Adaptabilité totale

Keith Ferrazzi · Chapitre 26 sur 55

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Adaptabilité totale

Préservez la santé mentale pour une résilience durable

Préservez la santé mentale pour une

résilience durable

 

Selon plusieurs études de l’Organisation mondiale de la Santé, 264 millions

de personnes sur terre sont atteintes de dépression. Parmi elles, beaucoup

souffrent aussi d’anxiété, faisant perdre à l’économie internationale environ

1 000 milliards de dollars par an de productivité 4.

On a tous des raisons d’être stressé ou angoissé dans la vie, mais la

bonne santé mentale protège d’être amoindri par ces facteurs. D’après la

psychologue clinicienne Sera Lavelle, « lorsqu’une personne va bien dans

sa tête, sa capacité d’action n’est entravée ni par son anxiété ni par son

stress ».

La pandémie a entraîné un pic de problèmes de santé mentale au travail.

Une enquête d’avril 2020 menée par Ginger, fournisseur de services de

thérapie en vidéo, révèle que presque sept employés sur dix considèrent la

crise sanitaire comme le moment le plus éprouvant de leur carrière. Parmi

les quelque 88 % des actifs qui ont confié éprouver un stress modéré à

extrême, 62 % disent perdre au moins une heure de productivité par jour à

cause du stress lié à la Covid et 32 % plus de deux heures par jour 5.

La pandémie a déclenché une prise de conscience générale de

l’importance de la santé mentale au travail. À l’Institut GFTW, nous

souhaitons élever le débat encore davantage. En partenariat avec

Headspace, nous avons lancé une grande étude sur le sujet avec pour

objectif d’identifier d’autres pratiques à haut rendement susceptibles de

régler les problèmes.

Voici quelques-uns des secteurs principaux pour lesquels une meilleure

santé mentale favorise la résilience d’équipe.

 

Exemplarité de la direction et des cadres supérieurs Toutes les formations du monde resteront lettre morte si les responsables

n’affichent pas la bonne attitude. En tant que manager ou cadre, vous

subissez du stress à haute dose, alors comment le gérezvous ? Parlez-vous

ouvertement des questions qui vous tracassent ? Vous ménagez-vous des

pauses ou annoncez-vous que, pendant 10 minutes, vous sortez vous

promener ou vous faites un exercice de méditation afin de relâcher la

pression ? Si votre équipe voit et entend ce type de comportement, cela

l’autorise, elle aussi, à prendre soin d’elle. En revanche, si vous ne vous

arrêtez jamais, que vous répondez aux mails à 1 heure du matin et que vous

refusez d’évoquer vos motifs de stress devant vos employés, vous

stigmatiserez le fait de s’occuper de sa santé mentale.

Ce risque, vous pouvez le limiter en parlant sans fard et en veillant à ce

que vos effectifs comprennent bien tout ce que l’entreprise met en place

pour leur santé mentale. Montrez que leur bien-être est une priorité.

Comment ? En étant à l’écoute de leurs besoins et de leurs handicaps, en

ayant de l’empathie pour les combats qu’ils mènent.

La pandémie a profondément bouleversé l’équilibre vie privée/ vie

active : nous devons exercer notre activité professionnelle de la maison,

parfois avec des membres de notre famille présents en même temps au

domicile (et certains étant aussi tenus de satisfaire leur employeur).

L’allongement de la journée de travail est souvent devenu la norme et, en

l’absence d’école, les parents sont devenus les précepteurs de leurs enfants.

Face à un choc aussi rude, les hauts responsables ont appris qu’il fallait

promouvoir un équilibre positif entre vie et travail, encourager les employés

à faire passer leur famille et eux-mêmes au premier plan – et, bien sûr,

afficher le même comportement.

Lors d’une séance de discussion chez WW, Tom Spahr, de chez The

Home Depot, a raconté que ses supérieurs avaient adressé à leurs

collaborateurs le message « Prenez d’abord soin de vous » pour qu’ils se

sentent autorisés à adapter leurs journées et à mieux intégrer leur activité

professionnelle à leur quotidien. Ils prenaient activement de leurs nouvelles,

les poussaient à se dégager des plages d’enseignement à domicile… et, s’ils

ne voyaient rien d’inscrit au planning, ils revenaient à la charge. Entraînement à la résilience

 

La résilience est importante pour l’ensemble du personnel – des cadres

supérieurs jusqu’aux exécutants en passant par les managers – et un

entraînement spécifique peut être profitable à tous. LHH, cabinet de conseil

en RH, propose des solutions sous forme de coaching formel pour les

salariés.

Également disponible de manière virtuelle sur son application Ezra, le

programme offre des conseils, du soutien et un kit de compétences

supérieures, qui permettent d’élever le niveau de résilience globale.

Happify Health, plateforme numérique qui affirme pouvoir diminuer

l’anxiété et la dépression tout en augmentant la résilience de 20 %, fait

aujourd’hui partie du package d’avantages sociaux proposé par plusieurs

entreprises, comme Humana, Cigna ou Interior Architects (IA). Ses

utilisateurs ont accès à plus de 60 programmes d’entraînement différents,

tous étalés sur quatre semaines et ciblant divers problèmes de santé

mentale. L’un d’eux est, par exemple, baptisé Beat Burnout and Build

Resilience1. On trouve aussi plus de 3 000 activités et jeux à caractère

scientifique, des méditations guidées et des forums favorisant le lien et

l’entraide, le tout conçu pour limiter le stress et améliorer la résilience.

 

Des responsables attentifs à la santé mentale

 

Afin d’asseoir solidement le bien-être psychologique des équipes, les

responsables doivent être sur le pont. On ne peut pas faire l’économie de

former les hiérarchies à comprendre les raisons de l’anxiété, du stress et de

la dépression, à savoir en identifier les symptômes chez les salariés et à

trouver des solutions qui accroîtront la sérénité et la satisfaction générales.

ID360, qui coache des personnes et des équipes dans des entreprises telles

que Marriott, Microsoft et American Airlines, propose des formations

managériales personnalisées, dont une sur les meilleurs comportements à

adopter concernant le bien-être psychologique au travail.

Mind Share Partners, pour sa part, se concentre exclusivement sur le

bien-être au travail et offre différents types de séances et de formations.

L’entreprise technologique New Relic a entamé un programme avec eux et,

à l’issue de la session, 92 % des responsables ont confié se sentir plus à

l’aise pour parler de santé mentale. Ils comprennent mieux aussi comment

créer une culture organisationnelle saine ou comment aider un employé en

difficulté.

Juste avant que la pandémie n’éclate en février 2020, Verizon Media a

sollicité Mind Share pour une formation spéciale hiérarchie incluant le

directeur général de Verizon Media, Guru Gowrappan, son équipe

dirigeante et son équipe de responsables élargie. Le 24 mars, Guru

Gowrappan a twitté au sujet du programme : « C’était un atelier incroyable

sur la manière d’entretenir une culture de l’ouverture, de l’honnêteté et de la

transparence qui contribue à déstigmatiser les questions de santé mentale.

Avec le recul, notre formation est tombée à point nommé, juste avant que la

vie telle que nous la connaissions ne soit chamboulée par la #COVID19.

S’écouter soi-même et épauler ses équipes, ses amis, sa famille est essentiel

pour que nous parvenions tous à traverser une telle épreuve. Ce n’est

qu’ensemble que nous pourrons #Allerdelavant. »

 

Méditation et pleine conscience

 

J’ai rencontré CeCe Morken, actuelle directrice générale de la célèbre

application de méditation Headspace, lors d’une séance d’étude que notre

équipe GFTW menait avec World 50. Impressionné par ses idées

révolutionnaires sur la pleine conscience, je n’ai pas été surpris d’apprendre

que, chez Headspace, tous les all-hands meetings débutaient par une courte

séance de méditation.

« C’est très utile quand on a une présentation à faire, déclare CeCe

Morken, qui a quitté un poste en or chez Intuit, à Dallas, pour rejoindre

Headspace à Santa Monica (Californie). La respiration profonde permet de

se détendre et d’être plus efficace. » Plus d’un millier d’entreprises proposent Headspace dans leur package d’avantages sociaux. En 2020, les

demandes de partenariat (offres groupées grâce auxquelles une organisation

finance l’utilisation de l’application pour son personnel) ont même été

multipliées par six.

De nombreuses entreprises contactent Headspace dans l’espoir de

réduire leurs frais de santé, car une meilleure santé mentale est synonyme

de meilleure condition physique générale. Pour Headspace, le bénéfice

numéro un est surtout une plus grande implication des salariés.

 

« Le niveau d’anxiété et les exigences de résilience affectent le

comportement au travail, la productivité, le temps qu’on est

susceptible de perdre et la manière dont on parle de son employeur,

explique la directrice générale. Si on prend soin d’une personne dans

son intégralité, et en particulier de son esprit, on optimise l’ensemble

des missions qu’on lui aura confiées. »

 

En améliorant la parole des gens à l’extérieur, ce genre de soutien

consolide la bonne réputation d’une entreprise et attire de nouveaux talents.

La société Adobe, qui propose à ses salariés un accès gratuit à Headspace, a

su qu’elle avait visé juste lorsqu’elle a vu l’excellent taux d’adoption de

l’application. Sur ce point, Headspace a d’ailleurs dépassé bon nombre

d’autres initiatives mises en place. « Beaucoup de gens connaissaient déjà

Headspace, indique Sara Torres, chargée des stratégies de bien-être chez

Adobe, et ils étaient tout excités de le télécharger. Cela a été notre planche

de salut. » De son côté, Farmers Insurance a commencé à proposer

Headspace en test après que certains experts ont connu un pic d’anxiété

lorsqu’ils ont dû répondre à des assurés qui avaient tout perdu dans les

terribles incendies de Paradise (Californie) en 2018. Dès le début de la

pandémie, la compagnie a étendu son offre à l’ensemble du personnel et,

depuis janvier 2021, environ la moitié des salariés ont téléchargé

l’application, ce qui coïncide avec une augmentation de l’indice de

recommandation client, qui mesure la satisfaction et la loyauté des

employés.

Les niveaux élevés de stress psychologique atteints à cause de la crise

sanitaire et de la récession ont brisé certains préjugés liés aux problèmes de

santé mentale.

 

« Cela fait maintenant partie des sujets de conversation normaux,

constate CeCe Morken. Quand un responsable parle du stress qu’il

subit et des solutions qu’il met en place pour le gérer, ses employés

n’ont plus de réticences à se confier aussi sur leurs difficultés. »

 

Les travaux de recherche autour de la pleine conscience sont encore loin

d’avoir mis en lumière tous ses secrets, mais ils font déjà apparaître des

bénéfices autres que l’allègement du stress.

 

« Quand on est plus en phase avec soi-même, on est souvent plus en

phase avec les autres, poursuit CeCe Morken. En réunion, si vous êtes

plus concentré sur les sujets, les participants se sentiront mieux. Vous

aurez aussi toutes les chances de prendre des décisions plus claires,

car vous ne ruminerez pas le mail que vous venez de recevoir. »

 

L’équipe dirigeante d’Headspace a instauré, une semaine sur deux, des «

vendredis sans réunions » et des « Mind Days » – un jour où, à l’échelle de

l’entreprise, tout le monde prend soin de soi. Neuf employés sur dix

estiment avoir amélioré leur concentration et leurs résultats. Une même

proportion de responsables considère que, depuis la mise en place des

mesures, le moral des équipes est en hausse. « Si on se sent stressé et

anxieux, c’est soit qu’on s’inquiète de ce qu’on vient de faire, soit qu’on

s’inquiète de qui va arriver, conclut-elle. Mettez tout cela de côté et

focalisez-vous sur le présent immédiat. »

 

Counseling et thérapie La psychothérapie est une pierre angulaire de la santé mentale, et les

entreprises qui en facilitent l’accès à leurs employés – dans l’idéal, à peu de

frais ou gratuitement – tirent les bénéfices de l’épanouissement et de la

productivité de leur personnel. D’ici à ce que la thérapie soit complètement

remboursée par les assurances, il est important de la déstigmatiser et de

veiller à ce que nul n’ait honte d’y recourir.

Le monde numérique s’est aussi converti au counseling, avec des

programmes de thérapie virtuelle plus populaires que jamais. Un

écosystème grandissant d’applications commence à intégrer le package

d’avantages sociaux proposé par des entreprises comme Pinterest, Stitch

Fix, Sephora, Zynga, Cleary Gottliebs, Starbucks et eBay. Elles proposent

toute une panoplie d’outils de bien-être psychologique, de coaching en

santé mentale, de thérapie factuelle, de gestion de la médication, de soutien

en cas d’incident critique, de formation managériale, de thérapie sur site et

de services vie active/ vie privée.

« Parce que nous nous sommes soudain tous retrouvés confinés à

domicile, les solutions numériques sont devenues essentielles pour répondre

aux besoins de ceux qui ne pouvaient plus se déplacer », explique Paula

Wilbourne, cofondatrice et directrice scientifique de Sibly. Chez IA, cabinet

international de design détenu par ses salariés, un savant mélange entre

conseil numérique à la demande et séances mensuelles a favorisé une

implication solide et un feedback positif. « Il est impératif de posséder un

puissant système de soutien pour garantir que nos esprits restent nourris et

en bonne santé », ajoute Brenda Plechaty, sa responsable RH.

Des applications comme Yammer facilitent les conversations en dehors

du cadre professionnel. Lors d’une séance GFTW sur le bienêtre organisée

par WW, Bill Martin, responsable de la sécurité de l’information chez AEG,

a indiqué que son entreprise proposait dorénavant des podcasts sur

différents sujets, dont l’équité raciale. Outre le fait de se confier à des

thérapeutes et à des psychologues diplômés, la possibilité de parler

ouvertement et confortablement de ce qui nous tracasse peut se révéler très

bénéfique. Mettre à disposition des podcasts et des débats d’experts traitant

de questions angoissantes brûlantes, telles que l’injustice raciale, le changement climatique ou les élections, incite à se sentir à l’aise pour

évoquer ses angoisses et crée une ambiance empathique.

 

Un lien étroit entre bien-être physique et bien-être

mental

 

Il existe une relation indéniable entre bonne santé mentale et bonne santé

physique. S’assurer que nous sommes physiquement et mentalement en

forme permet une approche holistique de notre bien-être quotidien. Voilà

pourquoi des programmes comme WW proposent aujourd’hui à leurs

abonnés des outils de bien-être dans ce domaine. WW leur offre aussi du

contenu de santé psychologique supplémentaire, à l’instar du « coaching en

5 minutes », qui apporte des techniques et des conseils pratiques en

complément des outils préexistants.

En intégrant WW et Gympass à leur package d’avantages sociaux, des

entreprises comme Unilever, GE, Deloitte, PayPal et bien d’autres donnent

aux salariés l’occasion d’accroître leur bien-être tant physique que

psychologique. En plus d’offrir à ses membres des méditations organisées

par Headspace, WW a enrichi son application myWW+ d’une fonction

sommeil, avec des outils comme le suivi de sommeil, des playlists

d’endormissement et des stratégies scientifiquement éprouvées pour mieux

dormir. Au début du confinement, l’entreprise a aussi ajouté du contenu à la

demande sur la gestion du stress engendré par la pandémie.

« Nous avons apporté à notre communauté une connexion ultraattendue

en transformant, en six jours à peine, des milliers d’ateliers physiques en

ateliers virtuels, de sorte que nos adhérents puissent voir, entendre et

s’inspirer des coachs WW et des autres membres », explique Gary Foster,

directeur scientifique chez WW. Pour chaque problème qui menace la

résilience d’équipe, il faut se demander en permanence comment trouver

une solution. De même que l’Institut GFTW s’est associé avec Headspace,

LHH, WW et d’autres pour faire progresser la science de la résilience collective, nous vous invitons à nous rejoindre, car ce sujet doit être au

centre des préoccupations de tout responsable.

Le fait de pouvoir compter sur une résilience d’équipe autonome va

devenir la cheville ouvrière du succès de l’adaptabilité totale, car le

nouveau monde du travail se caractérise par des équipes d’équipes

travaillant avec des réseaux de réseaux. À leur tour, les managers doivent

troquer leurs activités de supervision et de microgestion contre des

stratégies déterminant ce à quoi le travail devrait ressembler – le mois

prochain, l’année prochaine et encore après.

Après la collaboration, l’agilité et la résilience, le quatrième pilier d’une

direction totalement adaptable est la prospective, c’est-à-dire la capacité

d’avoir des yeux partout. Ce sera le thème du chapitre suivant.

 

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