Adaptabilité totale
Changez d’échelle pour soutenir l’innovation
Le prérequis pour qu’une équipe dirigeante adopte l’agilité d’entreprise à
l’échelle est de s’assurer que l’équipe elle-même fonctionne selon les
principes agiles. Avez-vous réellement envie d’aider les gens à apprendre
par la pratique ? Renoncez-vous au contrôle pour bâtir de véritables
relations de confiance ? Laissez-vous vos équipes découvrir ce que le client
souhaite ou tentez-vous encore d’imposer votre propre vision ? Avant tout,
les membres de votre équipe dirigeante doivent sortir du silo de leurs
responsabilités fonctionnelles et s’associer pour le bien général de
l’organisation.
Dans Doing Agile Right, Sarah Elk et ses coauteurs citent Dell en
exemple de management agile. Selon eux, l’entreprise se distingue des
organisations conventionnelles sur quatre points 6.
Dell planifie grâce à une large contribution client. La planification
est solidement renseignée par les acheteurs, soit par des enquêtes
directes, soit en incitant les équipes au plus proche de la clientèle à
proposer des améliorations ;
Dell se fait discret au sein des équipes. La direction fixe des buts,
apporte ses conseils. En revanche, elle laisse aux équipes la gestion
du comment ;
Dell évite le fonctionnement multitâche au plus haut niveau. Un
grand nombre de cadres supérieurs veulent tout faire à la fois. Chez
Dell, les responsables séquencent les initiatives pour éviter le
principe de surenchère. D’après Sarah Elk, « Dell pose une barrière
de valeur très élevée sur ses initiatives d’entreprise, de sorte que
moins d’une dizaine d’entre elles sont généralement actives
simultanément » ;
Dell revisite et actualise fréquemment ses plans. L’agilité s’appuie sur
les tests et l’expérimentation. Cela requiert en permanence des
modifications de trajectoire et des mises à jour de stratégie, selon ce
qui fonctionne pour la clientèle et ce qui ne fonctionne pas.
En termes simples, le meilleur moyen de soutenir les équipes agiles est
que les responsables en personne pratiquent l’agilité d’entreprise, avec leurs
propres sprints bihebdomadaires (axés sur des résultats quantifiables), ainsi
que de fréquents stand-up meetings, la responsabilité entre pairs et des
séances de bulletproofing.
La rapidité et la flexibilité de la méthode agile en fait l’approche
totalement adaptable idéale pour affronter le rythme soutenu des ruptures
inhérentes à notre nouveau monde du travail. L’agilité limite les risques de
changement négatif et accroît le potentiel d’amélioration. Enfin, il faut pour
cela que le manager opère les choix stratégiques de planification et de
budgétisation nécessaires. Votre équipe agile ne sera efficace que si vous
adoptez la bonne stratégie, de sorte qu’en vous retirant des opérations de
surveillance, vous consacriez un maximum de temps et d’efforts à améliorer
la vision à long terme de l’organisation et sa résilience stratégique. Quand
elle offre aux managers toute la latitude pour se concentrer sur des tâches à
forte valeur ajoutée qui sont uniquement de leur ressort, l’agilité peut
devenir le système d’exploitation parfait d’une adaptabilité totale
disciplinée.
Attention, lorsqu’elle est mal pratiquée, l’agilité comporte aussi des
risques. Certes, elle incarne un idéal séduisant, élégant qui, à l’image de
nombreux autres termes du langage des affaires, peut être galvaudé et utilisé
à mauvais escient. Certains hauts dirigeants l’invoqueront comme excuse
pour licencier des cadres intermédiaires. De même, tout en bas, les équipes
agiles en manque de responsabilité mutuelle justifient parfois un travail
bâclé, en retard ou incomplet par ces procédures dites agiles. Des
entreprises peuvent avoir imposé l’agilité pour réduire les coûts : elles
espéraient un gain de productivité sans fournir, en contrepartie, les soutiens
matériels et culturels requis.
Rich Agostino souligne bien que, pour passer à la méthode agile, Target
a entièrement réorganisé son système en 2015 et que, depuis, la direction ne cesse d’investir dans sa culture de l’apprentissage agile. Il attribue le succès
précoce de l’agilité chez Target au soutien sans faille de l’entreprise. Les
salariés ont été dûment formés en tant que coachs agiles et coachs
techniques afin d’accompagner la transition, et un centre d’apprentissage
agile, baptisé Target Dojo, où les équipes d’ingénierie développent de
nouvelles compétences tout en travaillant sur des solutions concrètes, a été
ouvert. Target valorise aussi la mise en place de cinquante jours
d’apprentissage par an pour ses employés, qui passent donc presque un
cinquième de leur temps de travail à acquérir de nouveaux savoir-faire
centrés sur l’agilité.
« Pour ceux qui, par nécessité, se sont lancés sur la voie de l’agilité
pendant la pandémie, précise Rich Agostino, il est important de savoir
que, si on veut créer et entretenir une philosophie agile de
l’entreprise, il faut opérer une mutation culturelle sur plusieurs
années. »
Une partie de cette mutation s’articule autour du temps de travail
général. Les réunions quotidiennes et les sprints bihebdomadaires peuvent
être source de stress et d’anxiété. Faire partie de plusieurs équipes
interfonctionnelles à la fois, qui travaillent sur des projets différents avec
des deadlines différentes, peut causer une surcharge collaborative. Dans le
chapitre suivant, nous allons vous expliquer en quoi la nécessité de créer
une solide résilience d’équipe est essentielle à l’instauration d’une culture
d’entreprise agile, collaborative et ultraperformante.
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