Adaptabilité totale
Transversalisez pour casser les silos
Le principe moteur de la coélévation est ce que nous appelons la
transversalisation – quand on dépasse les limites structurelles de l’équipe
pour attirer d’autres forces de proposition et cocréer des solutions. Pendant
la pandémie, cet élan a poussé bon nombre d’entreprises à dynamiter leur
politique organisationnelle, à tailler en pièces leurs organigrammes et à
chercher des idées audacieuses en pratiquant la transversalisation. Si j’ai
intitulé mon livre précédent Leading Without Authority, c’est pour souligner
ce changement dans la définition d’un management qui excède maintenant
les frontières bureaucratiques. Tout le monde est un leader. Tout le monde a
le devoir de prendre la parole, de sortir du rang quand le besoin s’en fait
sentir.
La transversalisation commence toujours par une question : « Qui
constitue mon équipe ? » Dans le nouveau monde du travail, la réponse
n’est pas ce à quoi, d’habitude, on aurait pu penser. Votre équipe se
compose de toutes les personnes susceptibles de jouer un rôle crucial dans
l’exécution de votre mission, mais vous devez être prêt à regarder par-delà
la structure organisationnelle, par-delà les lignes hiérarchiques et prendre en
considération tous ceux – en interne comme en externe – qui vous seront
d’une aide précieuse sur le processus de cocréation.
Partant de là, nous vous conseillons de les solliciter à travers trois axes
de management que sont le service, la bienveillance et le partage.
Demandez-vous : en quoi puis-je leur être utile ? Comment leur prouver
que je me soucie, certes, de notre mission, mais aussi de leur bien-être
individuel ? Que puis-je partager de ma propre expérience afin que mes
associés se sentent davantage connectés à moi ? Sous tous ces angles,
comment puis-je créer les liens d’un engagement mutuel ? Tels sont les
principes que notre collègue Rob Whitfield, directeur général de Ferrazzi
Greenlight, a mis en place au moment de coacher Aflac, une des plus
grosses compagnies d’assurances américaines.
Service, bienveillance, partage
Virgil Miller n’est pas du genre à ne pas faire son chiffre. Président du
groupe Aflac, vice-président directeur et responsable de l’exploitation pour
la zone États-Unis, c’est un ancien marine, déterminé à booster la transition
numérique de son entreprise.
« Mon périple numérique avec Aflac a débuté il y a des années,
raconte cet expert en science des équipes et collaboration. Notre
transition numérique suivait son cours et nous continuions de piloter
de nouveaux outils. J’ai eu néanmoins le sentiment que c’était le
moment idéal pour donner un coup d’accélérateur et inciter mes
équipes à penser différemment. Pour cela, il fallait qu’elles soient un
peu bousculées, mises au défi et qu’elles collaborent vraiment
davantage. »
Situé en première ligne, le call center d’Aflac était, à l’époque, coincé
entre, d’une part, le service aux clients internes et externes – gestion des
clients existants, des souscripteurs (généralement, un administrateur
principal chez un employeur), ainsi que des agents de vente, des
intermédiaires, des courtiers et des agences – et, d’autre part, la
comptabilité des ventes, qui représentait environ un tiers des appels
entrants. Problème : le call center figurait sur la ligne de compte des
opérations, alors que les ventes, non. La clé allait être de casser les silos de
l’organigramme, c’est-à-dire de réunir l’équipe de vente et le service
clientèle du call center afin qu’ils conçoivent des solutions communes. Le
défi pour ces deux groupes était de diriger sans autorité – de réussir à
collaborer pour résoudre un problème qui les affectait tous les deux sans
qu’un mandat exécutif en bonne et due forme soit nécessaire pour passer à
l’action.
L’automatisation numérique et une nouvelle approche du coaching en
peer-to-peer ont été salvatrices. On a confié à 15 des représentants
commerciaux les plus aguerris en technologie la responsabilité de transformer la manière dont le call center était géré. Ils sont devenus
l’avant-garde du courant « priorité au numérique ». Ils ont montré à leurs
pairs comment accéder à l’information grâce à un nouveau panel d’outils
d’apprentissage en ligne, à des tutoriels vidéo ou encore à un canal de
conversation alimenté par l’intelligence artificielle (IA) et mis en place en
l’espace record de six semaines. Au lieu de téléphoner au call center en cas
de problème, les agents de vente ont pris l’habitude, grâce à un soutien
peer-to-peer, de se fier à ces nouveaux outils. Le volume d’appels et de
conversations a baissé de 40 %, tandis qu’en parallèle, on constatait une
amélioration considérable de l’expérience des agents, autant que de
l’expérience client. Les économies annuelles pour Aflac, si le programme
devait être réitéré à tous les niveaux de l’entreprise, sont estimées à
plusieurs millions de dollars.
La diminution de la pression exercée sur les employés du call center fait
aujourd’hui le bonheur de tous.
« Il y a toujours eu une collaboration intermittente entre le call center
et l’équipe de vente, nous confie Nicole Evans, directrice du contrôle,
de l’innovation et des process du service clientèle. Toutefois, depuis
l’épidémie de Covid, nous avons, si je puis dire, ranimé la flamme.
Cela nous a aidés à mieux comprendre la nécessité de passer au
numérique, a accru notre désir d’engager la transition et nous a donné
un but commun. »
En d’autres termes, la crise sanitaire a accéléré la mutation d’Aflac, non
seulement sur le plan numérique mais aussi culturellement parlant. En
pleine tourmente, Aflac a trouvé l’occasion de se coélever.
« Je travaille chez Aflac [depuis] vingt-huit ans et je n’ai jamais vu un
tel degré de collaboration et de partenariat, se réjouit Blake Voltz,
vice-président des opérations du centre d’assistance client. Cela nous
a permis de comprendre les besoins des deux équipes et de créer un
programme qui tire parti de toutes nos forces en présence. »
Les experts de l’Institut GFTW ont observé une situation récurrente en
2020 : des solutions taxées d’impossibles sont devenues évidentes dès que
les personnes ont franchi les frontières de leur organisation et de leur mode
de contrôle. La pandémie en a contraint beaucoup à reconnaître les limites
trop rigides de leur hiérarchie d’entreprise et l’importance de les
outrepasser dans notre nouveau monde du travail.
Gagnez le droit de diriger
Le plus grisant dans la création d’équipes en coélévation, c’est que le
processus n’est ni cantonné aux rapports hiérarchiques ni emprisonné par le
design organisationnel. Une philosophie qui prône l’empathie, la générosité
et la franchise oblige naturellement le groupe à élargir les frontières de son
action au-delà de la stricte sphère interne. Les meilleures équipes étendent
leur rayonnement grâce aux pratiques et aux outils susmentionnés. Elles les
exploitent à fond afin de dépasser le simple cercle de leurs membres
essentiels. Elles transversalisent en redéfinissant leur forme et leur rayon
d’action selon la mission à remplir, et non plus selon l’organigramme de
l’entreprise.
Le mécanisme de transversalisation englobe tous ceux qui, en dehors de
l’équipe standard, sont nécessaires à la réalisation d’une tâche. La clé est
d’adopter une mentalité de management sans autorité. Pour y parvenir,
suivez quatre étapes fondatrices qui vous permettront de réinventer le
périmètre de l’équipe et de mériter de diriger :
1. Redéfinissez l’identité de votre équipe. Dans le cas d’Aflac, les
collaborateurs ont regardé par-delà l’autorité opérationnelle du call
center pour définir la solution de manière différente – pour numériser
l’appareil commercial. Après quoi, ils ont compris comment
transformer une situation épineuse contre laquelle ils bataillaient depuis
des années, écrasés entre deux groupes clients que, malgré des moyens
limités, ils tentaient désespérément de satisfaire.
2. Acceptez que tout dépende de vous. La crise crée de l’audace et une
ingéniosité qui, en dehors de circonstances aussi extrêmes, ne sont
guère courantes. Après la pandémie, nous devons puiser dans cette
même ingéniosité comme source régulière d’inspiration et d’oppor
tunités, faire abstraction des silos et transversaliser grâce à la
coélévation.
3. Gagnez le droit de diriger. Rappelez-vous les trois mots service,
bienveillance et partage. Comment pouvez-vous rendre service à un
collègue ? Comment pouvez-vous, par exemple, alléger la journée de
travail des représentants de commerce ? Comment prouver que vous
vous souciez des autres ? Comment lancer et financer une initiative qui
réponde au mieux à leurs besoins ? Que partager de votre propre
expérience pour aider vos collaborateurs à vous rendre service ?
Comment exprimer votre sollicitude aussi bien que Virgil Miller, qui a
bâti une relation avec le directeur des ventes pour s’assurer que
l’initiative du call center était bien prise pour ce qu’elle était – une
amélioration du service au sein de l’appareil commercial ?
4. Cocréez la solution grâce à cette équipe élargie. Une inclusion plus
large peut faire émerger des solutions qui échappent aux personnes
ayant une connaissance limitée du problème. Ainsi, chez Aflac, la
collaboration entre l’équipe de vente et celle du call center/service
opérations a permis d’élaborer des réponses valables pour les deux
entités.
OceanofPDF.com