Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 21 sur 76

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Black riders, Tome 2 - Girl Crush

21 - Brandon

21

Brandon

 

J’ouvre le frigo tout en étouffant un bâillement. Je suis lessivé. J’ai eu du mal à trouver le sommeil, cette nuit, j’avais peur de revivre à nouveau mon enlèvement. La psy me dit qu’avec le temps les images vont s’estomper, que la fréquence de mes cauchemars va s’espacer jusqu’à disparaître. Il serait temps que mon cerveau le comprenne et me foute la paix.

Après une réflexion intense, je finis par saisir la bouteille de lait et décide de boire directement au goulot. La tête renversée en arrière, j’avale quelques gorgées quand une main vient à me taper l’arrière du crâne.

Sous le choc, j’avale de travers et me renverse une bonne partie du liquide sur le t-shirt.

Furieux, je me retourne vers l’inconscient qui a osé faire ça et me retrouve face à une June qui semble partager mon humeur.

— Pourquoi tu as fait ça ? lui demandé-je sèchement, tout en attrapant un torchon pour m’essuyer.

— Si tu tiens à la vie, prends-toi un verre, me répond-elle sur le même ton.

— T’es sérieuse ? Tu me prends la tête de bon matin pour du lait ? rétorqué-je, incrédule.

— Je suis plus que sérieuse ! C’est dans ma bouteille que tu as balancé tous tes microbes, elle est bonne à jeter, maintenant.

— Tu peux boire, il en reste encore.

Elle affiche une moue de dégoût à la vue de la bouteille que je lui tends.

— Hors de question, j’aurais l’impression de t’embrasser. Rien que cette idée me fait froid dans le dos. De plus, vu ton passif, je parie qu’à toi tout seul t’es une encyclopédie de M.S.T. ambulante.

Cette fille est plus épuisante qu’une nuit sans sommeil.

— June, d’où peux-tu sortir des conneries pareilles ?

Dannyboy surgit dans la cuisine au même moment. Tout en enfilant son gilet, il analyse la situation d’un rapide coup d’œil. Je refoule la rancœur qui monte en moi en voyant l’écusson des Black Riders.

— Bienvenue dans mon enfer, mec, me souffle-t-il, résigné.

— Ouais… Sauf que cet enfer, tu l’as choisi, lui dis-je en montrant June du doigt, alors que moi je le subis.

— Pas faux.

Son visage s’illumine alors qu’il s’approche d’elle. D’un mouvement rapide, il l’enlace par la taille et lui susurre d’une voix mielleuse :

— Cet enfer me conduit direct au paradis.

Les deux qui se tiennent à peine à quelques centimètres de moi oublient tout à coup ma présence et commencent à roucouler comme deux ados. Écœurant. Et dire que je vais devoir supporter ce spectacle pendant une année universitaire…

— Votre spectacle de bon matin, ça, c’est mon enfer. Allez dans la chambre, c’est fait pour ça.

Hayley nous rejoint peu de temps après. Je suis adossé au comptoir de la cuisine et j’attends que le café passe. Quand elle s’aperçoit que les tourtereaux sont collés l’un à l’autre, elle soupire :

— Je ne pense pas m’y faire un jour.

— Bienvenue au club, Glitter Girl.

June, qui a entendu la repartie d’Hayley, lui rétorque :

— T’es mal placée pour dire quoi que ce soit, ma belle. J’ai encore du mal à effacer l’image de toi et de Jace sur le canapé.

Il y a des trucs que j’aurais préféré ne jamais entendre…

— Sérieusement, j’interviens dans la conversation, je ne suis pas du genre à établir des règles, mais il va falloir en mettre quelques-unes en place sur vos comportements quand vous êtes avec vos mecs, les filles. Tout ce qui se passe sous la ceinture ou qui en prend le chemin, c’est direct dans les chambres. Les lieux communs, c’est pour… pour le reste, on va dire.

— Oh voilà qui est nouveau, Brandon joue les prudes ! s’esclaffe June.

— Vois-le comme tu veux, mais toi et Dannyboy… Bref, ça me coupe l’appétit.

— Il y a quelques mois, c’est toi qui nous coupais l’appétit à te taper toutes ces pétasses. Je ne parviens pas à effacer de ma mémoire cette scène aux toilettes avec cette fille à genoux. Tu t’en souviens ?

Tu parles si je m’en souviens ! J’étais au septième ciel quand June a débarqué.

— Sympa cette petite conversation de bon matin, merci de partager vos exploits, intervient Beverly qui entre à son tour dans la cuisine.

— Et toi, Bev ? T’es toujours restée discrète, mais tu dois bien avoir un ou deux secrets honteux à nous raconter ? l’interroge June.

Beverly me jette un rapide coup d’œil puis se tourne vers notre amie sans se démonter.

— Si je te les raconte, ils ne seront plus secrets.

— Ouais, et il vaut mieux pour elle que ses exploits le restent, surtout en ma présence, ajoute Dannyboy.

— Pourquoi ? lui demandé-je.

— Je serais obligé de tout répéter à son père qui, une fois au courant, enrôlera des frangins pour aller casser la gueule des types qui n’auront pas respecté sa fille. Bref, je tiens à ma peau, je n’ai pas envie d’être le porteur de ce genre de nouvelles. Son paternel peut être très sanguin.

— Si elle est consentante, où est le souci ?

— Mec, imagine que tu es père de famille et que t’apprends que ta fille est en train de sucer un crétin dans les chiottes de la fac. Tu crois que ta première pensée serait de te dire que le type respecte ta gosse ? me demande-t-il incrédule.

— Ouais, vu sous cet angle… j’admets.

Dannyboy semble plonger en pleine réflexion, puis il ajoute :

— Bon… Si ça se fait dans une chambre ou dans un coin intime, pourquoi pas… Tu peux trouver des circonstances atténuantes et juste vouloir foutre ton poing dans la gueule du type en guise d’avertissement plutôt que de le buter direct…

Toujours collée à Dannyboy, June intervient à son tour :

— Bev, ton père est une ceinture de chasteté à lui tout seul. Tu ne dois pas avoir beaucoup de mecs qui te courent après.

— Un seul serait suffisant, marmonne-t-elle.

— Ah, ah ! Je savais tu avais des vues sur quelqu’un !

J’observe avec attention le visage de Beverly pour deviner si oui ou non elle a quelqu’un dans le viseur. Rien qu’à cette idée, j’ai envie d’aller retrouver le gars et de le cogner pour le prévenir qu’elle est à moi. Je pourrais même demander un coup de main à Dannyboy. Sauf que j’ai renoncé à Beverly et que je n’ai aucun droit de me mettre en travers de son chemin.

— Tu te fais des films, June. Je ne sais même pas comment cette conversation a autant dérivé du sujet principal.

— Ah pour ça, je sais ! m’exclamé-je.

Tout le monde se tait et me fixe dans l’attente d’une explication.

— Il suffit d’intégrer June dans une conversation, ajouté-je, railleur.

Sa réplique ne se fait pas attendre : elle couine, attrape le torchon qui était à portée de sa main et me le jette à la tête.

Beverly s’approche de moi, elle se verse une tasse de café et me demande :

— T’as prévu quoi, aujourd’hui ?

— J’ai mon cours de soutien avec O’Neill à quinze heures, sinon rien d’autre. Pourquoi ?

— J’ai besoin d’un coup de main, mon père m’a missionnée pour que je m’occupe d’organiser la fête d’anniversaire de Logan. Je me suis dit que tu pourrais me conseiller. Je ne sais pas ce que veut un petit garçon de neuf ans comme déco. J’ai peur de tomber dans des trucs trop bébé…

— Ok, ça marche pour moi !

— T’as toujours ta grosse voiture ?

— En fait tu n’as pas vraiment besoin de moi, c’est juste pour avoir mon pickup.

— Et tes bras pour porter mes achats.

Je croise les bras sur mon torse et l’observe, les yeux plissés.

— En résumé, tu me demandes d’être ton larbin pour la journée.

— L’idée est séduisante, me lance-t-elle en tapotant sa lèvre inférieure de son index.

— Je me fais toujours avoir, avec toi, soupiré-je en secouant la tête.

Elle s’approche un peu plus de moi et entre dans mon espace vital. Son parfum m’enveloppe et je me retiens de ne pas inspirer profondément, comme un drogué sous le nez duquel on met son shoot quotidien.

— C’est parce que tu aimes ça que tu acceptes.

Elle me tapote le torse, j’emprisonne sa main dans la mienne et penche mon visage vers le sien. Mes lèvres sont à peine à quelques centimètres de sa peau, je réprime mon envie de frôler son épiderme et lui chuchote à l’oreille :

— Méfie-toi, un jour, je pourrais refuser.

— Je demande à voir, me lance-t-elle, une pointe de défi dans la voix.

J’ai conscience que cette conversation m’entraîne sur un terrain dangereux, mais en la présence de Beverly mon cerveau se met en mode off. Les seuls véritables moments où je me sens bien, c’est avec elle. Maintenir la distance va être plus dur que je ne le pensais.

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