Adaptabilité totale
Organisez des sprints bihebdomadaires en vue de résultats quantifiables
Organisez des sprints bihebdomadaires en
vue de résultats quantifiables
Grâce à l’agilité d’entreprise, l’esprit d’expérimentation et de focalisation
sur des résultats quantifiables ouvre à l’équipe managériale mille et une
voies pour accroître son efficacité. On s’interroge davantage et on donne
moins de directives. Qu’aurons-nous accompli cette semaine ? Dans quinze
jours ? Comment avancer ? Où pivoter ? Pouvonsnous mesurer l’impact ?
Sinon, pourquoi ? Poser ce genre de questions par le biais d’une itération
rapide et audacieuse aide à rester sur les bons rails.
Prochaine étape cruciale : passer à l’action via des sprints fréquents
toutes les une à deux semaines. On peut ainsi procéder à des ajustements
intermédiaires et changer parfois d’orientation pour que les équipes, elles,
ne dévient pas de leur trajectoire cible, comme elles risqueraient de le faire
si on leur fixait de simples objectifs mensuels ou trimestriels. En général,
les sprints de quinze jours sont assez rapprochés pour qu’un travail
substantiel soit réalisé, tout en permettant de légères adaptations avant le
sprint suivant. En ce qui concerne les projets plus urgents, il conviendra
peut-être d’organiser des sprints hebdomadaires. L’agilité de crise est
souvent passée par là.
À la fin du sprint, les membres de l’équipe organisent un stand-up
meeting et abordent plusieurs questions : qu’avons-nous accompli ? Où
allons-nous ? De quoi avons-nous besoin de la part de l’équipe et de chacun
? Quels obstacles nous bloquent la route ? La capacité de pivoter, de sprint
en sprint, est l’essence même d’une agilité efficace. On célèbre la
progression en atteignant des objectifs à court terme quantifiables et, si on
est entravé par des erreurs ou des impasses, les répercussions négatives sont
limitées parce que l’équipe remet l’ouvrage sur le métier deux fois par
semaine et qu’elle se réunit souvent, voire chaque jour. Ces moyens itératifs
simples d’organiser le travail l’aident à trianguler, sprint après sprint, vers
l’étoile Polaire que constituent les ambitions à long terme de l’organisation.
Les équipes technologiques s’appuient sur les méthodes agiles formelles
qui permettent une innovation permanente grâce aux process et aux
technologies de système qui soutiennent les activités de l’organisation. La
phase de sortie des clients chez Target est surveillée et mise à jour par des
groupes d’équipes interfonctionnelles agiles, où chacune cherche à
améliorer un critère précis, tel que le scannage des articles, la remontée des
coupons de réduction ou encore l’ordre de paiement.
Avec une procédure agile, un haut responsable aux ventes chez Target «
possède » la vision, la feuille de route, ainsi que l’établissement des
priorités pour l’ensemble du processus de sortie. Ce manager collabore avec
l’équipe technique sur un mode rapide et itératif qui inclut des stand-up
meetings quotidiens (parfois appelées scrums, ou mêlées) afin de
hiérarchiser les mises à jour produits et les modifications liées à l’évolution
des comportements et des préférences clients.
Voilà comment une équipe agile se met en action, avec une noble
mission fixée par un cadre de direction, qui définit le problème client à
régler. Chez Target, chaque équipe interfonctionnelle agile (souvent entre
cinq et neuf personnes) tourne autour d’un product owner et d’un coach
agile, ou scrum master, chargé de contrôler la progression et de maintenir le
processus sur la bonne voie. L’équipe constitue un backlog de tâches et
programme une séquence afin de prioriser ce backlog, toujours selon
l’impact et la valeur client.
Au cœur de chaque effort agile fructueux, on trouve un avantprojet, qui
assure l’alignement et l’évolution rapide vers un but commun. Ces petits
textes d’une page, rédigés par le product owner, englobent les résultats, les
étapes jalons, les ressources nécessaires et les obstacles. Une fois le
document terminé, on commence par un sprint zéro : les collaborateurs se
mettent d’accord sur l’avant-projet, interrogent toutes les hypothèses et
déterminent précisément ce qui doit être livré et quand.
Dès qu’elle a bien compris les enjeux et validé l’avant-projet, l’équipe
agile entame son premier sprint de quinze jours : elle prend le sujet
prioritaire numéro un du backlog, puis se réunit chaque matin pour discuter
des difficultés rencontrées et identifier qui a besoin d’aide. Parmi les objectifs souvent fixés, on trouve par exemple celui d’établir un prototype
fonctionnel à présenter aux clients, puis de parler du prochain sprint de
quinze jours.
David Frazee, vice-président du laboratoire de recherche et de
développement chez 3M, dirige des dizaines de groupes d’équipes agiles
depuis plus de quinze ans. Lui qui a entamé sa carrière sous le régime des
méthodes lentes, descendantes et bureaucratiques, il parle de sa découverte
de l’agilité comme d’un réveil en salle de réanimation. Un jour, alors qu’il
concluait une formation de trois jours sur le sujet devant 35 équipes, il leur
a assené : « Vous ne venez pas de suivre un simple stage. Vous étiez en cure
de désintoxication. Et, là, maintenant, vous allez adopter un comportement
différent. Car, quand on sort de désintox, on ne peut pas rechuter. »
Choisir l’agilité implique de démanteler les tâches d’envergure en
opérations courtes que chaque équipe entreprendra en même temps. Tout
l’art de cette méthode consiste à s’assurer que les missions soient assez
modestes pour être accomplies rapidement et assez vastes pour avoir du
sens.
« Une équipe a toujours besoin de faire quelque chose qui compte,
explique-t-il. Ce ne peut pas être quelque chose de trop gros, au point de
faire courir un risque majeur, mais il n’est pas non plus question que ce soit
insignifiant, car les employés lâcheraient avec dédain : “Ça, n’importe qui
peut y arriver. ” » L’agilité est un mouvement, au sens où chaque projet
agile fait la publicité de la méthode. Il reflète tout l’intérêt qu’il y a à agir de
cette nouvelle manière.
Et de conclure : « Vous souhaitez atteindre un résultat remarquable. Vous
voulez que les autres regardent et s’exclament : “Vous avez déplacé ces
montagnes avec si peu de gens ?” »
L’agilité est, par définition, inclusive et parfaitement adaptée à la
transversalisation. Les nouveaux arrivants, aussi naïfs et mal préparés
soient-ils, peuvent être parachutés au sein d’une équipe agile, où la structure
auto-organisée les aidera spontanément à comprendre comment apporter
leur contribution immédiate. Chez 3M, cela leur a apporté un bonus
inattendu. L’entreprise s’est lancée dans l’agilité avec l’espoir d’accroître sa vélocité et sa productivité. « Ce dont nous n’avions pas pris conscience,
concède David Frazee, c’est que nous pouvions ajouter sans cesse des
équipes et des collaborateurs à l’organisation, pour l’essentiel à notre guise.
Nous pouvions embaucher n’importe qui, le parachuter quelque part et lui
confier une tâche en rapport avec ses compétences. »
C’est à mille lieues de l’ancien mode de fonctionnement de 3M, où un
jeune employé devait d’abord maîtriser la bureaucratie des budgets, des
programmes et des projets « pour qu’enfin, après avoir tout assimilé, il
apporte sa pierre à l’édifice et se fasse une petite place ».
Avant mars 2020, les stand-up meetings quotidiens des équipes agiles de
3M se limitaient à se rassembler dans le même bureau pour échanger des
idées sur les tâches du jour. Lorsque la pandémie a envoyé tout le monde en
télétravail et que ces rencontres sont soudain devenues des rendez-vous à
distance, un nouveau champ des possibles s’est ouvert : les équipes agiles
n’avaient plus besoin de se rencontrer sur un même site. Avec 70 % des
employés de laboratoire concentrés au siège dans le Minnesota, elles
n’avaient jamais pris conscience qu’elles passaient à côté des contributions
des 30 % restants, implantés dans les autres laboratoires du monde entier.
Aujourd’hui, les unités 3M d’Asie et d’Europe, qui communiquaient
jusque-là le résultat de leurs travaux une fois par mois au laboratoire
principal, sont pleinement intégrées aux équipes agiles virtuelles et hybrides
de l’ensemble du groupe.
« Avec la pandémie, nous avons dû traiter les autres laboratoires
comme une partie intégrante de l’équipe. Et cela a été une révolution,
reconnaît David Frazee. Si nous n’avions pas été contraints de le
faire, nous aurions sans doute continué de les considérer comme des
collaborateurs de seconde classe à qui lancer : “Hé ! Vous voulez bien
regarder notre travail et confirmer que vous êtes d’accord ?” »
OceanofPDF.com