Adaptabilité totale

Keith Ferrazzi · Chapitre 6 sur 55

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Adaptabilité totale

Apprenez à diriger dans le nouveau monde du travail

Apprenez à diriger dans le nouveau monde

du travail

 

Il y a quelques années, j’ai emmené un des meilleurs cadres exécutifs du

secteur automobile au Burning Man. Nous l’appellerons François par

mesure de confidentialité. François est arrivé en chemise décontractée et

short kaki, dans un état d’esprit qui, malgré une certaine curiosité, était très

empreint de scepticisme.

Une fois passé son étonnement de voir comment les autres participants

étaient habillés (ou pas habillés du tout), François a gravité naturellement

autour des centaines de passionnés de mécanique qui créent les véhicules

mutants du Burning Man – des machines roulantes bizarroïdes qui mêlent

génie technique et inspiration artistique. En 2019, un numéro du magazine

MotorTrend consacré au Burning Man a, par exemple, publié le cliché d’un

dragon cracheur de feu construit sur la carrosserie d’une fourgonnette GMC

Safari. Autre véhicule : un requin en acier de douze mètres conçu avec les

entrailles d’une Cadillac. Un autre encore était un autobus à impériale

transformé en bus à quatre étages et paré de centaines de LED 7.

François a passé beaucoup de temps avec ces fabricants de véhicules

mutants. L’un d’eux, notamment, était un génie excentrique qui, comme

notre novice l’a découvert, occupait un poste d’ingénieur concepteur chez

un concurrent. Il débitait des discours fantastiques sur ce qui était possible

dans l’avenir des transports et combien il devait travailler dur pour

transformer ce rêve en réalité. François croyait connaître le secteur

automobile sur le bout des doigts. Ce fou savant lui a montré à quel point il

manquait d’inspiration, d’imagination et il en a été ébranlé au plus profond

de lui-même.

Un soir, François l’a ramené au campement pour ce que j’ai baptisé

l’exercice d’altérité. Chaque invité est prié de revenir pour le dîner

accompagné d’un inconnu vis-à-vis duquel il nourrit de forts préjugés –

quelqu’un que, en dehors du Burning Man, il aurait jugé bizarre, extravagant et qu’il n’aurait pas fréquenté. Au cours du repas, je dirige les

discussions comme je le ferais en séance de team building, encourageant les

convives à lier connaissance avec l’individu mystérieux qu’en temps

ordinaire, ils auraient considéré comme « l’autre ». Objectif ? Se montrer

plus empathique, plus compréhensif envers ce qu’on ne connaît pas. Dans la

vie autant qu’au travail, l’empathie permet à coup sûr d’élargir ses idées et

son champ des possibles.

Avant la clôture du Burning Man, François a confié que son expérience

l’avait poussé à se poser mille questions sur sa façon de diriger. Il s’est

demandé pourquoi il n’offrait pas aux plus créatifs de ses collaborateurs

l’occasion de s’exprimer pleinement à travers leur activité professionnelle,

un peu comme ce savant fou d’ingénieur le faisait. L’enthousiasme et

l’implication dont il avait été témoin chez les fabricants de véhicules

mutants ne pouvaient-ils pas gagner aussi sa propre équipe ? N’aurait-il pas

été instrumentalisé par une hiérarchie et une bureaucratie qui ne faisaient

plus aucun bien ni à ses employés, ni à l’entreprise, ni à lui-même ? À la fin

de la semaine, François avait troqué sa chemisette et son short kaki contre

un pagne fluo.

Lorsqu’il est reparti au bureau après le Burning Man, il se sentait à la

fois galvanisé par une énergie nouvelle et impatient de transmettre son

inspiration aux membres de son équipe. Il a développé des moyens

d’écouter plus attentivement leurs idées – de manière formelle et informelle

–, leur a accordé davantage de libertés pour prendre des décisions à des

niveaux plus profonds de l’entreprise et leur a fait confiance pour cocréer

des solutions plus audacieuses, avec moins de contrôles et moins de

vérifications intermédiaires. À l’époque, la conversion de l’industrie

automobile à l’électrique était encore balbutiante et, même si l’engagement

général du secteur était loin d’être acté, certains collaborateurs de François

ont tenu à travailler sur ce que cette stratégie transformationnelle pouvait et

devait être. Pendant dix-huit mois, ils ont élaboré de nouveaux concepts

brillants et fait connaître à l’entreprise des résultats de développement

produit très rapides qui, sans cela, n’auraient jamais existé.

Les mois d’incertitude totale de la pandémie nous ont offert à tous le

même potentiel de mutation personnelle que François au Burning Man.

Nous pouvions soit nous terrer sous la tente et attendre que la tempête de

sable s’éloigne, soit tracer notre chemin vers de nouveaux sommets en

explorant l’inconnu via l’adaptabilité totale. Durant la crise sanitaire, nous

avons compris à quelle vitesse et jusqu’où les personnes pouvaient aller

quand on leur donnait l’occasion d’être à la hauteur d’une situation et de

s’en sortir par elles-mêmes. Voilà la philosophie de l’adaptabilité totale.

 

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