Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 51 sur 76

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Black riders, Tome 2 - Girl Crush

51 - Brandon

51

 

Brandon

 

— Salut.

Je lève les yeux de mon bol de céréales, Hayley se tient face à moi et semble mal à l’aise. Elle a la tête de la fille qui s’apprête à faire son sermon. Après ce que j’ai vécu hier soir, je n’ai pas besoin que quelqu’un me prenne le chou sitôt levé.

— Salut, marmonné-je.

— Tout va bien ? me demande-t-elle en s’asseyant sur un des tabourets du bar.

— Ça va.

— J’aimerais qu’on parle, tous les deux.

— De quoi ?

— De toi.

Je soupire, excédé.

— Écoute, Hayley. Je n’ai pas envie de parler de moi, rétorqué-je sur un ton impatient. Vous cherchez tous à analyser le moindre de mes faits et gestes depuis mon arrivée, c’est lassant. Laissez-moi vivre, c’est tout ce que je demande.

Le visage de mon amie accuse le coup. Sa peine me serre les entrailles, cependant je m’oblige à ignorer ce sentiment, elle doit aussi avoir conscience qu’elle fait pire que mieux.

— J’essaie simplement de t’aider…

— Dans ce cas, tu peux arrêter.

— Pour te rafraîchir la mémoire, quand tu m’aidais, à certaines occasions, je te demandais de me laisser tranquille et tu ne m’écoutais pas, tu persistais à vouloir être près de moi.

— C’était différent.

— En quoi ?

— Je n’ai pas besoin d’aide, lâché-je lentement et en articulant chacun de mes mots.

— L’autre jour, tu m’as parlé d’une séance commune chez la psy. Je pense que le moment est venu de la faire, tu ne penses pas ?

— J’ai arrêté mes séances.

Sous le choc de mon annonce, Hayley se crispe. Elle ouvre et ferme la bouche à plusieurs reprises. Je la connais tellement que je vois les rouages de son cerveau s’actionner.

— Tu penses vraiment t’en sortir sans ces séances ? me demande-t-elle finalement. 

— Tout ce dont j’ai besoin est de me concentrer sur mes études. Je me suis fixé un objectif et je m’y tiendrai, ajouté-je farouchement.

— Oui, mais à quel prix ?

Sa question me perturbe, je la regarde d’un air interrogateur.

Quand elle fouille dans sa poche, une sonnette d’alarme retentit dans ma tête. J’ai l’impression que la scène qui se joue sous mes yeux est au ralenti. Hayley extirpe un sachet et le pose devant elle. Les pilules de toutes les couleurs semblent me narguer. La bombe m’explose à la figure.

— Depuis combien de temps ? me demande-t-elle d’une voix blanche.

Je crispe mes poings et les ouvre à plusieurs reprises. Elle est en train de me jouer quoi, là ?

— Ce n’est pas ce que tu crois, finis-je par lui dire.

— Je pense que c’est au contraire exactement ce que je crois.

— Où les as-tu trouvées ?

— Dans le tiroir de ta commode. J’avais des soupçons depuis quelque temps, j’ai décidé de fouiller dans ta chambre.

— Hayley…

— Il est temps que tu regardes la vérité en face, Brandon. Nous sommes tous inquiets pour toi, c’est pour cette raison que je t’en parle. Tu n’es plus le même, tu t’enlises dans le mensonge. Que tu me mentes, je peux le concevoir, mais te mentir à toi-même ne fera que te desservir. Tu t’isoles, tu deviens irritable, tu prends des drogues, tu arrêtes tes séances chez la psy. Il faut que tu te ressaisisses avant de te détruire complètement.

Je souffle, excédé par son discours, et me penche vers elle en me soulevant légèrement de mon tabouret. Ma voix est glaciale quand je lui réponds :

— La seule chose qui me permet de me maintenir debout est ce que me fait miroiter Sutherland. Il est le seul à m’offrir une deuxième chance pour que je réalise mes rêves.

Je me rassois et poursuis, tout en regrettant les mots que je lui balance au visage dès qu’ils franchissent mes lèvres.

— C’est la seule chose qui me reste, il est le seul à me hisser vers le haut, il est le seul à ne pas s’apitoyer sur mon sort. Vous tous, avec vos prétendues bonnes intentions, vous m’enfoncez toujours plus. (Je me lève d’un bond de mon siège.) Vous me faites tous chier ! Laissez-moi vivre, bordel ! Tout ce que je veux, c’est oublier et me sentir vivant.

Hayley reçoit toute ma rancœur. Si un jour elle accepte de me pardonner, je lui demanderai de m’excuser. Pour le moment, j’ai juste besoin de déverser tout ce que j’ai sur le cœur. Avec le recul et une fois calmé, peut-être que je prendrai conscience que tout ce que je lui ai dit, ce ne sont que des conneries. Mais pour l’instant c’est viscéral, j’ai besoin de me défouler et elle encaisse les coups sans broncher.

Ma diatribe terminée, Hayley se lève lentement à son tour, le visage livide et une lueur dans le regard que je ne lui connaissais pas.

— Tu fais fausse route sur toute la ligne. Tu es le seul à te maintenir dans cette situation. Tu veux que je te dise le fond de ma pensée ? Tu te complais dans ton apitoiement, c’est tellement facile d’accuser les autres, ça permet de ne pas regarder de trop près ses propres erreurs. Je te pensais courageux, en fait tu n’es qu’un lâche. Tu n’es plus celui que j’ai toujours connu.

— Parce qu’il n’existe pas, le Brandon que tu as toujours connu, m’écrié-je ! Tu l’as étouffé !

Je fais volte-face pour lui masquer ma souffrance. Je pose mes deux mains à plat contre le plan de travail et rentre légèrement la tête entre mes épaules pour tenter de contenir ma détresse. Hayley, sans en avoir conscience, est en train d’ouvrir ma boîte de Pandore et je redoute ma réaction ; surtout que je trouve ses paroles injustes. Malheureusement, elle ne me laisse pas le temps de me ressaisir.

— C’est ma faute, maintenant ? s’exclame-t-elle.

— Je… Oui… Non.

— Oui ou non ? Il faudrait choisir. Tu m’accuses, va jusqu’au bout de ta pensée ! poursuit-elle sur un ton impitoyable.

Je me passe la main dans les cheveux, abattu. Hayley ne me laisse pas en paix et enchaîne :

— Il serait peut-être temps de parler de ce que tu as toujours refusé.

— Quoi, encore ? lui demandé-je avec lassitude.

— Ton enlèvement, tes sentiments face à cette situation. L’horreur que tu as vécue là-bas.

— Qu’est-ce que tu veux savoir de plus que ce que j’ai raconté au procès ? Tu y étais, tu as bien vu la façon dont ils m’ont traité.

— Je ne sais pas tout, non. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé dans ta tête et c’est ce qui te ronge de l’intérieur.

— Tu as développé un goût pour le morbide, lancé-je ironique.

— Je cherche simplement à faire revenir l’ancien Brandon, celui que tu es devenu ne me plaît pas.

— Ce Brandon est mort, Hayley. Tu dois te faire une raison. Arrête de me voir comme un sauveur.

— Tu fuis, une fois de plus.

Je me retourne lentement et lui demande méchamment :

— Mis à part assouvir une curiosité malsaine, je ne vois pas en quoi connaître tous les détails de ma séquestration va te servir.

— À crever l’abcès, me répond-elle sans hésitation.

Je prends le temps de la réflexion.

Elle l’aura voulu !

— Très bien, m’exclamé-je les bras en l’air. Prépare-toi, Glitter Girl, ajouté-je en agitant un doigt vers elle, je te préviens, ce n’est pas du joli-joli.

Je suis si agité que je fais les cent pas dans la cuisine. Indifférent au regard d’horreur d’Hayley, j’enchaîne, intraitable, en faisant volte-face vers elle :

— Alors, que veux-tu savoir en premier ? La façon dont ils s’y sont pris pour me tabasser à coups de pied ? (Elle ne répond rien, j’estime que son silence signifie que c’est ce qu’elle souhaite entendre, alors je me lance dans la description de la scène.) J’étais affalé par terre, je pleurais comme un gosse, ils devaient être quatre, si ma mémoire est bonne, chacun s’est relayé en éclatant de rire à chaque coup lancé.

Je marque une pause, laissant les images affluer.

D’une voix lointaine, je poursuis :

— Ce n’est pas la plus violente, cette scène, elle n’est pas intéressante. Passons à la suivante, c’est ma préférée : je suis ficelé sur une chaise et Garrett, une batte de baseball à la main, me broie le genou tout en décrivant les saloperies qu’il envisage de te faire. Une fois mon genou en vrac, il s’est amusé sur mes tibias puis sur mes côtes déjà amochées. Il a ensuite jeté sa batte pour passer des poings américains et a pris ma tête pour un punching ball. Je précise que c’est la première fois qu’il s’est amusé avec, il y en a eu d’autres par la suite.

Je me retourne vers Hayley. Ignorant les larmes qui ruissellent sur ses joues, je lui demande :

— Tu as eu ton compte d’anecdotes ou tu veux que je poursuive ? (Sans lui laisser le temps de me répondre, je lui assène le clou final :) Tu peux aussi ajouter dans ton compte rendu que je me suis pissé dessus sous l’effet de la peur, que j’ai rendu les armes et que je les ai suppliés de me tuer. Et, surtout, cerise sur le gâteau, quand je n’en pouvais vraiment plus et que j’ai craqué, je me suis demandé pourquoi j’avais voulu t’aider. J’ai compris que c’était à cause de toi que j’allais mourir. C’est ce que tu voulais entendre ? Comme si ce n’était pas suffisant, lui avoué-je méchamment : oui je t’ai haïe. Maintenant que tu connais la vérité, tu as toujours envie de me secourir ?

Hayley pleure sans discontinuer. Ma vue est également brouillée. D’un mouvement rageur, j’essuie mes larmes.

Je m’apprête à quitter la cuisine lorsque la voix de mon amie m’interpelle :

— Dans ta situation, moi aussi je t’aurais haï, murmure-t-elle d’une voix douce.

Sans un mot, je quitte la cuisine.

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