Adaptabilité totale
Chapitre 2 - Collaborez par l’inclusion
Chapitre 2
Collaborez par l’inclusion
La pandémie a contraint la plupart des organisations à mener une brusque
révolution en matière de collaboration. L’obligation de télétravailler leur a
fait prendre subitement conscience de ce qui avait toujours été vrai : la
collaboration n’a rien à voir avec l’endroit où les personnes travaillent. Tout
dépend de la manière dont elles le font. Même si les performances n’ont pas
toujours été mesurées ou récompensées de la sorte, les résultats l’emportent
toujours sur le présentéisme.
Au moment où les entreprises commençaient à revoir leur politique de
télétravail, le débat a été gangrené par l’obstination farouche de certains. De
nombreux responsables affirmaient dur comme fer que le fait de travailler
tous physiquement sur un même site était, par essence, la meilleure forme
de collaboration, citant des exemples d’équipes qui, en raison d’une
mauvaise application du télétravail, avaient perdu en productivité. Le souci,
c’est que, pour beaucoup, le passage au distanciel s’est fait en mode survie
et que, du coup, ils n’ont pas su profiter des avantages du télétravail. Peu
d’organisations ont été capables d’améliorer leur productivité en optimisant
leurs pratiques de télétravail afin d’assurer une collaboration plus poussée
et une inclusion plus vaste.
En même temps, 2020 a réveillé les consciences sur le rôle majeur de la
diversité, de l’égalité et de l’inclusion au travail, au moment où les
entreprises prenaient des engagements sérieux pour évaluer la diversité dans
des secteurs tels que l’équité salariale, l’égalité de fonction et la parité au
sein des comités de direction. Les discussions que nous avons eues avec des
milliers de cadres à l’Institut Go Forward to Work (GFTW) font apparaître
clairement que les responsables doivent penser par-delà ces simples indicateurs métriques de diversité et créer une culture authentique de
l’inclusion et du sentiment d’appartenance. Si on veut que des voix
différentes soient entendues au sein des organisations, il faut un
engagement en conséquence.
Telva McGruder, directrice équité, diversité et inclusion (EDI) chez
General Motors, le résume très bien : « Si nous pouvons amener cet appel à
l’inclusion à éradiquer le racisme, l’utiliser comme un grappin qui incitera
les managers à laisser les personnes s’exprimer, nous aurons accompli un
pas de géant pour libérer l’innovation dans son ensemble. »
Chez Ferrazzi Greenlight, nos programmes de coaching insistent depuis
longtemps sur le rôle clé de l’inclusion dans la collaboration et, aujourd’hui,
le nouveau monde du travail permet – en même temps qu’il l’exige – à
l’inclusion de prendre place à grande échelle. L’inclusion professionnelle
doit concerner la race, l’origine ethnique, le sexe, le genre, l’âge,
l’orientation sexuelle et les aptitudes physiques, car c’est la bonne chose à
faire et que toutes les réussites en matière d’innovation et de transformation
profitent d’avoir intégré un éventail complet de voix et de perspectives.
En entreprise, hélas, peu d’équipes affichent la culture inclusive
nécessaire pour aider leurs effectifs diversifiés à relever les défis de la
transformation industrielle. La plupart du temps, il leur manque les
comportements collaboratifs essentiels qui sont la marque des équipes les
plus performantes. Les travaux de l’Institut de recherche de Ferrazzi
Greenlight (siège de GFTW) ont mis en lumière les statistiques suivantes :
seules deux équipes de direction sur cinq entament notre programme
de coaching en ayant le sentiment que leurs équipes entretiennent des
relations de bienveillance, de confiance et de soutien ;
74 % des travailleurs préfèrent éviter le conflit et n’ont pas le courage
d’exprimer leurs opinions ;
environ 72 % des travailleurs estiment qu’ils ne coopèrent pas entre
collègues sur les problèmes les plus sérieux de l’entreprise ;
71 % des travailleurs évoquent des commérages et des conversations
d’arrière-plan qui entravent la diffusion honnête des problèmes,
sapent le moral et empêchent les équipes d’agir de concert.
L’ingrédient vital qui manque à ces équipes, c’est l’inclusion. Comme
Telva McGruder l’indiquait : « L’inclusion n’est pas qu’au service du
programme d’EDI (égalité, diversité et inclusion). Elle joue un rôle
essentiel dans la capacité des organisations à se transformer. »
La pandémie a contraint bon nombre d’équipes à basculer en mode crise
et, dans un contexte devenu étranger et privé de ressources, la nature
humaine les a poussées à se rapprocher. On peut parler d’effet Burning
Man. Les participants aux recherches GFTW ont raconté que, face à
l’urgence, ils ont dû faire preuve d’innovation. Ils se sont concentrés sur
l’essentiel pour que le travail soit accompli, ils ont crowdsourcé les idées,
cassé les silos et, puisqu’ils ne pouvaient plus se déplacer, ils ont fait venir
les clients à eux. Ils ont aussi noué des relations plus fortes avec leurs
fournisseurs, car ils avaient réellement intérêt à ce que ces derniers s’en
sortent. Au lieu de les étrangler en imposant des prix toujours plus bas, ils
les appelaient pour prendre de leurs nouvelles.
Dans la forme la plus intime de collaboration, nous étions tous plus prêts
à nous ouvrir aux autres, à nous improviser agents d’information officieuse
et coachs en développement professionnel. Nous avons pris conscience que
nous pouvions rechercher le conseil partout, mais que nous devions faire la
démarche individuelle de contacter les personnes, sans attendre une
hypothétique rencontre fortuite.
De ce que nous voyons chez Ferrazzi Greenlight où, depuis vingt ans,
nous formons des équipes à la collaboration et à l’inclusion, la crise
sanitaire a prouvé l’efficacité de nombreuses pratiques que nous
préconisons depuis longtemps. En septembre 2012, j’avais déjà animé un
webinaire pour Harvard Business Review intitulé « How Virtual Teams Can
Outperform Traditional Teams (littéralement « Comment les équipes
virtuelles peuvent damer le pion aux équipes traditionnelles », NdT) ».
Entre 2012 et 2014, il a écrit plus d’une dizaine d’articles pour HBR sur les
pratiques à haut rendement qui permettent de maximiser l’efficacité des
équipes virtuelles et hybrides, le tout fondé sur des travaux à plusieurs
millions de dollars menés par Ferrazzi Greenlight et ses associés 1.
Pendant la pandémie de 2020 et après, nous avons étudié des dizaines
d’entreprises qui, d’un coup, ont dû plonger dans l’univers inconnu du
travail virtuel et distanciel. Lorsque nous leur avons présenté nos pratiques
à haut rendement et que nous avons ensuite comparé les résultats à leurs
références d’avant la crise sanitaire, nous avons noté une amélioration assez
considérable de l’efficacité. Parmi les marqueurs clés des entreprises les
plus performantes : la franchise, la responsabilité et le développement.
Nous avons aussi observé des équipes virtuelles qui n’utilisaient pas nos
pratiques à haut rendement et nous avons constaté une chute brutale de
leurs résultats. Le travail d’équipe virtuel et distanciel fonctionne, à la seule
condition d’être effectué comme il se doit.
Ces découvertes, parmi tant d’autres, en termes de bonnes pratiques et de
méthodologies constituent le pilier fondateur de l’adaptabilité totale. Le
chapitre s’articule en cinq étapes, qui débutent avec votre équipe de base et
vous montrent comment passer du management classique à la coélévation.
Partant de là, nous redéfinirons et élargirons la définition des équipes. Nous
expliquerons comment sortir du cadre, par-delà le fonctionnement en silos
et les limites trop strictes des organigrammes. Puis nous aborderons la mise
en place d’outils virtuels pour crowdsourcer les solutions d’un bout à
l’autre de l’organisation. Nous prônerons l’instauration de partenariats avec
les fournisseurs et les clients tout en pratiquant la coélévation interne et
externe à des fins de croissance et de développement. Ces méthodes de
collaboration, aussi essentielles que rentables, seront revisitées au cours du
livre et certaines seront applicables dans la quasi-totalité des chapitres
ultérieurs.
Pratiques à haut rendement pour rester
compétitif dans le nouveau monde du travail
1. Adoptez la cocréation grâce à la coélévation.
2. Transversalisez pour casser les silos.
3. Hybridez le travail d’équipe à des fins d’inclusion et de crowdsourcing.
4. Approfondissez les partenariats avec l’extérieur.
5. Élargissez l’action des coachs personnels au distanciel.
Pandémie oblige, un monde inédit du travail a émergé avec un besoin
impérieux de nouvelles règles professionnelles qui soient à la fois virtuelles,
asynchrones et hybrides. La crise de la Covid a placé sur le devant de la
scène une culture de la collaboration et de l’inclusion que nous sommes
nombreux à prôner depuis de longues années.
« L’argent économisé sur les loyers et les frais de déplacement n’est pas
à inscrire au résultat net, indique Martin Lindstrom, classé parmi les vingt
théoriciens majeurs de l’économie par Thinkers50 et auteur du best-seller
Buyology1. Les sommes sont plutôt à investir dans la culture collaborative.
Aujourd’hui, il est temps de réinventer le sens de la culture d’entreprise. »
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