Adaptabilité totale
Adoptez la cocréation grâce à la coélévation
En 2020, la pandémie a contraint les entreprises à ériger en nouvelle norme
des comportements collaboratifs que nous avions vus et revus lors de nos
recherches sur les meilleures équipes adeptes de la coélévation. Pendant
longtemps, il suffisait d’un travail poli et coopératif pour faire ce qu’il y
avait à faire. Chacun fonctionnait de manière indépendante, remplissant son
rôle et effectuant les tâches qu’on lui avait assignées, ne recourant à une
réelle collaboration qu’en cas de nécessité. Au sein des équipes
ultraperformantes, en revanche, l’objectif est de dépasser le stade de la
coopération pour créer une dynamique de cocréation permanente et
illimitée. Leurs membres, interdépendants, y partagent la responsabilité des
résultats de leurs collègues. Ils se dépannent quand l’un d’eux a besoin
d’aide et s’engagent mutuellement à franchir ensemble la ligne d’arrivée.
C’est l’essence même de ce que nous appelons le travail d’équipe en
coélévation, quand tous les collaborateurs dégagent en bloc des résultats qui
améliorent, en même temps, leurs capacités individuelles. Les nouveaux
outils du travail virtuel et hybride rendent ce fonctionnement plus
impérieux et plus adapté au nouveau contexte professionnel, où les projets
d’équipe dépassent le stade de la simple coopération pour devenir
véritablement cocréatifs.
Comment Fox Factory est devenu une équipe en
coélévation
Chez Fox Factory, Mike Dennison avait pris ses fonctions de directeur
général depuis peu quand l’année 2020 est arrivée avec son lot de défis
complexes. Comment gérer la refonte organisationnelle imposée par la
pandémie avec, en toile de fond, des zones de brasier çà et là, de l’agitation
sociale, le confinement de la clientèle ou encore des chaînes logistiques
surchargées ? Et comment y parvenir tout en restant dans la course avec une stratégie audacieuse qui visait à doubler la taille de l’entreprise pour
atteindre deux milliards de dollars d’ici à cinq ans ?
Fox Factory conçoit et fabrique des pièces détachées haute performance
de motoneige, de VTT, de moto, de quad, de 4x4, de pick-up et de SUV.
Comme beaucoup d’autres, l’entreprise fonctionnait avec un ensemble de
lignes de production où chaque responsable de secteur était le garant de ses
propres résultats. Mike Dennison a décidé de rapprocher les services,
notamment en raison de soucis opérationnels engendrés par la crise
sanitaire mais, surtout, parce que la collaboration transversale vers des
objectifs communs allait stimuler la croissance et créer de nouvelles
richesses grâce à l’interdépendance des équipes. La collaboration et
l’inclusion – essentielles à la mutation vers la coélévation – étaient la
solution. Lors d’une réunion virtuelle avec ses employés répartis aux quatre
coins du pays, le directeur général a lancé le débat : « En dehors des
acquisitions et de notre habituel plan de croissance, que pourrions-nous
faire pour augmenter le chiffre d’affaires de 30 % ? » Il savait que ses
grandes ambitions pour Fox Factory devaient obligatoirement passer par
une refonte totale de la stratégie de développement et de commercialisation
des produits. Cependant, il n’a pas limité le débat à une seule gamme ou au
simple service marketing. La résolution du problème est devenue l’affaire
de tous.
À la fin de 2020, Fox Factory avait réalisé des trimestres record, que ce
soit en termes de ventes ou de bénéfices par action. Ces résultats
remarquables, explique Mike Dennison, « nous ont confortés dans l’idée
que nous pouvions gérer n’importe quelle crise tactique grâce à des
initiatives stratégiques et à un nouveau système de coélévation. Tout en
continuant d’assurer les tâches quotidiennes, nous avons instauré de
véritables process de gestion générale collaboratifs. C’est une preuve réelle
de l’harmonisation et du travail d’équipe sans précédent que nous avons su
établir au sein de l’entreprise ».
Cette action conjointe en tant qu’équipe intégrée était le seul moyen de
gérer autant de crises à la fois. « Une souplesse hors norme était de mise,
car des changements et de nouveaux défis nous tombaient dessus jour après jour, depuis les cas de Covid jusqu’aux crises locales, à l’agitation sociale
et, finalement, à la surcharge des chaînes logistiques, se rappelle le directeur
général. Je ne compte plus les semaines où il a fallu affronter en même
temps tout ce que je viens de citer. Le succès se mesure à la fois en matière
de survie organisationnelle de l’entreprise et de progrès réels vers nos
objectifs à long terme. »
À l’image de ce qui s’est passé pour Fox Factory, des équipes en
coélévation, soutenues par le refus obstiné des salariés de s’abandonner les
uns les autres, ont, sous nos yeux, créé des dizaines de milliards de dollars
de valeur actionnariale grâce à l’innovation et à la transformation. J’ai
enseigné ces mêmes comportements et pratiques de coélévation à certaines
entreprises du classement Fortune 500, à des marques de moyenne
envergure et même à des start-up en plein essor. Chaque fois, les équipes les
plus performantes, stimulées par la coélévation, ont connu une croissance
inattendue et maîtrisé les risques de ralentissement. Elles ont partagé la
charge managériale et se sont battues ensemble, tels les membres soudés
d’une fratrie, pour atteindre des objectifs audacieux et des résultats
extraordinaires. La toute première étape du voyage a été d’accepter sans
ambages de nouvelles normes comportementales au niveau du travail
d’équipe : la recontractualisation.
Recontractualisez pour vous coélever
La mission d’un vrai capitaine coélévateur est de promouvoir un sentiment
mutuel de responsabilité entre les membres de son équipe et de nourrir une
philosophie commune selon laquelle chacun est impliqué dans le succès de
ses pairs. Avant l’intégration des opérations de Fox Factory, chaque ligne de
production fluctuait en fonction de ses propres performances. Or, pour
obtenir la croissance recherchée par Mike Dennison, une réflexion plus
poussée devait inciter les responsables de toutes les lignes de production à
chercher de nouveaux modes de collaboration. Les employés, qui avaient
toujours eu un grand sens des responsabilités, remplissaient leurs objectifs et leurs engagements. Confrontés à la crise et à cette nouvelle volonté de
croissance, ils ont dû se tenir mutuellement responsables de tout.
Contrairement au concept traditionnel d’équipe en étoile, où le capitaine est
au centre, la coélévation nécessite une interdépendance entre les membres
de l’équipe, qui se traduit par un soutien franc entre pairs et une
responsabilité réciproque. Même lorsqu’ils sont en concurrence au niveau
des ressources ou qu’ils font passer leur avis en premier, les collaborateurs
peuvent toujours s’engager pour le succès de leurs collègues en constituant
une base de soutien mutuel. Personne n’a réussi tant que tout le monde
n’aura pas réussi : l’équipe franchira en même temps la ligne d’arrivée.
Les membres de GFTW ont remarqué avec quel naturel les équipes en
crise ont fini par adopter une grande partie de ces comportements à haut
rendement. En temps habituel, le meilleur moyen de créer un sentiment
d’engagement partagé reste néanmoins que l’équipe souscrive un contrat
social clair et net. J’ai décrit ce processus dans mon livre précédent,
Leading Without Authority 2. Les membres de l’équipe débattent
ouvertement des dimensions souhaitables d’un bon comportement
collaboratif, puis ils acceptent de soutenir leur croissance et leur réussite
mutuelles en adoptant ces attitudes à long terme. La transparence du
processus et la nature contractuelle de l’accord font que le respect des
consignes de conduite devient un engagement sérieux, voire une affaire
d’intégrité personnelle.
Signer une charte de comportement peut paraître tiré par les cheveux,
car, dans les efforts collaboratifs classiques, on discute peu ou pas de ces
problèmes. Cela se vérifie surtout quand les employés se connaissent depuis
des années et qu’ils sont installés sur un même site. Il est tentant de croire
qu’en travaillant tous chaque jour au même endroit, nous avons forcément
une conception similaire de nos engagements et de nos responsabilités.
Néanmoins, nous avons connu assez de dysfonctionnements au travail pour
savoir que c’est loin d’être la vérité. Dans n’importe quelle collaboration,
un contrat social commun doit être négocié, sous peine qu’un autre,
défaillant celui-là, ne devienne peu à peu la norme.
La recontractualisation est encore plus essentielle chez les équipes
virtuelles et hybrides, où les salariés en télétravail risquent de ne pas être
inclus équitablement. L’arrivée de nouveaux collègues en distanciel
encourage l’instauration de nouvelles normes sociales et favorise, par
conséquent, une collaboration plus élevée. S’il vous faut une excuse pour
donner un coup de pied dans la fourmilière, l’essor croissant des équipes
virtuelles et hybrides vous permettra d’être un agent de changement et de
redéfinir un contrat visant à établir un engagement commun de coélévation
et de cocréation, encore plus abouti que celui qui existait lorsque les
équipes étaient implantées sur le même site.
Pour chaque responsable, l’amorce d’une discussion franche de
recontractualisation débute par l’exploration simple d’attitudes visibles :
1. Quels comportements au travail ont besoin d’être améliorés afin que
nous puissions atteindre nos objectifs immédiats ?
2. Quelles nouvelles pratiques à haut rendement devrions-nous adopter
pour soutenir et renforcer encore davantage les comportements
collaboratifs ?
Les responsables peuvent ensuite proposer le questionnaire suivant,
fondé sur l’enquête comparative que Ferrazzi Greenlight mène avec chaque
équipe au début, pendant et à la fin de son programme de coaching :
1. Notre équipe évite-t-elle le conflit ? Osons-nous contester ce qui se dit
dans la pièce et parler ouvertement, même quand il est risqué de le faire
?
2. Notre équipe est-elle divisée en silos ? Nos interdépendances nous
permettent-elles de collaborer et de créer de la valeur concrète ?
3. Notre équipe est-elle bridée par la hiérarchie ou par un excès de
contrôle ?
4. Sommes-nous engagés à nous tenir mutuellement responsables, à faire
le nécessaire pour franchir la ligne d’arrivée ensemble ?
5. Les membres de notre équipe sont-ils très impliqués les uns envers les
autres, mus par la générosité et prêts à bâtir des relations réciproques de
bienveillance, de confiance et de soutien ?
Assurer la sécurité psychologique de l’équipe nécessite des efforts
délibérés et ciblés, que vos collaborateurs soient assis dans le même bureau
que vous ou qu’ils habitent à l’autre bout du monde. La recontractualisation
va bien au-delà des relations ordinaires entre collègues qui se saluent dans
le couloir et déjeunent parfois ensemble. Avantage du contrat : rappeler à
tous en quoi consiste un comportement d’équipe idéal, ce qui incite à
engager une réflexion personnelle sur les points où, chez eux, cela pourrait
pécher.
Quand Ferrazzi Greenlight commence à travailler avec un groupe, nous
demandons aux collaborateurs d’évaluer leur équipe selon 22 critères de
coélévation. Puis, tout le temps du coaching, nous continuons de les
interroger et de classer les résultats obtenus sur ces 22 critères qui,
désormais, servent d’indicateurs de progression. Des équipes dirigeantes de
haut vol dans des sociétés comme Fox Factory, Delta Air Lines, General
Motors, Verizon, Unilever ou Salesforce ont suivi le processus afin d’élever
leurs attentes envers elles-mêmes et de passer à la vitesse supérieure.
Ce n’est pas la distance physique qui empêche les télétravailleurs de se
coélever. Les problèmes majeurs sont la distance stratégique (manque
d’alignement de l’équipe), la distance opérationnelle (manque de process
huilés pour opérationnaliser le travail) et la distance relationnelle (manque
d’implication mutuelle des employés). Les études montrent que, sur ces
trois types de distances, la distance relationnelle est celle qui impacte le
plus l’innovation, la confiance, l’apprentissage et les résultats globaux2. Si
vous réussissez à combler le fossé de la distance relationnelle (engagement
vis-à-vis de la réussite des autres), la grande majorité des problèmes liés
aux deux autres dimensions – distance stratégique et distance opérationnelle
– seront d’emblée plus faciles à gérer. En aucun cas la distance physique ne
sera un obstacle si une équipe a redéfini son contrat en vue de se coélever.
Engager une équipe en coélévation dans une démarche de
recontractualisation exige du temps, voire une certaine dose de coaching,
mais cela ne doit pas devenir une corvée. La coélévation vise à ce que tout
le monde se démène pour devenir meilleur – meilleur dans sa carrière
personnelle et meilleur dans sa relation avec les autres. Il faut que cela reste une démarche joyeuse et expressive. Au plus fort de la pandémie, quand le
niveau de stress et d’épuisement atteignait des sommets, beaucoup
d’équipes ont constaté que les collaborateurs se sentaient plus connectés et
impliqués que jamais envers leurs collègues. Ils joignaient leurs efforts et
s’engageaient à suivre un nouvel ensemble de règles imposées par la
situation. Aujourd’hui, la question est de savoir si on peut maintenir ce
sentiment d’implication mutuelle en tant que choix délibéré, et non plus
pour affronter une situation de crise.
À cet égard, la coélévation ressemble fort à la construction d’une grange,
célèbre tradition amish où tout le monde s’attelle à la tâche avec beaucoup
d’altruisme, tout en se formant auprès des artisans chevronnés qui dirigent
le chantier. Pour les membres de la communauté, la construction d’une
grange n’est pas qu’une simple affaire de charpentier. Ce travail collectif est
aussi l’occasion de souder les relations et de renforcer les valeurs
communes. Certains Amish considèrent l’édification d’une grange comme
un grand frolic, terme issu du vieux néerlandais, qui signifie « joyeux » ou «
enthousiaste » 3. Eh bien, il faut que vos équipes suivent ce modèle. Si vos
actions collaboratives ne sont pas animées par le même entrain, il est
probable que certains de vos pairs ne se sentent pas psychologiquement en
sécurité et que votre équipe en coélévation doive reprendre son débat sur la
recontractualisation.
Nouvelle forme essentielle de management, la coélévation progresse
avec le temps et grâce aux méthodes que nous avons identifiées, au cours de
nos travaux, comme étant des pratiques à haut rendement. En 2020, quand
notre coaching est devenu entièrement virtuel, nous y avons vu une
occasion en or de tester toutes les bonnes pratiques de travail virtuel et à
distance que nous élaborions depuis plus de dix ans. Toutes les équipes que
nous avions prises sous notre aile ont ainsi connu des bouleversements
majeurs : augmentation de 79 % de la franchise, augmentation de 75 % du
développement, augmentation de 46 % de la collaboration et augmentation
de 44 % de la responsabilité.
Après avoir fait appel à nos services, Eric Starkloff, directeur général de
NI (anciennement National Instruments), nous a confié : « Ce fut une révélation. Jamais nous n’aurions pu réagir aussi vite ni atteindre le degré
de ralliement qui est le nôtre aujourd’hui. » Il explique qu’avant notre
coaching, il était communément admis que les adjectifs collaboratif et
rapide étaient incompatibles avec la prise de décision. « Le changement le
plus notable a été notre capacité à monter en puissance pour prendre en un
délai record des décisions opérationnelles. Et [des décisions] auxquelles
nous nous tenons, car la démarche est collaborative et que, par conséquent,
le ralliement y est beaucoup plus puissant. »
Pratiques collaboratives à haut rendement
Une fois l’accord sur le nouveau contrat social validé, il est temps
d’instaurer un ensemble de pratiques grâce auxquelles vos nouveaux
comportements deviendront des habitudes. À l’image de Fox Factory, de NI
et d’une foule d’autres entreprises en 2020, voici comment essayer certaines
des bonnes pratiques à haut rendement que nous avons identifiées chez
Ferrazzi Greenlight et à l’Institut GFTW.
Rejoignez les sous-salles
Les environnements virtuels nécessitent l’utilisation fréquente de sous-
salles comme catalyseur d’une collaboration approfondie. Ne vous
considérez pas comme le noyau central. Votre travail est de poser les
bonnes questions et de scinder l’équipe en groupes restreints de deux ou
trois personnes. À chaque séance en atelier, demandez aux participants de
consigner leurs remarques au sein d’un document partagé, puis revenez à la
réunion d’origine avec leurs observations. Même si vous n’avez pas le
temps de faire un retour sur chaque groupe, celui qui a posé la question
pourra en profiter plus tard en ayant accès aux notes écrites des autres.
Selon nos études, les équipes qui fonctionnent ainsi résolvent leurs
problèmes plus vite et recueillent des contributions plus audacieuses de la
part de voix très diverses. Pourquoi ? Parce que les personnes réfractaires au conflit n’aiment pas parler à cœur ouvert devant un public élargi et
qu’elles se sentent psychologiquement plus à l’abri dans des sous-salles de
deux ou trois collègues. La comportementaliste organisationnelle Amy C.
Edmondson et son équipe de chercheurs de Harvard ont défini la sécurité
psychologique selon quatre critères simples. Les membres d’une équipe se
sentent bien 4 si et seulement si :
1. Il est permis de commettre des erreurs.
2. Les sujets délicats sont abordés sans détour.
3. Ils sont ouvertement prêts à s’entraider.
4. Leurs différences sont les bienvenues, c’est-à-dire qu’ils se sentent
libres d’être eux-mêmes.
En petits groupes, les personnes ont moins d’appréhension à entamer une
discussion franche au service de l’équipe, de sa mission et des collègues.
Elles ont davantage le courage de s’exprimer sur des questions ardues. Elles
pratiquent l’autocritique et éliminent les idées les plus faibles. Notre institut
de recherche s’est aperçu qu’au moment de revenir exposer leurs
conclusions, les groupes ne perdaient pas beaucoup en courage ni en
franchise – tout au plus 15 % de dilution. Tout cela grâce au pouvoir
d’intimité des sous-salles. Les collaborateurs n’ont pas envie de se
décrédibiliser en édulcorant leurs propos lorsqu’ils quittent la sous-salle
pour rejoindre le groupe principal. Consacrez au moins 50 % de votre temps
de réunion aux ateliers en sous-salles, et vous constaterez une accélération
rapide des avantages d’une collaboration sincère et approfondie.
Passez à la la résolution collaborative de problèmes
Tous ces outils sont d’une importance capitale dans la résolution
collaborative de problèmes (RCP), qui compte parmi les structures de
réunion virtuelles les plus puissantes qui soient. Fruit de nombreuses années
de coaching de responsables d’entreprises figurant au classement Fortune
500, la RCP se concentre sur une ou plusieurs questions critiques pendant
une réunion d’une heure à une heure et demie. Pendant la moitié de la séance au moins, l’équipe se répartit en groupes de trois ou quatre pour
discuter de la ou des question(s) et poser ses conclusions. Les questions
peuvent concerner la manière d’atteindre un but précis ou de limiter un
danger. Formulez la demande avec soin afin d’obtenir aisément des
réponses. Quelles innovations pourrions-nous apporter à l’expérience retail
? Qu’est-ce qui risque de nous faire dérailler dans les six prochains mois ?
Dès lors, tout le monde se prépare en intégrant données et idées fournies par
des équipes plus larges. Chacun doit avoir conscience que celui qui prend la
décision finale est celui qui pose la question. Ce dernier fournit une réponse
instantanée : soit un « oui, nous allons le faire » clair et net, soit un « non, et
voici pourquoi », soit un « peut-être, nous allons y regarder de plus près ».
Le but n’est pas de parvenir à un consensus mais plutôt à un dialogue
énergique et à une conclusion orientée action. L’élément le plus puissant de
la RCP est la répartition en sous-groupes, qui incite à la franchise et
diminue l’évitement des conflits. Lorsqu’une réunion se cantonne à des
comptes rendus inutiles, c’est souvent le signe que l’équipe a des problèmes
de franchise et que la collaboration n’y est pas efficace. La RCP peut vous
sortir de l’impasse et vous permettre de privilégier des réunions moins
nombreuses avec une collaboration plus asynchrone. Comme vous le verrez
dans les chapitres suivants, la RCP est une structure de réunion essentielle
qui offre des résultats rapides grâce à toutes les applications de
l’adaptabilité totale.
Limitez les réunions
Qu’elles aient lieu en face en face ou en ligne, un tiers de vos réunions sont
une perte absolue de temps et d’énergie. Elles pèsent aussi très lourd sur la
concentration mentale des employés. En raison d’un nombre excessif de
réunions en journée, ces derniers doivent trop souvent travailler la nuit et le
week-end, ne serait-ce que pour effectuer des tâches nécessitant une plage
prolongée de concentration. À l’Institut GFTW, nous avons étudié la
collaboration asynchrone, qui consiste à utiliser des outils virtuels pour
réussir mieux et de manière plus approfondie ce pour quoi vous auriez pu organiser une réunion. Asynchrone signifie qu’on travaille davantage en
collaboration par le biais de documents écrits ou enregistrés, sans être tenu
d’assister tous à la même réunion au même moment. Ce mode de
fonctionnement donne le temps de s’exprimer et de s’engager clairement.
Les clés d’un travail asynchrone réussi sont : (1) une communication
concise et simplifiée ; (2) l’identification nette du décisionnaire pour
chaque mesure à prendre ; (3) une transparence absolue de communication
au sein de l’équipe ; (4) une réactivité vis-à-vis de chaque message reçu ; et
(5) l’allocation d’un délai pour que les collaborateurs fassent le point sur les
éléments que vous partagez avec eux.
GitLab et Dropbox font partie des nombreuses entreprises qui,
aujourd’hui, ont fait le choix de « l’asynchronie par défaut » pour inciter
leurs managers à limiter la quantité de réunions. Ces deux sociétés
proposent des guides pratiques sur les règles à suivre pour une bonne
collaboration asynchrone, ainsi que des conseils de rédaction5. Un objectif
raisonnable serait de viser 30 % de réduction des heures de réunion le mois
d’après. Commencez par une conversation à bâtons rompus pour détendre
l’assistance et créer une atmosphère d’empathie générale. Allez plus loin
que les simples banalités d’ouverture d’une réunion en présentiel. Quand les
collaborateurs sont disséminés sur différents sites, il est important de
réveiller la part d’humanité en chacun, de sorte que les personnes soient
autre chose qu’un visage plaqué sur un écran d’ordinateur.
Partagez les bons comme les mauvais moments
Si vous ne pouvez pas faire autrement que d’organiser une réunion,
démarrez la séance avec un mélange de relationnel et d’empathie. Les
réunions en ligne devraient toujours commencer par le respect du besoin
que tout le monde a de se sentir en connexion. Concernant les réunions à
grande échelle, un bon moyen de susciter rapidement l’empathie est de
demander à chacun de partager un joli moment ainsi qu’un épisode difficile
de son quotidien. L’anecdote positive peut être quelque chose de très
simple, comme la nouvelle petite réussite de son enfant ou la visite prochaine d’un ami qui habite loin. L’évocation d’un instant pénible risque,
en revanche, de mettre la personne en situation de vulnérabilité si elle
évoque, par exemple, un être cher hospitalisé ou les difficultés de son
conjoint. Les experts en sciences sociales prônent depuis longtemps le
pouvoir fédérateur de la vulnérabilité et de l’empathie, idée popularisée par
l’écrivaine à succès Brené Brown6. Pendant la pandémie, certains
responsables se sont montrés plus vulnérables et plus authentiques
lorsqu’ils ont déclaré se heurter constamment à des exigences
professionnelles imprévues ou qu’ils ont exprimé leurs craintes vis-à-vis de
la santé de leurs proches. Ce discours à cœur ouvert a créé du lien et fait
atteindre des niveaux de confiance et d’acceptation jusque-là inédits.
L’empathie est toujours précieuse dans un contexte présentiel. En ligne, elle
est absolument fondamentale.
Assurez-vous du bien-être professionnel et personnel de vos
équipes
À chaque rencontre virtuelle, qu’il s’agisse d’une réunion ou d’un appel
téléphonique à quelqu’un à qui vous n’avez pas parlé depuis plusieurs jours,
commencez par prendre de ses nouvelles. Comment va-t-il vraiment sur le
plan personnel ? Comment les choses se passentelles vraiment au travail ?
Nous ajoutons le mot vraiment, car vous ne devez pas rester au stade du
papotage mais aller en profondeur et vous concentrer sur ses combats et ses
fragilités. Pour bien se coélever, les membres de l’équipe doivent savoir
comment tout le monde se porte tant au niveau physique et psychologique
qu’émotionnel. Cela va au-delà de l’exercice d’empathie qui consiste à citer
un bon et un mauvais moment. Si vous voulez optimiser leur potentiel, vous
devez comprendre ce que vos collaborateurs ont en tête. Lorsqu’on se sent
invité à se confier sur sa propre existence, des miracles peuvent surgir de la
discussion – des miracles en termes de service et d’implication, qui érigent
des relations durables de confiance.
Exploitez au maximum les outils collaboratifs en ligne Le rythme de la collaboration s’accélère quand les idées audacieuses sont
plus faciles à partager. Une nouvelle génération d’applications en ligne a
fortement amélioré les possibilités de collaboration, asynchrone ou en
temps réel, entre pairs. Les équipes peuvent ainsi réduire leur nombre de
réunions ou, quand une session est nécessaire, permettre aux personnes qui
n’ont pas pu y assister de se tenir informées en consultant l’enregistrement
de la réunion. Au-delà de ces outils, il émerge aussi une génération nouvelle
de tableaux blancs virtuels et d’applications de brainstorming et de
coopération qui simplifient la collaboration asynchrone et la rendent plus
efficace. Ces nouvelles applications proposent souvent un feedback rapide
et utile grâce à des méthodes de sondage empruntées à l’univers des médias
sociaux et des jeux vidéo.
Faites des pauses « franchise »
Les collaborateurs qui se soucient sincèrement les uns des autres
n’hésiteront pas à exprimer leurs critiques si c’est pour le bien de l’équipe.
Telle est l’essence de la coélévation. Néanmoins, si vous avez un jour
l’impression que les participants tournent tous autour du pot, le meilleur
moyen de découvrir ce qu’on vous cache est de décréter une pause
franchise. Suspendez la réunion à un moment que vous jugerez opportun et
demandez : « Qu’est-ce que vous ne dites pas ? » Répartissez-vous dans des
sous-salles, où tout le monde se posera cette même question. Prenez des
notes dans chaque sous-salle, puis partagez vos réflexions avec l’ensemble
du groupe.
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