Les yeux écarquillés, je me sens toute bizarre. Merde. Je n’en sais rien. Un peu plus d’un mois. Peut-être six semaines. Putain… se pourrait-il que je sois enceinte ?

— Mademoiselle !

La voix tonitruante de la vieille infimière met mes pensées sur pause. Je me retourne vers elle pour la voir agiter une feuille de papier.

— Faut signer le registre, jeune fille !

— Ah… euh oui, j’arrive, marmonné-je en me rapprochant de son bureau, Parker sur les talons.

Je signe à côté de mon nom au moment où mon homme lui pose une question :

— Y a moyen d’avoir un test de grossesse ? ose-t-il demander alors que je lui lance un regard en coin.

Putain, manquerait plus que ça…

Je calcule à la va-vite. J’ai un implant que je devais changer cet été. Je ne me rappelle plus quand exactement… juin, juillet, août ? Aucune idée !

— Oui, bien sûr, dit-elle en mâchant un chewing-gum. Vous trouverez ça en libre-service à la pharmacie de l’hôpital. Rez-de-chaussée sur la droite, en prenant l’ascenseur au bout du couloir.

— Merci, lâche Parker en m’attrapant par la main. Viens…

Il est sérieux ?

Dix minutes plus tard, je me retrouve avec ce test de grossesse, acheté 5 $ dans un distributeur automatique, entre les mains, assise sur les toilettes. Je n’en reviens pas de faire ça… putain. Je pose le bâton en équilibre sur le lavabo, puis me rhabille rapidement.

Un mec a mis un contrat sur ma tête, sur celles de mes frères, de ma belle-sœur, et moi, qu’est-ce que je fous ? Je pisse sur un bout de plastique. Je me retiens de rire nerveusement. En plus, je sais… au fond de moi… qu’il sera positif. Depuis que Parker y a pensé, je me repasse en boucle ces dernières semaines. Stress, fatigue, nausées. C’est comme pour San… sauf que, une fois de plus, j’ai trouvé mille excuses à mon état.

— Alors ? entends-je de l’autre côté de la porte.

Je jette un coup d’œil sur le test. Putain… Putain de merde. Il y a deux barres. Deux très belles barres violettes.

Je suis enceinte.

— Coleen ? s’inquiète Parker en toquant.

J’ouvre la porte. Je me sens toute drôle. Les genoux flageolants, les mains moites. Inutile de répondre. Un simple regard sur mon visage livide fait comprendre à mon homme qu’il a renouvelé l’exploit de me mettre enceinte malgré ma contraception. Limité dans le temps, d’accord, mais quand même.

— Si mes calculs sont bons, ça sera un bébé pour le mois de mars, précisé-je sans savoir pourquoi je pense à ça, tout de suite.

— Même pas deux ans d’écart avec San. Putain, ça va être sport la prochaine saison de free-fight, me répond Parker, ses dents maltraitant sa lèvre inférieure.

— Ouais…

Je me mets soudainement à pleurer. Trop de pression. Trop de tout.

— Eh, bébé, pourquoi tu pleures ? s’inquiète Parker. C’est une bonne chose, non ?

— Tu crois ?

Bordel… vu à quel point j’aime ma fille, j’ai du mal à imaginer comment je pourrais aimer ce bébé autant… J’ai tellement de questions qui s’invitent dans mon crâne que je décide de les bloquer. Toutes. Je ne veux pas y penser.

— Putain, Coleen, me dit pas ça, panique Parker à son tour. C’est moi le froussard, toi, la guerrière. Si tu flippes avec ce gosse, je vais flipper aussi. Et tu sais ce qu’il se passe quand je stresse, hein ?

Je ne peux m’empêcher de sourire.

Il me prend dans ses bras pour me serrer fort contre lui.

— Je suis heureux, bébé. Tu me rends heureux, me chuchote-t-il à l’oreille.

Le nez enfoncé dans son cou, je hume son parfum à la cardamome et au baume du tigre. Par réflexe, je pose mes mains sur mon ventre toujours plat. Je suis enceinte... encore. Je n’en reviens pas.

— Moi aussi, je suis heureuse, avoué-je en le pressant tout contre moi. Mais là, Parker, il y a trop de choses à gérer. Je… je voudrais qu’on garde ça pour nous.

— OK, par contre, promets-moi que tu ne feras rien d’irréfléchi, Coleen, d’accord ? me lance Parker, son regard bleu électrique percutant le mien.

Il pose sa large main contre la mienne, toujours sur mon ventre.

— Promis.

Sur la pointe des pieds, je l’embrasse doucement, puis avec de plus en plus de passion tandis que ses paumes glissent dans mon dos, sous ma veste en jean, pour me caresser la peau.

— Je t’aime, Coleen.

Son portable se met à sonner. C’est Stan. Il dit que les scanners de Debbie sont bons et qu’elle peut bientôt partir. Dieu merci, pensé-je.

Avec Parker, on remonte au premier, retrouvant Stan à l’accueil. Il signe le registre d’un air mécanique.

— Ça va, vous ? Vous avez une drôle de tête.

— Trop de stress, marmonné-je en prenant appui sur le bureau.

Je louche sur le dossier de la chambre de Debbie qu’il dépose, là où un nom me saute aux yeux. Arthur Wells… C’est qui, ce mec ?

J’attrape la feuille, m’étonnant de l’heure à laquelle ce gars a signé le papier. C’était quelques minutes après l’arrivée de Debbie à l’hôpital.

— S’il vous plaît ? appelé-je.

L’infirmière soupire en me voyant revenir.

— C’est bon, vous avez terminé d’uriner sur votre test de grossesse, vous ?

Oh merde !

Stan fait volte-face vers nous, les yeux écarquillés.

— Elle a dit quoi, là ?! s’exclame-t-il.

Je me décompose. Pour l’effet de surprise, on repassera.

— T’es enceinte, C ? me questionne-t-il avant de se tourner vers Parker afin d’évaluer sa réaction.

— Dis rien à personne, mec, répond Parker. Sérieux.

— Putain… je comprends mieux vos têtes de couillons, sourit-il. Je peux quand même embrasser la future maman, hein ?

Il n’attend pas la réponse et me serre dans ses bras alors que l’infirmière perd patience. Qu’est-ce que je voulais lui demander, déjà ? Ah oui.

— Arthur Wells, indiqué-je en tapotant le nom sur le registre. C’est qui ?

Stan fronce les sourcils.

— C’est vrai, c’est qui ?

— Il a dit que c’était lui qui avait appelé les secours. Il voulait peut-être s’assurer que votre femme se portait bien, qu’en sais-je !

Avec Parker et Stan, on s’échange un regard surpris. OK… C’est… attentionné de sa part.

— Bon, je vais récupérer Debbie dans sa chambre, on se retrouve sur le parking, et après… on met toute cette histoire au clair. Va vraiment falloir en parler aux flics, nous lance Stan, soucieux. Je ne veux pas que tu sois la prochaine, Coleen… encore moins maintenant.

J’acquiesce de la tête. Parker, lui, ne pipe pas un mot.

Nous retournons dans la salle d’attente chercher Dennis, Sabrina et mon petit frère. Évidemment, ni Parker ni moi ne mentionnons le bébé.

Nous ne patientons qu’une demi-heure avant de voir Stan revenir avec Debbie. Elle a l’air complètement dans le gaz avec son bras en écharpe et son pansement qui lui barre le front. Encore vêtue de sa robe de tailleur, le sweat à capuche de Stan sur le dos, ma meilleure amie, Denis, puis Gabe l’étreignent. Mon petit frère pousse un soupir de soulagement.

— Je ne me le serais jamais pardonné s’il t’était arrivé un truc, Debbie, souffle-t-il. Tu sais que je t’aime comme ma sœur, hein ?

— Ne t’inquiète pas. Je vais bien.

Elle lui caresse doucement la joue pendant que Dennis appelle l’ascenseur pour que l’on puisse tous descendre au parking.

J’en profite pour envoyer un message sur le portable de Jodie afin de la prévenir que l’on sera bientôt de retour.

#Tant mieux. On vous attend. Cassey s’est endormi sur le canapé, le pauvre gosse était épuisé. Jack l’a mis au lit.

Tu m’étonnes, pensé-je, en rangeant mon téléphone dans mon sac.

Mes doigts effleurent une nouvelle fois mon ventre. Et dire qu’il y a un petit être à l’intérieur de mon utérus qui grandit tranquillement. C’est incroyable, quand même.

— Tu sais que le mec qui t’a sauvée est venu te voir à l’hôpital ? lance Stan à Debbie. Tu t’en souviens, ma puce ?

Ma belle-sœur a le regard perdu dans le vide. Sérieux, ils lui ont donné quoi comme médicaments ?

Nous avançons tout au fond du parking, là où Dennis et Parker ont dû garer nos deux voitures.

— Je… je sais pas, dit-elle d’une voix éteinte. J’ai perdu connaissance d’après ce que j’ai compris.

— T’es sûre que ça va ?

— C’est l’effet des sédatifs. Il faut que tu rentres et que tu te reposes, Debbie, précise Sabrina en lui adressant un petit sourire bienveillant.

— Ouais… c’est juste que…

Elle ferme les yeux, les traits tirés, son bras se resserrant autour de celui de Stan.

— Tout se brouille dans mon esprit, murmure-t-elle. Avec l’accident, je… mon cerveau superpose des souvenirs.

— Comment ça ? demande Dennis. Pourquoi tu dis ça ?

— Parce que je…

Elle secoue la tête.

— Non, oubliez. Je… j’ai juste cru que… que le mec qui m’a sortie de la voiture, c’était…

Debbie ne termine pas sa phrase, son regard se braquant sur un point, au loin. Son visage se décompose, d’un coup.

— Eh, trésor, tout va bien ? demande Stan en passant sa main dans les longs cheveux de ma belle-sœur. Debbie ? Tu m’entends ?!

Elle devient si blême que mon regard suit le sien à quelques mètres derrière nous. En me retournant, j’ai la surprise de constater qu’un homme est assis sur une moto béquillée en travers de la route, son casque sur la tête. D’un geste nonchalant, il ouvre sa visière révélant deux grands yeux verts. Deux grands yeux verts que je reconnaîtrais entre mille pour avoir les mêmes et pour les voir sur le visage de mon neveu tous les jours depuis dix putains d’années !

Lorsque le mec en question ôte son casque pour le poser sur sa selle, dévoilant une tignasse cuivrée et une mâchoire rectangulaire, je suis sur le point de m’évanouir. En particulier quand il lève les deux mains vers le ciel comme pour nous rassurer.

— Je peux tout vous expliquer…

Je cligne des yeux. Plusieurs fois. Mon sang semble avoir déserté ma tête. Je suis en manque d’oxygène, prisonnière d’un putain de cauchemar. Je ne vois que ça… 

Sinon, pourquoi Gaylord serait-il à moins de cinq mètres de moi ?!

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