Adaptabilité totale
Cocréez des solutions face aux facteurs de stress les plus graves
Cocréez des solutions face aux facteurs de
stress les plus graves
En juin 2020, la crise de la Covid avait éclaté depuis trois mois quand Laura
Chambers, ancienne cadre chez eBay et Airbnb, a accepté un poste de
directrice générale chez Willow, start-up de FemTech florissante et bien
financée de la Silicon Valley.
Moins de quinze jours après son entrée en fonction, elle avait déjà pris
conscience des grandes difficultés de sa nouvelle équipe. Lors d’une série
de conversations en tête-à-tête, ses collaborateurs lui ont décrit comment,
chez eux, ils devaient jongler entre leur travail et leurs obligations
personnelles et familiales. Tous ont affiché le même enthousiasme pour la
mission de l’entreprise – apporter de la joie dans tous les aspects de la
maternité. En revanche, leurs soucis étaient beaucoup plus disparates :
solitude, manque de place, isolement social. Puisque les crèches et les
écoles avaient fermé pour une durée indéterminée, leurs problèmes de
parents variaient aussi en fonction de l’âge et du nombre d’enfants confinés
avec eux.
« Il fallait clairement faire quelque chose pour soutenir l’équipe », se
souvient la directrice fraîchement arrivée. Elle qui avait travaillé dans de
grosses entreprises bénéficiant d’une enveloppe budgétaire et d’effectifs
dédiés au bien-être, elle savait qu’avec sa modeste start-up, l’approche
devrait être différente. « Je voulais dénicher des solutions de bric et de broc
qui règlent les problèmes de fond sans pour autant exiger des sommes folles
ou une main-d’œuvre incroyable. Je n’allais pas non plus trouver la
panacée. Je devais piocher des idées à la base et concevoir des solutions
modulables en fonction des situations de chacun. »
Cette quête de solutions l’a amenée à transversaliser et à crowdsourcer
les idées d’un bout à l’autre de l’entreprise. Au cours de réunions virtuelles,
les employés de chez Willow ont diagnostiqué des marqueurs précis de
stress, des zones problématiques, puis ils ont commencé à cocréer autour.
Parmi les solutions qui ont émergé, on peut citer Project Thrive, série de
cours en ligne consacrés au yoga, aux techniques de respiration et aux
groupes de coaching/thérapie. Une autre idée, censée réduire le stress de
l’aménagement du temps de travail, a débouché sur la création d’un
système de « blocs violets » préprogrammés, où les collaborateurs étaient
félicités d’avoir réservé sur leur agenda – et sans culpabiliser – des plages
d’activités personnelles (séance de musculation, promenade, aide aux
devoirs des enfants) en ne prêtant plus attention ni aux mails, ni aux SMS,
ni aux appels téléphoniques.
En janvier 2021, Willow a accueilli le Nouvel An avec un défi
Changeons nos habitudes, au cours duquel les salariés s’encourageaient à
prendre deux ou trois nouvelles habitudes et à vérifier mutuellement que
chacun applique bien le principe de responsabilité. « D’un point de vue
individuel, Laura Chambers écrivait-elle dans ses vœux, accomplir ce
travail avec mon équipe m’a permis d’apprendre des stratégies de résilience
et d’autocompassion, qui m’ont aidée à gérer une année difficile. »
Finalement, au début de la pandémie, les grandes entreprises ont
apparemment eu moins à offrir que des start-up comme Willow ou d’autres
PME. Leurs méthodes génériques de bien-être laissaient à désirer,
notamment parce qu’elles ne reflétaient pas l’approche réelle que les
dirigeants avaient de leur propre métier. Des services de RH avant-gardistes
ont conçu des programmes de bien-être incluant la création d’une salle de
sieste ou la proposition de cours de yoga. En parallèle, certains responsables
ont dû travailler d’arrache-pied, même le week-end, et n’ont pas eu d’autre
choix que de répondre à leurs messages vingt-quatre heures sur vingt-
quatre. C’était par là qu’il fallait en passer si on voulait traverser la crise.
La pandémie a montré que les leaders éclairés devaient d’abord identifier
et isoler les sources d’inquiétude au sein de leur entreprise, puis élaborer un
plan pour alléger chacune d’elles. Selon notre constat, en 2020, les
organisations ont ainsi proposé plusieurs solutions innovantes face aux
différents facteurs de stress.
Fatigue de la pression liée à la performance Kristin Rand, vice-présidente du service conformité d’entreprise et
évaluation des risques chez Moderna, a décrit le sentiment accru de
responsabilité et de pression éprouvé par le personnel de cette entreprise
biotechnologique qui a travaillé si dur pour concevoir et fabriquer un vaccin
contre la Covid. « Au quotidien, nous donnons le maximum… Mes
collègues pensent constamment aux besoins des habitants de cette planète. »
L’an dernier, des centaines de nouveaux employés, dont Kristin Rand,
ont rejoint les rangs de Moderna. « Il est primordial de fournir des
ressources et l’occasion pour les salariés d’être entendus et de réduire leur
niveau de stress – en encourageant le dialogue ouvert et le temps pour soi,
explique-t-elle. Le directeur général de Moderna et son équipe se sont
engagés à prendre des décisions concrètes, comme éviter les réunions du
vendredi après-midi et du week-end ou proposer à tous une application de
méditation et de pleine conscience. »
Fatigue liée à l’isolement et team bonding
Le télétravail n’est pas près de s’arrêter. C’est pratique, efficace et les gens
l’apprécient. Selon une enquête de Gartner en juillet 2020, 82 % des
organisations vont laisser leurs employés télétravailler au moins à temps
partiel 3. De nombreuses entreprises ont eu la bonne idée d’utiliser des
plateformes de discussion telles que Slack, Yammer et Microsoft Teams
pour créer des communautés autour de l’éducation des adolescents, de
vidéos d’activité physique, de photos de bébés ou d’anniversaires à
célébrer. C’est agréable d’avoir un endroit où partager mais, pour soutenir
la résilience d’équipe, les grands responsables vont encore plus loin.
Avant une réunion, par exemple, le fait de prendre rapidement la
température générale s’apparente aux pratiques collaboratives à haut
rendement citées précédemment – comme l’exercice des bons et des
mauvais moments ou la vérification de l’équilibre entre vie personnelle et
vie professionnelle. À tout instant, un manager doit pouvoir adapter ce
genre d’outils aux besoins de ses équipes. Avant la crise sanitaire, Krystal Zell, directrice de l’expérience client chez The Home Depot, démarrait
toujours ses réunions de service par un tour de table où chacun annonçait
son niveau d’anxiété sur une échelle de un à dix. Peu à peu, les participants
ont établi leur propre grille de lecture. Traduction : si Phil évaluait
habituellement son angoisse à cinq et qu’un jour, il montait à sept ou huit,
ses collègues comprenaient aussitôt qu’il avait besoin d’aide.
Krystal Zell se souvient : « J’adorais ce système, car mes subordonnés
directs ont commencé à s’entraider d’une manière qu’on n’a pas coutume
de voir en réunion de service, quand tout le monde se contente de raconter
ce qu’il fait. » Fin 2020, la question de l’anxiété n’étant plus vraiment
d’actualité, la directrice a embrayé sur des questions davantage liées à
l’épreuve que les gens traversaient, du genre : « Qu’est-ce qui vous trotte
dans la tête cette semaine ? » ou « Qu’est-ce qui vous empêche de dormir ?
»
Manque de saines routines
Parmi les problèmes récurrents du télétravail, on constate un manque de
structuration des journées, qui conduit de nombreuses personnes à oublier
de prendre soin d’elles. Certaines entreprises ont incité leurs salariés à
profiter des trente à quarante minutes quotidiennes qu’ils ne passent plus
dans les transports pour se préparer des jus vitaminés, faire quelques
étirements de yoga ou toute autre activité physique. Tim Patno, vice-
président des ventes chez WW Health Solutions, a mis un point d’honneur à
valoriser les outils de bien-être et les astuces santé, telles que la
transformation des réunions en ce qu’il appelle des promenades
d’apprentissage et le simple fait d’avoir « une réelle valeur » aux yeux des
prospects en ces temps difficiles. La méthode a parfois impliqué de « ne
plus être à table pour discuter contrat », mais elle a permis aux équipes de
se rapprocher des organisations qui considéraient les programmes de
nutrition et de bien-être comme un atout pour leur personnel – et, par
conséquent, de nouer des partenariats plus solides.
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