Adaptabilité totale

Keith Ferrazzi · Chapitre 37 sur 55

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Adaptabilité totale

Identifiez les technologies vouées à connaître une croissance exponentielle

Identifiez les technologies vouées à

connaître une croissance exponentielle

 

Le plan large oblige à spéculer sur les dix prochaines années de progrès

technologiques et sur la manière dont ils risquent de renouveler un secteur

d’activité plusieurs fois dans ce laps de temps. À vous d’étudier ces

avancées et d’envisager les occasions de progresser en parallèle.

L’évolution de la technologie suit, par nature, une courbe de croissance

exponentielle et, si vous intégrez assez tôt les bonnes technologies, votre

entreprise connaîtra le même essor.

Si Domino’s Pizza est l’un des vainqueurs surprises de la crise sanitaire

de 2020, c’est notamment grâce à son vif intérêt pour les nouvelles

technologies. Leader mondial de la pizza en termes de ventes, Domino’s,

qui avait misé depuis plusieurs années sur la transition numérique, s’est

forgé des compétences uniques dans le domaine du paiement sans contact et

de l’e-commerce omnicanal – autant de fonctionnalités qui se sont révélées

incroyablement utiles durant la pandémie. Alors que les restaurants

traditionnels avaient dû fermer, les sociétés de vente à emporter ont tenté de

survivre. Dans la vente de pizzas, Domino’s a, pour sa part, laissé tous ses

concurrents sur place, avec une augmentation de 16 % de la demande par

rapport à 2019 et un bond de 30 % de son résultat net5. Quelle a été sa

recette ?

Un facteur clé de la réussite de Domino’s est sa quête permanente

d’innovation en termes de livraison. Contrairement à ses adversaires directs,

qui font appel à des tiers comme DoorDash ou Grubhub – ou UberEats et

Deliveroo, plus présents en France – Domino’s a pris la décision stratégique

de n’employer que des livreurs en interne et récupère ainsi la ressource la

plus précieuse de toute entreprise avant-gardiste : les données clients. «

Nous possédons une base d’informations absolument fantastique, se félicite

Ritch Allison, directeur général de Domino’s, au sujet de ses 85 millions

d’acheteurs. Comment imaginer que nous puissions vouloir en faire bénéficier un concurrent ? » À propos de DoorDash, Grubhub et apparentés,

il ajoute : « Soyons clairs, ces intermédiaires sont, in fine, des rivaux pour

les sociétés de restauration qu’ils servent6. »

DoorDash et les autres entreprises de livraison de repas facilitent l’accès

des chaînes de pizzerias concurrentes à un nombre accru de prospects et

elles se démultiplient lors des pics de commande. En contrepartie, les 30 %

de commission qu’elles prélèvent sur l’addition grignotent la marge

bénéficiaire de leurs clients. De son côté, Domino’s doit en permanence

recruter des coursiers, ce qui, vu les tensions sur le marché de l’emploi, est

particulièrement ardu. Le problème a poussé l’entreprise à chercher une

solution tech nologique : confier ses livraisons à des véhicules robotisés

autonomes. À partir de 2016, quatre expériences pilotes ont été lancées afin

de tester différents systèmes automatisés et d’apprendre à surmonter les

obstacles opérationnels tout en assurant la satisfaction des consommateurs.

Avant que la pandémie ne porte un coup d’arrêt provisoire au projet,

Domino’s s’apprêtait à annoncer la signature d’un partenariat avec Nuro,

société de robotique implantée à Houston7. Quoi qu’il en soit, ce mode de

livraison demeure un élément cardinal de son avenir en plan large. D’ici à

2024, on s’attend à ce que le secteur de la livraison robotisée autonome

atteigne 34 milliards de dollars – presque le triple du chiffre de 2018 8. En

faisant le pari stratégique d’un essor rapide de ce mode d’acheminement,

Domino’s devrait se tailler la part du lion dans l’immense futur marché de

la livraison autonome de restauration rapide.

S’il y a une leçon à en tirer, c’est que, pendant que ses concurrents

cédaient leurs données à des intermédiaires, Domino’s s’est servi de toutes

les informations clients recueillies et de son propre système de livraison

pour se calquer sur la courbe de croissance exponentielle des technologies

de pointe. Les investisseurs ont applaudi et, fin 2020, le cours de l’action

Domino’s atteignait le double de ce qu’il était trois ans plus tôt, fournissant

les fonds dont l’entreprise avait besoin pour avancer plus vite vers sa vision

en plan large.

L’intérêt d’adopter une technologie exponentielle comme outil de

transition économique s’applique à n’importe quel domaine d’activité. Prenez l’exemple de la société américaine NOV, qui fabrique du matériel

lourd à destination des industries d’hydrocarbures (pétrole, gaz) ou

d’énergies renouvelables. Ses produits doivent fonctionner dans des

conditions difficiles, rigoureuses et extrêmes, telles que le fond des océans,

le pôle Nord ou les déserts. Or, là-bas, l’accès aux données du matériel est

souvent compliqué, voire impossible. Une connexion au cloud est parfois

envisageable, mais c’est loin d’être toujours le cas.

Pour ne rien arranger, les opérations d’énergie requièrent souvent

quantité de prestataires de services, avec des équipements issus de multiples

sites de production, dont les flux de données spécifiques ne font pas

directement interface avec les autres systèmes. Un seul site d’extraction

pétrolière peut regrouper 300 sources de données liées à l’activité de forage,

toutes possédant leurs propres systèmes de contrôle et protocoles de

communication.

Ces dernières années, NOV a décidé d’intégrer des fonctionnalités

intelligentes à son matériel, de manière à lancer à distance l’analyse des

données collectées sur site, puisque toute l’activité se déroule sur le terrain.

À long terme, l’entreprise s’imagine un avenir en plan large où la

robotisation et la conduite autonome seront la norme. Pour y parvenir, le

secteur de l’énergie a toutefois besoin d’exploiter le potentiel de

technologies exponentielles comme l’Internet des objets (IdO) industriel, de

sorte que les machines communiquent entre elles sans heurt et à distance.

Chez NOV, qui figure au classement Fortune 500 des plus grosses

entreprises américaines, ces efforts ont donné naissance à une solution

technique baptisée Max Edge, qui relie les machines et les systèmes de

contrôle locaux. Elle permet aussi de recueillir les flux de données à grande

vitesse, de les analyser, d’interagir avec eux en temps réel et de fournir des

avis de sécurité sur site aux systèmes de contrôle, même en cas d’accès

restreint à Internet. Cette fonctionnalité simplifie considérablement la

communication entre machines et l’automatisation au sein de l’écosystème

entier. Au tout début de la pandémie, cela s’est révélé très pratique, car il y

avait peu de personnel disponible sur place. Alors que le matériel de l’entreprise était essentiel au maintien à flot de l’économie mondiale, NOV

a pu compter sur cette technologie pour surveiller les opérations à distance.

Tandis que la crise sanitaire se prolongeait, David Reid, directeur

marketing et technologie chez NOV, a flairé le bon moment pour tirer parti

de Max Edge et créer un nouveau flux potentiel de rentrées hors de leur

business model classique : une offre qui engloberait des données, la

fourniture de logiciels et une connexion via une plateforme PaaS («

Platform as a Service »).

« Dans ce monde inédit, explique-t-il, non seulement nous proposons un

produit physique, qui est le cœur de notre activité, mais nous fournissons

aussi un service numérique fondé sur le talent de Max Edge. » La pandémie

a poussé NOV à exploiter sa technologie IdO existante, à créer de nouvelles

offres logicielles pour ses clients hardware et à accélérer la transition du

secteur vers l’automatisation. « Grâce à cette plateforme d’accès aux

données, nous sommes devenus une société mi-matérielle, mi-logicielle. »

Au-delà des grandes entreprises du classement Fortune 1000 comme

Domino’s Pizza et NOV, voyons maintenant comment des sociétés plus

modestes ont aussi fait évoluer leur activité en intégrant de nouvelles

technologies. Fondé en 1985 par Ivan Misner, BNI est un réseau de

référencement destiné aux cadres, aux PME et aux professions libérales. Il

compte plus de 10 000 groupes et plus de 280 000 membres à travers le

monde. Chaque semaine, les groupes BNI se réunissent pour mener un

programme standardisé axé sur des recommandations ciblées. Les membres

ont d’abord 30 à 60 secondes pour se présenter, ainsi que leur travail. Une

fois le tour de table terminé, ils reprennent la parole et, à titre individuel, ils

recommandent tel ou tel profil de leur réseau personnel qui pourrait devenir

le client d’autres participants.

Il ne s’agit pas de simples recommandations informelles. Les membres

de BNI se bâtissent mutuellement un capital social – au sens de liens

sociaux – et ils considèrent que les deux camps ressortent gagnants

lorsqu’ils partagent leur carnet d’adresses personnel avec d’autres membres

de BNI. Ils ont baptisé leur philosophie « qui donne reçoit » et,

effectivement, en 2020, BNI a fait circuler 11,5 millions de recommandations, qui ont généré plus de 16 milliards de dollars de valeur

commerciale. C’est deux fois le PIB d’un pays comme le Liechtenstein !

En 2018, Ivan Misner a laissé entendre à son conseil d’administration

que l’avenir du réseau en face-à-face se trouvait en ligne et que, à moins

d’expérimenter de nouvelles technologies telles que la réalité mixte, les

hologrammes et les canaux de communication vidéo, BNI serait

méchamment ébranlé dans les dix ans à venir. Visionnaire, il a prédit l’essor

du télétravail avant même la pandémie. En mars 2020, les 10 000 groupes

BNI avaient donc déjà muté vers le réseautage en ligne, véritable virage à

180° pour une organisation qui, depuis trente ans, se consacrait au

développement de réseaux d’affaires physiques. Et, durant l’année de crise

sanitaire, BNI a encore ajouté 500 groupes, pour lesquels les rencontres se

sont faites uniquement en ligne ! Une telle croissance confirme la

conviction de son fondateur : les organisations doivent adopter de nouvelles

technologies, sous peine d’être prises en pleine tempête.

Selon vous, quelles technologies devriez-vous intégrer à votre vision en

plan large ? Un de mes amis, Peter Diamandis – président fondateur de la

Fondation XPRIZE – a étudié un nombre incalculable de secteurs d’activité,

pour lesquels il a repéré un modèle net et précis dans l’essor des

technologies numériques et leurs interactions avec les sphères économiques,

ce qu’il appelle les 6 D. À mesure que des secteurs passent au numérique,

ces technologies digitalisent tout en petits éléments informatiques et

rejoignent au vol leur courbe de croissance exponentielle, comme décrit par

la loi de Moore, selon laquelle le ratio prix-performance des ordinateurs

double tous les dix-huit à vingt-quatre mois. Le problème est que les

premiers doublements sont délusoires et faciles à manquer, car trop

modestes (sur le modèle 1, 2, 4, 8, 16, 32…). Il suffit néanmoins de

quelques étapes exponentielles pour que la technologie explose et

déstabilise les marchés, qui n’avaient pas eu connaissance des premières

avancées. La majorité des entreprises commettent l’erreur de ne pas voir les

avantages précoces des nouvelles technologies et, ensuite, sont submergées

par leur subite croissance record.

Un des effets primordiaux de la technologie exponentielle sur

l’économie, c’est qu’elle numérise les fonctions des objets matériels, au

point qu’on n’a plus besoin des objets eux-mêmes. Les fonctions sont

dématérialisées. Le smartphone, par exemple, a numérisé les usages d’une

longue série d’objets matériels : machines à écrire, appareils photo, lecteurs

audio, caméras vidéo ou encore livres, journaux et magazines. Cette

dématérialisation entraîne un effondrement des prix, car le coût marginal de

chaque nouvelle unité est proche de zéro et qu’à son tour, le produit se

démonétise.

Au départ, la démonétisation, qui engendre une baisse générale des

rentrées, perturbe l’activité. Cependant, si vous réussissez à identifier les

deux ou trois technologies exponentielles qui déséquilibrent le plus votre

secteur économique, vous en tirerez avantage, parce que, au bout du

compte, la démonétisation crée un marché de masse beaucoup plus vaste. À

ce moment-là, la technologie est démocratisée et vous pouvez jouer dans la

cour des grands, à l’échelle mondiale.

À quelles technologies devez-vous être attentif ? Bien sûr, vous avez

déjà entendu parler de certaines technologies transformatrices. Notre but ici

n’est pas d’apporter une analyse exhaustive de toutes les technologies à

étudier mais de mettre en lumière quelques domaines qui connaissent une

croissance exponentielle et qui perturberont fortement l’économie dans les

dix ans à venir. Votre responsabilité – et l’occasion à saisir – en tant que

responsable est d’identifier les technologies exponentielles les plus

susceptibles d’ébranler votre secteur d’activité et de vous calquer sur leurs

courbes d’évolution pour, à terme, profiter de cette rupture technologique et

garantir la pérennité à dix ans de votre business model.

 

L’IA en tant que service

 

Peter Diamandis aime dire que, dans dix ans, il existera deux sortes

d’entreprises, « celles qui seront dirigées par une IA et celles qui seront

mortes ». Notre ambition est que vous fassiez partie de la première catégorie. Chaque entreprise doit, au strict minimum, développer une

puissante compétence en IA en complément de toutes les autres

technologies exponentielles utiles à son secteur économique. Peter

Diamandis, par exemple, perturbe lui-même son activité de formation aux

technologies exponentielles en construisant une IA qui l’aidera à fouiller le

Web en quête de preuves d’abondance et de longévité. Il a créé un

algorithme de machine learning baptisé Futureloop, qui épluche

quotidiennement des milliers de sources d’information en ligne, repère les

éléments d’abondance les plus pertinents, puis les réunit dans un mail, qu’il

envoie chaque jour à ses clients. Rassurez-vous, vous n’avez pas besoin

d’élaborer votre propre capacité d’IA comme lui. Vous pouvez l’«

emprunter » ou la « louer » via une plateforme d’IA SaaS (« Software as a

Service »).

Bien avant 2030, nous assisterons à l’émergence de puissants outils

cloud, connus en tant qu’AIaaS (intelligences artificielles en mode SaaS),

qui permettront à chaque responsable d’entreprise d’intégrer de l’IA dans

ses opérations quotidiennes, notamment pour se faciliter la vie avec les

tâches répétitives, la production d’idées créatives, les systèmes comptables

et financiers, le service à la clientèle, la veille stratégique et les RH. Ces

outils d’AIaaS aideront les entreprises de toutes tailles à louer l’équipement

informatique le plus puissant du monde et à lui faire étudier les données

existantes. La nouvelle plateforme Amazon Personalize propose ainsi à ses

clients d’utiliser les incroyables capacités en machine learning d’Amazon

pour envoyer des recommandations personnalisées à leurs consommateurs.

L’AIaaS sera propulsée par l’omniprésence de plus en plus marquée du

cloud computing et du SaaS. Cisco estime que, en 2021, 70 % du workflow

des entreprises a eu lieu dans le cloud, grâce à des plateformes SaaS. L’IA a

déjà commencé à pénétrer un grand nombre de ces plateformes – des

moteurs de recommandation sur GitHub aux conseils de grammaire en

temps réel avec Grammarly. En fait, l’AIaaS semble aujourd’hui vouée à ne

plus être qu’un pan d’une procédure normale d’exploitation. À ce propos,

on cite souvent une déclaration de Mark Weiser, ancien directeur de la

technologie du Xerox PARC (devenu PARC) : « Les technologies les plus profondes sont celles qui disparaissent. Elles s’incorporent au tissu du

quotidien jusqu’à devenir indétectables. » Tel est l’avenir de l’AIaaS.

 

Informatique quantique

 

La prochaine ère informatique sera dynamisée par l’informatique quantique,

qui va foncièrement modifier de nombreux domaines comme la finance, la

science des matériaux, la logistique, la chaîne d’approvisionnement, les

biotechnologies ou la sécurité des réseaux informatiques. À l’heure actuelle,

certains problèmes auxquels nous nous heurtons sont trop complexes à

résoudre ou à prédire, parce qu’ils semblent régis par des variables infinies.

Les ordinateurs quantiques sauront, eux, traiter une quantité incroyablement

plus élevée de valeurs que le plus puissant des superordinateurs dernier cri.

En d’autres termes, ils résoudront en un éclair beaucoup de problèmes

aujourd’hui trop compliqués parce que soumis à trop de variables.

L’informatique quantique peut optimiser les systèmes comme les chaînes

d’approvisionnement ou les services logistiques et engendrer des

découvertes majeures dans la conception de matériaux fonctionnels, en

chimie et en pharmacie. Elle aurait sans doute trouvé la formule d’un vaccin

contre la Covid encore plus vite qu’il n’a été mis au point.

Quel est donc le secret des ordinateurs quantiques ? En informatique

classique, tout est codé en binaire sous forme de 0 et de 1. On est soit l’un,

soit l’autre. En informatique quantique, les bits quantiques (appelés qubits)

peuvent exister simultanément à la fois comme des 0 et comme des 1, par le

biais d’un phénomène appelé superposition quantique. Conséquence

pratique : les qubits peuvent considérer de multiples résultats simultanés au

sein d’un même calcul. De ce fait, 1 qubit peut considérer 2 résultats, ou 2

calculs, 2 qubits peuvent effectuer 4 calculs, 3 qubits en faire 8, et 4 qubits,

16. Le schéma exponentiel en jeu ici ne vous aura pas échappé. Le temps

d’avoir 30 qubits sur une puce électronique, votre ordinateur quantique

pourra exécuter 1 milliard de calculs ! À 300 qubits, ces machines seront

capables d’en opérer davantage qu’il n’y a d’atomes dans l’univers.

Les ordinateurs quantiques que nous connaissons ont des applications

pratiques limitées parce qu’ils sont franchement énormes et qu’il leur faut

des conditions d’essai en laboratoire très précises pour fonctionner.

Toutefois, d’ici à cinq ans, l’informatique quantique sera disponible sous

forme de service cloud proposé par tous les géants technologiques en

concurrence – Google, Amazon, Microsoft ou IBM, pour ne citer qu’eux.

 

Systèmes d’avatars

 

Depuis 2016, l’émergence de nouvelles interfaces utilisateur, telles que la

réalité augmentée ou la réalité virtuelle, nous ouvre, grâce à la connectivité

à distance, des voies encore inexplorées concernant l’éducation, les loisirs

et l’empathie. Ces interfaces utilisateur modifient le schéma narratif de

notre mode de fonctionnement : contrairement à ce que nous autres, êtres

humains, avions appris, nous ne sommes plus obligés d’aller quelque part

pour faire quelque chose. Et la pandémie a encore attisé notre besoin

d’expérimenter à distance.

En 2018, la Fondation XPRIZE a lancé un concours avec, à la clé, une

bourse de 10 millions de dollars, pour créer un système d’avatars physique

non autonome grâce auquel on verrait, on entendrait et on interagirait au

sein d’un environnement distant, tout en ayant l’impression d’y être

réellement. D’ici à 2030, ces avatars pourraient nous permettre d’être

présents partout, indépendamment du lieu où nous nous trouvons, et nous «

brancher » à un des leurs, n’importe où sur la planète. Les professionnels de

la santé prodigueraient des soins médicaux dans des zones sinistrées ou des

endroits reculés, les techniciens spécialisés réagiraient plus vite au besoin

d’expertise et des travaux de recherche et d’exploration pourraient se

dérouler sur des territoires inaccessibles à l’homme. Les visites par

l’intermédiaire d’avatars remplaceraient certaines formes de voyages et de

tourisme. À la place des visioconférences Zoom, grâce auxquelles nous

avons traversé la pandémie, nous nous « téléporterions » virtuellement. Les

contraintes spatio-temporelles auront complètement changé et un nombre incalculable d’opportunités économiques verront le jour, à mesure que ces

interfaces utilisateur et d’autres rendront possible un nouveau royaume

d’interactions à distance.

 

Blockchain

 

Les actifs numériques, tels que le bitcoin et les autres crypto monnaies, sont

de plus en plus attractifs, car ils s’appuient sur la technologie de la

blockchain, qui est une base de données distribuée d’éléments cryptés

stockés en multiples exemplaires dans des centaines de milliers

d’ordinateurs à travers le monde. Les bases de données de la blockchain

contiennent toutes sortes d’informations (par exemple, la provenance et les

identités numériques). Elles proposent même de posséder et d’échanger des

actifs numériques (comme des œuvres d’art virtuelles) sur des canaux peer-

to-peer grâce à des jetons non fongibles. Dans la mesure où les utilisateurs

contrôlent le réseau de manière collective, la technologie de la blockchain

offre une nouvelle façon de garantir la confiance. Si votre activité s’appuie

sur la confiance et la vérification de quelque manière que ce soit, les

technologies de la blockchain vous aideront à bâtir un business model

totalement différent. Selon une analyse de PwC en 2020, elles pourraient

doper le produit intérieur brut mondial de 1 760 milliards de dollars dans les

dix prochaines années, avec un impact maximal sur le suivi des produits et

les services des chaînes d’approvisionnement, talonné par les paiements et

les services financiers, puis par la gestion de l’identité, censée limiter la

fraude et les usurpations d’identité. À vrai dire, la technologie de la

blockchain va inaugurer une nouvelle ère Internet, que certains appellent le

Web 3.0, où les transactions s’effectueront directement entre pairs. Une

lourde menace pèse donc sur toutes les entreprises auxquelles nous nous

fions actuellement en tant que courtiers de confiance intermédiaires.

 

Le Web spatial La crise sanitaire a surmultiplié notre désir d’être connecté à des

environnements virtuels qui vont au-delà de la simple visioconférence.

Aujourd’hui, on bâtit la nouvelle ère du Web spatial, où les individus

interagiront non pas à travers un écran, mais au sein d’espaces 3D associant

lieux réels et lieux virtuels. Ce que la Toile a fait pour relier les sites

Internet entre eux, le Web spatial le fera pour relier les gens, les endroits

physiques et les actifs numériques. Si nous voulons atteindre ce prochain

niveau d’intégration transparente, il faudra compter sur une grande

connectivité 5G et adopter en masse des lunettes intelligentes et d’autres

dispositifs de réalité augmentée qui, selon nos estimations, devraient arriver

au milieu des années 2020. Des applications pratiques du Web spatial

existent déjà, au travers de la convergence d’objets numériques axés sur la

blockchain, de la réalité augmentée sur téléphone, de la réalité virtuelle

offerte par Internet, des visiocasques, des systèmes de son spatialisé et de

techniques de ludification uniques en leur genre.

Le Web spatial offrira aux entreprises de nouvelles possibilités de

collaboration et de nouveaux modèles de service. Eric Pulier, fondateur et

directeur général de la bien-nommée société Spatial Web, explique : « Les

projets du Web spatial empiètent déjà sur notre façon de nous rencontrer,

d’acheter, de participer à des expériences marketing ou d’interagir. Et ce

n’est qu’un début. » Si, par exemple, un de vos clients ne peut pas assister à

un événement physique ou se rendre dans un point de vente, vous lui

enverrez un casque de réalité virtuelle ou de réalité augmentée afin qu’il «

visite » le showroom sans sortir de chez lui. Grâce au casque, il entendra

tout ce qui se dit et verra les produits à distance. En lieu et place des

conférences classiques, les entreprises peuvent organiser des événements

dans le Web spatial, où les participants interagissent virtuellement par

l’intermédiaire d’avatars numériques et avec un public beaucoup plus

nombreux que lors d’une rencontre ordinaire.

En résumé, quand, dans les dix prochaines années, l’AIaaS sera associée

à la 5G, aux milliards d’appareils connectés, aux technologies de la

blockchain et à des nouvelles interfaces utilisateur comme la réalité

augmentée et les robots avatars, les entreprises dématérialisées connaîtront une croissance exponentielle. Puisqu’elles ne seront plus entravées ni par

l’espace physique ni par des infrastructures en dur, elles pourront jouer dans

la cour mondiale grâce à des opérations et des équipes hébergées à distance.

Lorsque vous vous demanderez quelles technologies exponentielles intégrer

à votre vision en plan large, rappelez-vous que certaines suivent des

calendriers différents de commercialisation et de maturation. Quelle que

soit la technologie employée, il n’y aura pas de moment précis où, enfin «

prête », elle bouleversera notre façon de vivre et de travailler. Les éléments

qui, à eux tous, composent le Web spatial ont chacun leur courbe de

croissance exponentielle, au sein de laquelle ils deviennent de plus en plus

utiles et puissants. La solution est d’expérimenter ces technologies

maintenant. Sinon, vous ne pourrez pas suivre le rythme et vous vous

retrouverez à la traîne de vos concurrents quand, d’un coup, ces

technologies exploseront et deviendront la norme.

 

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