Adaptabilité totale
Quelle main-d’œuvre engager ?
Maintenant que les différentes tâches prioritaires ont été pixélisées et
décortiquées en microtâches constitutives, il faut déterminer qui fera quoi.
Comment décider s’il vaut mieux construire, acheter ou emprunter ce talent
? Autrement dit, devez-vous faire l’effort de développer vos effectifs en
interne, acheter ce talent à l’extérieur via un partenariat commercial ou
l’emprunter sur une plateforme professionnelle ?
Pour choisir quelles briques Lego constitueront votre maind’œuvre,
représentez-vous les deux boutons de réglage – ou molettes – d’un
autoradio (avant l’avènement du numérique, bien sûr !). Nous les appelons
les boutons de décision. Le bouton de droite règle la fréquence, celui de
gauche modifie le volume et, selon la manière dont ils sont positionnés,
vous vivrez au volant une expérience musicale différente : il y aura ce que
vous entendez et la puissance à laquelle le son vous parvient aux oreilles.
Chaque entreprise doit prendre six décisions par rapport aux deux
grandes dimensions que sont le personnel et le lieu de travail. Les trois
premières décisions concernent qui accomplit le travail : ce sera étudié ci-
après (voir figure 7.1). Les trois autres sont axées sur l’endroit où le travail
est effectué, et nous l’aborderons au chapitre suivant. La façon dont vous
réglerez les boutons conditionnera la main-d’œuvre que vous concevrez et
les briques Lego que vous assemblerez. La solution ultime est propre à
chaque entreprise. Il n’existe aucune réponse catégoriquement bonne ou
fausse. En revanche, il y en a une adaptée à chaque lot de priorités
stratégiques et de valeurs culturelles.
FIGURE 7.1 Boutons de décision des effectifs
Voyons comment Paul Hlivko a appréhendé cette première dimension de
reconception des effectifs. Il est directeur de la technologie et de
l’expérience chez Wellmark Blue Cross Blue Shield, compagnie
d’assurance-maladie implantée dans l’Iowa. En 2020, Wellmark a subi un
triple coup dur : une pandémie planétaire, plusieurs semaines de panne du
système informatique d’un partenaire majeur et une violente tempête,
appelée derecho, qui a balayé plusieurs États et frappé un de ses marchés
primaires. On suppose donc naturellement que le personnel de Wellmark a
été lourdement impacté en 2020. Certes, il l’a été, mais moins que chez ses
homologues, car il fonctionne selon un modèle d’effectifs combinés, où bon
nombre de collaborateurs, recrutés de manière peu conventionnelle,
travaillent aux quatre coins du monde en crowdsourcing.
En 2020, grâce à TopCoder, sa plateforme de crowdsourcing partenaire,
Paul Hlivko a embauché plus de 150 crowdworkers, installés dans 50 pays.
Ces travailleurs à la demande ont apporté leur aide sur toute une palette de
tâches logicielles classiques, comme la conception d’expérience utilisateur,
l’ingénierie et le développement. TopCoder a aussi été sollicité pour des
postes plus difficiles à pourvoir, lorsqu’il fallait, par exemple, des
compétences en science des données, très recherchées indépendamment de
l’endroit où les personnes peuvent habiter. Cette plateforme de travail
participatif n’a pas fait qu’offrir à Wellmark l’avantage d’une main-d’œuvre
internationale opérationnelle vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Elle a
également insufflé une bonne dose d’agilité pour équilibrer les demandes en personnel, quand l’activité des employés sur site était fortement entravée
par des événements locaux.
« Avec tous les défis auxquels Wellmark a été confronté en 2020, le
crowdworking est le seul modèle de travail à ne pas avoir connu de temps
d’arrêt », se félicite Paul Hlivko. C’est une méthode de fonctionnement qui
a renforcé la résilience de son entreprise. La diversité des sites, des
éventails de compétences et des talents présents sur la plateforme de
crowdsourcing a aussi limité les risques de rupture de l’activité
économique. À l’image des fournisseurs d’hébergement cloud (par
exemple, Amazon Web Services) qui parent aux défaillances techniques
grâce à la densité et au nombre de leurs data centers, les plateformes de
crowdworking peuvent influer sur d’éventuels dérèglements du travail,
surtout lorsqu’elles sont exploitées à grande échelle.
L’externalisation de la recherche de talents est un excellent moyen
d’encourager les salariés internes à voir plus large. Il ne s’agit toutefois pas,
pour Wellmark, d’une stratégie de remplacement des effectifs. « Ce n’est
pas une question de maîtrise optimale des coûts de maind’œuvre. Nous
souhaitons surtout attirer les esprits les plus vifs de notre entreprise et du
monde afin qu’ils nous aident à obtenir les meilleurs résultats pour nos
clients et pour nos membres », précise Paul Hlivko. Sa priorité a été de
maintenir en interne les compétences clés qui les différenciaient de la
concurrence – à savoir l’expérience client, le numérique, l’ingénierie et
l’hébergement cloud. En revanche, il était convaincu de l’utilité d’adjoindre
des crowdworkers à ses équipes en place : cela apporterait une diversité
d’idées et d’expériences qui leur permettrait d’échafauder les meilleures
solutions possibles et les plus créatives. « Dès le départ, nous avons
considéré le crowdworking comme un service partagé auquel tout le monde
pouvait accéder. Les participants fonctionnaient comme n’importe quelle
autre équipe de services partagés. Nous lui avons même donné un nom
scrum, qui renforçait l’aspect banal de la situation et l’inclusivité. Aussi
tout le monde savait-il que les crowdworkers avaient le même statut que
leurs collègues en interne. »
En vision à cinq ans, Paul Hlivko espère que Wellmark utilisera
également les plateformes de crowdsourcing pour fournir des talents à la
verticale, en plus du développement logiciel.
« Si nous voulons que notre stratégie d’effectifs soit une réussite, il
faut continuer de privilégier les idées et les résultats, plutôt que la
manière dont les travailleurs choisissent d’être employés. Il convient
aussi d’investir dans nos équipes internes pour engranger sans cesse
de nouvelles compétences telles que, par exemple, les ficelles du
partenariat avec les talents distribués. C’est bon pour le
développement personnel et la progression de carrière de nos
collaborateurs, et tout autant pour l’agilité et la résilience de
l’entreprise. »
En parlant de projection à cinq ans, quel cadre temporel envisagez-vous
pour votre situation future idéale en termes d’effectifs ? Un peu plus tôt
dans le livre, nous avons défini une situation future idéale à cinq ans.
Cohérence oblige, le réglage de vos boutons doit maintenant refléter cette
perspective. Pour l’instant, ne vous souciez pas de la façon dont vous
amènerez vos employés jusque-là. Cherchez juste à déterminer à quoi votre
main-d’œuvre devrait ressembler quand, dans cinq ans, vous aurez atteint
votre situation idéale future. Cet objectif vous permettra d’établir une
feuille de route de transformation des effectifs, que nous traiterons dans la
suite du chapitre.
Puisque l’avenir du monde professionnel s’oriente vers une segmentation
des tâches (et comme nous l’avons vu dans le cas de Paul Hlivko), nous
allons assister à une diversification des lieux de travail et de l’identité des
personnes qui s’en chargent. Pour réussir leur construction en Lego, les
responsables auront donc à prendre trois décisions majeures. Rappelez-vous
qu’il n’existe pas de réponse unique universelle, mais étudiez
consciencieusement les questions suivantes : comment la technologie peut-
elle faire progresser nos employés ? Comment tirer le meilleur parti des
personnes qui ne travaillent pas dans notre équipe, notre service, notre entreprise ou notre secteur d’activité ? Comment optimiser les relations
avec nos partenaires et nos collaborateurs ?
Bouton n° 1. Accroissement : humain ou algorithmique ?
Depuis presque dix ans, Hollywood et la Silicon Valley nourrissent de
grandes craintes sur l’avènement de la singularité technologique, quand
robots et algorithmes rendront le travail humain obsolète. Bien sûr, ce n’est
pas vrai – du moins, pas encore ! – mais il y a, dans ce futur de science-
fiction, des éclats de vérité qui méritent notre attention.
Oui, le travail est voué à devenir un équilibre entre interventions
humaines et technologies automatisées. L’avenir du travail humain reposera
sur la créativité, et non plus sur la productivité. Les tâches répétitives, sales
et dangereuses seront probablement prises en charge par la robotique et les
algorithmes. À l’inverse, les tâches qui nécessitent une grande créativité, la
résolution de problèmes complexes, de la collaboration, de la
communication et une intelligence émotionnelle resteront le domaine
réservé des humains.
Ces dernières années, les algorithmes d’IA se sont développés à vitesse
grand V et une foule de tâches simples et répétitives peuvent maintenant
être numérisées et exécutées par le traitement du langage naturel, le
machine learning et d’autres technologies d’IA. Nous vous conseillons
d’inviter un spécialiste en la matière à rejoindre votre Force opérationnelle
Jedi. Grâce à lui, vous verrez quelles techniques algorithmiques existent
aujourd’hui et en quoi elles peuvent vous aider concrètement à optimiser
vos effectifs d’ici à cinq ans, quand vous aurez atteint votre situation future
idéale. Au lieu de travailler, comme depuis toujours, avec des entrées et des
manipulations de données ultrarépétitives, vous pourrez laisser l’IA booster
les secteurs d’activité de vos employés en chair et en os.
Vinay Nadig montre comment le modèle humain-machine fonctionne en
pratique. L’accueil et l’intégration de grosses entreprises clientes
constituent un challenge permanent pour les compagnies d’assurance-maladie. L’association de systèmes hérités, d’activités manuelles et d’offres
produits très personnalisées pose de sacrés défis. Cela entraîne souvent un
allongement du cycle d’intégration, une qualité inégale des données et, au
bout du compte, un retard de prestation pour l’utilisateur final : les patients
peinent souvent à récupérer une ordonnance, à programmer un traitement
ou à obtenir l’accord pour une intervention chirurgicale.
Il fallait tout simplifier et, pour cela, le recours aux technologies
d’automatisation, comme les algorithmes logiciels et d’IA, est tombé sous
le sens. Le traitement des comptes stratégiques dans l’univers complexe des
prestations d’assurance-maladie reste néanmoins une affaire à fort contenu
humain. Il nécessite des années d’expérience en relationnel, ainsi qu’une
compréhension approfondie et nuancée des besoins du client et des
capacités internes. Vinay Nadig a eu l’idée de mettre au point ce que son
équipe appelle des cobots, c’est-à-dire des robots logiciels qui collaborent
avec des travailleurs humains pour exécuter une tâche. En vue de préparer
les demandes des clients à être traitées dans les systèmes fondamentaux de
l’assureur, un robot logiciel autonome utilise des algorithmes pour
automatiser une grande partie du processus frontal d’entrée des
informations. Au lieu de finaliser lui-même les demandes, il sollicite
toutefois un intervenant humain chevronné, qui vérifie les nuances,
difficultés et autres « détails » susceptibles d’échapper aux algorithmes. En
réduisant la quantité de tâches répétitives, le robot fait réaliser des
économies substantielles de temps et de travail. Il libère aussi des employés,
auxquels on peut confier un rôle plus important, fondé sur la connaissance,
ou une mission à fort contact humain dans le service au client.
Pour vous, ce degré d’amélioration dépend des spécificités de votre
entreprise et de votre secteur d’activité. Les technologies d’IA disponibles
n’ont pas vocation à remplacer votre personnel. On estime plutôt que l’IA,
en tant que brique Lego de main-d’œuvre, peut accélérer la création de
valeur, tout en dégageant du temps à vos équipes pour qu’elles se
concentrent sur des opérations plus complexes et plus rentables.
Au moment d’évaluer les axes de travail et les types de tâches à
privilégier, si vous hésitez à confier une tâche à un être humain ou à un algorithme, demandez-vous d’abord : a-t-elle même besoin d’être effectuée
? Une partie du processus de pixélisation et de restructuration des effectifs
consiste à s’assurer qu’on ne recrute pas la bonne personne pour accomplir
le mauvais travail. Prenez du recul et posezvous la question suivante : «
Cette tâche ou cette unité d’activité est-elle indispensable ? » Si tel n’est pas
le cas, supprimez-la et passez à autre chose.
Bouton n° 2. Emploi : traditionnel ou à la tâche ?
Depuis la Grande Dépression des années 1930, les gouvernements et les
mouvements ouvriers du monde entier ont œuvré à la sauvegarde de
l’emploi à temps plein comme moyen de créer une société plus stable et
plus équitable. Ce contrat social a perduré jusqu’à la Grande Récession de
2008, où les progrès de la technologie de téléphonie mobile, associés à la
généralisation d’Internet et à la hausse du taux de chômage, ont conduit les
citoyens à accepter toutes sortes de petits projets (gigs) pour gagner
quelques sous. Cette nouvelle gig economy – ou économie de partage – a
puisé dans un immense réservoir de ressources sous-utilisées, des chambres
privées vacantes pour des locations saisonnières sur des plateformes comme
Airbnb, jusqu’aux voitures particulières transformées en taxi sur des
réseaux de transport comme Uber ou Lyft. Ces travailleurs à la tâche
constituent une nouvelle catégorie professionnelle, sur laquelle beaucoup
d’entreprises comptent maintenant à titre de main-d’œuvre supplémentaire.
Ce ne sont ni des salariés à temps complet ni de traditionnels consultants
recrutés en free-lance. Ils sont affectés sur des projets à court terme, selon la
complexité de la tâche à exécuter. Le modèle de crowdworking instauré par
Paul Hlivko chez Wellmark est un exemple parfait de cette gig economy
contingente.
Il y a fort à parier que les tendances technologiques à l’origine de
l’économie de partage dans les années 2010 poursuivent leur croissance
exponentielle. Grâce aux efforts d’entreprises telles que SpaceX et Virgin
Orbit, d’ici à 2025 la grande majorité des Américains seront connectés par des microsatellites qui fourniront une connexion Internet à très haut débit,
en ville comme en zone rurale. Cette amélioration du réseau favorisera
l’accès des populations mal desservies aux services en ligne et stimulera le
développement d’un marché de l’emploi 100 % numérique, au sein duquel
n’importe qui pourra travailler n’importe où sur tout type de projet, tout
type de tâche, à distance. D’autres sociétés se concentrent sur ce genre de
connexion satellite à large bande passante pour le reste du globe. En
conséquence de quoi, il faut s’attendre à ce que trois milliards d’individus
supplémentaires aient accès à Internet d’ici à la fin des années 2020.
Imaginez un peu, pouvoir piocher dans le génie cognitif de n’importe qui
sur terre pour réaliser une mission X ou Y. C’est une ressource
extraordinaire !
Car, oui, des esprits brillants, on en trouve partout, et pas uniquement
près du siège de votre entreprise. Bill Joy, cofondateur de Sun
Microsystems, a déclaré un jour : « Les gens les plus intelligents travaillent
toujours pour quelqu’un d’autre 3. » Il avait raison. Les gens les plus
intelligents ne travaillent pas tous chez Amazon. Ou Apple. Ou Google. Ou
General Motors. Ou Wallmart. Ou quelque autre entreprise que ce soit. Ils
sont employés par toutes sortes d’organisations à travers le monde. S’il veut
réussir, un responsable doit trouver comment puiser dans l’intelligence
cognitive de cette main-d’œuvre virtuelle et l’inciter à venir travailler chez
lui. Les plateformes de crowdworking à la tâche peuvent l’aider à créer
l’adaptabilité totale nécessaire.
Un peu partout, ces plateformes ont vu le jour dans l’optique de relier un
bassin virtuel de travailleurs à une demande planétaire de compétences.
Elles sont devenues des solutions fiables pour de nombreuses entreprises et
organisations verticales en quête de main-d’œuvre. L’éventail de services
est très large, des opérations les plus simples et banales (saisie de
données…) jusqu’à des services complexes d’experts en col blanc, tels que
la comptabilité et la sphère juridique, ou même des secteurs créatifs de haut
vol, comme l’idéation et la conception. Parmi ces plateformes, on peut citer
Tongal dans le domaine de la création publicitaire, TopCoder pour le développement de logiciels, Workrise dans l’univers des métiers qualifiés et
de l’énergie ou encore Upwork pour les projets généraux en free-lance.
La politique gouvernementale américaine commence à soutenir cet
écosystème gig et à le consolider au sein de la nouvelle économie. En 2020,
les électeurs californiens ont approuvé l’instauration d’une nouvelle
catégorie professionnelle pour les gig workers, distincte de l’emploi à temps
plein et des contrats en free-lance. Cette nouvelle approche leur offre un
ensemble hybride d’avantages professionnels, à mi-chemin entre l’emploi à
temps complet et le statut d’indépendant. Comme c’est le cas de
nombreuses innovations ayant vu le jour en Californie, la tendance devrait
bientôt se propager au reste du pays.
Comment allez-vous décider si vos effectifs doivent s’appuyer sur un
modèle traditionnel de salariés à temps plein, sur l’économie gig ou sur un
mélange des deux ? Comment régler les boutons de l’autoradio ? La
réponse dépend de votre équipe, de votre entreprise, de votre secteur
d’activité et de votre situation future idéale. Nous n’avons pas une unique
bonne solution à vous communiquer. Vous devez trouver la solution qui soit
bonne pour vous.
On sait quand même qu’il y a de mauvaises réponses à éviter. Une
certitude : toute personne essentielle à la compétitivité de l’entreprise (que
ce soit au niveau des produits, de la chaîne logistique, du marketing, etc.)
doit être salariée à temps complet, de sorte que vous maîtrisiez son
workflow. Les experts clés doivent être recrutés en interne. Ce sont eux qui
vous différencient de la concurrence. Autre exemple, les équipes spéciales,
chargées de trouver des voies d’innovation, seront aussi constituées
d’employés à temps plein, car vous devez exploiter toute leur énergie
créatrice, sans qu’elle soit siphonnée en simultané par vos rivaux.
Alors, quel rôle attribuer aux gig workers ? Selon nous, une tâche peut
leur être attribuée dès lors qu’elle est répétitive, non essentielle à l’activité,
qu’elle ne nécessite pas de consignes lourdes et qu’elle peut être accomplie
par quelqu’un qui n’a pas besoin de connaître les rouages internes de
l’entreprise.
Bouton n° 3. Écosystème : interne ou externe ?
On a souvent tendance à embaucher une personne – à temps complet ou
temps partiel – pour exécuter une tâche en particulier. Cette pratique,
naturelle et historique, reste un modèle phare de la gestion des effectifs.
Néanmoins, ce n’est pas la seule. Outre l’apport des gig workers, une
entreprise peut aussi s’associer avec des organismes tiers pour accomplir
tout un registre de tâches. Il peut s’agir de cabinets de recrutement 100 %
externalisés, de membres de la chaîne d’approvisionnement, voire d’autres
partenaires issus de l’écosystème du secteur.
Prenons l’exemple d’une manufacture qui, soumise aux grands écarts de
ses commandes saisonnières, se demande comment travailler avec les
partenaires de son écosystème pour stabiliser sa main-d’œuvre. Mike
Clementi, vice-président directeur aux RH chez Unilever, a décidé
d’expérimenter une plateforme de talents partagés. En raison de la
saisonnalité de sa production, Unilever se heurte à des pics de volume où il
faut vite embaucher, puis, la saison terminée, débaucher. Or, en s’associant
à d’autres entreprises qui subissent aussi des fluctuations d’effectifs (mais à
des périodes différentes de l’année), Unilever créerait des emplois à l’année
pour les salariés, qui se déplaceraient d’entreprise en entreprise au gré des
besoins et bénéficieraient d’une nouvelle qualification pour chaque mission.
Cette démarche met à mal le principe de réductions des coûts et
d’externalisation de l’emploi saisonnier pour établir une main-d’œuvre
partagée plus pérenne, qui étendrait son influence d’un bout à l’autre de la
société. « Considérez ce système comme une interface API 1 de talents,
conseille Mike Clementi. Vous pouvez lancer l’API dès que vous avez
besoin de ressources. »
Comment décider si des tâches doivent être menées en interne ou en
externe ? Votre choix découle du niveau de contrôle requis pour fournir un
certain résultat client. Si elle est subordonnée à des variables gérées en
interne, la tâche ne sera sans doute pas accomplie de manière aussi efficace
en externe. En revanche, si elle nécessite peu ou pas de consignes de la direction et qu’elle ne passe pas de contrôles internes, ce pourrait être un
bon exemple d’externalisation du travail.
Comme nous l’avons dit auparavant, et mieux vaut le répéter encore et
encore, il n’existe pas un unique bon réglage du bouton de décision. La
configuration adéquate se fera uniquement en fonction de votre
organisation. Une petite société manufacturière qui engrange 20 millions de
dollars de recettes ne prendra pas les mêmes dispositions qu’une
multinationale affichant un chiffre d’affaires de 5 milliards de dollars. Tous
les choix sont valables. Le bon réglage relève de l’endroit où vous vous
situez actuellement et de la situation idéale future à laquelle vous rêvez
dans cinq ans.
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