Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 47 sur 76

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Black riders, Tome 2 - Girl Crush

47 - Brandon

47

Brandon

 

L’intervention des types sur le campus m’a mis les nerfs en pelote. Les coups que je me suis pris sur la tête doivent être plus sérieux que je ne le pensais, car au lieu de poursuivre ma vie en me tenant éloigné des magouilles, je plonge les deux pieds dedans.

J’observe mon reflet dans le miroir de la salle de bain et l’image qu’il me renvoie me retourne l’estomac, je ne me reconnais plus.

Il y a quelques jours, je suis allé voir Luke pour qu’il me vende les mêmes pilules miracles qu’il m’avait refilées au cours de la soirée. Je pensais qu’il allait se marrer et me tenir de grands discours sur le fait que je lui avais envoyé à la tronche que jamais je ne toucherais à sa merde. Mais il n’en a rien fait, il s’est contenté de me vendre ce que je voulais avec un sourire de vainqueur. L’enfoiré a bien rodé sa technique pour se créer de la clientèle. Je te file un échantillon gratuit, pour le suivant tu le casques. Ce traquenard est pourtant vieux comme le monde et je ne comptais pas tomber dans le panneau. Sauf que, quand je suis retourné à mes cachetons habituels, ceux que m’avait prescrits mon médecin, ils ne marchaient plus sur moi. Les effets n’étaient pas suffisants pour faire disparaître la douleur entièrement.

J’ouvre le robinet d’eau froide et m’asperge le visage en vue de chasser mes idées noires. Malheureusement cette méthode ne fonctionne pas et mon cerveau cogite à cent à l’heure. Je sais que je commets une connerie, mais c’est plus fort que moi. Chaque fois que je décide de mettre un terme à tout ça, il y a une bonne raison pour que je poursuive : un cours important à retenir, ces types qui viennent m’emmerder, essayer de me faire pardonner par Beverly, mes maux de tête… J’ai même arrêté mes séances chez la psy, elle me prenait trop la tête avec ses histoires de deuil. Je ne suis pas mort, je suis juste un type qui s’est cru plus malin que les autres.

J’éteins la lumière de la salle de bain et quitte la pièce pour aller me réfugier dans ma chambre. Ce soir, l’appartement est calme, je dois être le seul à n’avoir rien à faire un vendredi.

J’ouvre le tiroir d’une de mes commodes et cherche au fond, sous mes t-shirts, le sachet qui détient mon cocktail personnel. Rassuré de le trouver à sa place, je regarde l’assortiment coloré. Tout pourrait devenir simple. Il me suffit juste d’avoir le courage de tout avaler d’un coup et adieu maux de tête, maîtres chanteurs et Beverly. Certaines personnes disent que seuls les faibles décident de mettre fin à leurs jours, d’une certaine manière je suis d’accord avec elles, il faut être faible pour préférer la mort à la vie. Mais il faut du courage que je n’ai pas pour passer à l’acte. Ma main se fait hésitante et survole les comprimés. Prenant subitement conscience du chemin sur lequel m’entraînent mes pensées, je referme le tiroir d’un mouvement brusque.

*

* *

Je devais être plus crevé que je ne le pensais, car je me suis endormi sans m’en rendre compte. C’est le son du piano dans le salon qui me réveille en sursaut. Jusqu’à présent personne ne s’en est servi, je pensais qu’il était là pour la décoration.

Une voix féminine et mélodieuse s’ajoute à la musique. Je tends l’oreille pour écouter les paroles de la chanson qui me parviennent jusque dans la chambre.

Qui peut chanter ainsi ? Certainement pas Hayley, elle est aussi douée pour chanter qu’une casserole. Elle n’est jamais parvenue à sortir la moindre note juste. De plus, elle passe le week-end chez Jace.

Ma curiosité piquée, je m’extirpe du confort de mon lit et me dirige vers la source musicale. Sur la pointe des pieds, je pénètre dans le salon afin de ne pas faire deviner ma présence.

Sous le choc, mon cerveau met plusieurs secondes à faire le lien entre la personne assise devant le piano et la voix mélodieuse. Beverly. Ses mains dansent sur le clavier et sa voix faiblit au fur et à mesure que la chanson se termine. Les dernières notes retentissent et la pièce plonge dans un silence chargé de souvenirs. Elle reste immobile, les épaules légèrement affaissées.

Assister à cette scène me fait l’effet d’être un voyeur. Une petite voix m’interpelle et me signale que ma place n’est pas ici. Je découvre une nouvelle facette de sa personnalité. Sous ses allures de forte tête, Beverly est fragile.

Alors que je m’apprête à repartir tout aussi discrètement que je suis venu, elle se retourne. Probablement a-t-elle perçu une présence. Nos regards se croisent et elle n’a pas le temps de masquer ses émotions, je lis dans ses yeux une douleur profonde. La voir ainsi me donne envie de la prendre dans mes bras pour la consoler et lui dire qu’elle n’est pas seule. À la place, je me mets à bafouiller lamentablement :

— Je suis désolé, je ne voulais pas t’espionner.

Elle esquisse un sourire tremblotant.

— Ce n’est rien, je pensais être seule.

Je reste sur le seuil, hésitant. Les paroles de la chanson tournent encore dans mon esprit et semblent flotter dans la pièce.

Incapable de contenir plus longtemps ma curiosité, je l’interroge.

— C’est une très belle chanson. Elle est de qui ?

— De moi.

— Tu es douée.

— Ce ne sont que des mots mis les uns derrière les autres.

Je me doute que je ne suis pas le bienvenu. C’est la première fois que nous nous reparlons, je ne veux pas la quitter maintenant, surtout pas après avoir lu la tristesse dans son regard.

— J’ai l’impression de découvrir une autre facette de toi.

— Qui peut se vanter de connaître réellement quelqu’un ? me répond-elle, hargneuse.

— Personne, je suppose.

— Exact.

Si je ne sentais pas Beverly sur la défensive, je pourrais retourner dans ma chambre et laisser tomber cette conversation.

— Cette chanson parle de toi ?

— Il n’y a rien à creuser dans ces paroles, Brandon.

Elle me fuit du regard.

— Tu me mens, constaté-je.

— Dans ce cas, nous sommes deux à nous mentir, me réplique-t-elle en me lançant un regard perçant. Qu’en dis-tu ?

Quelque chose dans sa voix m’alerte.

— J’en dis que j’ai compris ton message et que nous devrions changer de conversation.

— Sage décision.

Je n’ai pas envie de retrouver la solitude de ma chambre et, surtout, je ne sais pas quand j’aurai à nouveau l’occasion de lui parler, alors je saisis ma chance.

— Je n’ai pas couché avec Anna, ni avec la fille du club de ton père. Pour tout t’avouer, depuis toi, je n’ai couché avec personne d’autre.

Elle se crispe, joue quelques notes sur le clavier puis finit par répondre.

— Avec qui tu couches ne me concerne pas. On en a déjà convenu tous les deux.

— Je sais. Mais je voulais que tu connaisses la vérité…

— C’est inutile, mais j’apprécie la démarche.

Une part de moi est déçue, j’aurais aimé qu’elle me dise qu’elle non plus n’a pas couché avec ce type.

Le silence s’établit entre nous et je me sens mal à l’aise. J’oscille sur mes talons tout en cherchant un sujet de conversation neutre. Finalement, je n’en trouve aucun et lui dis ce que j’ai sur le cœur :

— J’espère qu’un jour tu sauras me pardonner.

Son regard se fait pénétrant quand elle me répond :

— Je pourrai te pardonner le jour où tu me diras l’entière vérité.

— De quoi tu parles ?

— On en a déjà discuté l’autre jour, il s’est passé quelque chose à New York et, tant que tu ne me diras pas ce qu’il en est, c’est inutile de venir me retrouver.

Je hausse les épaules et tente d’ignorer l’affolement des battements de mon cœur.

—Tu te fais des films.

— Tu en es sûr ?

— Oui.

— Tu veux que je te dise le fond de ma pensée ?

— Je ne pense pas pouvoir l’éviter.

— Tu ne vas pas bien, Brandon. Tu es même en train de toucher le fond. Toutes ces filles que tu te tapes ou que tu fais semblant de te taper, c’est pour me maintenir à distance. Je vais même pousser mon analyse plus loin : tu as peur de l’inconnu. Toute ta vie, tu as vécu en fonction des autres, et aujourd’hui, tu te retrouves seul. Tes parents sont loin et Hayley peut compter sur Jace pour s’occuper d’elle. Tu ne sais plus quoi faire et tu viens de découvrir que tu ne sais pas qui tu es réellement.

— Tu divagues.

— Je sais observer les gens. D’ailleurs, ta réaction me prouve que j’ai mis le doigt pile là où ça fait mal.

— Je…

— Je vais encore ajouter quelque chose qui te donnera matière à réfléchir.

— Quoi encore ?

— Je joue du piano quand je vais mal, mais toi, quelle est ton échappatoire, hormis la drogue ?

— Je ne me…

— N’ajoute pas ce mensonge à ta longue liste. Tu es un drogué. Tu n’en as même pas conscience, mais tu avales tes comprimés comme des pastilles de menthe. Ce n’est qu’une question de temps pour que les autres s’en rendent compte ou pour que je les en informe.

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