Black riders, Tome 2 - Girl Crush
16 - Pops
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Pops
Ça fait des plombes qu’ils nous maintiennent derrière les barreaux maintenant. Dès notre arrivée, les flics nous ont séparés avec Splinter, histoire qu’on n’ait pas le temps d’accorder nos violons pour la version qu’on allait leur débiter. On est tombés sur des novices, car avec un peu d’expérience, ils auraient su qu’aucun son ne sortirait de notre bouche tant que notre avocat ne serait pas arrivé.
Ils nous ont placés dans des salles d’interrogatoire et nous ont fait le sketch du gentil et du méchant flic, en nous menaçant de tout un tas de conneries. À la longue, c’est nous qui les avons eus à l’usure, car ils ont abandonné leur cirque. Il semblerait qu’ils aient trouvé un nouveau jeu : oublier notre présence et nous laisser pourrir dans cette cellule.
Le seul truc que je regrette dans cette histoire, c’est de ne pas avoir assisté à l’interrogatoire de Splinter. Vu la tête du flic à la sortie de la salle, on aurait pu croire que c’était lui qui venait de subir les questions de Splinter et non l’inverse. Mon frangin, comme à son habitude, affichait un visage vierge de toute expression.
Depuis, nous sommes réunis dans la même cage et j’observe ce qui se passe autour de moi, histoire de tuer le temps. De petites frappes vont et viennent dans la cellule. J’ai relevé que c’est toujours le même flic qui les amène et vient les chercher. À chacune de ses visites, il me renvoie le même rictus et semble regretter de ne pas pouvoir m’en mettre plein la tronche. Je ne suis pas certain que quelques billets verts puissent l’amadouer. Splinter croise mon regard et d’un mouvement imperceptible de la tête me fait comprendre que lui aussi doute de la possibilité de le corrompre. Dommage ! C’est toujours utile d’avoir des yeux et des oreilles qui traînent dans les couloirs pour nous rencarder.
Le plus insupportable dans cette histoire, c’est l’attente, surtout quand on doit partager la cellule d’un mec qui a dû s’enfiler toute une cargaison de mauvais vin et qui n’a pas vu l’ombre d’une douche depuis des siècles.
Je me lève et effectue quelques pas pour me dégourdir les jambes et assouplir mes muscles. À l’heure qu’il est, les frangins ont depuis longtemps appelé notre avocat pour qu’il nous sorte de là. Si les flics veulent vraiment nous faire chier, ils ne nous feront sortir qu’à la condition qu’on aligne un peu de fric, mais je doute de cette option. Ils devraient surtout m’être reconnaissants d’avoir mis ces mecs hors circuit pour un temps.
De plus, avant de quitter les lieux, Splinter, d’un mouvement discret de la tête, m’a montré une caméra de rue qui était placée à l’angle. Sur le coup, j’ai un peu flippé, puis quand j’ai visualisé mentalement la scène, j’ai respiré à nouveau. Quand ils vont visionner le film, tout ce que verront les flics, c’est que j’étais en état de légitime défense.
Connaissant leur fonctionnement, je me doute qu’ils ont déjà passé nos portables au crible. Ils auraient été cons de ne pas saisir l’occasion d’y fureter dans l’espoir qu’on y ait laissé des preuves de nos activités illégales. Pas de chance pour eux, ils ne trouveront rien du genre !
La porte de notre cellule s’ouvre enfin, et, à la mine renfrognée du condé qui apparaît devant nous, je déduis que l’heure de notre libération vient de sonner et que notre avocat a débarqué.
Ce qui me contrarie dans cette histoire, c’est que cette rixe va très probablement remonter aux oreilles de l’assistante sociale qui suit Logan. Je dois m’attendre à la voir débarquer à nouveau et surtout à ce qu’elle vienne me mettre des bâtons dans les roues. Fait chier. Néanmoins, elle ne pourra pas utiliser cette excuse pour me retirer la garde du petit. La vidéo prouvera en effet ma bonne foi. J’étais, comme un citoyen lambda, en position de légitime défense.
— Vous êtes libres.
— Ça vous en a pris du temps pour vous rendre compte qu’on n’y est pour rien dans cette histoire, lui lancé-je en passant devant lui.
— Jouez pas au plus malin, Pops. Vous savez comme moi que ce n’est qu’une question de temps pour qu’on vous coffre.
— L’espoir fait vivre, monsieur l’agent.
Le flic ne répond pas à mon sarcasme et nous conduit vers l’accueil pour que nous récupérions nos affaires. Notre avocat nous attend patiemment. Comme à son habitude, il porte un costume sombre avec une cravate bleu électrique. Je crois que je n’ai jamais vu ce type arborer autre chose que ces couleurs. Il me coûte un bras, mais il ne nous a jamais déçus et est parvenu à éviter la taule à de nombreux frangins. Certains de nos rivaux aimeraient l’avoir de leur côté. Bien que je ne m’en plaigne pas, j’ignore la raison pour laquelle il a décidé de nous rester fidèle.
À mon approche, il effectue un pas dans ma direction et me tend la main. Je juge toujours les gens à leur façon de serrer la main : sa poigne est franche et ferme. Je déteste ceux dont la paluche est quasi inerte, ce sont des personnes fuyantes sur lesquelles on ne peut pas compter. J’ai vérifié à plusieurs reprises cette constatation et je ne me suis jamais planté.
— Pops.
— Il t’a fallu deux heures pour nous sortir de notre cellule. Tu te ramollis.
Habitué à ma façon de lui parler, il rit doucement et s’explique :
— J’étais en plein milieu d’un plaidoyer quand j’ai reçu l’information.
Je hoche la tête.
— Merci pour le déplacement.
— C’est mon métier, l’histoire était sans complications, un simple stagiaire aurait pu vous extirper de cette cellule. En attendant, j’espère ne pas vous revoir de sitôt, toi et tes copains.
— Vu ce que tes services me coûtent, j’y compte bien, m’esclaffé-je.
Il fait quelques allers-retours avec son index en le pointant dans notre direction.
— Toi et tes gars, vous pensez pouvoir vous tenir tranquilles une dizaine de jours ?
— Pourquoi ?
— Je pars demain pour un colloque à Vegas et je compte prolonger mon séjour de quelques jours pour profiter des attractions de la ville.
— On va faire de notre mieux pour se passer de tes services !
— Je note l’effort. Merci, me rétorque-t-il, pince-sans-rire.
— Pas de quoi. À ton retour, viens me voir, je dois te parler d’une affaire.
— Quel genre ?
— Légale.
Il opine du chef et, à la lueur de son regard, je vois que j’ai piqué sa curiosité.
— Tu m’intrigues. Je te contacte dès que je rentre.
— Merci d’avoir interrompu ton plaidoyer.
— Comme tu le dis si bien, vu le prix des honoraires que tu me verses, c’est le moins que je puisse faire.
Quand nous sortons du poste de police, Jace nous attend avec le van pour nous récupérer.
À l’approche d’une poubelle, je saisis mon portable, retire la carte sim et la détruis. Je balance mon téléphone à terre et envoie un coup de talon dessus. Le mobile s’écrase sous l’impact. Je le ramasse et le jette dans la poubelle. Je glisse un regard vers Splinter, sans surprise, son téléphone a subi le même sort que le mien. Les flics ont probablement mis nos cellulaires sur écoute, ils nous sont devenus inutiles.
Je monte à l’avant du van et Splinter s’engouffre à l’arrière.
— T’as récupéré nos bécanes ? questionné-je Jace.
— Ouais, elles sont en sécurité au chapitre. Mercury est en train de vous les bichonner.
— Parfait.
Je me masse les côtes tout en grimaçant.
— On fait un crochet par chez le toubib ? me demande celui que je considère comme mon fils en voyant que je me tiens le thorax.
— Non. On rentre direct au club, on a des affaires sur le feu.
— Il s’est passé quoi, exactement ?
— Mauvais hasard… Tony m’a dit que des types venaient emmerder certains commerçants de son quartier. Après mon rendez-vous avec lui, je suis allé prendre quelques infos.
— Ça a donné quoi ?
— Des affiliés aux Eagles font des descentes. Ils essaient de prendre un peu plus de terrain. Je pensais laisser les autres gangs gérer cette histoire, sauf qu’après ce qui vient de se passer, il va falloir monter au créneau et en dégommer quelques-uns pour les faire rentrer dans leur niche.
— Tu comptes faire ça quand ?
— On va aller repérer les lieux où ces types crèchent, voir combien ils sont. Ensuite, on passe à l’action.
— Tu sais qui ils sont exactement ?
— Des hangarounds des Eagles. L’avocat nous a refilé en douce le nom des trois lascars. Remonter jusqu’à leurs copains va être un jeu d’enfants. File ton téléphone, Jace.
Je tends le papier sur lequel sont inscrites les coordonnées des trois gars à Splinter en même temps que le cellulaire :
— Appelle Spider. Qu’il trouve toutes les infos pour quand on arrive. Je veux régler ce problème dans la journée.
Splinter considère le papier que je lui tends.
— Cet avocat a dû être pickpocket dans une autre vie, j’ai vu que du feu pour le papier.
— Je pense qu’il est surtout habitué à fréquenter des mecs comme nous. Pour info, il me l’a refilé quand on s’est serré la main.
— Tu veux faire quoi de ces types ? me relance Jace. Tu les as déjà mis K.-O., tu ne peux pas faire mieux.
— C’est là que tu as tout faux. À quoi tient le plus un biker ou quelqu’un qui aspire à le devenir ? l’interrogé-je avec un haussement de sourcil.
Jace semble comprendre où je veux en venir et siffle entre ses dents.
— Tu veux cramer leurs bécanes.
J’acquiesce, puis je me retourne vers Splinter qui est au téléphone avec un des gars du club.
— Demande-leur de vérifier s’il y a de la glace dans le congélo, et des cachetons contre la douleur en réserve.
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