Adaptabilité totale
Lancez un programme engagé d’adaptabilité totale
Lancez un programme engagé d’adaptabilité
totale
Discovery est la plus grosse compagnie d’assurance-maladie d’Afrique du
Sud. Elle a été créée pendant la période post-apartheid par deux actuaires
convaincus de pouvoir révolutionner la finalité du secteur. Leur idée ?
Plutôt que de rembourser les soins des gens quand ils tombaient malades,
pourquoi ne pas proposer des solutions qui les aide à rester en forme ?
Le fondateur de Discovery, Adrian Gore, savait que pas moins de 70 %
des dépenses de santé étaient liées à des affections chroniques causées par
de mauvaises habitudes de vie : excès alimentaires, taba-
gisme, sédentarité. Discovery a donc lancé un produit d’assurance
dénommé Vitality Active Rewards, qui proposait à ses abonnés de
récompenser leurs efforts s’ils faisaient du sport (en étant connectés à un
appareil de fitness personnel), s’ils mangeaient sainement et s’ils perdaient
du poids13.
Discovery s’appuie sur la science de l’économie incitative pour offrir
une gratification immédiate à qui opérera des choix judicieux pour rester en
bonne santé. Les titulaires de la carte Vitality ont 25 % de remise sur la
nourriture saine qu’ils achètent en magasin partenaire. Discovery finance
aussi votre Apple Watch, puis vous envoie des récompenses (crédits en
boutique pour un café ou un smoothie, par exemple) dès que la montre
indique que vous avez terminé votre séance de sport. Vous pouvez
également faire don du montant de votre récompense à une œuvre
caritative. Et, en cas d’activité suffisante, Discovery réduira les mensualités
de remboursement de votre Apple Watch jusqu’à ce qu’elle ne vous coûte
plus un centime. Une étude de cette mesure incitative à cadrage négatif a
montré qu’elle était d’une efficacité redoutable pour aider les sujets en
obésité morbide à retrouver une bonne condition physique 14.
Bien que Vitality Active Rewards soit né de la conviction qu’avaient ses
fondateurs que cette finalité avait du sens, Discovery peut compter aujourd’hui sur une gigantesque base de données de presque quatre millions
de souscripteurs. À elle seule, l’information prouve toute l’efficacité du
programme. Grâce aux renseignements collectés, l’entreprise peut affiner
ses mesures d’encouragement afin d’optimiser à la fois sa propre rentabilité
et les économies réalisées par ses adhérents. La force de la finalité du
programme s’exprime aussi dans les données : les souscripteurs mènent une
vie sensiblement plus saine.
Ils vivent aussi plus longtemps. En 2021, Discovery a, par conséquent,
lancé un produit d’assurance-vie proposant le même type de mesures
incitatives pour connaître longue vie et prospérité. Discovery Life Insurance
est vite devenu numéro un en Afrique du Sud, écrasant des concurrents
parfois présents sur le marché depuis plus d’un siècle. Sa colossale base de
données est aujourd’hui, pour Discovery, un avantage concurrentiel si
durable que les autres assureurs du pays n’ont même pas tenté de copier son
business model, inimitable.
Depuis, Discovery a étendu son activité au-delà des frontières nationales
en s’associant à des assureurs aux États-Unis, en Chine et au Royaume-Uni
qui, aujourd’hui, proposent des programmes Vitality Active Rewards sous
leur propre marque. Issu d’un simple pressentiment sur le comportement
humain, ce business model axé sur la finalité est désormais le fleuron d’une
holding de services financiers qui réalise plus de 4 milliards de dollars de
chiffre d’affaires annuel 15. Les données de santé dont Discovery est
propriétaire constituent un avantage concurrentiel durable, car, même si le
secteur de l’assurance est un jour en crise, la finalité de Discovery –
améliorer la santé humaine – subsistera. Chaque fois que les souscripteurs
enrichissent la base de données, Discovery en apprend un peu plus sur ce
qu’il faut faire pour encourager les populations à mener une vie saine –
connaissance qui sera toujours extrêmement précieuse, qu’importe la
manière dont elle est utilisée.
Quand l’avenir d’une entreprise est lié à sa finalité, on peut regarder plus
loin que les rivalités quotidiennes entre concurrents. Dans le cas de
Discovery, ses fondateurs ont constaté qu’ils pouvaient rendre la vie de leurs clients meilleure et, en même temps, gagner plus d’argent en poussant
les souscripteurs à rester en forme.
Chez Best Buy, Hubert Joly a placé la finalité de l’entreprise au cœur de
sa démarche d’innovation : « Elle a fondamentalement modifié notre
stratégie et notre façon de faire des affaires. » Après plusieurs mois
d’intense analyse des données, Best Buy a identifié de nouvelles aires
d’opportunité – un process d’innovation commerciale régi par une finalité.
Tout en se concentrant sur les secteurs d’activité concernés par des besoins
humains clés (sécurité, santé et bien-être, alimentation, loisirs et
communications), l’entreprise s’est posé une question : dans quels
domaines la technologie peut-elle améliorer la vie ? Comment Best Buy
pouvait-elle se diversifier par-delà son modèle de distribution pour aller
vers des business models qui, au moyen d’outils technologiques, bâtissent
des relations clientèle durables ?
En 2019 a été lancé le service Best Buy Health, qui commercialise des
technologies de santé individuelles et à domicile. Avec une population
mondiale dont l’espérance de vie augmente, Best Buy Health prévoit
d’intégrer des solutions de télésurveillance et de coordination de soins à ses
programmes d’assurance-maladie.
Le nouveau service a réussi ce qu’Hubert Joly appelle le test des quatre
questions16 :
Est-ce en accord avec notre finalité d’entreprise ?
Est-ce bon pour le client ?
Pouvons-nous le faire ?
Et cela peut-il nous rapporter de l’argent ?
Remarquez bien l’ordre des questions. C’est ce qui définit une entreprise
régie par une finalité. Les idées commerciales qui ne sont pas en adéquation
avec son objectif ne méritent pas qu’on passe à la question suivante. Et,
surtout, quand on s’appuie sur la finalité pour lancer une innovation
commerciale, il s’ouvre aussitôt beaucoup plus de possibilités qu’on ne
l’aurait imaginé.
Si Hubert Joly n’avait pas souligné le lien explicite entre finalité et
stratégie, son équipe n’aurait jamais identifié les autres opportunités
économiques. L’objectif d’« améliorer la vie par le biais de la technologie »
a poussé Geek Squad, service de réparation de Best Buy, à élargir son offre
à toutes sortes de problèmes techniques, et pas uniquement sur les produits
achetés auprès de l’enseigne. Best Buy a mis sur pied des équipes de
conseillers qui apportent les solutions les mieux adaptées non pas en
magasin mais à domicile – car n’est-ce pas ce qu’on attendrait d’un ami
inspirant ?
Intérêt ultime de la finalité : elle soutient directement l’évolution
constante de l’organisation en tant qu’entité totalement adaptable. Quand on
se représente une entreprise bâtie pour durer, selon l’expression de Jim
Collins, on la voit plonger vers l’avenir incertain en suivant une voie guidée
par sa finalité, avec des produits, des services et des bénéfices qui sont le
résultat de sa progression vers son but suprême.
En 2018, Larry Fink, directeur général de BlackRock, le numéro un
planétaire de la gestion d’actifs, a ébranlé le monde de l’investissement
avec sa lettre annuelle aux responsables d’entreprise. Intitulée « A Sense of
Purpose » (littéralement « Un but à atteindre », NdT), elle appelait les
responsables qui souhaitaient recevoir l’argent de BlackRock à se fixer une
finalité très claire qui sous-tende leurs stratégies. « Sans un but à atteindre,
aucune entreprise, ni publique ni privée, ne peut exploiter son plein
potentiel », écrivait-il. Sans une visée à long terme, elle « cédera aux
pressions à court terme pour distribuer les gains et, au passage, elle
sacrifiera les budgets consacrés au perfectionnement du personnel, à
l’innovation et aux dépenses en capital nécessaires à une croissance durable
». Depuis, il a averti ces mêmes responsables qu’aux yeux de BlackRock,
une organisation qui n’aurait pas établi de plan crédible pour un avenir à
zéro émission n’était pas un placement séduisant : « Le risque climatique
est un risque d’investissement17. »
Un peu plus tôt, nous avons évoqué le cas de la mutation de General
Motors vers une flotte entièrement constituée de véhicules carboneutres.
Aux quatre coins du monde, les entreprises s’appuient sur leur finalité pour opérer une transition vers un avenir nouveau de l’énergie que leurs
fondateurs historiques ne reconnaîtraient pas. L’ancien géant pétrolier
norvégien Statoil, rebaptisé Equinor, a annoncé que 49 % de ses revenus
annuels en 2020 venaient de ses investissements dans les énergies
renouvelables18. Mû par son objectif de « transformer les ressources
naturelles en énergie pour les personnes et en progrès pour la société »,
Equinor s’est séparé de ses participations dans des chaînes de stations-
service et des forages d’huile de schiste. En parallèle, il a signé un
partenariat stratégique avec BP (ex-British Petroleum) visant à construire
une vaste ferme éolienne au large de Brooklyn (New York), première étape
d’une longue série de projets qui devraient couvrir toute la côte est des
États-Unis19.
BP, tristement célèbre pour l’explosion de la plateforme pétrolière
Deepwater Horizon en 2010 et pour la terrible marée noire qui a ensuite
frappé le golfe du Mexique, a aujourd’hui un nouvel objectif : « Réimaginer
l’énergie pour les personnes et pour notre planète. » En ligne de mire, il y a
l’ambition à long terme de réduire de 40 % sa production gazière et
pétrolière, de cesser toute exploration dans de nouveaux pays et de
développer les bornes de recharge pour véhicules électriques. L’entreprise
s’est positionnée auprès de plusieurs grands États américains afin de fournir
de l’énergie propre aux consommateurs par l’intermédiaire de sa nouvelle
filiale : BP Energy Retail.
Les mutations d’aussi grosses entreprises à forte intensité de capital sont
sans précédent. C’est comme si New York Central Railroad, vieille société
ferroviaire des années 1950, avait élargi ses activités à l’aérien avec New
York Central Air ou que, tirant parti de sa place sur le marché du carburant
diesel, elle avait créé un réseau de stations-service New York Central.
N’importe quelle ancienne compagnie ferroviaire américaine, si elle s’était
fixé – par exemple – l’objectif de « maintenir le pays en mouvement »,
aurait pu exploiter sa réputation d’excellence dans le domaine du service et
proposer aux voyageurs des écosystèmes interconnectés d’offres de
transport. Les gares auraient été reconverties en plaques tournantes vers les
aéroports et les autoroutes. Au lieu de quoi, ces compagnies de train sont restées sur leurs rails avec leurs missions d’origine et ont roulé tout droit
vers les fusions, les faillites et l’oubli.
Ironie du sort, en 2021, il s’avère que la finalité d’entreprise de General
Motors l’a précisément conduit dans le secteur ferroviaire ! À force
d’investir des milliards de dollars dans la conception de véhicules qui ne
nécessitent pas de brûler du carburant fossile, GM fait désormais partie des
leaders en matière de batteries et de piles à hydrogène, indispensables à
toute forme de transport propre. Résultat : le groupe s’est associé avec le
fabricant de locomotives Wabtec et la société de poids lourds Navistar pour
partager son expertise20. En remplaçant ses célèbres moteurs à combustion
interne par un engagement inédit en faveur d’un système de propulsion et
de batteries brevetés, GM a ouvert la voie à une gamme sans fin
d’opportunités de nouvelles licences et de nouveaux partenariats dans le
domaine du transport décarboné, respectueux de l’environnement, et du
stockage d’énergie.
Aujourd’hui, General Motors est infiniment plus qu’un constructeur
automobile, et qui sait à quoi l’entreprise, animée par cette belle finalité,
ressemblera dans quelques années ? Considérer une situation d’incertitude
totale comme une incroyable aubaine, voilà bien le propre de l’adaptabilité
totale. Et, dans notre nouveau monde du travail, cette aptitude est, sans nul
doute, ce qui distingue les meilleurs.
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