Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 70 sur 76

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Black riders, Tome 2 - Girl Crush

70 - Pops

70

 

Pops

 

C’est pas bon. Rien ne se passe comme prévu. Comment ça a pu merder comme ça en si peu de temps ? Cette descente est devenue un véritable enfer. Pire, même. J’ignore où se trouvent la plupart de mes gars. Ça canarde de partout. J’entends le bruit de corps s’affaisser, des gémissements. Quelqu’un se met à crier « homme à terre ». Dans la confusion qui m’entoure, je tends l’oreille pour reconnaître la voix afin de déterminer s’il s’agit d’un de mes frères ou non. Sauf que les bruits de détonation sont plus forts.

Lors de mon premier règlement de comptes, je n’étais qu’un prospect. Un de mes frangins de l’époque m’avait dit que quand notre heure arrive on sent la mort approcher. Je vois le film de ma vie défiler en avance rapide. Est-ce le signe que m’envoie l’au-delà pour me faire comprendre qu’il ne me reste plus beaucoup de temps ?

Je n’ai pas envie de crever ce soir. Pas alors que la vie m’a enfin offert tout ce que j’ai désiré depuis ma naissance. Je ne veux pas quitter mes gosses de cette façon et je n’ai pas encore résolu mon problème avec Keira.

Un mouvement, non loin de moi, attire mon attention. Il ne me reste plus que trois balles dans mon chargeur. Quand je reconnais la silhouette et la voix du gars, je soupire de soulagement. Dannyboy. Au moins, le gamin est en vie.

— Sale temps, Prés’ ! me lance-t-il avec un sourire de dément.

Comment peut-il garder son humour dans un moment pareil ?

— On en est où ? lui demandé-je, t’as des nouvelles des autres ?

— Jace et Splinter sont ensemble, derrière le bâtiment là-bas. Ils font le ménage. Par contre, j’ignore où se trouvent Spider et Sandman.

— On a des pertes ?

— Pax est touché, mais il continue à beugler, j’en déduis donc que c’est pas trop grave.

— Et les supports ? je m’enquiers.

Le petit perd son sourire.

— Map est tombé…

Map et moi, on se connaît depuis le début, on a fait nos armes en même temps dans des clubs différents. On s’est toujours respectés et, surtout, nous avions la même vision de notre monde. Sa perte me terrasse, une page de mon existence se tourne avec sa disparition.

Je me passe une main sur le visage. Le temps ne se prête pas aux atermoiements. J’ai plein de gars sous ma responsabilité et ils comptent sur moi pour que je les sorte de cet enfer.

— Il y en a d’autres ? demandé-je à Dannyboy.

— C’est tout ce que j’ai vu pour l’instant.

Une balle ricoche non loin de ma tête. Je plaque Danny sous mon corps pour le protéger. Tout autour de nous, un déluge de balles déferle.

— Il va falloir qu’on se trouve un autre coin, crié-je à l’oreille du gamin.

Le petit, toujours à l’abri de mon corps, hoche la tête pour me montrer qu’il a entendu. Nous guettons la fin de la salve avant de nous mettre en mouvement.

Quand ce moment arrive, je lance le départ.

— Reste collé à moi et suis-moi !

Nous nous levons d’un bond et courons, les balles reviennent à l’assaut et sautent tout autour de nous. Une brûlure cuisante me transperce le bras, je grince des dents pour m’empêcher de crier. J’aperçois un conteneur de poubelles et fais signe à Dannyboy de s’y réfugier. Nous plongeons tous les deux derrière, conscients que cet abri n’est que provisoire. Ce n’est qu’une question de minutes pour qu’il ressemble à une passoire.

Je m’adosse et tente de reprendre mon souffle. La douleur est insupportable, le petit voit ma grimace.

— Merde, Prés’, t’es touché ! me lance-t-il, affolé.

— C’est rien, Danny. La balle a juste traversé la chair. Du fil, une aiguille, des antibios et le problème sera réglé.

— T’es sûr ?

— Ouais, fiston.

Une explosion non loin de nous nous fait sursauter. Dannyboy recouvre sa tête de ses bras pour se protéger des éventuelles retombées.

— Putain, c’était quoi, ça ?

— Ça, fiston, c’est la signature de Splinter.

— Si on ne se fait pas buter ce soir, c’est les flics qui viendront nous cueillir comme des fleurs.

— C’est pas faux.

Une salve de balles répond à une autre. J’analyse rapidement le paysage pour trouver un coin où mettre Danny à l’abri.

— Petit, tu vois le recoin. Derrière le bâtiment, à cent mètres ?

Je pointe du doigt la direction à regarder. Danny finit par acquiescer.

— C’est bon, je vois.

— Écoute bien ce que je vais te dire. Tu restes ici, jusqu’à ce que je te déblaie la voie. À mon signal, tu cours te réfugier derrière ce chalet. Tu m’as bien compris ?

— Quoi ? Tu me demandes de me cacher alors que vous risquez tous votre vie ?

— Je suis ton président ! lui assené-je. Alors si je te dis de te cacher, tu le fais. Tu m’as bien compris ?

— Prés’… J’ai compris, mais je ne peux pas vous laisser vous démerder tout seul.

— C’est un ordre et tu n’as pas à le discuter, c’est clair ?

Voyant le gamin prêt à en découdre, je l’attrape par le col et, front contre front, je le menace :

— Je te jure que si tu me défies encore, une fois ce merdier terminé, tu auras des comptes à me rendre. Tu me retardes, et en me retardant tu fous la vie de tes frangins en danger parce que je ne peux pas leur venir en soutien. Tu comprends ?

J’attends qu’il me réponde par l’affirmative pour le relâcher et poursuivre :

— Maintenant qu’on est d’accord, tu me laisses faire place nette et à mon signal tu décampes d’ici et tu vas derrière ce putain de chalet.

— D’accord, Prés’.

— Il te reste des munitions ? lui demandé-je tout en vérifiant les miennes.

Dannyboy regarde dans son chargeur et dans ses poches.

— Un chargeur complet et, dans celui-ci, il me reste quinze balles.

— Ok. File-moi ton chargeur, j’ai plus que trois cartouches.

— C’est quoi ton plan ?

— Tu me couvres le temps que je libère le passage. Dès que je t’envoie le feu vert, tu files.

— Ok.

— Dannyboy, je ne déconne pas, tu obéis aux ordres !

— Fais-moi confiance, me lance-t-il en me décochant un clin d’œil.

Je lui tape sur l’épaule et lui lance :

— On se retrouve plus tard, fiston.

Sur ces derniers mots, je m’élance dans les flammes de l’Enfer. Toutes les balles semblent aimantées dans ma direction et fusent de partout. Au loin, la voix de Jace m’interpelle, je le repère, il me fait signe de le rejoindre. Je remarque la présence de Sandman qui est aux prises avec un Eagles, il semble avoir le dessus. Au moment où je reporte mon attention sur Splinter, la situation dérape et m’échappe complètement.

Un homme surgit derrière mon frangin alors qu’il se bat à mains nues contre un Canadien. Il ne semble pas avoir conscience de la menace. En même temps que je crie son nom pour l’avertir, quelqu’un crie le mien.

— Splinter !

— Pops !

Je tire sur le type qui vient de mettre mon frère en joue et, au même moment, une masse s’abat sur moi et me cloue au sol. Le choc me coupe le souffle.

Sonné, je mets plusieurs secondes à comprendre ce qui vient de se produire. Quand les pièces du puzzle s’assemblent, je hurle :

— Danny, bordel ! Je t’avais dit de te mettre à couvert !

Le petit est toujours plaqué sur mon dos et je reprends, furieux.

— Danny, bouge-toi ! On doit se tirer d’ici et vite.

Sauf que son corps ne bouge pas. Il reste immobile. C’est à cet instant que je réalise que mon dos se couvre d’un liquide. Refusant d’admettre la vérité, j’invective à nouveau le petit, d’une voix plus forte.

— Danny, bouge !

Je me contorsionne et me dégage du corps de mon frangin. Sous l’adrénaline, je ne m’occupe plus des balles qui fusent, seule la sécurité du gosse m’importe. Je le tire par les bras et, une fois derrière un abri sommaire, j’inspecte le corps de Dannyboy. Il a été touché à l’omoplate droite, à la hauteur du poumon.

Nom de Dieu ! Pas lui.

— Pourquoi t’as fait ça, gamin ? Je t’avais dit de rester à couvert.

Je cale sa tête contre mes cuisses et tente de compresser sa plaie, le sang pisse de partout et je ne parviens pas à l’endiguer. Danny a les paupières ouvertes et son regard semble désespérément vouloir s’accrocher au mien, comme si ce simple contact avait le pouvoir de le maintenir parmi nous. J’ignore si je me fais des films, mais j’ai l’impression de sentir la vie le quitter peu à peu. Le petit doit aussi sentir la fin approcher car il commence à paniquer.

— Pops, promets-moi de protéger June. C’est une fille bien. Elle mérite ta protection. Je t’en prie, jure-le-moi, me supplie-t-il, désespéré.

Il cramponne mon avant-bras, ses ongles s’enfoncent dans ma chair. Ses yeux toujours accrochés aux miens se voilent de plus en plus, sa respiration se fait plus laborieuse et devient sifflante. Je m’empresse de le rassurer.

— Je te le promets, fiston. Tiens le coup. On va te sortir de là. Tu pourras la protéger toi-même.

Il trouve la force de me sourire tristement.

— Prés’, on sait tous les deux que je suis fini.

Des sanglots me compriment la gorge et je retiens ma rage à grand-peine. Je lui répète ma promesse pour qu’il sache qu’il peut partir en paix.

— Je te promets, Danny. Elle sera toujours sous ma protection.

— Merci, Prés’, me répond-il dans un souffle.

Sa prise se desserre autour de mon bras. La vie le quitte un peu plus.

— Pourquoi t’as fait ça, fiston ? C’était à moi de te protéger et pas l’inverse.

— Parce que les hommes seraient perdus sans toi, Pops.

La voix de Danny faiblit de plus en plus, elle n’est plus qu’un filet quand il ajoute :

— Dis-lui qu’elle est ma Sweet Jane, elle comprendra.

La vie de Danny s’éteint sur ces dernières paroles.

Je reste avec le petit dans mes bras sans me préoccuper de ma propre sécurité. À quoi tout ce cirque rime-t-il ? Pourquoi poursuit-on cette lutte de territoire et cette recherche continuelle de pouvoir ? Si c’est pour voir des frères mourir, c’est inutile. La vie d’un homme est plus importante que toutes ces conneries. Ce monde m’est devenu étranger, ce n’est pas celui pour lequel j’avais signé au départ.

La voix de Splinter me sort de ma torpeur.

— Prés’, il faut se mettre à l’abri.

— Je ne pars pas sans Danny, on l’embarque avec nous.

Splinter me considère pendant ce qui me semble durer des heures, j’ai toujours la tête du petit sur les cuisses.

— Entendu, finit-il par dire, laisse-moi le porter, tu es blessé, tu ne vas pas tenir.

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