Adaptabilité totale
Chapitre 1 - L’adaptabilité totale
Chapitre 1
L’adaptabilité totale
Le désert de Black Rock, dans le nord du Nevada, est sans doute le pire
endroit du globe pour réunir des milliers de personnes pendant la dernière
semaine du mois d’août. À la mi-journée, la température qui règne sur ces
immenses plaines de sel stériles avoisine les 45 °C. Pour accéder aux
raccordements électriques et aux points d’eau courante les plus proches, il
faut parcourir une quinzaine de kilomètres. On a besoin d’un masque et de
lunettes de protection pour affronter les tempêtes de poussière
intempestives et leurs violentes rafales à quatre-vingts kilomètres à l’heure.
Pourtant, chaque année depuis 1991, le désert de Black Rock n’attire pas
moins de 80 000 participants au célèbre Burning Man.
Par définition, le festival Burning Man est un lieu étrange, hors du
monde, où un grand nombre des règles qui régissent habituellement la vie
ne s’appliquent pas. Neuf jours dans l’année, Black Rock voit émerger une
communauté qui, au motif d’une réelle expérience sociale, interdit l’argent
et glorifie l’extrême créativité. Nulle part ailleurs vous ne verrez des
Deadheads1 et des musiciens classiques composer ensemble, pendant que
des anarchistes pyromanes s’associent aux plus grands experts high-tech
pour construire de gigantesques œuvres d’art enflammées, que des
spiritualistes new age mènent des discussions de fond avec des cadres
d’entreprise et que des fondus d’écologie travaillent main dans la main avec
des militants pro-armes à feu pour entretenir le site et protéger le fragile
écosystème du désert.
Tout fonctionne, non pas malgré l’environnement hostile mais grâce à
lui. Le partage forcé de conditions de vie aussi ardues implique un grand
sens de l’engagement vis-à-vis d’une mission collective et un sentiment profond d’appartenance au groupe, que ce soit dans la chaleur torride, les
nuits glaciales ou les tourbillons de poussière. « Une communauté ne naît
pas d’un sentiment ou d’une simple bonne volonté, explique Larry Harvey,
cofondateur du Burning Man. Elle se développe à l’aune d’une lutte
commune1. » Ce qui favorise la collaboration au Burning Man, c’est la
nécessité de se battre pour exister. Le désert, implacable, est un formidable
creuset de créativité.
Depuis seize ans, moi, Keith Ferrazzi, je me rendais chaque année au
Burning Man quand, soudain, la pandémie a entraîné l’annulation de
l’édition 2020. À l’époque, je tentais d’établir, avec mon co auteur Kian
Gohar, « burner » lui-même, des parallèles entre les luttes collectives à
travers le monde et les leçons offertes par l’univers du Burning Man. Les
créateurs de cette manifestation en parlent comme d’une « expérience au
cœur d’une communauté éphémère, consacrée à l’expression radicale de soi
et à l’autonomie absolue2 ». Après de nombreux mois de recherche, des
membres de Ferrazzi Greenlight qui avaient participé au « Burn » se sont
aperçus que la description correspondait aussi complètement à la pandémie.
Le Burning Man est une petite expérience sociale qu’on décide soi-même
de tenter, tandis que la crise sanitaire de la Covid s’est révélée être sa propre
espèce d’expérience sociale au travail – un grand test fortuit et tragique,
mené à l’échelle planétaire.
Bien évidemment, la pandémie nous a imposé à tous des niveaux
dramatiques d’adversité et une expérience sociale très pénible, nourrie de
chagrins et de privations. Pourtant, en raison des nombreuses difficultés
qu’elle a mises sur notre route et des réactions qu’elle a provoquées chez
nous, la pandémie est aussi, avec le recul, une source inouïe d’idées, de
créativité, d’innovations et une communauté pour beaucoup d’entre nous –
quelque chose de même ampleur que l’expérience partagée d’un
épanouissement en plein désert. Nous espérons qu’il s’agira d’un point
d’inflexion puissant et positif et nous comptons bien partager, au travers de
ce livre, des leçons de management plus qu’essentielles.
L’adaptation est le seul domaine où les êtres humains surpassent tous les
autres animaux du monde. Nous ne sommes ni les plus gros ni les plus rapides. Nous ne possédons ni les crocs les plus pointus ni les griffes les
plus puissantes. Pourtant, grâce à notre extrême et infatigable capacité
d’adaptation, nous sommes devenus sans conteste l’espèce dominante.
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