Adaptabilité totale
Transférez l’autonomie de votre équipe du haut vers le bas
Transférez l’autonomie de votre équipe du
haut vers le bas
L’agilité d’entreprise produit des solutions innovantes grâce à un processus
continu d’expérimentation et de tests visant des résultats quantifiables. Elle
surmonte les obstacles posés par la bureaucratie et pour lesquels il n’existe
pas de réponse bureaucratique.
Par exemple, la sécurisation des données d’entreprise dans des silos
administratifs peut les rendre quasi impossibles à utiliser et à partager d’une
façon qui créerait de la valeur pour les clients. C’est le problème auquel
s’est heurtée, en 2017, Mariya Filipova, viceprésidente d’Anthem
Innovation au sein de la compagnie d’assurance-maladie Anthem, Inc. Les
données des patients sont une source puissante d’innovation dans les
process et les traitements médicaux, mais, à cause des nombreux pare-feu et
des règles pesantes de gouvernance instaurés par Anthem, elles étaient
inaccessibles aux chercheurs tout autant qu’aux hackeurs.
Mariya Filipova et son équipe ont choisi une approche agile pour
partager ces informations anonymisées tout en préservant la vie privée des
patients et la sécurité de l’entreprise. Le résultat souhaité était un moteur
d’expérimentation fiable et rapide, un « bac à sable numérique » qui
permettrait aux chercheurs et aux outils robotisés de machine learning
d’éplucher les gigantesques stocks de données d’Anthem. Première tâche :
identifier les forces de proposition novatrices dans les équipes dédiées aux
sciences des données, à la sécurité de l’information et au juridique. Chaque
fois, la vice-présidente d’Anthem Innovation a posé la question suivante : «
Qu’est-ce qui vous fait penser que le bac à sable est une mauvaise idée ? »
À la suite de quoi, ses collaborateurs et elle ont consigné l’ensemble des
préoccupations et des objections. Ils ont entendu, puis intégré les problèmes
aux OKR (Objectives and Key Results) spécifiques du projet – les objectifs
et résultats clés grâce auxquels on évalue la réussite d’une initiative.
En trois mois, l’équipe a dévoilé un prototype de bac à sable qui
respectait tous les critères de sécurité, mais les utilisateurs à qui on avait
demandé de le tester l’ont trouvé lent et peu maniable. Pendant les six mois
suivants, certains utilisateurs de la première heure ont donc été conviés à
participer à la fabrication d’une version 2.0 qui, elle, fonctionnait beaucoup
mieux. Cette nouvelle formule, qui donnait accès à 7 milliards de demandes
d’indemnisation sur 12 ans, a permis aux chercheurs d’étudier la
progression des comorbidités (association d’au moins deux problèmes
médicaux chez un patient) et d’identifier les meilleures méthodes de lutte
contre le cancer du sein et de prévention des rechutes. En un an, une
troisième version de bac à sable, dotée d’une expérience utilisateur
améliorée, a offert accès à 12 millions de demandes d’indemnisation
supplémentaires.
Des résultats comme ceux d’Anthem ne sont possibles que si les équipes
pratiquent l’itération et qu’elles apprennent d’elles-mêmes, sans suivre
aveuglément les instructions de la hiérarchie. Les adeptes de l’agilité citent
souvent une phrase du légendaire pionnier de l’informatique John Tukey : «
Mieux vaut une réponse approximative à une bonne question, qui est
souvent vague, qu’une réponse exacte à une mauvaise question, qui peut
toujours être précisée 2. »
Nous savons tous ce que c’est de travailler sur un projet mal ficelé, voué
à l’échec, car la consigne envoyée par la hiérarchie exige de répondre aux
mauvaises questions. Grâce à l’agilité d’entreprise, chaque équipe a pour
mission d’innover et de créer de la valeur client. Ce n’est pas aux
collaborateurs de prouver leur mérite à leurs supérieurs. « Quand la gestion
agile se fait dans de bonnes conditions, cela ne signifie pas qu’on renonce à
tout contrôle mais qu’on le modernise, précise Rich Agostino. Peu de gens
se plaindront de la suppression de procédures qu’ils jugent trop
bureaucratiques. »
Diriger avec une mentalité agile et viser l’agilité d’entreprise exigent des
responsables qu’ils se retirent des opérations de microgestion pour passer
plus de temps à définir les missions stratégiques qu’ils confient à leurs
équipes. « Les principes de l’agilité peuvent faire penser à la recette d’un environnement mal maîtrisé, poursuit Rich Agostino. Certaines personnes
en parlent comme du “Far West”, car elles n’y comprennent rien. » En tant
que responsable de la sécurité de l’information, il ajoute : « Je pourrais être
vite effrayé à l’idée de devoir suivre la cadence d’équipes informatiques qui
modifient leurs programmes au jour le jour, expérimentent de nouvelles
technologies et se débarrassent des vieilles structures de contrôle, comme
les portiques de sécurité. Moi, au lieu d’avoir peur, j’y vois l’occasion rêvée
de penser différemment l’instauration d’une sécurité agile. »
Chez Target, l’agilité au niveau de la sécurité s’obtient en partie en
donnant à des milliers de développeurs l’accès aux outils de test qui
transmettent leur ressenti en quelques minutes. Au lieu de leur enseigner les
procédures de sécurité lors de séances strictes et planifiées, Target a joué la
carte de la formation continue avec des tournois de codage sécurisés et
d’autres expériences ludiques. Voilà un excellent exemple de la façon dont
les dirigeants offrent à leurs équipes agiles l’occasion d’endosser un nombre
croissant de responsabilités opérationnelles. Chez Target, toutes les équipes
technologiques – et pas seulement celle de cybersécurité – doivent respecter
les objectifs de sécurité de l’entreprise.
Renoncer à un contrôle manuel peut paraître périlleux, mais l’innovation
n’a jamais été un long fleuve tranquille. Vous devez oser courir des risques
pour faire évoluer votre activité au même rythme qu’évoluent vos
technologies, vos clients et votre secteur. Traditionnellement, l’innovation
fonctionnant sur le modèle commande et contrôle tente de limiter les
risques grâce à la planification délibérante avant que le travail effectif ne
débute, mais cette démarche ne fait qu’augmenter le coût d’une erreur
éventuelle. Selon certaines études, environ les deux tiers des entreprises du
classement Fortune 500 ont dû abandonner leurs plans stratégiques majeurs,
souvent pour un prix exorbitant3.
L’expérimentation agile permet, en revanche, de maîtriser les risques par
la pratique de tests fréquents et l’apprentissage incrémentiel. En passant en
revue les performances de son portefeuille de start-up, Fred Wilson, capital-
risqueur chez Union Square Ventures, a constaté que, parmi les sociétés en
situation d’échec, 80 % d’entre elles n’avaient jamais réussi à innover et à dépasser leur concept initial. A contrario, les deux tiers des plus prospères
avaient abandonné leur vision fondatrice et, à force d’essais et d’erreurs,
elles s’étaient forgé une nouvelle idée de la réussite 4. YouTube, par
exemple, était, à l’origine, une application de rencontres en vidéo qui n’a
jamais décollé. Ses créateurs ont alors décidé d’orienter leur technologie en
ligne vers une application plus large 5.
Le design agile du bac à sable numérique d’Anthem démontre avec brio
comment l’agilité diminue les risques tout en permettant des gains
substantiels. Le principe de base de toute nouvelle caractéristique est de
démarrer petit mais de viser, tout de suite, à plus grande échelle. Quand
quelque chose fonctionne mal, on l’éradique aussitôt en perdant un
minimum de ressources. Et, si quelque chose réussit, on peut accélérer et
changer d’échelle beaucoup plus vite que par le passé.
Dans un de ses rapports, Mariya Filipova écrit : « Le rythme de notre
mutation d’entreprise est directement proportionnel à la vitesse à laquelle
nous pouvons réaliser des expériences pertinentes et sûres. » Dans le
nouveau monde du travail, sa remarque a valeur de devise de réussite.
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