Black riders, Tome 2 - Girl Crush
22 - Pops
22
Pops
À peine ai-je poussé les portes du club que mon regard capte celui de Spider. D’un mouvement de tête, je lui fais signe de me suivre. Les frangins devinent mon humeur de chien, la plupart dévient leur trajectoire et essaient de se faire transparents. Tous savent que, dans ces cas-là, il vaut mieux ne pas venir me chercher. Dommage, j’aurais bien aimé passer mes nerfs sur quelques-uns, histoire d’évacuer la pression.
Quand je pénètre dans mon bureau, je ne prends pas la peine de vérifier si Spider me suit ou non, je prends place dans mon fauteuil. Ce rituel commence à devenir une habitude, ces derniers temps.
La silhouette de mon frère apparaît sur le seuil. Sans lui laisser le temps de s’installer, j’attaque :
— T’as fait ce que je t’ai demandé ?
Hier soir, après avoir laissé la souris chez elle, je l’ai immédiatement appelé pour qu’il mette un prospect en planque et la surveille. Je devine qu’elle est restée bien sagement chez elle, car je n’ai eu aucune mauvaise surprise cette nuit. Les Fed ne se sont pas pointés et aucun signe des services sociaux ce matin. Avec un peu de chance, elle n’a pas mis ses menaces à exécution. Du moins, pas encore.
— Mercury était en planque toute la nuit. Ta souris a quitté son domicile il y a une heure pour aller faire une tournée chez ses protégés.
— Vous l’avez mise sur écoute ?
— C’est fait. Sandman installe des caméras chez elle en ce moment même. Et j’ai placé un traceur sur son portable. Il est quasi indécelable, si elle ne se doute de rien, on devrait être tranquilles.
— Il ne faut pas la sous-estimer.
— Je sais. J’ai pris cette info en compte.
— Elle a fait quoi, hier soir ?
— Elle est restée chez elle. La lumière s’est éteinte peu après l’arrivée de Mercury. Si tu veux mon avis, c’est aujourd’hui qu’elle va se mettre en mouvement. Je viens d’appeler Dannyboy pour qu’il la file, il était sur le point de quitter l’appartement.
— Parfait. Je veux tout savoir de son emploi du temps. T’as trouvé des trucs intéressants sur son téléphone ?
— J’ai téléchargé tous ses contacts et j’ai jumelé son téléphone avec celui-ci.
Spider me lance un prépayé, puis il ajoute :
— Dès qu’elle reçoit un texto, il est en copie sur ce téléphone. Pareil pour les mails et les appels.
— Bon boulot.
Je fais tourner le portable entre mes doigts, pensif.
— Tu seras capable de gérer cette situation ?
— T’en doutes ?
— C’est juste que je me demande si tu sais dans quoi tu vas t’embarquer.
Ce début de conversation me place sur la défensive. Lentement, je pose le téléphone devant moi et demande d’une voix calme :
— Explique-toi.
— Jace et Splinter m’ont dit de drôles de choses te concernant hier soir.
— Ils feraient mieux de se la fermer tous les deux.
— Sur ce coup, j’ai l’impression qu’ils voient plus de choses que toi, replique-t-il le regard perçant.
— Arrête de jouer aux devinettes et balance ce que tu meurs d’envie de me dire.
— Ils t’ont vu assez proche d’elle. Et ton cerveau ne semblait pas réellement avoir le dessus sur cette nana.
En effet, il était concentré sur des scènes classées X.
— Je sais ce que je fais.
— Ils ont également vu un autre truc…
— Quoi ? lui demandé-je sèchement, agacé par la tournure que prend la conversation.
— Elle avait l’air… Comment dire ? Sensible à ton charme.
Je grimace, son ton est chargé de sous-entendus.
— Apparemment, je ne vous donne pas assez de boulot pour que vous ayez tous le temps de débiter des conneries pareilles ! Et pour ton information, elle était surtout effrayée par ce que je lui balançais.
Spider soupire et s’avance sur sa chaise. Les avant-bras calés contre le dessus du bureau, il ajoute calmement :
— Prés’, cette nana risque de causer ta perte. Elle peut être dangereuse pour toi et pour le club. Je veux être sûr que tu sauras gérer la situation. On est à la charnière de grands mouvements, le moindre doute dans nos rangs peut entraîner la chute de nombreux frères. Je ne veux pas que l’un d’entre nous se retrouve au mieux derrière les barreaux ou au pire avec une balle logée en pleine tête.
— Qu’est-ce que tu sous-entends ? le questionné-je d’une voix rageuse. T’es en train de dire que tu ne me fais plus confiance ? Que mon comportement peut faire couler le club ?
Spider secoue la tête.
— Je n’ai rien dit de tel. Mais mon rôle est aussi de t’ouvrir les yeux. Nous sommes frères et nous vivons pour le club. La solidarité avant tout.
— T’as oublié que j’ai déjà fait passer le club avant ma vie privée ? T’as oublié les raisons pour lesquelles Janice s’est barrée ? Je me suis déjà sacrifié quand mon ex s’est enfuie avec Bev, j’ai fait passer le club et la sécurité des membres avant la vie de ma fille. Je pense, ce jour-là, vous avoir suffisamment prouvé qu’on pouvait compter sur moi ! Alors, ne viens pas me faire chier avec tes doutes.
Spider s’adosse contre son dossier et lève les mains en signe de reddition.
— Calme-toi, Prés’, j’ai conscience de tous tes sacrifices et tous les frangins présents à cette époque les connaissent aussi. Je te fais juste part de mes inquiétudes. Je voulais m’assurer que tu avais toujours la tête sur les épaules. Mon instinct me souffle que tu n’es pas au bout de tes surprises avec cette fille.
— Je me fais peut-être vieux, mais je ne suis pas encore bon à remiser à la casse.
— Tu comptes faire quoi de cette fille ?
Sa question m’incite à retrouver mon calme car, pour l’instant, je n’ai pas encore trouvé de réponse.
— Si je le savais.
— Elle doit bien avoir un point faible, insiste-t-il.
Je soupire de lassitude. Histoire de m’occuper les mains, je reprends le téléphone devant moi et joue avec tout en lui répondant.
— Je n’ai jamais vu quelqu’un s’accrocher comme ça et prendre autant de risques.
— J’ai déjà croisé la route d’un type comme ça…
Le ton de sa voix ne me plaît pas. Je stoppe mes gestes et reporte mon attention sur mon frangin pour qu’il s’explique.
— Qui ?
— Toi. Vous vous ressemblez, en fait !
Son exclamation me fait grincer des dents.
— Arrête tes conneries.
— Je suis sérieux. Quand il y a un os à ronger, vous vous précipitez dessus jusqu’à ce qu’il n’y ait plus la moindre trace de viande dessus.
— Quand t’auras fini de te foutre de ma gueule, tu pourras prendre la porte…
Nous restons silencieux un instant, perdus dans nos pensées respectives.
— Y’a un truc qui ne tourne pas rond avec elle, reprend-il.
— Explique-toi.
— Je ne sais pas trop… C’est une impression, je peux me planter.
Spider est une des rares personnes dont le sixième sens est plus développé que le mien. Je patiente, le temps qu’il mette ses idées en place.
— Je suis partagé quant à sa façon d’agir. Je comprends qu’elle veuille s’assurer que le gosse soit en sécurité, après tout ça fait partie de son job, sauf que l’excès de zèle me pousse à penser qu’elle le fait peut-être pour une autre raison. Je parierais ma bécane qu’elle ne se comporte pas de cette façon avec les autres familles d’accueil.
— Faut dire que je ne me suis pas présenté sous le meilleur jour et que le club et ses activités ne jouent pas en ma faveur.
— Je sais, mais je suis sûr qu’il y a plus que ça. Elle peut se montrer méfiante, mais de là à se mettre en danger pour trouver une preuve que tu t’occupes mal de Logan… il y a un fossé.
— C’est vrai, t’as raison.
— On devrait creuser dans cette direction, si on veut connaître son talon d’Achille. Ta souris n’est peut-être pas la blanche colombe qu’on pense.
J’esquisse un sourire, car cette idée est loin de me déplaire.
— J’espère que tu as raison.
— Oh merde !
— Quoi ?
— Tu veux te la faire.
Je préfère ne pas me justifier, ça me desservirait plus qu’autre chose.
— Pour son portable, tu comptes le lui rendre quand ? reprend-il sans insister sur sa dernière remarque.
— Si elle ne se pointe pas ici dans la journée, j’irai lui rendre chez elle ce soir.
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