Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 9 sur 76

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Black riders, Tome 2 - Girl Crush

9 - Brandon

9

 

Brandon

 

Une fois Hayley partie de la chambre, je finis de déballer mes affaires. La douleur qui me comprimait la tête s’est transformée en lancinement, j’y suis habitué. J’ai l’impression que les murs se rapprochent de moi. J’allume la chaîne hi-fi pour faire refluer cette sensation d’étouffement. Alors que j’essaie de contrôler mon souffle, des souvenirs s’imposent à moi.

*

* *

— Encore un effort, Brandon. Vous y êtes presque !

— Je vous parie que, d’ici un mois, il sera fin prêt pour le marathon de New York !

— Tu n’es pas objective, Beverly.

Comme à chacune de mes séances de rééducation, Beverly est là. Elle est assise à sa place habituelle, sur la petite table située en dessous de la fenêtre, les jambes en mouvement dans les airs. Beverly est incapable de rester tranquille trente secondes, il faut toujours qu’elle soit en action.

— La seule personne qui n’est pas objective sur ce coup-là, c’est toi, me rétorque-t-elle.

— Je suis entièrement d’accord avec Beverly, ajoute Garry.

Garry est mon kiné, depuis trois semaines maintenant. Chaque jour il vient me chercher pour que je puisse faire fonctionner à nouveau ma jambe droite. Cette paralysie est un cadeau laissé par mon traumatisme crânien. D’ici quelque temps, je devrais pouvoir remarcher à nouveau, à condition de suivre sérieusement mes séances.

J’ouvre la bouche pour démentir ses propos et, comme à son habitude, Beverly me prend de vitesse. Elle saute de sa table d’un bond et me rejoint.

— Brandon, ne cherche pas à nous détromper, on est deux contre toi. Fais-toi une raison : tu as perdu d’avance.

J’agrippe plus fort les barres parallèles, ma jambe est si contractée qu’elle tremble de plus en plus, si bien que je ne la contrôle que difficilement. Beverly se place au bout du parcours, son sourire confiant m’encourage à effectuer un pas supplémentaire. Sous l’effort, la sueur perle sur mon front, je suis à deux doigts de craquer. Je n’ai plus que deux pas à parcourir, mais pour moi cette distance s’apparente désormais à des kilomètres.

— Tu peux y arriver, Brandon (son ton encourageant se transforme en raillerie), regarde, tu es parvenu à faire quatre pas sans te casser la figure. Tu as battu ton record d’hier.

— Il n’y a que toi pour voir une amélioration en une nuit.

— Il y en a une ! Aujourd’hui tu en es à ton quatrième pas et ton cul n’est toujours pas à terre.

Je rigole à sa remarque. Hier, j’ai surestimé mes capacités et pris trop confiance en moi, résultat : je me suis retrouvé les fesses clouées au sol sans comprendre ce qui m’arrivait.

— Je ne sais pas si j’y parviendrai, ajouté-je, le souffle court.

— Et avec un peu de motivation, tu penses que tu pourrais réussir ?

Si sa voix ne s’était pas faite enjôleuse, je n’aurais probablement pas relevé le double sens de ses paroles et, surtout, je n’aurais pas levé tête dans sa direction et vu son sourire malicieux. Subitement, la conversation devient plus intéressante.

— Tout dépend de ce à quoi tu penses ?

Elle me regarde longuement avant de se décider à parler :

— D’un bon burger, bien sûr…

Ma déception doit s’afficher sur mon visage, je supposais autre chose. Depuis qu’on m’a sorti du coma, Beverly me rend visite tous les jours. Je suis parfois tellement dans les vapes à cause des médicaments, ou de la fatigue, que j’ai l’impression que mon imagination me joue des tours. Je me méprends probablement sur certaines de ses paroles, j’imagine sûrement certains de ses gestes…

Alors que je baisse les yeux au sol, elle s’approche de moi et me chuchote :

— Je ne peux pas te faire de proposition scandaleuse alors que nous sommes entourés de témoins…

Sans attendre ma réponse, elle fait volte-face et se replace à l’endroit exact où elle se situait une seconde plus tôt. Elle m’observe et m’encourage de son sourire doux et sincère.

*

* *

Des voix proviennent de l’entrée de l’appartement. Apparemment, certains de mes colocataires sont de retour. Je reste comme un con à hésiter entre rester à l’abri dans ma chambre ou bien sortir de ma tanière et affronter la réalité.

J’inspire un bon coup pour me donner du courage et finis par tourner la poignée. Autant se jeter dans l’arène de suite, histoire de tester la température de l’accueil que me réservent mes amis.

À peine ai-je pénétré dans le salon que le silence s’établit. Je ne devrais pas être étonné, je récolte ce que j’ai semé. Tous me scrutent et, à leur attitude, je devine qu’ils s’attendent à ce que je m’exprime le premier. Leur réaction me prouve qu’eux aussi redoutent ce moment.

J’ouvre la bouche pour faire un pas dans leur direction :

— Salut, les gars.

Je me frotte la nuque pour masquer ma gêne. June m’observe, une expression neutre sur le visage. La plupart du temps, j’ignore ce qui lui trotte dans la tête, je m’attends donc toujours à une réflexion plus ou moins merdique de sa part. C’est une sorte de rituel entre nous. À force d’être à son contact, j’ai fini par l’apprécier. Ce n’était pas gagné d’avance, parce que je n’avais encore jamais rencontré quelqu’un capable de débiter autant de conneries à la seconde. Cette fille pourrait être inscrite au livre des records. Le fait qu’elle reste muette si longtemps m’enfonce plus dans mon malaise, elle ne m’a pas habitué à cela. J’ai tout foiré avec eux et ils me rendent la monnaie de ma pièce.

Je suis sur le point de faire demi-tour lorsque son visage se fend d’un large sourire.

— Salut le revenant ! Tu as enfin fini de bouder ?

Je m’esclaffe en m’approchant d’elle. Pris sous le coup d’une impulsion, je l’enlace :

— Je n’aurais jamais pensé dire ça un jour, mais que c’est bon d’être à nouveau victime de tes vannes à deux balles !

— Tant mieux, car j’ai fait le plein pendant les vacances !

— C’est ce que j’ai entendu dire…

Je me détache de June et tourne mon attention vers Cam, mon ancien colocataire. Il se tient près de nous, indécis. À ses pieds se trouve son équipement de foot. D’un coup d’œil furtif, il le regarde et il me fixe d’un air gêné. Je comprends que c’est à moi de le détendre. Je me dirige vers lui et lui claque une tape dans le dos, comme on en a toujours eu l’habitude, pour se saluer.

— Salut, vieux. L’entraînement s’est bien déroulé ?

— Le coach nous a plongés dans le bain direct. On a morflé !

Je connais le point faible de Cameron au foot, il doit s’entraîner pas mal sur sa technique de passes. Pour le rassurer et lui faire comprendre qu’il peut parler sans risquer de me blesser, je lui ouvre la porte.

— Je ne peux plus jouer à votre niveau, par contre, si tu as besoin d’un coup de main ou de conseils, n’hésite pas.

— Merci, mec.

*

* *

Au fur et à mesure que la soirée défile, l’atmosphère devient plus légère. Nous avons commandé des pizzas et les dévorons devant une partie de jeu vidéo. D’un accord tacite, nous avons opté pour un jeu de guerre, c’est un terrain neutre. On a formé des équipes mixtes. Connaissant les compétences d’Hayley, j’ai décidé de prendre June avec moi. Elle ne pouvait pas être pire que mon amie. Et, vu comme se déroule le jeu, j’ai bien fait. Ce n’est pas fairplay de ma part, mais je déteste perdre.

Je me marre aux récriminations de Cam. Il se désespère d’Hayley qui préfère fuir l’adversaire et se cacher plutôt que de le descendre, ce qui nous permet à June et moi de gagner haut la main sans fournir de gros efforts.

June se lève d’un bond et pousse un cri de victoire. Alors qu’elle nous mime une danse de la joie complètement déjantée, Jace et Dannyboy font leur apparition dans l’appart. À leur simple vue, je grince des dents et enfouis mes émotions sous un masque impénétrable. Je ne peux cependant empêcher mes yeux de s’arrondir sous le choc de la scène qui se déroule devant moi : June se précipite vers Dannyboy, l’enlace puis lui roule une pelle à faire rougir des stars de porno.

Interloqué, je me tourne vers Hayley :

— Euh… tu m’expliques ?

— Ils sont ensemble depuis le début de l’été.

— Sans déconner, je ne l’aurais jamais soupçonné, m’exclamé-je, sarcastique.

Sans plus se préoccuper de nous, June et Dannyboy disparaissent dans le couloir. Il ne faut pas être devin pour savoir comment la soirée va se terminer pour ces deux-là.

Comme s’il était déjà un habitué des lieux, Jace s’installe près d’Hayley. Dès qu’ils se mettent à roucouler comme des ados, je décide qu’il est grand temps pour moi de déguerpir dans ma chambre. Je jette un coup d’œil à Cam qui articule silencieusement à mon attention :

— On dégage.

J’acquiesce pour lui signifier que je suis plus que d’accord pour entamer une opération d’extraction et les laisser seuls. Sans que les deux autres prennent conscience de notre fuite, nous quittons la pièce.

Cam atteint la porte de sa chambre et avant qu’il ne la referme, il me lance :

— Ça fait plaisir de te retrouver, mec.

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